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  • Deux promenades d'arrière-saison

    Il me faut revenir ici sur les deux dernières promenades que nous avons pu effectuer sous le soleil d’automne. La première nous a conduit vers le lac de Paladru, si célèbre pour son site archéologique lacustre (« chevaliers de l’an mil »). Notre motivation principale était « d’aller au châtaignes » car la forêt qui s’étend mollement entre le lac et la vallée de la Bourbe en regorge. La marche commence à quelques encablures du château de Virieu qui est sans doute l’un des plus beaux du département, parfaitement entretenu, et qui jouit d’une position dominante au-dessus du vallon. Sa visite est très intéressante et s’agrémente d’un parcours dans les jardins tout à fait plaisant. A la croix de l’Hommésy (quel nom !) débute le parcours qui conduit assez rapidement à la forêt et aux fruits d’automne si convoités. La récolte 2005 ne me semble pas être un grand cru, peut-être parce que nous sommes passés un peu tard et que les plus beaux marrons avait déjà été ramassés. Néanmoins, on constate assez rapidement que les bogues sont remplis mais très souvent de très petits fruits dont la maturation semble s’être achevée un peu trop vite. Au même endroit, en 2003, pourtant année de sécheresse, la quantité et la qualité des châtaignes étaient plus importantes. Les plus beaux spécimens se trouvent en lisières de bois où sous de vieux arbres en bordures des chemins creux. Cette promenade ménage d’assez belles vues sur ce qu’on appelle communément (sans doute par manque d’inspiration) le val du Dauphiné ou, plus prosaïquement, la campagne. Il y a une très agréable partie du chemin (en fait, le GR 65 qui relie Genève au Puy), sous la hêtraie, « en feu » à cette époque de l’année, qui conduit à la Silve Bénite où fut fondé, en 1116, un monastère par les chartreux. Du chemin qui contourne le beau mur d’enceinte des constructions, on jouit d’un vaste point de vue sur la Chartreuse et sur le Mont-Blanc que l’on aperçoit, au loin, à la faveur d’une ouverture dans les massifs calcaires des Préalpes.
    La seconde promenade nous a conduit sur l’alpage du Sornin, bien visible des grenoblois, à l’extrême nord du Vercors, au bord de l’immense falaise qui plonge vers la vallée de l’Isère. La montée débute au petit village d’Engins, à travers une forêt mélangée de feuillus et de résineux. Pas âme qui vive en ce samedi après-midi: les immenses prairies étaient pour nous seul. Il faut absolument pousser jusqu’au belvédère de la Dent du Loup car il est saisissant et ceci malgré la ligne électrique qui défigure un si bel à pic ! L’impression de vide est si forte qu’il est difficile de résister aux frissons du vertige. De là-haut, on lit à « paysage ouvert » toute la géologie des Alpes du nord.

  • Concert

    Vendredi soir, concert du trio de Brad Mehldau au Cargo/MC2. Le grand auditorium était plein : public d’abonnés (pas toujours très jeunes) et de fan du jeune prodige américain. L’arrivée de Jeff Ballard à la batterie (en remplacement de Jorge Rossi parti sous d’autres cieux) a profondément modifié l’esthétique musicale du groupe. Paradoxalement, le rôle de Larry Grenadier, bassiste, est moins en lumière. Il faut dire que Ballard a de sacrés arguments à faire valoir, avec une qualité de son et, surtout, une présence rythmique assez bluffant. Le trio a principalement joué des titres du dernier album (Day is done) qui est l’élément fondateur d’une nouvelle direction, d’une nouvelle dynamique. Une heure de concert « régulier » (avec un magnifique et énergique Everything is in the right place d’après Radiohead) puis une heure de rappels (5 au total, dont certains titres du dernier album, joués plusieurs fois, retravaillés, présentés dans une nouvelle mouture, sous un nouvel éclairage). Le jeu pianistique de B.M. a perdu en romantisme échevelé ; les notes sont toujours aussi tenues, avec une attaque ferme et un son savamment dosé dans la durée. La main gauche tient le rythme et la droite court sur le clavier pour zébrer la ligne mélodique ou, au contraire,  être la cheville ouvrière du propos musical. Tout cela est magique et reste du premier ordre dans l’univers jazzistique contemporain. C’était pour moi, le quatrième concert du trio. Celui-ci fut le plus intéressant formellement même si, privilège de la nouveauté oblige, sa prestation lors du concert au parc floral de Vincennes (en 1997 ou 1998) est encore dans ma mémoire. La tournée du trio se poursuit en France durant cet automne. Les (chanceux) parisiens pourront l’écouter à l’Olympia le 4 novembre.

