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  • N'oublions jamais

    A partir de demain, deux jours de séminaire d’entreprise pour nous apprendre à travailler. Le peu que j’en ai vu et entendu, ce matin, promet déjà beaucoup. On va nous faire connaître la « culture de l’entreprise » et la gestion de projets (la Qualité pour les nuls). J’ai bien peur que cette farce ne soit là que pour combler les lacunes managériales. La bonne nouvelle est notre résidence sur le plateau du Vercors. J’espère que des moments de calme (et de solitude !) nous seront ménagés entre trois gesticulations du chef pilote de groupe. Je crains par-dessus tout, ces inévitables veillées et discussions au coin du feu, à créer de la psychologie de groupe et à vider son sac. Ce genre de conversations du commerce finit toujours par être fâcheusement ennuyeux, stérile et improductif (sans parler de la perte de temps).
    En attendant cela, vendredi était le cinquantième anniversaire de création du centre de Recherche dans lequel je travaille. Pas le moindre message interne ni déclaration. Juste une petite copie sur l’intranet (que personne ne lit, bien entendu). Ce bout de papier (mal scanné, pour faire vintage ( ?)) est le fossile d’une autre époque. Une époque sans PDA ni brainstorming, un temps de pionniers et de défricheurs.
    Bizarrement cet anniversaire tombait avec celui du divin Mozart.
    J’ai beaucoup repensé à Bordeaux, j’en ai même rêvé d’une manière assez confuse : une grande avenue, des bâtiments de pierre, une femme à la fenêtre qui m’observe avec mon sac sur le dos, le chauffeur de taxi qui m’emmène à Libourne voir la Dordogne (quelle idée !)…. Pas très clair tout cela.
    Hier soir, deux ou trois minutes de grâce à la fin du concert de clôture de la « folle journée » de Nantes : Didon et Enée, le grand chœur final, cette longue et plaintive blessure qui n’en finit pas de raisonner à mes oreilles.
    L’alpiniste Jean-Christophe Lafaille est peut-être mort sur les pentes glacées du Makalu. Les journalistes font mines de s’intéresser à lui une fois qu’il a disparu. Quel gâchis, quelle dilatation de la réalité quand on pense aux efforts surhumains de cet homme admirable comparés à ceux de nos stars du ballon ronds et des plateaux télévision.
    En cet instant, je pense très fort à lui, tout en écoutant l’agnus dei de la messe en si de Bach (Harnoncourt à la baguette).

  • Ville de lumières

    Mardi et mercredi à Bordeaux pour y donner un cours et travailler avec des collègues universitaires. Deux jours sous un grand soleil radieux. J’ai découvert cette ville très tardivement, en 1998, au terme du grand périple qui m’a mené de G. à la pointe de la Grave, en passant par toute cette France profonde (ce n’est absolument pas péjoratif), ce pays que j’aime temps : le Puy, Saint-Flour, Aurillac, Sarlat, etc. Ce fut un beau mois de mai, sous le soleil. A ces souvenirs, qui reviennent ainsi à moi tandis que j’écris ces lignes, je peux ajouter la statue de La Boétie à Périgueux et, pendant indispensable, la visite de la tour de Montaigne mais aussi la découverte de Hautefort et du manoir d’Eyrignac. C’était également à ce moment là, le point culminant de ce que je pourrais appeler une curieuse solitude si Sollers n’avait pas déjà utilisé ces deux mots, qui vont si bien ensemble, pour titre d’un livre. Mais à tout bien réfléchir, il y avait Eugénie, mon amie passionnée de Rousseau, à qui j’avais raconté, par mails interposés, ce long et délicieux parcours. Je m’aperçois que je n’ai pas de nouvelles d’elle depuis des lustres. Que devient-elle dans son Paris de rêve ?
    A Bordeaux, donc, grand beau. J’ai pu me libérer un peu mercredi matin pour parcourir à la hâte cette ville si belle à la peau dorée et radieuse. Le tram est tout à fait bien intégré au bâti (pas de vilains câbles) et son cheminement est tout à fait intéressant pour découvrir la ville (les vitres sont hautes et la visibilité excellente). La place des Quinconces, si belle car elle s’étend vers le fleuve, était enlaidie des chapiteaux et baraquements du cirque Gruss, dommage. Un long coup d’œil pour la Garonne (qu’il est magnifique d’admirer, depuis l’avion, à l’approche de l’aéroport de Mérignac). Ensuite quelques minutes pour la Tour Pey-Berland et le tympan de la cathédrale St-André. Ces deux monuments semblent avoir été considérablement rafraichis ces derniers temps, peut-être pour faire bonne figure aux yeux des voyageurs du tram. J’ai eu le temps, mardi soir, de me promener autour de mon hôtel, vers l’église Saint-Louis des Chartrons, magnifiquement éclairée et mise en beauté. Retour par le quai Louis XVIIII. La ville est magnifique dans la froide nuit d’hiver, sous ses habits de lumières. Il n’en fallait pas plus pour que le rêve, sans doute un peu fétichiste, de venir nous établir ici un jour ou l’autre se réveillât. Bordeaux est comme une femme dont on tombe amoureux avec tous les feux de la passion. Ce pourrait bien être l’image de La ville française.
    A peu près trois heures de cours sans histoire, sans trop passionner mon auditoire mais sans trop l’ennuyer non plus. Un moment de passer pour eux, pas mal de travail pour moi pour le préparer mais le sentiment d’avoir été à peu près juste, ni trop froid ni trop enthousiaste.

