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Inactuel

  • Bonnefoy & Messiaen

    Au retour d’une belle soirée consacrée à Messiaen, mon ami F. – un poète – m’annonçait la mort d’Yves Bonnefoy, pas encore révélée officiellement. Ce fut le cas quelques heures plus tard. Triste nouvelle, hélas redoutée tous les jours pour un homme de cet âge. J’ai souvent parlé de lui ici. Je crois l’avoir découvert plus avant, après avoir lu Renaud Camus, remontant sans cesse le fleuve du manque, des oublis et des omissions, de l’incomplétude en quelque sorte, grâce à Michèle A. Elle et moi avions assisté à une rencontre avec le poète au Printemps du livre de Grenoble, salle Juliette Berto, en 2005 ou 2006. Cette même année, elle m’avait offert L’Arrière-pays, que je viens de relire d’une traite et avec beaucoup d’émotion cette après-midi même. Plus tard, en 2012, j’avais assisté à une rencontre à l’Université de Grenoble. Plus que tout, la densité du propos, son habileté à parler, dans une langue merveilleuse et tenue de choses difficiles qui touchent à la création poétique, à la littérature, à l’art, m’ont toujours frappé. Je n’ai fait qu’effleurer tout cela, comme pour bien d’autres auteurs, ne songeant rien moins, suivant ma pente naturelle, à être séduit par la langue et le propos, plus que par l’esprit, par paresse, et, aussi par manque de moyens intellectuels pour une vraie compréhension, sinon une réelle analyse.

    Plus tôt dans la soirée, j’étais donc dans la petite église de Saint-Théoffrey, en Matheysine, pour assister au premier concert d’une série donnée ce week-end à l’occasion de l’ouverture officielle de la Maison Messiaen. Il s’agit en réalité d’un transfert de propriété (une « remise des clés ») de la maison du musicien et de son épouse – merveilleusement située au rebord du plus lac grand des lacs de Matheysine, au hameau de Petichet – à la Communauté de communes par les Fondations de Messiaen et de France. L’une et l’autre sont imbriquées suivant un lien qui m’échappe. La Maison du musicien (et de sa célèbre épouse, Yvonne Loriod) a été restaurée. Elle accueillera musiciens, artistes, ornithologistes, etc. sur le lieu même de la création d’une multitude d’œuvres de Messiaen. Apparemment, la petite maison – un modeste pavillon à la mode de 1936 – ne garde pas grande trace du passage du musicien. Le communiqué AFP parle même ainsi du projet : « Très modernes et éclairées, les pièces ont été débarrassées du bric-à-brac kitsch et des objets religieux qu'affectionnait le compositeur. Et sont désormais équipées de mobilier Ikea ». Espérons que tout cela correspond bien aux dernières volontés du musicien et de son épouse. Je n’ai pas réussi à comprendre si un espace consacré au souvenir des lieux d’avant serait créé, ainsi qu'une ouverture au public, même partielle. Le projet est ambitieux ; on entend parler ici ou là de « petite Villa Médicis des Alpes » rien moins. Que sera tout cela dans quelques années, après son transfert à une Communauté de communes qui ne doit pas rouler sur l’or, et dont la musique de Messiaen n’est peut-être pas la première des préoccupations ? Néanmoins, l’idée d’une résidence d’artistes parait judicieuse en ce lieu si habité, si simplement beau et évocateur. Après le remarquable concert donné par Roger Muraro  – l’élève de Messiaen, tout un signe – je me suis éclipsé et suis allé voir ce qu’il en retournait de la rénovation. Le soleil était à peine couché derrière la montagne, l’ombre doucement gagnait, à la grande joie des moustiques qui m’ont accueilli avec beaucoup de joie et d’entrain. Quiétude, oui, en ce beau soir de début d’été. Vue merveilleuse sur le Grand Serre encore ensoleillé. On entend tout de même beaucoup la route Napoléon, toute proche, et un camping se répand doucement au pied du domaine. Les oiseaux – innombrables – donnaient un beau concert. Deux vaches et leurs très jeunes veaux profitaient de l’herbe encore grasse. La vue sur le grand lac de Laffrey est somptueuse. Cela faisait comme une estampe japonaise ou se reflétaient les grands sommets de Chartreuse, pourtant à quelques dizaines de kilomètres de là.

    Pour terminer, en hommage à Bonnefoy, deux extraits de L’Arrière-pays :

    « En fait ce que j’accusais en moi, ce que je croyais pouvoir y reconnaître, et juger, c’était le plaisir de créer artistiquement, la préférence accordée sur l’expérience vécue à la beauté propre d’une œuvre. Je voyais correctement qu’un tel choix, en vouant les mots à eux-mêmes, en faisant d’eux une langue, créait un univers qui assurait tout au poète ; sauf qu’en se séparant de l’ouvert des jours, méconnaissant le temps, et autrui, il ne tendait à rien, en fait, qu’à la solitude. Mais de ce jugement je concluais sans plus réfléchir qu’il faut porter le soupçon sur toute poésie qui ne serait pas, quant à ce besoin de clore, ou de forme, expressément négative, ou ne tout cas si cruellement avertie de la prééminence du temps que toujours au bord du silence. »

    « Je sais bien que la poésie, c’est de se dégager des constructions de soi que sont les œuvres, de faire de celles-ci la flamme qui les consume, d’aimer d’abord et surtout la lumière de cette flamme : mais cette certitude n’est qu’une route où indéfiniment je me retrouve au point de départ, les yeux sur un certain chemin que je vois s’en détacher sur la gauche, dans déjà des ombres nocturnes : ce chemin qui repasserait, si je le suivais, par ces mille lieux décevants qui semblent se donner pour des seuils de quelques arrière-pays. » (postface, septembre 2004, édition Poésie/Gallimard)

  • l'Amour

    « Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît qu’on aime quelqu’un d’amour, c’est quand son visage vous inspire plus de désir physique qu’aucune autre partie de son corps. »

    Michel Tournier (1924-2016)

