23 avril 2012
Bilan (I)
Cher Inactuel, je me réjouis de vous retrouver. Que vous inspirent les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ?
Cher Aline Cut, tout le plaisir est pour moi. Il y a beaucoup à dire, je vais essayer de faire court. J’élimine rapidement l’hurluberlu Cheminade et les vrais dangers pour la démocratie que sont les deux candidats « révolutionnaires » Poutou et Arthaud qui, dieu merci, n’ont recueillis que les voix des nostalgiques du régime soviétique et de ses quelques millions de morts.
Vous n’exagérez pas un peu ?
Si, bien entendu, vous me connaissez ! Disons que leur discours n’est que doctrinal, une diarrhée verbale contre les « patrons » et « la droite ». Ils n’ont rien à proposer car ils n’aspirent à rien sauf au chaos, d’ailleurs en grande partie fantasmé. Le monde ouvrier les rejette car ils sont forts en gueule mais faibles en idée et nuls en réalité. Le temps n’est plus au grand soir mais à l’approche inventive et réelle des problèmes du petit peuple. Ils sont lassés comme ils doivent sans doute se lasser d’eux-mêmes.
Eva Joly ?
J’ai fini par avoir de la tendresse pour cette femme qui n’était sans doute pas sotte mais loin du calibre pour supporter une telle campagne. EELV a fait une erreur magistrale en ne choisissant pas Hulot. Lui seul avait l’aura pour porter haut leurs idées. Hélas, les Ecologistes ne sont qu’un supplétif du parti socialiste. Ils auront un ministère ou deux. Fondamentalement – je l’ai déjà dit – ces gens sont de gauche avec tout ce qui va avec : l’aveuglement idéologique et le refus de la réalité et du pragmatisme. Leur existence n'est que d’être ultras, arcboutés sur leur position, sans souplesse d’esprit. Ils auront donc quelques députés, feront la bronca sur le nucléaire et puis quoi d’autres ? Dans des villes importantes comme Grenoble, on voit bien leur positionnement : ni dieu ni maître jusqu’à se porter en farouche opposition au maire socialiste. Ici, ils incarnent parfaitement le bobo, c’est-à-dire le petit blanc éduqué qui vit dans les villes (le fameux centre-ville) qui est comme l’extrême gauche, extrêmement doctrinaire, volontiers tiers-mondiste et « immigrationiste » , il est donc à la manœuvre dans toutes les associations (les trop fameuses assauces) d’aide aux soi-disant sans papier. Bien entendu, ses enfants ne vont que dans les meilleurs établissements et ne fréquentent les franges de banlieue que pour se fournir en cannabis. Ils n’ont pas que de mauvaises idées mais ont du mal à se projeter en avant.
Que voulez-vous dire ?
En 2012, une majorité de la population est sincèrement persuadée que le gaspillage énergétique, la consommation de masse et tous les excès ne sont absolument pas supportables. Cet état de fait est intégré. Des solutions arrivent, notamment dans les villes. Roulez moins avec sa voiture, portez attention à l’environnement et aux autres. Les Ecologistes n’arrivent pas à dépasser ce germe qui est leur existence première. L’esprit est revanchard, contre le fameux lobby du complexe « militaro-industriel » et autres courtes idées du genre, ce qui pousse certains d’entre eux (la majorité, hélas) à une opposition d’ultras, notamment vers la peste libertaire. Ils sont antimilitaristes par pose coutumière sans bien réfléchir au monde dans lequel ils vivent. Par exemple, ils ont en horreur de ce dire Français mais se voient « citoyens du monde » et autres sottises de cet acabit. Ils sont l’incarnation même du refus de l’idée national dans les couches éduquées du Pays.
Mélenchon ?
J’ai toujours été magnétisé par son bagout. J’ai le souvenir d’avoir vu et entendu ses diatribes lors du Forum Libération à la MC2 (en 2011 ?) et lors de son passage à l’émission Répliques animée par Alain Finkielkraut. Et puis badaboum le voilà crédité d’un score faible (mais bien au-dessus de ce que les seuls communistes auraient pu obtenir). Bien entendu, ce type et ses idées sont indigestes et dégoutants. Les youyous entendus à Marseille ont été de puissants révélateurs à ce sujet.
C’est-à-dire ?
Eh bien, il n’était là que comme râteau de Hollande : un pur jardinier chargé de collecter à gauche pour que Hollande puisse se centrer au centre-gauche (au moins sur le réalisme économique). Mélenchon a donc promis tout et n’importe quoi, en bon doctrinaire. Le pire est qu’il était peut-être de bonne fois sur certaines propositions (ce qui rend le personnage encore plus monstrueux). Son côté « 1792 », son admiration pour Robespierre, pour la tyrannie du peuple (enfin la tyrannie d’un dirigeant du peuple) le rendait encore plus méprisable. Et puis, hier soir, comme un petit garçon qui a commis une erreur, il s’incline devant Hollande sans rien demander. Les larrons étaient donc bien en foire. Il sera récompensé pour sa juste peine : quelques députés et peut-être même un ministère. Nous verrons après le 6 mai, jusqu’où auront été les petits arrangements entre socialistes.
[la suite demain]
21:24 Publié dans Air du temps, Elections 2012 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18 avril 2012
Fin de partie
à Monsieur G.G., avant-dernier des Mohicans.