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    Bordeaux, Cathédrale Saint-André


     

  • Pas le temps...

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    Grenoble, Place Saint-André,
    samedi 21 janvier, 13h42,
    au sortir d'un bon repas au Café Louis.

  • En public

    J’écoute ces jours-ci, avec beaucoup d’assiduité sinon d’application, deux disques de « musique de chambre ». Le premier, les 12ième et 15ième quatuors de Schubert par les Berg, en public, au Konzerthaus de Vienne est une splendeur de précision et de justesse. Le second, Schubert toujours, est le 14ième quatuor par les Talich. C’est pour moi une immense déception car l’enregistrement n’est pas à la hauteur. Le son est tout d’abord confus, lointain puis présent mais reste étouffé. C’est également un enregistrement en public. Il est associé à quelques extraits du quintette à cordes « américain » de Dvorak. Les premières mesures du larghetto (final) évoquent, en rebonds, par correspondances, le lento du quatuor éponyme (op. 96). Je tiens ce mouvement comme l’un des morceaux de musique les plus purs et les plus beaux qui soit. Il nous est arrivé bien des fois d’écouter cette perle dans la chaleur d’un soir d’été, le regard perdu au-dessus du Vercors à guetter le rayon vert. Grâce à ces instants précieux, de pur bonheur, la vie prend un tour tout à fait inestimable qui la rend si belle et si attrayante. Je crois que tout le reste de mon existence sera tournée vers ce but : tâcher de reproduire à l’infini ces moments de pure quiétude. Peu importe qu’ils soient un beau et long moment de musique, une courte marche un dimanche de printemps ou une conversation entre amis. Dans ce domaine du bonheur, le seul point où tout converge au même instant, comme par magie, est l’Amour.
    A propos d’amitié, j’entendais l’autre jour, je ne sais plus où (sans doute à la radio) un bonhomme affirmant tout de go qu’après l’âge de trente ans, on ne se faisait plus d’amis.
    Voilà le genre de propos qui me travaille en sourdine, qui va et viens en moi et me questionne beaucoup. La misère sociale (ou l'asocialité chronique) dans laquelle je vis depuis mon adolescence, ne m’a jamais donné beaucoup d’espoir sur ce point. Je suis plus que solitaire, je suis absent au monde. Enfin, pas tant que ça. J’ai eu le plaisir de recevoir hier une gentille carte de vœux de la parisienne E. et une autre missive en provenance de Californie d’où un condisciple du lycée s’évertue, tous les ans, à m’envoyer ses meilleurs pensées alors que nous ne nous sommes pas vus depuis dix ans. C’est un peu triste à dire, mais je ne passerai plus une journée avec lui tant je serai sûr de profondément m’ennuyer, de jouer un rôle qui n’a jamais été le mien, un rôle de pure relation sociale où il faut s’enthousiasmer pour des objets vains et parler de soi en long et en large. Bref, si je résume, de la misanthropie à revendre mais sans aucun sentiment de haine pour mes semblables, juste un haussement d’épaules.