  • Retour

    Retour sur le voyage en Italie. Nous avions prévu une arrivée à Naples par la mer, en empruntant la ligne metro del mare qui devait nous permettre de découvrir la ville de "l'autre côté", pour mieux en saisir l’étendue et la topographie. Hélas, en cette basse saison, les bateaux-navettes entre Sorrente et Naples sont bien peu nombreux; le départ tardif nous aurait, dans tous les cas, privé d’une journée complète de découverte. Plus prosaïquement, nous sommes donc arrivés par les grandes banlieues et l’enchevêtrement informe de routes, rails et maisons. Pour gagner du temps, et nous éviter le parcours à pieds du Corso Umberto, nous avons pris un bus qui nous a mené jusqu’à la Plazza Municipio où trône, adossé à la mer,, le Castel Nuovo et son arc de triomphe en marbre blanc célébrant la victoire des princes aragonais sur les angevins. De là, on rejoint rapidement le Théâtre San Carlo (façades en réfection) et la Galerie Umberto 1er qui est un belle œuvre architecturale, sans doute parce qu’elle est totalement intégrée dans le bâti du quartier. Un peu plus loin se dessine la Piazza del Plebiscto qui fait face au Palazzio Reale. Nous avons visité ce palais, considérablement abîmé lors de la dernière guerre mondiale, et qui servit, en partie, de cantine aux troupes américaines. Les restaurations ont ramené à la surface l’héritage des différentes dynasties ayant régnées sur Naples. La visite est très agréable. Il faudrait passer un temps plus long que celui dont nous disposions pour détailler chaque œuvre d’art présentée dans les salons historiques. C’est l’impression frappante en Italie, d’être toujours dans un musée, de se confronter en permanence à des styles artistiques différents, à une civilisation fondatrice en matière d’Art. Suite du parcours vers le fameux Château de l’Œuf, en longeant le front de mer par le petit port de Santa Lucia. Cette massive construction donne un air médiéval à l’avant port. C’est aussi un beau belvédère sur la ville. Poursuite vers la Piazza Vittoria par la via Partenope qui est un front de mer pour une alignée d’hôtels construits au dix-neuvième siècle. Nous avons déjeuné dans une assez simple mais bonne trattoria de la via Chiaia. On ne sait jamais trop ce qui va vous être servi mais les pasta al volgonce se sont révélées délicieuses. Les jambes sont déjà un peu lourdes au moment d’aborder la remontée de la via Toledo, jusqu’au musée archéologique. Et c’est bien là que la frustration a été la plus grande : le manque de temps ne nous a pas permis de découvrir ces minuscules ruelles remontant toutes vers la chartreuse San Martino. Après la visite, le retour s’est fait par la Piazza Bellini où régnait une atmosphère toute napolitaine (pour résumé: palais majestueux et bruits divers et incessants). L’arrêt au cloître de Santa Chiara fut un temps pour reprendre un peu de forces. Hélas, c’est aussi l’instant où un bel orage décida d’éclater, de sorte que le reste du parcours (via Croce vers San Lorenzo Maggiore) se fit sous une cataracte d’eau. La visite du baptistère de San Giovani in Fonte, niché dans la partie la plus ancienne du Duomo, fut une découverte. A gauche du chœur de la chapelle San Restituta, se trouve une superbe mosaïque du quatorzième siècle mais c’est dans le baptistère, qui est le reste le plus ancien de la première basilique chrétienne de Naples, que l'on’admire les somptueuses mosaïques sur fond bleu, d’inspiration orientale, de la coupole. Sous cet ensemble historique (le feuillet distribué à l’entrée insiste sur le fait que même Rome ne dispose pas d’un baptistère si ancien) a été aménagé un parcours de découverte des fondations de la chapelle. Tout cela n’est pas très lisible (par exemple, bien moins que dans la crypte du parvis de Notre-Dame à Paris) mais on peut admirer in situ des mosaïques d’époque romaine. Le Duomo est célèbre pour abriter le sang de Saint-Janvier qui, comme tous les ans, s’est liquéfié le dimanche précédant notre arrivée en Campanie, mettant ainsi ce voyage sous les meilleurs hospices.