J-4 comme on dit à TF1. Je n’ai rien écrit sur cette campagne présidentielle, qui touche à sa fin. Qu’elle fut nulle et qu’elle signe la signature patente de la désintégration en marche de notre pays, c’est trop net pour le redire. Pour la première fois, on ne choisira pas un président pour la France mais un président pour préserver son emploi, pour payer moins cher son essence et pour se garantir par le droit de vote l’entérinement d’une situation de fait : la petite vie tranquille parmi sa communauté. Oui, nous allons tranquillement vers une libanisation du pays. Bientôt on nous interdira d’être Français ; il faudra être créole, métisse, idolâtre du coloré et surtout pas blanc. Le petit blanc que je suis a perdu définitivement la partie. Si ce n’est pas maintenant, ce sera pour bientôt. La fabrique du crétin est en marche (on apprend aujourd’hui que la Licence de l’université est frappée du même mal que le baccalauréat: être donné à tous en récompense de l’assiduité) , la culture se confond avec le divertissement, les musées sont des centres commerciaux, la Justice compte les ramettes de papier, nos prisons sont des mosquées, notre ministre des Affaires étrangères s’exprime en anglais à la tribune de l’ONU, etc. Il aura donc flotté sur cette campagne un gout d’égoïsme, un refus du monde, un repli sur soir (sauf pour ce qui concerne les vannes ouvertes de l’immigration, forcément bienveillante, nécessaire et « richesse pour le pays »). Hollande sera élu le 6 mai. Nous aurons le droit à un été radieux : vanne ouverte sur les dépenses et un automne froid et rigoureux (100000 très riches et 20 millions de contribuables payeront pour le reste) . Le pays sera profondément dévasté par l'urbanisation sociale hors norme que nous promet le socialisme triomphant. Ce bonhomme, à l’image de la classe politique dans son ensemble, souffre d’un manque évident de grandeur. Ils sont petits car ils parlent aux uns et aux autres plutôt que de parler au Peuple, dans son ensemble. D'ailleurs, ils ne parlent que sous le contrôle de la toute puissante sphère médiatique, faiseuse de roi ou d'enfer. Après tout nous n’avons que ce que nous méritons.
20:52 Publié dans Air du temps, Elections 2012 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28 février 2012
Crétins des Alpes
Quelques lignes pour parler un peu de l’élection présidentielle. Jamais élection n’aura été autant pilotée par le journalisme, les « éditorialistes » et la bassesse de ce milieu. Parmi tous les petits sites hideux qui se montent à ce sujet, il faut signaler celui créé par des apprentis journalistes grenoblois avec le grand assentiment du Dauphiné Libéré, il s’agit de « si j’étais président ». Le site outre qu’il est vilain car inspiré de la bande dessinée, malcommode dans la navigation (sans doute pour se donner un genre 9.0) croit pouvoir penser à notre place et nous donne son petit point de vue détestable sur tel ou tel. Qui sont ces crétins ? Et bien, les futures têtes pensantes de France Inter et, plus surement, les érudits des faits divers de 20 Minutes ou du journal régional de France 3 Alpes.
19:17 Publié dans Air du temps, Du journalisme, Elections 2012 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 février 2012
Vivifiant

Je recopie, ci-dessous, de très fragmentaires notes que j'ai prises durant la conférence-entretien-débat-lecture de Yves Bonnefoy à l'université Stendhal (Grenoble III) le 1er février dernier. J'avais eu l'occasion d'assister (en 2008 (?)), avec M.A., dans le cadre du printemps du livre de Grenoble, à une première conférence de Bonnefoy qui m'avait fortement impressionné. Cet homme malgré son âge a l'esprit extraordinairement habile, rapide et souple (autre hypothèse: le mien est très en léthargie). Bref, ce fut un moment tout à fait intéressant et fort viviant.
***
Sous le signe de Baudelaire
Rimbaud (1961)
Poètes du XIXe s. si importants. Pourquoi ? Décisifs pour la connaissance de nous-même.
La poésie est une contrainte dans l’esprit humain.
L’humanité, le langage.
Pour parler prendre appui sur un certain aspect.
Chaînes signifiantes.
Représentation du monde, un schème, partiel ou fragmentaire.
Abstraction.
Poésie : souvenir de ce besoin perdu => réparer le défaut de la langue.
Mot, son, matière sonore
Chose désignée, présente pour nous.
Rythme, musicalité, forme.
Plénitude de la présence propre.
La parole par la forme musicale. Constante à travers les siècles.
Maintenant : nouvelle époque car pensée conceptuelle.
La poésie pourrait-être oubliée. Mais il faut s’en souvenir !
Spécificité et besoin. Ce rappel nécessaire.
Le poète doit-être philosophe de la création poétique.
Cf. Rimbaud, Baudelaire, Nerval et Mallarmé qui l’ont senti
Pour écriture et réflexion critique.
Avant Baudelaire, la poésie n’était pas différente de la littérature.
Certes, religion, connaissance, transcendance, choses et êtres
En résumé, avant eux littérature et poésie étaient fondues (Cf. Hugo)
Forme cardinale de la forme littéraire dans l’écriture poétique.
Profondeur, rapport à soi noyé dans les lectures conceptuelles.
Finitude de sa propre vie, autres êtres, => avenir possible.
Rimbaud à propos de Baudelaire : problème de la forme mais « un vrai Dieu ». Idem pour Mallarmé.
Plus d’approches depuis.
XXe : grands poètes mais pas de radicalité.
Surréalisme : oui par l’intensité mais aléatoire quant à la vérité. Exemple : Breton.
Manque de rigueur dans la façon de vivre la poésie.
Poésie ≠ poèmes !
Poésie : rendre au mot une utilité.
Le poème est une chute par rapport au progrès de la poésie.
Le déni interne du poète.
La poésie est en avance sur le poème qui est une expression formelle.
Poème : retombée dans la littérature.
Observation à retenir sur l’échec de la poésie.
Le livre de notre destin.
C’est l’écriture qui est le lieu de la poésie.
La voix, sa présence à soi-même
Cf. « Raturer outre » = biffer son texte = le travail du poète.
Cette voix est en avance sur le sens (du poème).
L’écriture sur d’autres poètes : indispensable : l’approfondissement de son propre travail.
Pas de progrès dans la poésie : les systèmes, les concepts varient.
La poésie se forge une voix/voie à travers les concepts.
Ces chemins sont prépondérants. Exemple : nous avons à comprendre Poussin ou Virgile.
Le peintre, l’architecte participent de ce projet poétique
La poésie est une transgression du signifié.
Appel à la forme.
Le peintre à la même visibilité que le poète. Cf. façade d’un monument (N.B, Cf. « L’arrière-Pays »).
Besoin de la poésie = unité du besoin.
La poésie a également commencé d’elle-même.