  • Complaisance à tous les étages

    Bizarre interruption du service téléphonique sur la ligne ADSL hier soir. J’étais à peu près persuadé d’avoir commis une grave erreur en tentant d’installer (pour la énième fois…) les services Wifi du modem Triway d’Alice. J’ai donc passé une nuit d’enfer à cauchemarder des procédures, des lettres recommandées, des constats d’huissier et autres douloureuses actions. Et ce matin, tout était rentré dans l’ordre (pour combien de temps ?). Je signale, à tous les malheureux abonnés d’Alice, l’existence d’un forum de discussion où l’on peut trouver un peu de réconfort et d’entraide (puisque le 1033 est toujours aux abonné absent).
     Pendant ce temps là, nos amis journalistes accordent trois minutes de publicité gratuite à Alice par un beau reportage avec gros plan sur le logo et interview d’un bellâtre de cette société (je ne me demande même plus ce que fait le CSA). Je m’étonne, également, d’entendre dans le bus, – où il est obligatoire de subir le tintamarre de la radio locale « Alpes 1 » - tous les matins (ou presque), le jingle si connu qui associe dans nos esprits abrutis (surtout à cette heure matinale) la belle blonde au fournisseur d’accès. Pure coïncidence ou matraquage programmé ? On me dira : « mais non, si on entend beaucoup cette musiquette sur cette radio, c’est parce que c’est un « tube », et que le « tube » est très écouté donc on peut vendre cher le décrochage de publicité qui suit ». La question est: « était-ce un tube avant d’être un jingle associé à une marque, à un produit ou est-ce devenu un tube parce qu’on l’entend dès qu’on voit la belle blonde et sa nuisette prune ? ». Mystère.


    Je devrai regarder avec plus d’assiduité le « décrochage local » de Grenoble aux actualités régionales de France 3. Entre deux résumés des défaites du GF 38 (le club de football), on a le droit, quelques fois, à de jolis reportages. Par exemple, hier soir, une journaliste enthousiaste (et toute acquise), nous apprenait qu’un collège de l’agglomération grenobloise recevait en grande pompe le chanteur Amine (ou Armine, je n’ai pas très bien compris). Ce saltimbanque est apparemment la grande star des adolescents pré-pubères. On apprend, au passage, que quarante élèves (« triés sur le volet » ( !?)) ont eu l’immense privilège d’assister à une petite conférence de notre star. Le seul extrait qui nous est proposé (sans doute bien choisi pour appuyer la pensée de notre jeune journaliste) est étonnant; on l’entend dire, à moitié avachi sur une chaise : « les adultes, ceux qui prennent les décisions, y savent pas comment on vit (ici un long silence), nous les jeunes ». Et derrière cette affirmation, un silence terrible, pas un seul petit bémol ni interview d’adulte. En procédant ainsi, on donne du poids à un propos stupide. On met complaisamment sur le même pied, la « pensée » d’un jeune homme de banlieue et le courage qu’ont encore quelques uns de servir leur pays et l’Etat.
    Je ne comprends pas comment un collège public peut s’associer à la tournée promotionnelle d’un chanteur pour adolescents.  Je ne saisis pas la finalité d’une telle démarche au regard des exigences de formation intellectuelle et culturelle dont doit faire preuve le corps enseignant. Est-ce là un modèle à donner à une génération déjà perdue, par les heures passées devant la télé ou l’oreille collée au téléphone portable ?

  • Tout en haut

    Enfin un week-end sous le plus pur soleil. Une pose de trois jours, en ce qui me concerne, qui m’a permis de tester un peu mon petit D-Lux 2. J’ai profité de quelques heures à abattre ce vendredi après-midi pour monter jusqu’au sommet du Semnoz, au-dessus d’Annecy. De ce lieu, on jouit d’une vaste vue vers les principaux sommets des Alpes du Nord (Mont-Blanc, Vanoise et, au loin, Oisans et Belledonne). En se retournant, dos aux hautes montagnes, le regard porte sur les crêtes du jura, du Valromey, le massif du Colombier et le plat pays, un peu indistinct, qui s’étend vers le Rhône et le nord Isère. Bref, une vue à 360° qui donne à ce point d’observation, l’un des plus beaux panoramas que je connaisse. Même avec ces conditions de grand beau temps et de ciel clair, l’apport du format 16/9, la qualité optique de l’objectif vario-elmarit et le stabilisateur à plein zoom sont inestimables: absence totale de vignetage ou de déformation dans les coins et bords de l’image. Comme annoncées, les images en « tiff » sont meilleures pour le bruit. Hier, montée au Saint-Eynard par la route et le chemin raide qui monte face à la pente jusqu’au rebord du plissement calcaire. L’arrivée face à la chaîne de Belledonne est toujours aussi magique et surprenante (passage du sous bois obscur à la pleine lumière des sommets enneigés). Je ne connais pas de meilleur point d’observation sur le Grésivaudan et son écrin de montagnes.
    La redescente tranquille et doucement heureuse se fit en compagnie des différentes versions du Requiem de Mozart à l’écoute au « pavé dans la mare » sur France Musiques. J’étais très content d’entendre ma version fétiche assez bien traitée quoique visiblement dépassée sur bien des points. Ce disque (l’admirable interprétation dirigée par Bruno Walter en 1956) est l’un des compact-disques les plus anciens de ma collection. Je pense l’avoir acheté en 1988 ou 1989, à la FNAC Montparnasse. Je n’écoute plus beaucoup le Requiem de Mozart. Je suis passé à autre chose. Mozart ne m’a jamais beaucoup passionné sauf les quatuors, bien entendu, et cette œuvre religieuse qui tranche tant avec le reste de la production de l’Autrichien.