  • Boulez & la princesse de Clèves

    Pierre Boulez est mort. Je l’avais vu dirigé en 2007 (?) à la MC2. Son existence (et maintenant sa vie passée) mérite qu’on s’intéresse à lui. Il pourrait être cité en exemple à qui voudrait s’intéresser à la musique. Il faut à l’auditeur inculte ou ignare, mais soucieux d’en connaitre un peu plus, gravir les échelons un à un pour, un jour, apprécier la musique écrite par le Maître (Pli selon Pli, le très beau Marteau sans maître, etc.) Ce n’est pas facile, mais cela vaut la peine de vivre, comme tout le reste en matière artistique. Hier soir (à la MC2, toujours), j’ai assisté à la seconde partie du marathon théâtral de la représentation, sans exemple antérieur, à ma connaissance, de La Princesse de Clèves mise en scène par Magali Montoya. Les personnages sont joués alternativement par des femmes (sauf Madame de Clèves, jouée uniquement par Bénédicte Le Lamer). Une peintre improvise en direct sur le plateau de la représentation, tout comme un talentueux guitariste. Malgré la durée du spectacle (4 heures et 3 heures, y compris les entractes) il n’y a aucune longueur, et encore moins de langueur. Seule la pauvre Madame de Clèves meurt de langueur, et de tristesse, retirée de tous et de son cher Nemours. Texte de la folie d’aimer et d’être aimé, du mariage et de ses obligations. La performance d’acteurs (des actrices, en l’occurrence) est stupéfiante. Comment font-elles pour retenir un texte aussi long ? Mystère. La langue est, bien entendu, d’une grande pureté portée par le style le plus soyeux de notre histoire littéraire. On rêverait de parler aux femmes ainsi. L’idée de faire jouer tous les personnages par des femmes est riche. L’interprétation et la mise en scène sans chichis, centrées sur le texte sont fluides comme les larmes de la belle blonde. Il y a de purs moments de bonheur (ceux-là même où notre esprit est tout entier au théâtre, où notre médiocre vie a disparu). On est comme porté par une vague, lente et somptueuse. J’avais beaucoup aimé le texte en le lisant ; j’aurais bien du plaisir à m’y replonger (mais il y a tant et tant à lire). Toutes les actrices ont des voix d’une rare beauté, tour à tour chantante, ferme ou douce. Magali Montoya dégage un profond charisme ; on la sent meneuse de troupe, ce qui est de bon aloi pour une metteuse en scène. Plusieurs fois, j’ai senti sont regard doux et accompagnant se poser sur ses actrices. Oui, un très beau moment. Je suis toujours étonné des réactions du public. Hier soir, un bonhomme s’esclaffait à chaque réplique. Ce n’est pourtant pas une pièce cocasse ou qui donne envie de se tordre de rire. Les gens n’ont pas de surmoi, ils se comportent dehors comme ils sont devant leur téléviseur. Avant-hier, pour la première soirée, une petite peste, lycéenne ou étudiante, passait tout son temps à se tortiller sur son siège, celui-ci n’arrêtant pas de couiner. Mais son parfum était très agréable.

  • La vie

    « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas » Fernando Pessoa

  • L'horreur.

    Le 13 novembre, une dizaine de musulmans a réussi à tuer cent trente personnes et à en blesser plusieurs centaines. Pour la première fois, des terroristes se sont fait exploser sur le territoire métropolitain. Au mois de juin, un homme avait été décapité en Isère par un autre fou de Dieu (présenté d’abord comme déséquilibré puis rapidement reconnu pour ce qu’il est). L’effroi est considérable, à tous les niveaux de la société. Même leurs coreligionnaires, semblent, cette fois-ci abasourdis. On les entend toujours aussi peu (ou aussi mal) mais c’est à peu près le sentiment qui ressort des « micros-trottoirs ». L’état d’urgence a été décrété immédiatement. A Sens, un couvre-feu a même été mis en place. Il n’y a pas de jours sans « annonce » de perquisition, de saisie d’armes, de stupéfiants, etc. Une partie des complices ou des auteurs du carnage a été éliminé le mercredi suivant à Saint-Denis. Ils étaient apparemment logés par un petit caïd de banlieue, lui-même musulman (sans doute pas très pratiquant si on en croit sa parure). Les comparses et complices étaient tous plus ou moins connus des Services de police, fichés pour radicalisation ou pour délinquance « ordinaire ». Tous avaient été en Syrie ou se réclamaient du djihad ; deux ou plus des bombes humaines étaient arrivés, via la Grèce, dans le flux des migrants illégaux qui ne cesse de grossir depuis le début le début de l’année et qui s’est encore accru depuis l’été, date ou la chancelière Merkel les a appelé à venir sans restriction, leur offrant gite, couvert et emploi. Elle a depuis fait marche arrière, son pays étant débordé par la masse considérable des nouveaux-venus, Syriens, Africains, Afghans, que sais-je encore ? La Commission européenne a emboîté le pas de l’Allemagne. La France, pour une fois, a un peu minaudé et pris le « minimum syndical. Les Français semblent majoritairement hostiles à la venue de nouveaux immigrés. Les sondages pour les élections régionales plaçaient dès l’été le Front National en bonne position, les socialistes en nette baisse, et Les Républicains – quel nom de parti ridicule ! – en position incertaine. Si la machine médiatique mise en place par le ministre Cazeneuve s’est attachée à montrer les forces de l’ordre aux frontières avec l’Italie, refoulant les « clandestins », elle a également permis de montrer que le saupoudrage était maintenant la mise et que le plus urgent était de répartir les migrants demandeurs d’asile partout où ils n’étaient pas jusque-là. De courageux et pharisiens maires ont demandés (et obtenus sans délais) leur quota de migrants, pour se donner un beau sauf-conduit médiatique (à défaut d’être toujours populaire auprès de leurs électeurs). Dans le même temps, on apprenait que les déboutés du droit d’asile n’étaient qu’exceptionnellement reconduits à la frontière. Etre en France est maintenant suffisant pour être naturalisé quelques années après. Bref, l’appel d’air n’est pas fini.

    Les récents événements ont montré que les frontières de l’Europe (et les frontières intra-européennes tout autant) étaient des passoires où tout à chacun pouvait librement voyager, les plus malintentionnés encore plus, et sans surveillance ni contrôle. Très rapidement, de nombreuses polémiques ont vu le jour. Les Services antiterroristes furent accusés d’être incapables de rationaliser leur surveillance, d’être même inefficaces malgré les récentes et (trop) nombreux réorganisations. Je n’en sais rien, et ne me joindrai pas à la meute des experts de la vingt-cinquième heure qui nous abreuvent de leurs certitudes sur les chaines d’informations en continu. Ce qui semblent encore fonctionner, pour le coup, c’est le travail rapide d’enquête après le drame qui a permis de retrouver sans délai, les éléments du puzzle jusqu’à mettre hors d’état de nuire certains des terroristes. Malheureusement, tout cela s’accompagne d’une déplorable mascarade médiatique où le « patron » du RAID va (dans une langue bien vilaine, soit dit en passant) raconter, rejouer – je ne vois pas d’autres mots – l’assaut donné par ses hommes dans la cache de Saint-Denis. On l’a vu successivement en treillis ou en grande tenue de policier. Il est probable que ce show médiatique fasse partie de la contre-guerre médiatique nécessaire pour « rassurer » les citoyens, sans doute pas « pour faire peur » aux terroristes, tous en provenance de zone de guerre autrement plus violente. Bref, depuis janvier (au moins) le pays est plongé dans le storrytelling ; tous les ministres s’y sont mis, Cazeneuve en tête qui possède en ce genre un savoir-faire magistral (la mine sombre, le self-control, le vocabulaire choisi). Valls emboîte le pas (ou donne le la). Hollande n’arrive pas à la cheville de ses ministres, ne pouvant pas mettre une once de grandeur dans sa diction. Son redoublement du sujet, maintenant devenu tout à fait pathologique, le dessert beaucoup (encore que bien des journalistes aient emboîté le pas, libérés sans doute qu’ils sont par l’exemple venant du haut, et qui vaut quitus). Le ministère de la Défense, jadis si discret, a maintenant ses communicants en chef. Pas un seul vol de reconnaissance ou largage de bombes n’est suivi d’un communiqué de presse. Bref, il faut baratiner, toujours plus, souvent pour ne rien dire du tout. Les Français demandent leur drogue, ils veulent leur dose d’image et de bavardages, aussi insipides qu’ils soient. Peut-être que tout cela les maintient sous anesthésie générale.