  • En hommage

    Les deux derniers jours furent absolument magnifiques, à tous points de vue. Un ciel bleu, qu’aucun nuage ne venait troubler. Même les traînées de condensation des avions étaient d’une discrétion remarquable (et remarquée). Nous avons profité de ces deux jours de repos pour arpenter un peu plus notre beau Dauphiné. Samedi, belle promenade (à classer dans le catalogue de celles de « l’après déjeuner ») vers la baraque de berger dans l’alpage de Revel, sous la menaçante face ouest du Grand Colon. Ce sommet, si caractéristique, a une vague forme de trapèze. On l’aperçoit d’à peu près partout lorsqu’on est dans la plaine (et spécialement en parcourant les rues de Grenoble). Il est très légèrement détaché en avant du grand arc de montagnes formant le massif de Belledonne. Ce n’est pas un sommet mineur, c’est un phare. Du haut de ses 2300 mètres on a une vue plongeante sur le Grésivaudan, des Bauges jusqu’à la cluse de Voreppe et une idée assez nette du rebord oriental du Vercors (encore appelé « mur des Sarrasins »). La montée à partir du croisement des « quatre chemins » est assez douce, le long d’une piste forestière dont on croit ne jamais voir le bout. La sente se fait ensuite plus discrète et monte en lacet vers l’alpage. Quelques plaques de neige étaient encore présentes à 1700 mètres, derniers reliefs du retour hivernal de la semaine dernière. Au retour, coup d’œil sur l’église de Saint-Jean-le-Vieux qui a belle allure (surtout le clocher, très roman dans l’âme et dans la pierre avec ses baies géminées à l’étage). Hélas, le crépi (récent, trop ?) est horrible et son aspect général celui d’un vilain nougat comme nous avons pu le lire, à notre retour, sous la plume d’éminents spécialistes. Notre guide émérite lorsqu’il s’agit de cette période en histoire de l’art (Dauphiné Roman, Zodiaque) n’est pas très disert sur l’édifice.
    Dimanche, la promenade nous a conduit vers le Trièves et le Mont Aiguille pour l’ascension d’un autre sommet, mineur celui-ci mais intéressant par sa position : le Goutaroux (vilain nom pour une montagne). La montée débute à partir du petit village de Tréssanne (ou Trézanne car cartes et pancartes semblent en assez net désaccord là-dessus) où règne une sensation de bout du monde. Cette longue ascension s’accompagne de vues stupéfiantes sur le Mont-Aiguille, que l’on découvre, en forte contre-plongée, par son « petit » côté qui est le plus beau car il donne un caractère altier et fier à cette montagne. Cette courte randonnée est un bon essai pour tester sa forme physique, notamment sur certain petit sentier que l’on parcourt face à la pente (mais où étaient les lacets ?) sous le couvert d’un beau bois de résineux. L’échappée, et le moment de bonheur, arrive peu avant le sommet, au débouché de la forêt sur l’arrête terminale. La vue qui se déploie alors est immense avant d’être belle. Le panorama est clos, tout au loin, par les Bauges qui ferment le Grésivaudan vers la cluse de Savoie. A gauche, la Chartreuse; en face, au-dessus du Sénépi, l’Oisans déjà blanchi. A mi-plan, l’Obiou qui se termine au col de la Croix-Haute, derrière soi, le grand mur du Vercors jusqu’au Moucherotte. Le plateau du Trièves est à nos pieds, en douce pente remontant vers le sud. C’est un paysage de champs modestes, de hameaux disséminés ça-et-là. J’ai pris conscience qu’un tel pays n’avait peut-être pas besoin d’une autoroute et que ce projet de liaison Grenoble-Sisteron allait être une balafre indélébile. Pour terminer et en hommage à Jacques Lacarrière, disparu le mois dernier, ces quelques mots tirés de Chemin faisant :
    « On choisit un chemin et non les choses à voir puisque c’est lui qui vous mène (ou ne vous mène pas) vers l’insipide ou le merveilleux. Ce faisant, on éprouve malgré tout le sentiment non d’un désir perpétuellement inassouvi (celui de toutes les choses qu’on pourrait voir sur les autres chemins) mais au contraire une sorte de plénitude, d’une nécessité à la fois inéluctable et nourricière puisqu’elle seule constitue pendant des jours, des semaines ou des mois, au fil de votre route, le fil même de votre vie » (Editions Payot)
    Voilà qui me laisse bien songeur, tout en écoutant les premières notes du deuxième livre du Clavier bien tempéré enregistré au début des années 70 par Sviatoslav Richter.