Poésie dans une situation de crise.
Passé, histoire = > nécessité de « proser ».
Moment d’affleurements, il faut-être historien.
Toujours comprendre la poésie.
La parole poétique a besoin d’être déblayée par la prose critique. (Cf. Baudelaire et ses « Salons »).
Nécessité d’un discours réflexif sur la poésie.
Réflexion analytique qui se déplace de la poésie mais qui revient vers la source par la prose.
Ex. « Spleen de Paris » : poème en prose parallèle aux vers.
Comment est-ce possible ? => la poésie transgresse le conceptuel.
La forme (poétique) brise l’enlisement conceptuel.
Prose => restructuration de la société = valeurs entre les êtres dans un monde social.
Poésie= changer la vie => travail poétique (Rimbaud)
Nécessité du contrôle ce qui se passe dans la profondeur de la personne
La prose est une source poétique délivrée de la forme=> prose mi poétique par la forme, mi conceptuelle
La prose est rêve qui tranche la poésie
Ce supplément d’être va vers notre conscience. Cf. « Deux scènes »
Mieux comprendre les poèmes formels. Cf. « Ce qui fut sans lumière ». Explication pour faciliter le rapport avec la création sans lumière.
La prose est là pour éclairer les soubassements de l’écriture poétique.
Question : « Poésie et université même combat ? »
Projet poétique : transgresser les représentations du monde.
Idem historien : celui qui ne se satisfait pas de la représentation du monde. Seul le travail historique peut délivrer de l’apparence
Nécessité donc pour le poète d’être philologue, historien… donc d’être proche de la recherche, de l’université.
Le poète n’est pas en combat avec le professeur
Toutes les formes de recherche sont souhaitables.
Question : « sur la poésie et les essais, le travail d’essayiste »
Le poète ne peut pas faire autre chose que d’écrire des essais. Sinon son rêve et son désir reprennent possession de l’autre.
Il n’y a pas cependant d’histoire (travail de l’historien) qui ne soit rêve. Pb de la vérité historique.
Ce sont les degrés de rêverie qui séparent le poète et l’historien.
L’essai est la façon dont on peut écrire. Essai = pas une vérité mais une hypothèse (à vérifier, a posteriori par d’autres).
Question « sur les entretiens donnés dans le passé, plusieurs centaines et le besoin de les rassembler ensemble, Cf. « entretiens sur la poésie » ou « L’inachevable »).
C’est un genre particulier, après tout.
Beaucoup d’entretiens car la critique ne fait plus son travail, notamment donner des valeurs.
Donc, répondre aux questions au lieu d’écouter les critiques commenter son propre travail (renversement).
Mais positif car on peut changer d’avis (plus facile dans un entretien) =donne de la mobilité à sa pensée.
Mais aussi présence à soi-même et aussi aux autres.
[Fin du dialogue] – questions du public
Sur l’absence vs la présence : la poésie n’est pas fondée sur la valorisation de l’absence.
Sur la traduction (traduire et être traduit) : Traduire est une nécessité et un besoin. Traduire s’est s’encouragé à être poète. Rappel : poésie = rapport de l’autre à soi-même.
Sur la poésie à l’heure numérique. Le numérique est un média, pas une fin en soi.
Sur la poésie et la musique (la mise en musique des poèmes) : l’œuvre musicale doit-être autonome par rapport à l’œuvre poétique. Elle n’explique par la poésie.
[Lecture d’extraits de L’heure présente (le poème éponyme puis Hamlet en montagne puis divers sonnets]
14:09 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29 janvier 2012
Yves Bonnefoy
Je signale à mes lecteurs grenoblois, la venue de Yves Bonnefoy le 31 janvier et le 1er février pour deux "conférences" à l'invitation de l'université Stendhal. Plus d'informations ici.
15:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17 janvier 2012
Mort de Gustav Leonhardt

J’apprends ce soir, avec une infinie tristesse, la mort du claveciniste, organiste et chef d’orchestre hollandais Gustav Leonhardt. Il avait quatre-vingt-trois ans. Prémonition ou pas, il se trouve que je m’étais étonné, il y a quelques jours de cela, de ne plus entendre parler de lui. Une rapide recherche sur le Réseau m’avait appris que le musicien, fatigué, annulait ses engagement pour cette année. Je l’ai entendu deux fois au concert. La première à Ambronay, au milieu des années quatre-vingt-dix, dans un programme de musique allemande (Georg Böhm et consorts). Je me souviens très bien de son infinie majesté, de sa classe (qui n’a rien à voir avec le « classe ! » des cours de lycée), notamment de cette petite mais belle pudeur qui lui faisait ranger précipitamment ses lunettes dans la poche de sa veste avant de s’incliner respectueusement devant le public. L’homme avait quelque chose de raide, de roide aurait-on écrit au temps de Bach et des Couperin. Il était, pour moi, l’image du protestant austère. Sa musique, son interprétation, autant que je puisse en juger avaient l’art si subtil et si maitrisé du métronome : le débit régulier, chaque note en temps et en heure. La seconde fois que je l’ai entendu fut au musée des Beaux-Arts à Lyon, dans la belle mais petite salle qui regroupe quelques splendeurs parmi les splendeurs des tapis orientaux. Il jouait sur l’un des clavecins « historiques » du musée. C’était sans doute au début de ce siècle. Le programme était consacré, il me semble, à Louis Couperin. Je n’oublie pas quel génial chef d’orchestre il fut (avec Harnoncourt). Leur intégrale des Cantates de Bach a voyagé avec moi (et continue) grâce, notamment à l’émission « Bach et l’Europe » de Jacques Merlet et Claude Noisette de Crozat que l’on entendait tous les dimanches matin sur France Musique, à l’heure de la messe (ou un peu avant). Sa direction de la Passion selon Saint-Matthieu reste un summum d’émotion et d’engagement qui n’a pas pris une ride. Il va nous manquer.
20:45 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09 janvier 2012
Nacht und Träume

Très beau disque, d'une pudeur et d'une justesse incroyables. La voix vient de si loin (prise de son remarquable). Un disque à offrir.