    J’ai appris la commission de ces attentats alors que j’étais dans le TGV en route pour Lille où je me rendais pour l’enterrement de mon amie S. J’ai peu dormi, m’étant couché très tard. Le réveil, avec l’annonce de cette centaine de mort, fut encore plus difficile et, pour tout dire, totalement tragique. Sidération, tristesse infinie comme pour chaque victime du terrorisme, aussi éloigné qu’on soit des victimes. En l’occurrence, la « génération Bataclan » comme il faut maintenant dire en suivant la novlangue officielle est (presque) aussi éloignée de moi que le sont les monstres qui ont commis cet acte. Je ne les mets pas au même niveau, bien au contraire. Ce sont des victimes, des innocents assassinés au hasard, sans une once pitié ou de remords. Très désagréablement, les médias officiels en ont fait des sortes de héros. Le Monde, jamais à court d’idée pour caresser les sentiments dans le sens de l’émotion brute, à même publier de courtes biographies des victimes. Elles sont toutes décrites comme gentilles, attentives, ouvertes aux autres, etc. Je trouve cela totalement déplacé, sans doute en partie par ce que suis moi-même rien de tout cela ; un journaliste aurait sans doute bien du mal à trouver quelque chose de positif dans ma vie. Il faudrait broder alors qu’on souhaiterait être anonyme, une fois de plus, et surtout après sa mort. Pour en revenir à la vie des morts, je fus très troublé d’apprendre que nombre d’ingénieurs, de cadres, d’universitaires, de « professions supérieures » comme on disait jadis, parmi les victimes, avaient des goûts personnels plus proches du divertissement que de la culture. Et même, le rock et la bande dessinée étaient toute leur vie. Je ne me lasse pas de redécouvrir cela à chaque fois. Pour tout dire, je n’arrive pas à m’y résoudre. Mais, à quoi bon ? Puisque maintenant tout se vaut à peu près.

    L’hommage national de vendredi dernier (28 novembre) a été sur ce point tout à fait révélateur. Le discours écrit par François Hollande était, pour ce que j’en ai entendu, bien passable, un peu laborieux et manquant de hauteur (on est habitué). Pour la cérémonie, les chansonnettes de variétés n’avaient guère leur place en ce lieu, même si Bach, également, a été entendu. L’histoire de la  musique française – si l’on voulait faire dans le national – regorge de pièces de choix (le requiem de Duruflé, celui de Fauré, etc.) autrement plus fortes et intenses qu’une chanson de Barbara. Peut-être a-t-on voulu ne gêner personne et satisfaire ce que les familles écoutent chez elle (de la variété, donc). Reste que l’hommage est manqué, à mon sens. L’invitation à pavoiser n’était pas mauvaise, mais la parole politique, le propos de l’élu du Peuple, est à ce point faible, qu’une foule de ricaneurs a trouvé cela déplacé. La République toute entière, par l’affaiblissement de la voix du président, est ainsi meurtrie. Malheureusement, cela ne date pas d’aujourd’hui et les attentats n’en sont pas la cause.

    Un versant intéressant de l’onde de choc post-attentat fut sur les réseaux sociaux. Si vous êtes lecteur de X ou de Y (sans oublier Z) tous critiques du monde comme il va, c’est que vous êtes leur fervent soutien, ami du camp du mal. Des defriendages furent légion dans les premières heures. Il fallait se nommer et dire dans quel camp on était (et surtout pas critiquer tel ou tel). Tout cela venant de personne prêchant au quotidien la tolérance, et toujours attentive à la liberté d’expression (celle-ci étant, justement, de quelques fois n’avoir rien à dire de particulier). Il y eut également des traînées de poudre, des publications en boucle et sans fin. Villepin et Trévidic ont été les plus cités, les plus relayés et quelques fois les plus adorés. Le moment avait besoin d’oracles et de messies. Ces grandes paroles m’ont toute semblé un peu frelatées, même s’il y avait sans doute du vrai dans leur propos.

    Par ailleurs, j’ai senti bien des catholiques mal dans leurs sandales. Ils étaient très justement horrifiés par la situation, mais un peu paralysés par le fait que toute critique un peu forte de l’Islam, était, en filigrane, une certaine remise en question de la religion (même si les Catholiques ne se font pas exploser et ne commettent pas d’attentat aveugle, il leur suffisait de dire cela). Leur Pape (le mien ?) ne les aide pas beaucoup en ce sens, en versant, à mon avis, dans un tiers-mondisme facile et sympa, et vers un refus de reconnaissance d’où vient le mal (sans doute pour éviter de mettre de l’huile sur un feu déjà bouillant).  Le temps de l’ouverture à l’autre, au message d’apaisement sans fin (et sans suite) envers les musulmans est peut-être maintenant dépassé. Sans appeler à la guerre, il faudrait peut-être dire les choses comme elles sont. La situation est à peu près la même pour l’accueil des migrants : respecter, partager et vivre le message de l’Evangile (l’accueil et l’aide aux pauvres, aux nécessiteux) tout en refusant de voir que cette arrivée de populations étrangères, en grande majorité musulmane, accélère le déclin du catholicisme dans le pays, sans pousser les récalcitrants, dont je fais suis, vers l’Eglise. Il y n’y aura donc pas de sursaut de ce côté-là, la croyance religieuse dépassant, hélas, le sentiment d’appartenance à une civilisation commune (qu’on soit croyant ou pas, mais Français, Occidental, avec une histoire commune).