  • Trésors enfouis

    Pompéi est le passage obligé lorsqu’on séjourne en Campanie. Le site est plus vaste que je ne l’imaginais. Une fois la cohue dépassée, il y a moyen de s’isoler. Faire la part des choses entre, les murs reconstruits et ce qui est dans le jus, n’est pas toujours facile mais le lieu est préservé, somme toute assez calme et distant au monde qui l’entoure (heureusement !). De nombreuses maisons sont fermées à la visite car s’y déroulent des travaux d’entretiens ou de réhabilitations. Ainsi, il nous fut impossible de visiter le célèbre Lupanar, encore moins la maison des Vetii. La Villa des Mystères vaut le détour même si c’est surtout la célèbre fresque qui nous conduit jusque là. Cette œuvre est dans son ensemble assez bien conservée, les visages des personnages très énigmatiques (pour ne rien dire de l’intrigue qui se joue sur les dix panneaux formant les quatre côtés d’une pièce rectangulaire). Je pense qu’il faut être sur place pour comprendre le titanesque chantier qui a présidé à la découverte puis à la sortie de terre de ces trésors enfouis. Il ne faut pas oublier, également, que ce fut un cimetière de fait pour les malheureux qui se trouvaient là lors de l’éruption de l’an 79. Le moulage d’un corps recroquevillé, que l’on peut voir dans une remise, près du Forum, nous le rappelle.
     La véritable découverte archéologique de ce voyage fut, sans aucun doute, la visite de la Villa de Poppée, seconde femme de Néron, à Oplontis, c'est-à-dire un peu avant Pompéi lorsqu’on vient de Naples. Le site est nettement sous le niveau du sol actuel, et une sorte de coupe stratigraphique dans le jardin montre bien l’épaisseur de vomi volcanique qu’il fut nécessaire de dégager pour mettre à jour ces beautés. Car cette Villa, dans son agencement de maison patricienne, fait beaucoup pour nous faire aimer le génie architectural et, surtout, décoratif des romains. L’habitation s’organise autour de grands salons de réception, de pièces plus intimes et, même, de quartiers réservés aux esclaves. L’état de préservation est surprenant, la fraîcheur de certaines fresques étonnante avec un goût du détail et de l’aménagement porté à un haut niveau, témoin ces petits animaux délicatement peints sur un mur d’une zone de passage, a priori sans intérêt pour le regard. Je m’étonne que si peu d’architectes, si peu d’artistes contemporains ne s’inspirent plus de l’héritage romain. Il y aurait bien des villas à imaginer autour d’un péristyle ou d’un triclinium.
    Au Musée Archéologique de Naples, situé tout en haut de la via Toledo, il est possible d’admirer quelques jolies mosaïques extraites des scavi d’Herculanum ou de Pompéi. Ne sont montrées ici que des pièces de choix, assez peu nombreuses, mais toutes admirables au premier rang desquelles la célèbre bataille d’Alexandre. On peut aussi, en se faisant inscrire préalablement, visiter le célèbre Cabinet Secreto regroupant quelques fresques ou autres sculptures assez peu chastes. Ce décorum du petit papier à demander benoîtement à l’entrée du musée ainsi que le gardien derrière la grille de l’enfer font très légèrement surannés. Le musée – peut-être à l’imitation détestable de certains musées parisiens – n’ouvre en permanence que la moitié de ses salles, de sorte qu’il est toujours pénible de parcourir un lieu à demi-fermé. Dans une arrière salle, à laquelle on accède par une charmante cour, est regroupée une belle collection de statues gréco-romaines issues de la collection Farnèse. Tout occupé à photographier l’enlèvement de Proserpine, j’ai oublié de saluer le célèbre Taureau.

  • Reprise...

    Aujourd’hui le temps est nettement au mauvais ; la pluie est soutenue et, à cinq cents mètres d’altitude, nous sommes au cœur du nuage, sans espoir, à cette heure tardive, de voir poindre un rayon de soleil. La 7ième symphonie de Bruckner, dans l’interprétation de Herreweghe que j’écoute tout en écrivant ces lignes, va assez bien avec l’humeur du temps qu’il fait. Je ne suis pas un fan éperdu de Bruckner. C’est pour moi une musique de situation. Autant dire qu’il faut que les conditions au moment de l’écoute doivent être parfaites, c'est-à-dire s’accorder à merveille au lieu, au temps, à l’heure et, plus que tout, à mon humeur. En cet instant, tout est pour le mieux.

    Nous avons effectué, il y a peu, un magnifique séjour dans la baie de Naples. C’était une découverte et une très bonne et agréable surprise. Il y a des voyages qu’on oublie rapidement, il y a surtout ceux qui se gravent profondément en nous. Et le meilleur moyen de faire la part des choses est, en ce qui me concerne, d’évaluer le niveau de nostalgie au retour. Et cela se mesure à l’aune du vague à l’âme, au point où votre esprit est restez là-bas alors que votre corps est déjà ici. Mercredi dernier, jour de reprise d’activités, le baromètre, n’était pas très haut ; l’esprit en tout cas ailleurs, sans doute dans les brumes de la baie ou occuper à scruter les développements nuageux sur le Vésuve.