21:15 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Bonne...
Parmi tout ce qui nous quitte, la présentation de ses vœux à l'entourage (famille, amis, connaissances, ...) est au firmament du départ. Il était jadis – il y a cinq ans, encore – convenu de présenter ses vœux à ses aînés, aux femmes quand on était un homme. Professionnellement, c’était presque une joie d’écrire un petit message aux collègues d’ici ou d’ailleurs. Mais tout cela a disparu et deux ou trois jours après la reprise de l’activité, vous passez pour un fou. Bien entendu, c’est la contrainte que l’on chasse ; la norme et la forme ne sont plus d’actualité. Je n’arrive pas à m’y faire. Le SMS est roi ; cela ne me gêne pas et j’en ai reçu plus que je n’en ai écrit. Ce qui me perturbe là-dedans, c’est le côté impersonnel du message, envoyé à la volée à une liste de « contacts », ce vilain mot de l’informatique. Où sont passés les amis et l’attention personnelle qu’on leur doit ? Ceci dit, j’ai deux ou trois contre-exemples, ces amis qui prennent le soin d’écrire un message qui vous soit vraiment adressé, mêlant allusion personnelle et souhaits de portée générale (le bonheur, la santé, les bonnes fortunes, en amour comme en argent). Ces messages-là vont droit au cœur. Mais l’époque est à la simplification, aux cent-quarante caractères pour dire ses états d’âme ou ses compulsions (convulsions) d’achats. Le bizarre ou le drôle est que cette année, j’ai écrit plus de message à de parfaits inconnus – je veux dire à des gens dont je n’ai jamais vu le visage – qu’à des amis (ou d’anciens amis ?). Magie des réseaux, je finis par croire qu’il y a une richesse, ni virtuelle ni désincarnée sur la Toile. A vous tous, donc, bonne et heureuse année.
20:59 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
21 octobre 2011
Rotherie
J’ai terminé cette semaine Le rabaissement dernier livre de Roth paru en français après avoir lu Portnoy et son complexe, ouvrage que je pensais avoir dans ma bibliothèque et que je confondais avec Quand elle était gentille. Je n’ai jamais terminé ce dernier (il faut que je m’y replonge) mais j’ai un souvenir très net de ma lecture initiale. C’était à M. alors que L. passait un entretien d’embauche et que l’attendais dans la voiture, un soir froid et gris d’hiver ou d’automne. Le Rabaissement n’est peut-être pas le chef d’œuvre de Roth (comme on le lit ici ou là). L’auteur donne de plus en plus de livre courts (la série Nemesis) et tournant tous autour de la vieillesse et de la déchéance physique. Dans ce dernier opus, ces thèmes en recroisent d’autres comme le métier d’acteur (comprendre le métier d’écrivain ?) et le désir sexuel. L’histoire de cette lesbienne que le personnage principale « retourne » pour être ensuite lui-même quitté n’est pas la meilleure partie du livre. Elle est un peu trop irréelle et bien trop vite amenée pour paraître crédible. Il y a donc un parfum de trop et de trop vite dans ce livre. Trop de chemins sont amorcés (la folie, l’hôpital psychiatrique, l’amitié disjointe par le temps). On ressent une urgence à traiter de tout. Est-ce là le signe d’une angoisse de fin de vie ? C’est sans doute trop évident pour être uniquement cela.
Arte a diffusé ce mois-ci (? ou en septembre, je ne sais plus) un beau documentaire-entretien de Karel sur Roth où celui-ci parle abondamment de ses livres. J’ai cru lire que dix heures d’entretiens avaient été enregistrées pour en tirer l’habituel format de cinquante minutes. Est-ce que cela sera un jour visible ?
Portnoy est bien entendu un chef d’œuvre absolu qui marque et magnétise profondément son lecteur. Le rythme est endiablé et fouille si intimement dans la vie du héros que le lecteur se sent lui-même à la place de ce fabuleux obsédé sexuel de Newark. La réussite littéraire et donc totale. C’est peut-être le livre par lequel il faut commencer. J’ai bien envie de reprendre toute la file dans l’ordre chronologique car les brèches de ma connaissance de la vie de Nathan Zuckerman sontimmenses. J’ai un très bon souvenir de La Tâche, dévoré alors que nous étions en Guadeloupe (en novembre 2006, il y aura bientôt cinq ans) et un autre encore plus frais et plus intense du Complot contre l’Amérique. Je n’ai jamais terminé J’ai épousé un communiste que L. avait beaucoup aimé et qui ne m’a jamais fait grand effet. Là-aussi, il faudra s’y remettre attentivement.
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03 août 2011
Image du passé
Musique en Grésivaudan, vendredi 1er juillet 2011 (Quatuor Amôn : Chostakovitch, quatuor #7 & 9, Beethoven, quatuor #8).
Excellent concert dans l’église à la belle acoustique de l’abbé Calès à Tencin. L’audience aux cheveux bien grisonnants n’était guère fournie. J’ai bien peur que ces petits festivals soient à terme condamnés. Ils vivent de subvention des autorités départementales (peut-être) et n’attirent plus. La présidente de l’association qui l’organise a dit quelques mots pour rappeler la situation et la précarité totale d’une telle démarche, devenue sacerdoce. Les artistes, souvent jeunes et toujours talentueux, sont à défrayer de leur frais et leur cachet doit-être payé. Hélas, l’argent pour la musique (classique) manque. Elle ne manque pas pour les festivals de troisième ou quatrième zone pourvus que ceux-ci soient dans l’air du temps (multiculturels et nous promettant un monde sans frontière, sympathiques en diable*). Il n’y aura donc dans dix ou vingt ans plus personne pour aller au concert et encore moins de monde pour les organiser. Ironie du sort, le dernier bulletin du Conseil général nous livrait (à propos du prochain Festival Berlioz à la Côte St-André) le coup de poignard de la bouche de Monsieur Pascal Payen (vice-président chargé de la culture) :
« La musique classique est perçue comme une discipline très élitiste. Qu’en pensez-vous ?