    Pour terminer, les monstres ayants commis ces actes ont à peu près le même profil que ceux du début janvier. Ils sont jeunes, désocialisés avant ou après des faits de délinquance, souvent condamnés mais n’ayant que bien rarement payés leur dette à la société. Ils étaient spontanément les petits chéris d’une certaine classe politique qui ne peut les décrire que comme des victimes du système ou du vieux fond de racisme des Français (les petits blancs). L’Ecole n’a rien pu faire pour eux, ne réussissant pas à les sauver de leur déterminisme social, ethnique et religieux, renforçant même sans doute leur pauvreté intellectuelle.  D’ailleurs, leurs voisins, leurs coreligionnaires, les services sociaux, personne ne comprend leur trajectoire. C’est bien là le plus inquiétant. On ne voit pas la réalité de ces êtres. Ils ne sont pas des têtes pensantes, souvent décrits comme peu religieux, mauvais pratiquants, probablement aussi abêtis par les fripes et les gadgets technologiques que n’importe quel Français de leur âge. Ils sont à ce titre, très Français-du-temps-présent. Reste à comprendre pourquoi ils sont la proie si facile pour les fous de Dieu du drapeau noir. Qu’est-ce qui les pousse dans les bras de la mort ? La volonté d’être un héros ? Mais ils sont déjà caïds de cité avec l’assentiment d’une partie des élus du peuple (la paix sociale n’a pas de prix). Un certain nombre d’entre eux sont des convertis de fraîche date. Ont-ils besoin d’une transcendance qu’ils ne retrouvent pas ailleurs ?  Mais la plupart ne possèdent même pas les rudiments de la religion qu’ils prétendent servir. D’une manière générale, l’Islam semble bien trop compliquée pour les têtes vides. Tous les responsables religieux musulmans paraissent détenir leur vérité du Coran. Tout n'est-il qu’interprétation des sourates, à ne pas prendre au sens littéral, si j’ai bien compris ? Un autre, ailleurs, vous dira le contraire. Pour conclure,

    « Sans rail ni terminus, ne vat-on pas se mettre à baguenauder, se complaire à tout  et n’importe quoi, sans critère ni repères ? Et si tout devient également dérisoire, matière à persiflages et à guignolades, pourquoi se gêner et ne pas demander 100000 euros au Qatar pour une petite conférence ? Le démon de l’absolu nous a quitté en emportant dans ses bagages le noir et blanc, bon débarras ; tant pis pour l’amour immodéré du vrai, qui fait le fanatique, et tant mieux pour les nuanciers et les étalonnages. Mais la remise à l’horizontale d’une société de consommateurs impatients voulant tout,  tout de suite, ne fait pas que décourager l’épargne et l’investissement en encourageant les achats d’impulsion, voire à piquer dans la caisse. Elle devra faire face à l’insurrection meurtrière des verticales refoulées aux confins, dont le feu sacré viendra nous lécher les pieds. Et tenter, à domicile, d’échapper à l’ennui de notre nouvelle triade : compétitivité, productivité, rentabilité. La chair est triste, l’horizontale aussi, surtout quand on ne lit plus de livres ; et les distractions au cynisme assez limité. »

    Régis Debray Madame H.

  • Race

     

    « A Sébikhotane, après ma conférence, maints élèves vinrent à moi, spontanément. Ni la différence de race, ni celle de l'âge ne nous étaient à contrainte. »

    Maurice Genevoix, Trente mille jours.

     

    « […] je pense beaucoup à ce qui se passe dans notre pays et dans le monde, et j’ai de fréquentes crises d’angoisse, non pas sur l’avenir matériel de notre race, mais sur son avenir moral […]

    Roland Barthes, Lettre à Philippe Rebeyrol, 7 mars 1940, in Roland Barthes - Album (Seuil, 2015)

     

  • Richard Millet / Solitude du Témoin - Chronique de la guerre en cours

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    « Je feuillette le dernier numéro qu’une vénérable revue littéraire consacre à l’Europe en tant que civilisation. Chaque auteur y va de son acte de foi en un destin européen évidemment post-identitaire et transnational, condamnant nos seulement les nationalistes mais aussi toute forme de patriotisme, cette dernière catégorie se révélant pire que le nationalisme, car taxée de sentimentalisme. Mais Péguy ? Vous n’y pensez pas ! Il est mort en 1914 … On croit entendre, à chaque page, marmonner une assemblée de la commission européenne à la culture prônant le rapprochement enrtre les peuples, le dialogue des civilisations, le « métissage », la « littérature monde », voire une seule « citoyenneté », les peuples d’Europe ayant en effet honte d’être eux-mêmes, comme le leur suggère un demi-siècle de Propagande. » (page 140)

  • Transhumance

    « Une des manifestations les plus évidentes de la formidable spécularité en œuvre est bien entendu le tourisme de masse, une section considérable de l’humanité consacrant maintenant une bonne part de son temps, et, non moindre, de son argent, à aller contempler les autres, ou la même, en leur habitat naturel, c’est-à-dire bien sûr culturel – lequel habitat doit bien sûr, pour faire face au tourisme de masse, pour donner satisfaction aux voyageurs à leurs habitudes, à leurs goûts, pour administrer des flots humains de grande ampleur et bien sûr pour assurer aux pays hôtes les notoires ‘’retombées économiques’’ sans quoi tout cela n’aurait qu’un maigre intérêt pour eux, procéder à des aménagements toujours plus massifs, dont l’effet le plus évident, et en même temps le plus durable, est que non seulement ils dépouillent de tout attrait les régions visitées mais qu’ils les rendent de plus en plus étroitement semblables au pays d’origine de leurs visiteurs. Plus les uns sont avides de connaitre les autres, moins ces autres sont autres et plus fort est leur désir, à leur tour, de jouer aux touristes et de connaître les régions d’où leur arrive cet afflux continu de voyageurs et de curieux »

     

    Renaud Camus – La Civilisation des prénoms (Chez l’auteur, 2014)

     

    Photographie Le DL/Jean-François Souchet

  • Consternation(s)

    Hier, en fin de matinée, un commando de deux musulmans a assassiné douze personnes au siège du journal satirique Charlie Hebdo. Peines, rages et douleurs infinis, comment cela pourrait-il être autrement ? Aussitôt des manifestations spontanées ont fleuri ici ou là dans tout le Pays. Les plus hautes autorités de l’Islam de France (sic) alors en voyage chez le pape, leur nouvel ami bienveillant, ont appelé les fidèles du prophète à se joindre aux divers cortèges. Un rapide tour des médias sociaux montre qu’il y avait bien peu de mahométans dans ces rassemblements et beaucoup de l’éternelle petite gauche pleurnicheuse et bien-pensante. Rapidement, également, un slogan sot et idiot « je suis Charlie » a fleuri un petit peu partout, se répandant à grande vitesse sur la toile (le mieux étant de l’afficher comme photographie de profil internet sur le plus de sites,  pour bien montrer sa communion en douleur insondable). Hélas, c’est une communion de non-pensée. Mais où vivent ces gens, ne lisent-ils pas les journaux, ne regardent-ils pas la télévision ? N’ont-ils pas compris que ce qui a été perpétré hier n’est que le quotidien de millions de personnes en terre d’Islam ? Communion de non-pensée, également, car au lieu de s’identifier à la victime-cible, il serait urgent de se déciller et de voir d’où vient le mal et quelle religion en est le terreau fertile. Mais surtout, pas-d’amalgame, comme le disent si bien nos hommes politiques à la mine défaite (on les comprend). Charlie Hebdo les traînait dans la boue, sans doute moins que les catholiques et les musulmans, mais ils l’adoraient, par un curieux masochisme de bon aloi qui leur a également permis de rire aux éclats (avec la foule des abrutis subjugués) devant les Guignols de Canal +. Hélas, comme ces derniers, Charlie Hebdo n'avait oublié qu’une chose : rire de lui-même et de sa bassesse. Mais c’était peut-être son ignominie qui faisait une part du génie de son génie, rare talent de la satire la plus effrénée, sans limite, ordurière, devant laquelle on rit pour satisfaire ses sens les plus bêtes et méchants, tout en jouissant d’être si bête et méchant de rire ainsi.