    [Ici, changement de disque, pour le De Profundis de Vincent Paulet dans l’interprétation du chœur de chambre Les Eléments dirigé par Joël Suhubiette. Le troisième mouvement Speravit anima mea est merveilleux, d’une intensité solaire, d’un entraînement vers le sublime parfaitement réussi. Il me fait songer au Requiem de Pascal Dusapin, dans une veine assez différente, il est vrai].

    [Et même changement de jour, lundi 3 octobre, la soupe, au loin, se prépare].

    Le site de Sorrente, notre camp de base pour ce séjour, est admirablement situé en ceci qu’il occupe une position stratégique d’eucentricité. Depuis le rivage on peut ainsi admirer la baie dans son grand déploiement : d’Ischia, la grande île, jusqu’à la presqu’île sorrentine, non sans être passer du regard à Naples puis au Vésuve. Sorrente est encore richement pourvue de villas, la plupart en bord de mer, et qui sont maintenant des hôtels plus ou moins somptueux. Le cadre serait idyllique si la circulation automobile n’y était pas à ce point effrayante d’intensité sonore. Mais ce ne sont pas tellement les voitures qui dérangent mais ces pétaradants scooters dégageant une fumée acre. On se demande presque si l’air urbain n’est pas plus pollué que nos grandes métropoles. Apparemment non : les crépis ne portent pas ces sombres balafres si caractéristiques des suies et autres microparticules. On peut toujours trouver un peu de calme, ici ou là, pour flâner parmi les orangeraies et les citronniers mais, tôt ou tard, il faudra affronter cette nuisance. Le déchaînement de circulation atteint un pic en fin de journée, où des chevauchées de scooters s’organisent un peu partout, apparemment sans but précis, sinon « de prendre l’air ». Reste que Sorrente vaut sans doute un détour bien que l’extrême terminaison de la presqu’île, telle qu’elle nous est apparue, vue de la mer, lors de notre périple vers Positano, semble réserver des trésors cachés: un littoral bien moins construit, une côte plus désertique mais également plus sauvage.

    Positano, justement, regorge de touristes, tout spécialement anglo-saxons, même si le rush estival parait être un peu dépassé. Le cadre n’est pas vilain, les maisons, d’architecture assez banale, mais empilées les unes sur les autres et la communion intense de la montagne et de la mer finissent par faire un bel ensemble même si un peu trop carte postale. C’est sans doute au second degré qu’il faut ici porter son regard. En revanche, inoubliable est le retour vers S., au coucher du soleil, lorsque l’embarcation passe à mi distance de la côte et de Capri, pour ensuite foncer droit vers le Vésuve. Ce joli mont à la propriété assez remarquable d’accrocher facilement à son sommet quelques nuages, et ceci, dès le matin. Le paysage ou ce qu’il faut bien appeler la beauté de la vue, s’en trouve tout de suite dynamisé car cette verticalité rompt un peu la douce monotonie de l’horizontalité du rivage. D’ailleurs, la forme même du volcan est admirable. De Pompéi ou de Torre del Greco ont observe très bien ce cône à double inclinaison, aux pentes verdoyantes puis plus minérales, qui stationne comme un phare au fond de la baie.

    Comme tout les villes ayant vocation de métropole régionale, Naples est rongée par le déploiement incontrôlé de banlieues, toujours plus étendues et hideuses. Mais de cette enchevêtrement de maisons laides (petits immeubles à deux ou trois étages pour la plupart) naît une assez simple unité, quelque chose de caractéristique au pays. Certes, il n’y a pas de quoi s’extasier mais le parcours en train (circumvesuviana) donne un aperçu assez juste de cette urbanisation incontrôlée, d’autant plus que les habitations sont extrêmement près des voies. Le linge qui sèche au balcon est une caractéristique du lieu, à en devenir sa signature obligée. Là aussi, on n’est pas loin du souvenir de carte postale, de passage obligé pour la mémoire. C’est aussi, un peu, l’illustration du danger à lire les guides de voyages avant son départ. L’essentiel à oublier, souvent le plus insignifiant mais le plus visible, nous est balisé et expliqué à loisir. Ce faisant, on se restreint à ne repérer que le « premier ordre » en oubliant tout le détour, cette somme de détails qui finit par faire un tout.