« En Isère, avec le Festival Berlioz, nous prouvons le contraire. Un public de plus en plus large découvre la musique classique et notamment les jeunes. Le prix des places y est moins cher que dans les autres festivals de même importance. Et tout autour du festival, des récitals et des animations, dont beaucoup sont gratuites, dépoussièrent l’image de la musique classique. »
Bien entendu, la musique (classique) n’a pas besoin d’être dépoussiérée, c’est la cervelle des fameux « jeunes » qui doit-être dépoussiérée. Dans ce genre de brochure départementale, on ne parle jamais de l’éducation au goût et de l’envie de découvrir, de la curiosité. Puisque les jeunes ne s’intéressent à rien de ce qui a fait jadis la culture de tout Être soucieux de sortir un peu du quotidien, autant changer la culture elle-même : rendons-la sympathique, mettons-la au niveau de ces idiots peut-être qu’elle finira par les intéresser (en short en casquette vissée sur la tête). Je l’ai déjà écrit ici : ce n’est pas le prix des places le problème. La Maison de la culture (MC2) de Grenoble propose des places à des tarifs plus qu’attractifs aux « moins de vingt-six ans » et pourtant, de jeunes, on n’en voit guère (sauf les musiciens des Ecoles de musique et les enfants des parents qui se soucient réellement de l'éducation au monde de leur progéniture). Bref, c’est peine perdue. Toute la chaîne de transmission est rouillée et tombe en ruine : les professeurs agrégés adorent feu les Rita Mitsouko ou Mika (et alors ? dit le lecteur énervé que je n’entends pas). En allant au concert, le rite social compte autant que le plaisir d’avoir plaisir. Les codes sociaux, déjà bien attaqués et oubliés de tous, se créent et se cultivent lors de ces évènements : on ne vient pas en short de plage ; si l’on doit parler, on chuchote à l’oreille de son voisin, etc. Le pire et triste, dans l’histoire, est que les autorités départementales semblent elles-mêmes bien peu intéressées par la musique classique, sauf à la marge pour vanter leurs inutiles actions.
Du concert, je retiens que, décidemment, les quatuors de Chostakovitch sont d’une belle trempe. Je les pratique les jours d’hiver dans la voiture. Leur noirceur volcanique et débridée me plaît. Chaque phrase ouvre un horizon à parcourir. Bien entendu, s’il s’agissait de mourir demain, ce sont les quatuors de Beethoven qu’il faudrait réécouter jusqu’à la fin. Mais c’est le monument qu’on glorifie, l’origine de ce qui suivra et qui se poursuit de nos jours (une référence au passé, quelle horreur dans une époque qui n’aime que ce qu’elle a vu naitre !). Le quatuor est peut-être la forme musicale parfaite, celle qui se rapproche le plus de la conversation humaine et de la verbalisation de la pensée. Il est l’amitié incarnée.
* voilà que Grenoble, capitale du Dauphiné, organise cette semaine deux jours de fêtes… catalanes !
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20 juillet 2011
...
Courrier des lecteurs du Monde (daté du 20 juillet) : « Quand elle envisage de convertir le 14 juillet en défilé citoyen, Eva Joly ne se contente pas de malmener nos traditions nationales, elle en bouscule encore la cohérence. Il n’y a pas, en effet, de citoyens, et c’est une antienne depuis Condorcet, là où les nouvelles générations ne sont pas dûment instruites et éduquées. Or le parti de Mme Joly vient de porter à la présidence de son conseil fédéral, en la personne de Philippe Meirieu, un doctrinaire de la pédagogie dont la contribution à l’effondrement de l’école est notoire. Dès lors, deux choses l’une : ou bien la candidate de la présidentielle adhère aux principes dont l’application a conduit la jeunesse à ignorer sa langue, son histoire et sa culture, et elle s’interdit l’expression « défilé citoyen ». Ou bien elle reconnaît que son alliance avec les mystiques de l’ « infantocratie » est le simple résultat d’un calcul électoral, et elle abandonne du même coup toute posture moralisatrice. La cohérence est à ce prix. » (Michel Leroux, La Mure d’Isère).
Je propose qu’on donne la légion d’honneur à ce Monsieur Leroux !
21:24 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 juillet 2011
De sottises en sottises...
Demain sera célébré un hommage national aux derniers militaires tombés en Afghanistan. Quelle est donc cette guerre dont on fixe la fin en précisant haut et fort le calendrier de retour de nos troupes ? C’est une mascarade et une tâche de honte pour le pouvoir politique qui donne des ordres si absurdes. Il n’y aura jamais de transfert de pouvoir au pouvoir loyaliste et corrompu de Kaboul. Sitôt que nous aurons le dos tourné (c’est-à-dire bientôt), les talibans (« les insurgés », dans la nouvelle phraséologie officielle) auront vite fait de reprendrent la main et de se rendre maîtres de tout.Ce sera donc un échec ; un gâchis humain, moral et financier. Dix ans de perdus. Les géopoliticiens – du moins, ceux qui enfermés dans leur bureau ne passent pas chaque début de soirée dans les émissions « café du commerce » telles qu’il en fleurit un peu partout sur tous les vecteurs d’information ; ceux-là disent que le problème afghan trouve sa source dans les frontières de ce pays avec le Pakistan. Peut-être. Reste qu’on ne mène pas une guerre en s’assurant d’abord et avant tout du bon vouloir de la population. Dix ans après, malgré les dispensaires, les travaux d’infrastructure et les patrouilles sympathiques parmi la population « tout sourire » notre doctrine est un échec cuisant. Faire la guerre, c’est aussi dire aux populations, choisissez c’est nous ou eux. Mais on ne fait rien de cela, apeurés par la conséquence d’une bavure, d’une erreur de frappe. Il y aura toujours un Ghesquière et un Taponier pour vous faire un bon petit sujet qui remue les consciences du côté du de la bohème indignée des arrondissements de l’Est parisien.