    Que va-t-il se passer maintenant ? Sans doute rien. Tous – journalistes, politiciens, monde de l’entreprise, sociologues appointés, etc. –  mettront une énergie colossale – ils ont de la ressource, les bougres ! – à nous convaincre que nos sens nous trompent, que l’Islam est fondamentalement une religion de paix, que les musulmans sont tous des gens de grande tolérance religieuse, etc. Ce qui est vrai, mais oui, il n’y a qu’à consulter une carte des conflits meurtriers sur notre Terre pour voir combien l’Islam n’a rien à faire là-dedans. D’autres idiots (les idiots inutiles) iront incendier des mosquées, peut-être même agresser physiquement des musulmans. Ces criminels sans cervelle détruiront dans l’œuf tout combat digne et républicain (mais ferme) contre cette religion qui sème la terreur et la mort. Les prédictions du dernier livre de Houellebecq sont peut-être bonnes. En 2020, la France et les Français seront à ce point anesthésiés (l’anesthésie aura été longue mais finalement complète) que l’élection d’un musulman modéré est peut-être possible, actée par les forces girouettes d’une classe politique muette dissoute dans un centre-gauche-droit de guimauve, sous le regard protecteur de Monseigneur, si content de se requinquer pour si peu de frais.

    Malheureusement, nous n’avons peut-être aucune autre solution que de nous soumettre, le venin étant instillé depuis longtemps dans nos veines. Il a gagné jusqu’à gâter complètement notre esprit. Au nom des valeurs qui sont les nôtres (démocratie, tolérance, respect mutuel) nous serons incapables de changer le cours des choses. La France mourra à cause de ses propres idéaux.  L’épiphénomène Front National, si tenté qu’il puisse prendre un jour une part du gâteau, nous fera perdre bien du temps pourtant si utile pour enclencher enfin la révolte. La martingale est viciée car en donnant jadis délibérément et généreusement  la nationalité française à nos enfants d’immigrés –  toujours incapable d’embrasser nos valeurs après trois générations (1000 ou plus de nos « « enfants » » combattent contre leur patrie en Syrie et en Irak) – nous nous coupons du dernier ressort à notre disposition : renvoyer ces binationaux à leur chère terre d’Islam. Aucun politicien en place ne peut le faire, soit par calcul électorale de circonstance, soit par amour sincère des mahométans. De toute façon, les traités européens sont ainsi faits, qu’une cour de justice supranationale aura tôt fait de nous remettre dans le droit chemin.

    Voilà, il n’y a plus qu’à aimer tant que nous le pouvons les nôtres, profiter de nos derniers bons moment, ne plus penser que la France du futur sera la terre que nos ancêtres ont bâti si patiemment, élevant notre civilisation au plus haut.

    Postface : j’ai été bouleversé par l’intervention de Jeannette Bougrab, ce soir, sur le plateau du journal de TF1 (face à un infâme journaliste)

    Postface 2,  la superbe chronique de Pierre Jourde : http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/archive/2015/01/07/les-salauds-absolus-552076.html

     

  • Vassieux, 21 juillet 1944

    Soixante-dixième anniversaire de l'assaut des Allemands sur Vassieux, prélude tragique au plan d'encerclement du massif.

    « Plus que les pierres, les cœurs gardent la trace des sacrifices irréparables. Sept cents Français reposent sur cette tere sacrée. Sept cents français, maquisards ou montagnards, jeune ou vieux, militaires ou civils, tombés en plein combat ou victimes de tortures ignobles, tous confondus par l’Allemand dans la même haine, et rassemblés par la mort dans la même gloire. »

    (Extrait du discours prononcé par le Maréchal de Lattre de Tassigny à Vassieux-en-Vercors le 21 juillet 1946 aux cérémonies anniversaires des combats de la Libération)

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    (Vassieux, après l'attaque allemande)

     

    Reportage de France 3 Alpes au journal du soir :

     

    Reportage photographique de la cérémonie sur le photoblog de Bruno Rey 

     

  • Un anniversaire et une parution

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    Parmi les témoignages sur le Vercors résistant, la parution récente de La vie inimitable – dans les maquis du Trièves et du Vercors en 1943 et 1944 d’Yves Pérotin « Pothier » est et sera un phare essentiel de l’histoire de la Résistance. Le livre est magnifiquement édité et commenté par la fille de l’auteur, Anne Pérotin-Dumon, chercheur à l’IHTP. Je ne suis pas fan du renvoi des notes à la fin des ouvrages, obligeant ainsi le lecteur à d’interminables tournages de pages. Mais la qualité de cet appareil, souvent très éclairant du point de vue historique, est un atout majeur du livre. Ce récit oscille avec bonheur entre le journal personnel et carnet de marche des unités combattantes. Il relate, au quotidien, la vie des maquisards sans cacher les moments difficiles, y compris ceux liés à la vie en communauté, aux frictions entre hommes. Il ne « psychologise » pas et ne s’aventure pas sur le terrain des explications concernant le manque de soutien des Alliés au printemps 1944. Les combats de Vassieux au col de La Chau sont parfaitement retranscrits dans un style vivant. Il y a un intérêt littéraire à lire ce texte, écrit d’une belle plume vivante et pétrie de références spirituelles et littéraires. En ce sens, il est un parfait complément aux Témoignages sur le Vercors de Joseph La Picirella qui, lui, a visé, jour après jour, à l’exhaustivité, à la relation des faits et des morts, qu’ils soient dans le camp de la Résistance ou dans celui de l’occupant.

    Le soixante-dixième anniversaire de la Libération de la France a donné lieu à plusieurs « évènements » dans notre Région. Le musée de la Résistance et de la Déportation de Grenoble propose ainsi une exposition intitulée Vercors 40/44. Elle est sans doute destinée à un large public de scolaires car elle ne propose presque aucun document original mais que des fac-similés et de grands panneaux verdâtres à visée informative et pédagogique. C’est un peu indigne de l’événement à l’heure où les survivants sont de moins nombreux et où l’Ecole ne transmet plus grand chose. Hélas, le micro-espace au rez-de-chaussée du musée se prête assez mal à des expositions d’envergure. Il aurait sans doute été possible de délocaliser l’exposition dans un des nombreux lieux vides (l’ancien musée de peintures, l’ancien palais de justice, …) de Grenoble qui possèdent de beaux volumes pour de grands événements. Mais peut-être qu’alors, c’est l’exposition elle-même qui serait apparue bien chétive. Le catalogue est plus intéressant et un complément tout à fait indispensable. Malheureusement, on y lit sous la plume Philippe Hanus, une charge contre le discours de Nicolas Sarkozy aux Glières en novembre 2009, accusé cette-fois-ci de ne pas avoir reconnu la contribution des étrangers à la Libération de la France puisqu’il a dit que dans notre pays « il n’y a pas de place pour la burqa ». Ce petit paragraphe tombe très mal à propos dans le contexte actuel et relance une polémique inutile. Sur le fond, je partage bien entendu l’avis du président de la République de l’époque : la burqa n’a rien à faire en France (faut-il encore l’écrire ?).  J’avais déjà noté un changement de ton général sur la vision historique (ou des historiens de notre temps)  dans l’intéressant volume intitulé Vercors – Résistance en résonnance publié en 2008 (sous la direction de Gilles Vergnon et … Philippe Hanus) à l’occasion du soixantième anniversaire. L’Histoire s’ennuie avec le passé, déjà largement relaté par les témoins des combats. Les historiens, à force de mises en perspective, finissent par transférer leurs propres paradigmes dans leurs écrits. Il ne s’agit plus de comprendre, il faut préparer l’acceptation du fait qu’il n’y a pas une Résistance mais des résistances – la majuscule est difficile à mettre – et si possible démontrer  que les « combats » de maintenant (comprendre la lutte pour les soi-disant sans-papiers, les minorités visibles et invisibles) est la mère de toutes les batailles et est, en tous points, comparable à la Libération de la France à la fin de dernière guerre. L’Etranger, la figure de l’Etranger est ainsi mise au firmament  – souvent à raison lorsque son courage  a permis de libérer un Pays qui n’était pas le sien – pour les besoins de la cause du jour.

    Beaucoup plus intéressante est l’exposition Ecrire et résister proposée par la bibliothèque municipale de Grenoble qui a sorti de ses archives de nombreux documents liés aux écrivains résistants, notamment des lettres de Jean Prévost, figure essentielle et tutélaire de cette période pour les gens de lettres. Ici, l’espace est vaste et bien organisé. On est à l’aise pour lire et voir. Il n’y a malheureusement pas de catalogue.

     

    Pour l’instant, les cérémonies de commémoration des premiers combats du Vercors ont eu bien peu de retentissement. La cérémonie au mémorial de Saint-Nizier-du-Moucherotte fut on ne peut plus plate et consensuelle : on fait chanter une classe ou deux de scolaires pensant peut-être ainsi que la transmission de la mémoire de l’Histoire est réalisée. Notre maire, fidèle à lui-même et au soi-mêmisme qui est sa règle suprême est venu comme il va chercher son pain (en jeans et sans cravate). Aucune autorité politique gouvernementale ne s’est déplacée (peut-être n’est-ce-pas si mal vue l’équipe en place). Mais, attendons les « temps forts » de juillet et août pour tirer des conclusions sur le versant commémoratif.

  • Des Algériens de France

    Nouvelle nuit d'émeutes un peu partout en France suite à la qualification de l'Algérie pour les phases finales de la coupe du monde de football. A Grenoble, les médias locaux nous apprennent q'une quinzaine de voitures a brûlé (sans doute bien plus dans les faits). Affrontements avec les forces de l'ordre, dégradation, feux de poubelles, etc. Mais qu'est-ce qu'ont ces gens dans la tête ? 

    On minimise, on explique et on ne veut pas voir la montée de la violence et les drames qui se préparent.

    Christian Combaz a très bien résumé la situation. On peut lire son texte ici.

     

  • Lire, en poésie.

    « Lire, en poésie, que c’est vite quitter la page ! Penser, en poésie, combien faut-il que ce soit regarder le fond des mots, où ce qu’ils nomment à la fois prend pleine figure et s’efface. Nous allons, nous décidons à des carrefours, brièvement, de la route à prendre. Faut-il rentrer avant la nuit, faut-il accepter d’aller un moment encore, sous son couvert ? Décision de peu de pensée, autant que de peu de mots. Mais ainsi peut s’éclairer, n’est-ce pas, le sens que nous donnons au mot poésie. »

    Yves Bonnefoy Portraits aux trois crayons (Gallilée, 2013)

     

  • De Polke et des municipales

    Pour la dernière fois, j’ai revu hier la belle exposition Polke au musée de Grenoble. Il y avait foule puisque l’accès est libre pour quatre jours. Il y avait même toute une ambiance de supermarché un samedi après-midi. La gratuité et le battage médiatique (à l’échelle de notre petite ville, pardon « métropole ») suffirent pour attirer tout un tas de gens qui ne viennent jamais au musée. Cette idée leur semblerait même très saugrenue. Pour faire plaisir aux édiles, il faut donc ouvrir à tout va et si possible au plus grand nombre. Dans le grand couloir central, des panneaux rappelaient ainsi combien telle ou telle exposition avait attiré du monde. Car c’est bien ce qui compte : drainer du monde pour remplir les caisses du musées – j’aimerais bien savoir combien les recettes de billetterie représente dans le budget du musée – et plus surement pour permettre à la municipalité en place de s’auto-congratuler. L’effort d’ouverture portait sur la jeunesse suivant l’adage jamais vérifié que plus on éduque tôt plus les adultes qu’ils seront, auront l’idée (l’envie ?) de revenir. Il y avait donc là tout un tas d’animations où des jeunes femmes parlaient aux enfants comme à des enfants. Ceux-ci jouaient à merveille leur rôle de bambins turbulents et indisciplinés. Les parents se réjouissaient. Qu’on puisse imaginer que le premier des apprentissages soit celui d’apprendre à garder le silence, à ne pas courir, à ne pas être « soi-même » mais d’ajuster son comportement au lieu, tout cela est maintenant saugrenu, dépassé et pour tout le dire parfaitement ringard. Il n’y a plus grand-chose de sacré dans notre quotidien, et surtout par un musée.

    Le plus troublant au sujet des journées « portes ouvertes » est que, la plupart du temps, le musée est désert (en dehors des expositions temporaires qui elles, sont toujours très fréquentées). Ce grand vide est une grande joie pour l’amateur ami du silence mais aussi une source d’angoisse. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un jour prochain, il y aura peut-être des jours supplémentaires de fermeture, des salles closes à tour de rôle (comme c’est déjà le cas dans les grands musées parisiens). Personnellement, j’aimerais beaucoup qu’il y ait des nocturnes au musées ou, au moins, des fermetures un peu plus tardives (huit heures un soir par semaine, est-ce trop demander ?). Le coût du gardiennage est sans doute exorbitant au-delà d’un certain horaire, je n’en sais rien.