La libération des deux acolytes aura été un grand moment du très réconfortant « entre nous » qui caractérise les médias (j’allais écrire les médias français). Belle séance émotion à France Télévisions, larme à l’œil et tout et tout. Ils ont à ce point le seul et vrai pouvoir que personne ne songerait à leur dire « n’avez-vous pas l’impression d’exagérer un peu ? ». A ce point satisfait d’eux-mêmes, totalement dépourvus de sens moral – ce vilain mot - et du sentiment de honte, leur autocongratulation dépasse le cadre du corporatisme. Il est bien ce qu’il faut appeler un fascisme, au sens premier, la volonté d’imposer aux autres sa volonté.
La droite qui nous gouverne, si malhabile, si sotte dans ses sorties médiatiques en a fait l’amère expérience. On ne critique pas impunément le journalisme en France ! Mentionner que, peut-être, des risques ont été pris en s’aventurant ainsi en plein nid de guêpes, dire que la recherche des otages coûte de l’argent ou fait prendre des risques à ceux qui sont chargés de les délivrer, tout cela n’est pas vrai et ne doit pas être dit. Investis de leur mission divine, le journaliste est toujours là où il doit-être. Le pire, c’est que c’est vrai mais cela n’exclut pas le doute, le questionnement et au final, le repentir.
Je suis un type affreux mais je pense qu’un agent de la DGSE enlevé par des barbus en Somalie a droit à plus de respect, de considération et d’attention que deux journalistes de France Télévision. Son travail est ombre face aux projecteurs médiatiques. Il n’aurait pas dû avoir son quart d’heure de célébrité sous les projecteurs. Il a donné sa vie à la Nation, dans le silence et par la discrétion. Ce n’est pas rien par les temps qui courent.
La récente sortie de Madame Eva Joly (maintenant candidate officielle du parti écologiste à l’élection présidentielle de l’année prochaine) sur le caractère colonial du défilé militaire organisé chaque année pour le 14 juillet et donc, selon elle, sa nécessaire suppression, signe le vrai visage du mouvement, de ses leaders et, au-delà, de ses sympathisants et militants. L’écologie a bon dos (comme toujours). Le programme est rouge vif et embrasse les modes et les rages vindicatives du moment. Celles qui coulent le mieux entre la molle doxa du « tous pourris » de Mélenchon aux « portes ouvertes à toutes et à tous pour l’installation en France » de la gauche dans son ensemble. L’écologie, en tentant d’embrasser la gauche, ne fait que se dissoudre en elle. Cela fait vingt ans que cela crève les yeux sauf au parti concerné. Comment un tel aveuglement est-il possible ? Mystère. La courte aventure Hulot a montré combien la base est enfermée (et plus encore la direction du mouvement) et enterré dans sa boue gauchiste. Pour la première fois, un homme providentiel et à peu près consensuel avait la possibilité de porter loin et fort des idées justes et décisives de respect de l’environnement. On lui a fait passer un joli petit quart d’heure au commissariat politique. Décidemment, l’homme était bien trouble (son passé à TF1) et son autocritique trop sommaire. A croire que ce parti de factions n’est animé que par le désir de servir de paillasson au parti socialiste. Dix députés et un beau ministère de l’écologie, voilà ce qui va les mettre en pamoison. Je n’ai toujours pas compris pourquoi ces gens soutenaient que l’écologie était forcément de gauche. Encore quelques années et ils vont finir par nous dégoûter d’elle.
La droite, toujours la même, au lieu de travailler sur le fond et donc de montrer combien les propos de cette Dame sont sots, bêtes et stupides, préfère attaquer sur le volet (glissant) de la nationalité (ou plutôt la double nationalité) de l’impétrante. C’était le seul angle qui allait obligatoirement ressouder la vieille gauche autour de son aile couleur épinards (bio). Cela n’a pas manqué. Bien entendu, c’est indéfendable. Madame Joly a servi la France, aussi récente que soit sa nationalité française. Fillon n’attaquait pas dans cette direction, il supposait que son histoire récente et personnelle avec la France était peut-être la cause d’une méconnaissance des us et coutumes du pays concernant la célébration de la Fête nationale par un défilé militaire. C’était pour le coup, la prendre pour une demeurée ce qu’elle n’est pas (à ce que je vois dans le prisme déformant de la réalité).
Pour revenir au 14 juillet, on ne peut que s’étonner du slogan choisi par SOS racisme « la France, c’est nous » n’ai pas fait plus de vagues. C’est tout bonnement attentatoire à l’indivisibilité nationale. Imaginez un tel slogan dans un meeting de l’UMP ! On en aurait entendu des pleureuses et des aboyeurs. Et là, rien, pas un mot. Silence dans une mer d’huile. Il faut dire que quelques centaines de milliers de noceurs se déhanchant sur les rythmes métissés et bien comme il faut d’un Yannick Noah cela n’encourage pas à se poser quelques questions. Après tout, l’histoire est claire. SOS racisme travaille pour le PS comme, en cyclisme, le coéquipier travaille pour le sprinter de son équipe.
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13 juin 2011
Le Dépaysement / J.C. Bailly
Jean Christophe Bailly - Le dépaysement par centrepompidou
Excellent livre, très enrichissant. Je vous le conseille.
18:17 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
25 mai 2011
Bach or not Bach ?
Je n'ai été que moyennement emballé hier soir à la MC2 en écoutant l'interprétation de Nicholas Angelich des Variations Goldberg. Le disque, qui vient de sortir, me plait plutôt. Etait-ce la chaleur de l'Auditorium, les tousseurs ? Les moments vifs et intenses m'ont paru agité, souvent un peu confus. Peut-être l'acoustique, le piano ? Les variations lentes et mélancoliques sont par contre très belles, traitées comme de la musique romantique mais sans excès, sans pathos. Le cycle, dans son ensemble se tient mais je ne sentais pas le Bach de l'au delà. Je pensais à une sorte de passage obligé: pièces de prestige pour concertiste chevronné et reconnu. Je dois me tromper !