    Ces petites réflexions sont totalement hors de propos à l’heure où débute la campagne municipale. Un débat a été organisé entre les têtes de liste au sujet de la « culture ». Ce qu’il en est ressorti, c’est une lutte acharnée entre candidats pour fixer l’heure de fermeture de deux salles  de spectacle programmant des groupes de musak (que je préfère appeler musiquette ou variétés). Voilà où nous en sommes. Qu’on puisse mettre dans sa profession de foi, la volonté d’augmenter le budget municipal alloué au musée pour ses acquisitions ou au conservatoire de musique pour l’achat d’instruments de musique, que sais-je encore, c’est absolument impossible. La clientèle électorale, abrutie au plus haut point par ses propres goûts, ses propres envies, réclament « du concret » et le concret à Grenoble, c’est de repousser l’heure de fermeture de l’Ampérage. Voilà où nous en sommes. Cette goinfrerie pour l’immédiateté et la satisfaction sine die de ses petits plaisirs mettra n’importe quelle équipe municipale dans un engrenage dangereux. Pour se faire réélire, il faudra promettre et faire (ici une salle des « musiques amplifiées », là un local associatif à forte tendance communautariste, ici construire un mur pour que les tagueurs puissent saloper un peu plus la ville, etc.).  

     

    Pour en revenir à Polke, je donnerais beaucoup (et ce ne serait sans doute pas suffisant) pour acquérir ne serait-ce qu’un de ces petites panneaux « esquisses de couleur ». Les grands panneaux abstraits et très colorés me touchent plus que les œuvres liées à la Révolution française. J’aime beaucoup, en définitive, le grand triptyque du musée de Baden-Baden. Comme le dit Guy Tosatto, l’art chez Polke est tout en traversée des apparences. 

  • Soixante-dixième anniversaire du 11 novembre 1943 à Grenoble

     

    J’ai assisté ce matin à l’émouvante cérémonie de commémoration des évènements du 11 novembre 1943 à Grenoble. Rappelons que plus de deux mille patriotes se sont rassemblés ce jour-là pour honorer les morts de la Première guerre mondiale malgré l’interdiction des Allemands de le faire. Après leur arrestation, 369 hommes furent envoyés dans des camps en Allemagne. Seuls 148 revinrent. Contrairement au coup d’éclat de la Résistance à Oyonnax, le drame fut ici immense mais aujourd’hui, jour du soixante-dixième anniversaire, on ne célèbre (au niveau national, au niveau journalistique) que ce qui s’est passé dans l’Ain.

    Il y avait bien peu de monde, en définitive, les survivants étant de moins en moins nombreux. Le discours du président de l’Amicale des Déportés du 11 novembre 1943 fut remarquable, celui de Monsieur le Maire un peu moins percutant. Comme c’est maintenant la coutume, on fait chanter les enfants lors des cérémonies mémorielles sans doute pour assurer (ou se rassurer) un passage de témoin entre les générations. J’ai été très frappé de voir que beaucoup des parents qui étaient là ne s’intéressaient pas du tout à la cérémonie en tant que telle mais cherchaient surtout à voir leur enfant, à le photographier, à lui faire des saluts mêmes pendant les moments les plus émouvants et solennels. Pendant La Marseillaise, tout le monde bavarde, garde les mains dans les poches, allume une cigarette, en un mot est « lui-même ».

    Lien vers le moment où fut chanté le Chant des Partisans.

  • Tchéka du PS

    Extrait du communiqué de Laurent Obertone après la censure organisée par SOS Racisme Grenoble :

    « Par le biais de son président Jacques Savine, la Très Tolérante association SOS racisme a donc fait annuler la présentation de mon livre “Utoya” dans une grande librairie grenobloise. L’État (vous, moi) paye des gens pour ça. Entre 600 et 900 000 euros de subventions nationales par an, sans parler des incalculables subventions locales, sans parler des donateurs privés, au premier rang desquels figure l’inénarrable Pierre Bergé. Cette association reconnue d’utilité publique, bâtie sur le calcul politique, s’est déjà illustrée pour faux témoignages ainsi que de « graves insuffisances de gestion et de rigueur » (Cour des Comptes, 2002). Qu’est-ce qui justifie le maintien en vie de cette Stasi ? Qu’est-ce qui justifie ce détournement organisé de nos impôts pour alimenter cet organe de censure ? […] Les subventions locales aux associations sont le moyen le plus sûr d’offrir l’argent des Français à ses petits camarades. La Ville de Grenoble (PS), qui se vante de « lutter contre toutes les discriminations », offre 9 000 euros par an à l’antenne iséroise de SOS racisme. Le Conseil général de l’Isère (PS) verse pour sa part 25 000 euros par an à cette association créée par le PS. Il est aussi arrivé au Conseil régional de Rhône-Alpes (PS) de mettre la main à la poche. Jacques Savine est membre du PS. C’est vous qui payez. Et voter, c’est aussi payer. Grenoble, une ville radieuse, où tout va bien, où la sécurité n’est pas un problème, où le vivre ensemble s’épanouit tellement que Jacques Savine a peur que je vienne le perturber […] Jacques Staline (sic) a-t-il lu mon livre ou le précédent ? Non, il l’avoue lui-même. »

    Tout ce qu'il dit là est vrai et connu de tous depuis des lustres. Il faut s'attendre dans les prochains mois à un raidissement des officines du PS, signe certain que la montée du front national n'est plus un chiffon rouge traditionnellement agitée par le complexe politico-médiatique avant les élections mais une réalité certaine qui inquiète les pouvoirs en place.

    Lien vers la vidéo montrant les méthodes de SOS Racisme.

  • Un maître à ne pas penser

    Plutôt que de ressasser ce que j’ai déjà dû écrire ici – je n’ai pas le courage de retourner en arrière, le sujet n’en vaut pas la peine – concernant ce vieillard délirant de Stéphane Hessel, je préfère recopier, ci-dessous, le communiqué du CRIF qui résume parfaitement ma pensée et avec qui je suis en plus parfait accord. Hessel est à l’image de notre époque. Que quatre millions de personnes aient acheté son horrible brochure, que des traine-savates d’Europe et d’ailleurs se soient revendiquées de lui en dit assez sur ce bonhomme infect, par ailleurs grand soutien des musulmans terroristes du Hamas, etc.,

     

    « Il est de notoriété publique que nous étions très opposés à ses prises de position, notamment à sa volonté  obsessionnelle de faire de Gaza l'épicentre de l'injustice dans ce monde et du Hamas un mouvement pacifique, quasiment d'assistance sociale, contrastant avec son indifférence aux tragédies humaines et aux crimes de masse qui se déroulent de nos jours  dans un silence général.

    Il est vrai  que nous étions stupéfaits par sa propension à grandir ou à laisser grandir par ses thuriféraires dévoués,  le rôle qu'il avait tenu dans plusieurs événements importants de notre histoire ainsi que par la volonté des médias de ne pas relayer ses déclarations sur la bénignité de l'occupation nazie en France qui, émises par tout autre que lui, auraient soulevé l'indignation.

    Il va sans dire que nous étions effarés par le succès de son fascicule d'une indigente indignation.