21:02 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01 mai 2011
Voyageuse au livre
Elle était assise en face de moi, plutôt jolie (jeans et veste de cuir), une petite marque (chute ?) sur le sourcil gauche, les yeux sombres, quelques tâches de rousseur, moins de 26 ans (carte de réduction 12-25), acrobate du SMS, son prénom est Émilie. Elle lisait ça:

(je note ça pour ne pas oublier)
20:54 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Kommt,...
20:34 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 mars 2011
Bistrot-blog
Je reprends ici les grands entretiens avec Aline Cut, commencés en 2006 et 2007.
AC : Cher Inactuel, vous vous faites rare sur ce blog. Lassitude ?
I : Lassitude, oui sans doute et puis le temps qui passe, le manque d’envie de répéter toujours la même rengaine, le « à quoi bon ? » qui gagne. Enfin, réjouissez-vous de me revoir en face de vous, prêt à faire valoir mon point de vue.
AC : Je m’en réjouis, n’en doutez pas ! Le monde a bien évolué depuis notre dernier entretien. Quelle est votre réaction aux printemps de la liberté qui souffle en Afrique du Nord et dans les pays musulmans, en général.
Je me réjouis que les peuples opprimés aient réussi à se débarrasser des tyrans qui les gouvernaient. Tout s’est passé si vite. Le monde est un peu chaos, abasourdi par la rapidité du changement et sa soudaineté. Néanmoins, tout n’est pas rose. En Lybie, rien n’est réglé. Le pays me semble plonger dans une guerre civile qui risque d’être sans fin. Passez-moi l’expression mais c’est le bordel et on ne voit pas qui organisera l’ordre et le retour au calme.
AC : La France, l’Europe ?
Sans doute pas, nous ne sommes pas les bienvenus, l’ambiguïté récente de notre politique ne plaide pas en notre faveur. Remarquez bien que, malgré les critiques, nous ne restons pas les bras ballants contrairement aux « pays frères » qui ne se préoccupent pas beaucoup du sort de leurs ressortissants. C’est encore à nous, malgré l’hostilité de la rue arabe, selon l’expression consacrée, de nous occuper de tout cela. Je ne suis pas certain que cela nous ménage de meilleurs sentiments mais nous avons l’habitude d’être le dindon de la farce…
AC : Ce changement de gouvernance génère bien de l’inquiétude.
I : Oui et c’est justifié. On sait ce qu’on perd, on ne s’est pas ce qu’on gagne suivant l’adage bien connu. Restons optimistes ! Je ne crois pas la jeunesse de ces pays soit si différente de la nôtre. Tout compte fait, que veut-elle ? Elle a partout la même aspiration ; une belle paire de chaussures de sport et un Iphone. De Shanghai à Alger, le désir est le même : consommer tranquillement – ce qui implique d’en avoir les moyens - et vivre sa vie ; être soit même le centre du monde avec en bordures, deux ou trois petites préoccupations écologiques dans une universalité mondialisée, métissée dans un peuple monde transparent.
AC : Ah ! Vos vieux thèmes…
I : La démocratie est un grand bien ! Souhaitons leur autant de joie et de bonheur que nous de vivre dans ce merveilleux système (ce n’est pas ironique). Hélas, je ne crois pas que la démocratie est la même ici ou là. Et je ne parle même pas de la tradition démocratique et qui va être un rude challenge (pour parler la novlangue) dans des pays qui ne l’ont jamais connue. D’ailleurs, c’est l’une des questions les plus passionnantes de cette révolution. Ces pays vont-ils épouser notre modèle, en combien de temps ? Quelle sera la friction du pouvoir du Peuple et le pouvoir de Dieu ?
AC : Vous n’êtes pas très optimiste ?
I : Si, je le suis, car la classe politique qui gouvernera est en grande partie issue de nos modèles démocratiques et souvent, même, a été formée dans nos écoles, a vécu dans notre monde (occidentale). Reste le poids (le mauvais) de la tradition, de la religion, des luttes tribales, etc. Comment calquer un modèle démocratique issue d’une civilisation profondément sécularisée sur une civilisation théocratique et clanique ? Mystère, nous verrons.
AC : Sans parler de la corruption, à tous les étages.
I : Oui ! Et ce sera le plus dur à vaincre. Ces révolutions tombent au plus mauvais moment vu l’état de l’économie mondiale. De quoi vivre pour ces peuples, sans autres ressources que le tourisme et la manne pétrolière ? Les Chinois, viendront peut-être les sauver en dépeçant le cadavre…
AC : Chine très absente pour l’instant…
I : Et elle le restera puisqu’en interne, le black-out règne. Il n’y a pour elle aucun intérêt à créer du désir parmi sa jeunesse. Je note au passage combien le manque de démocratie en Chine arrange tout le monde (dans la civilisation de l’IPhone pour tous). Une révolution là-bas et ce serait toute la planète qui verserait dans le désastre ! La Chine s’occupera de l’Afrique du Nord comme elle s’occupe du reste de l’Afrique aujourd’hui : comme débouché de ses produits et comme réserve à matière première.
AC : Pensez-vous que ces révolutions modifieront les équilibres migratoires ?
Probablement. Du côté de Lampedusa ou de Vintimille, on en est déjà persuadé. Kadhafi était d’une aide précieuse (brutale et sauvage, suivant son penchant) pour réguler les flux en provenance d’Afrique. On ne lui a pas acheté cette faveur à vil prix. Il a beau jeu, maintenant, « d’ouvrir les vannes », sans doute aussi parce qu’il ne contrôle plus rien sur ce point précis (comme sur d’autres). Hélas, nous autres, pauvres Européens insouciants n’avons rien de prêt pour répondre à cet afflux. Chaque pays se retourne fébrilement sur son territoire. On ne peut pas demander à l’Italie d’accueillir tout ce beau monde « en attendant que ». Le flux n’est pas prêt de se tarir. Il faut prendre des décisions courageuses et ne pas permettre à cette immigration de prendre pieds sur le sol européen pour deux raisons essentielles : i) nous avons déjà du mal à éponger les vagues précédentes (avec toutes les difficultés qui y sont associées), ii) la situation du marché de l’emploi ne nous permet plus de fournir du travail à tous. Il faut donc fermement et courageusement dire « non, ça suffit ». Ce soir, j’entendais de jeunes Tunisiens, arrêtés à la frontière italienne dire « on est parti parce qu’en Tunisie, il y a des pillages et plus de police ». Ce n’est pas un argument recevable ! On ne peut pas quitter son pays alors que l’espace des libertés s’élargit, que tout est à reconstruire ! Bien entendu, il ne s’agit pas de les rejeter à la mer mais d’aider leur pays vers la voie qui est la nôtre. Hélas, si on les aide, on nous traite d’ingérence, de France-Afrique et de France-Total. Si on ne fait rien, on nous traite d’horribles êtres sans cœur ! Encore une fois, demandons au Chinois ce qu’ils font ! Je note – ou plutôt, je relève à nouveau – combien cette parole d’opposition et de contrition vient d’une partie de notre Peuple, ces Français nourrit de la haine de soi qui n’ont que le mot métissage et immigration à la bouche. C’est l’un des évènements les plus déterminants de ces trente dernières années. Comment une partie importante de notre Nation a versé dans le parti pro-immigration ? Pourquoi cette masse informe s’est rassemblée autour de ce thème ? La sociologie ne s’est pas emparée de cette belle question. C’est bien dommage ! Nous en rediscuterons.
21:44 Publié dans Air du temps, Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 janvier 2011
Bonne...
...année à toutes et tous.
Ma première bonne résolution est de reprendre le fil de l'écriture sur Inactuel.
Portez-vous bien !

15:41 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20 octobre 2010
C'était hier...
19:18 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
01 septembre 2010
Frissons d'été
Comme prévu, le flan médiatique est retombé. Tout est redevenu calme à La Villeneuve (comme à Gennevilliers (guet-apens, cette nuit, contre les forces de l’ordre à coup de parpaings)). Oui, tout est calme ou tout le redeviendra sous peu. A France 3 Grenoble, on a déjà (re)sorti le reportage parfait. Une bonne petite famille de blancs, très « gauche-assosses-médiateurs-grand frères » qui nous (dé)montre par a plus b que la vision du quartier donnée au mois de juillet à la France entière (et jusqu’aux Etats-Unis) n’est pas la réalité, que tout est bien normal, bien convivial, parfaitement métissé et tout et tout. Ah oui, si cela va mal, c’est la faute à l’Etat qui ne paye plus les assosses, etc. Qu’il y ait d’autres problèmes et en premier lieu des voyous, trafiquants en tout genre, on n’en entend pas parler puisque ce n’est pas la réalité et cela n’a jamais été ainsi.
Jadis, j’avais le projet de noter à chaque fois que je voyais ces pauvres petites dix minutes de désinformation locale, le nombre de reportages consacrés aux sans papiers, aux associations qui les soutiennent, aux instituteurs refuzniks, aux vieilles dames de RESF, à toutes ces populations tellement dans le moule de la plus bête bienpensance. Je crois que je vais finir par m’y atteler.
Nouveau petit chapitre, celui des Roms, absolument insignifiant (le chapitre, pas les Roms) mais qui signe la fin de la politique des communiqués et des effets d’annonce. Mon Dieu, qu’avons-nous fait pour avoir une droite aussi sotte, maladroite et stupide ! Il faut bien entendu faire sans rien dire puisqu’on communique ou pas, il y aura toujours un torche-papier de Libération pour monter un petit article incendiaire aussitôt repris par la cantonade.
Les Roms chassés de Roumanie par les Roumains qui les traitent, pour le coup, comme des chiens et des moins que rien - et qui, d’ailleurs, on le culot de venir, sans rougir, nous faire la morale – sont, une fois arrivés en France, en situation de non intégration. Pourquoi le sont-ils ? Parce que leur projet n’est pas de rejoindre la communauté nationale mais de vivre entre eux, suivant leurs habitudes et leurs préceptes, bien souvent sous la coupe d’organisation mafieuse (esclavage des enfants, femmes chargés de marmailles trainant toute la journée à la recherche de la pièce, etc.) en sachant que la vie ici (quoiqu’on en dise) est meilleure ici que là-bas. Pourquoi ne pas les accueillir, après tout ? Mais alors, à nos conditions (pas aux leurs) : apprendre notre langue, renoncer à la vie communautaire unilatérale et tout faire pour ne plus donner la terrible impression qu’ils sont là pour simplement profiter du système, en vivant de rapines et d’expédients. Certes, en France leurs enfants sont scolarisés (plus ou moins) et c’est peut-être par eux que les parents pourront changer. Hélas, notre pauvre pays ne peut plus accueillir toute la misère, n’a ni le temps, ni la patience, ni sans doute l’envie de prendre en charge une nouvelle communauté alors qu’elle a déjà bien des soucis avec les éléments récemment associés à la Nation. Bref, comme le dit André Glucksmann dans un article paru dans Le Monde daté d’aujourd’hui, on a sans doute « le droit à l’errance », au vivre librement partout et à tout moment mais ce droit inaliénable ne doit pas se faire au détriment des autres (et principalement au détriment de ceux qui accueillent). Il est d’ailleurs très frappant de noter qu’à chaque fois que des problèmes surviennent (avec certains Roms, avec certains membres de la Nation issus de l’immigration, avec certains manouches, …) c’est obligatoirement du côté de la communauté qui accueille (la France, les Français dans leur ensemble) que sont présentés les problèmes et jamais de l’autre côté.
Tout cela s’explique aisément par la « metissophilie » galopante et dominante qui règne depuis quelques décennies. L’autre -celui qu'on appelait jadis l'étranger, avant que les frontières ne soient doctrinalement abolies - est par essence bon ; en tout cas meilleur que nous, vieux chancres pourris d’une Nation qui n’en finit pas de crever.
[Sur ce, une annonce reçue sur Facebook : au musée Dauphinois, la prochaine exposition s’intitule « Ce que nous devons à l’Afrique », que la réciproque soit possible ou même évocable et bien cela est devenu indicible: nous en sommes arrivés là !]
22:03 Publié dans Air du temps, Du journalisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note