    Nous pensons que la mise au pavois de Stéphane Hessel, malgré ses accommodements avec la vérité historique et sa faiblesse argumentative, en dit beaucoup sur le désarroi intellectuel de notre société et sur le rôle aberrant qu'y joue le marketing des individus qu’on  transforme  à bas prix en luminaires idéologiques.

    Stéphane Hessel fut avant tout un maître à ne pas penser.

    Son grand âge, son sourire, son apparente ingénuité, son indignation focalisée et ses poèmes surannés évoquaient un monde angélique, mais pavaient la route, certainement sans qu’il le voulût lui-même,  aux véritables criminels tapis derrière l’enfer des bonnes intentions.

     Le travail de déconstruction de Stéphane Hessel sera effectué. Mais en ce jour de sa mort, nous voulons aussi retenir de lui qu'il fut un résistant courageux, un contributeur, modeste, mais réel, à la lutte pour les droits de l'Homme (y compris à l'époque des refuzniks) et un amoureux passionné des lettres françaises. »

     

  • Les faits répondent aux mots

    Extrait du Dauphiné Libéré d'aujourd'hui

    "Sept hommes de 21 à 24 ans, habitant le quartier de La Villeneuve, à Grenoble, ont été mis en examen jeudi soir pour association de malfaiteurs suite au braquage de plusieurs bijouteries en Isère et écroués, a-t-on appris vendredi de source proche du dossier. Les malfaiteurs sont soupçonnés d’avoir braqué quatre bijouteries et tenté de commettre trois autres hold-up entre août et décembre 2011, notamment à Saint-Marcellin ou encore La Côte-Saint-André en Isère. Le préjudice est estimé à 230.000 euros, a précisé la compagnie de gendarmerie de Meylan, pour une valeur marchande évaluée à plus de 500.000 euros. Quatre d’entre eux ont été interpellés mardi matin dans le quartier de la Villeneuve tandis que trois autres étaient déjà incarcérés pour d’autres faits de même nature. Ils ont été placés en détention provisoire dans différentes prisons de la région à l’exception de l’un d’eux, placé sous contrôle judiciaire."
     
    Extrait du site internet de Michel Destot (député-maire de Grenoble) 24 janvier 2013 :
     
    "Grenoble, qui fait confiance à sa jeunesse et à son potentiel considérant qu’elle est une chance pour notre ville et plus largement pour notre pays, a choisi de s’impliquer dans l’ensemble des chantiers lancés par François Hollande et son gouvernement. Je signerai ainsi les premiers emplois d’avenir de la Ville début février, pour permettre aux jeunes qui sont actuellement éloignés du monde du travail de retrouver l’espérance."
     
    Nouvelle illustration de l'incroyable dilatation entre la réalite et la vision doctrinalement superbe du premier magistrat de la ville. Celles et ceux qui doutent, doivent se rendre urgemment au Forum organisé par Libération à la MC2 où on leur récitera la bonne parole à fort accent de moraline et culpabilisatrice en diable. On peut également lire la ligne officielle de ce qu'il faut penser ici.
  • Mali (I)

     

    La  guerre qui se mène actuellement au Mali est celle de notre Liberté des années à venir. Le cancer « islamiste » - j’ai de plus en plus de mal à employer ce terme, je préfère mille fois celui de terrorisme musulman – est une plaie toujours sanglante, une épine dans notre pied. Nous sommes partis d’Afghanistan couverts de honte, celle d'avoir dit des années durant que nous n’étions pas en guerre mais à la demande des populations locales ou de leurs dirigeants corrompus et mafieux pour "participer au rétablissement de la paix et au développement du Pays", celle d’avoir affirmé haut et fort des dates de retrait toujours plus rapprochées sans même donner quelques objectifs militaires à atteindre. Cette guerre qui n’a jamais dit son nom nous a coûté 88 soldats et des centaines de blessés. Certes, nous avons formé une armée (ou tenter de le faire) avant même d’avoir gagné une once de terrain. Nos soldats n’ont tenu que des points stratégiques, ils n’ont rien conquis faute d’ordre en ce sens. Ils ont fait de la formation, de la police, de l’assistance aux populations (qui les a souvent bien mal remerciés) mais en aucun cas ils n’ont gagné militairement, sauf quelques coups de force. Les talibans, malins, ont reculés et avancés quand il le fallait. Ils sont toujours là et le seront encore pour longtemps, la zone sera un bubon infecté pour des décennies. Certes, les drones sont là : ils ont permis d’éliminer quelques chefs, de désorganiser ici ou là, mais ces fanatiques ont cette capacité redoutable de toujours se remobiliser juqu'au don de leur vie qui, pour eux, contrairement à nous, ne vaut pas grand-chose. Nous, Occidentaux, ne faisons que de nous démobiliser, ne luttant que pour le maintien de l’univers marchand et la jouissance de l’immédiat par le consumérisme à outrance. Je lisais l’autre jour dans le Monde, un long article consacré aux familles et aux proches de nos militaires tués. Quelques-uns n’ont de cesse que de porter plainte et d’accuser le commandement militaire et au-delà « les politiques » de fautes, d’erreurs, d’errances. Qu’il y ait eu des erreurs, personnes n’en doutent mais, jadis, quand on était militaire (ou d’une famille de militaire) on avait l’esprit du groupe, du corps et celui de l’intérêt suprême de la Nation. On apprend ainsi, au détour de l’article, que malgré l’interdiction formelle des autorités militaires, les soldats ont des portables. Au Mali, on voit un soldat Français porter un foulard avec une tête de mort, sans doute bien loin de l’uniforme officiel. La forme, la tenue, le respect de la règle, tout cela est ce qui nous quitte en premier. Ce qui est très marquant,  également, est que tout le monde parle et veut parler à tort et à travers. L’Etat-major a sans doute dû taper un peu du poing sur la table car, au commencement des opérations maliennes, il suffisait d’écouter tel ou tel homme de troupe pour connaitre les grands mouvements tactiques ou, au moins, les axes d’attaque. Le moindre soldat a donc un portable, un appareil photo, un compte twitter, une ribambelle d’amis sur Facebook. Il est comme le lycéen, il n’a en général rien à dire de bien intéressant mais le dit instantanément à la ronde au grand bonheur du journaliste qui, au Mali, s’étonne que la guerre soit « sans image ».

  • Interpellé alors qu’il siphone un réservoir

    Il était environ une heure du matin, dans la nuit de vendredi à samedi, quand les gendarmes de la brigade de Voreppe (Isère), en patrouille, ont été intrigués par une activité inhabituelle dans le périmètre d’une société située dans une zone industrielle en bordure d’autoroute.

    Là, sur le parking de l’entreprise, les militaires ont en effet surpris un homme qui siphonnait le réservoir d’un camion.

    Interpellé, cet homme d’une quarantaine d’années de nationalité roumaine a ensuite été placé en garde à vue. Il a ensuite été laissé libre avec une obligation de quitter le territoire français, délivrée par la préfecture.

    (Le Dauphiné libéré du 9 décembre 2012)

    Peine symbolique qui ne sera probablement pas appliquée.