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    Tournette (à gauche) et Mont-Blanc (à droite de l'image)
    pris depuis le sommet du Semnoz (Crêt de Châtillon, 1699 mètres)
  • Le droit d'inventaire

    J’ai feuilleté récemment le livre intitulé « Arbres extraordinaires » de Georges Feterman publié aux Editions Dakota. C’est un très beau livre qui présente un bon choix d’arbres remarquables de par leur ancienneté, leur rareté ou leur qualité esthétique. J’ai ainsi pu découvrir l’association A.R.B.R.E.S qui s’est donnée pour noble mission de recenser les raretés ou les beaux spécimens en matière végétale. Pour l’Isère, figure le tilleul du village de Réaumont et « l’ensemble des arbres du parc Paul Mistral ». Pour ces derniers, il me semble que c’est pousser le bouchon un peu loin, car même s’il existe de très belles essences et d’arbres d’une certaine qualité, je ne crois pas que ce lieu mérite une telle distinction. Ce « classement » a sans doute été pris rapidement, sous la pression, lors du début des travaux du futur stade d’agglomération où de nombreux arbres, dont un bel orme ont été coupés sans ménagement. L’idée de construire un stade en plein centre ville est navrante et ne répond qu’à des principes de soi-disant grandeur et renommée d’une ville qui n’en a que faire (lui suffit déjà la terrible association Grenoble=ski qu’on ne manque pas de vous envoyez dans les dents à chaque fois que vous vous éloignez du Dauphiné). Cette folie des grandeurs, outre qu’elle coûte une fortune aux contribuables ne manquera pas d’entraîner toute sorte de dérèglements comme des bouchons supplémentaires et les inévitables dégradations d’après match. Cette décision, fait du prince et de ses hommes liges risque d’être chèrement payée par M. le Maire dont la réélection dépend beaucoup, ici, du bon vouloir de l’électeur écologiste. De l’autre côté, les « arbrocitoyens » enchaînés corps et biens dans le fait des arbres, avant leur abattage, vivent dans un monde de douce utopie où l’arbre est immortel. En contre partie de sa verrue de verre et de béton, M. Destot propose de porter l’étendue du parc actuel jusqu’aux berges de l’Isère. Nous verrons. L’affaire du stade est une épine dans le pied de la majorité sortante, d’autant plus que d’autres terrains étaient disponibles sur les réserves foncières des communes périphériques de G. Hélas, les principes de « mixité » et autres brassages sont passés par là. On préfère ainsi rejeter les lieux de culture dans les centres commerciaux (bibliothèque Kateb Yacine au centre commercial « Grand Place ») et faire venir le supporter à écharpe en ville. Pour en revenir à nos pauvres arbres, je m’étonne que ne figure pas dans ce classement l’ensemble du parc du château de Vizille qui est d’un vrai intérêt et, plus que tout, d’une grande beauté. Et cette splendeur vient également du cadre car un bel écrin vaut également pour les parcs et jardins. Pour l’Isère, j’ai en tête au moins une douzaine de sites où l’arbre règne en majesté. J’ai donc créé une catégorie « arbres » pour évoquer ici quelques lieux et spécimens. Puissent nos promenades printanières et estivales aider à l’inventaire.

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    Belledonne, vers la Tour de Montfallet, vieux châtaigniers.

     

  • Enfin libre

    Bernard Planche a été libéré hier, dans des conditions très troubles puisque les versions françaises et américaines ne coïncident pas vraiment. On nous dit d’abord que l’otage a été lâché par ses geôliers à la vue d’un contrôle des forces alliées, puis on rapporte que B.P. est arrivé tout seul au poste de contrôle et qu’il aurait insisté auprès des Américains pour participer à la traque des terroristes l’ayant enlevé (apparemment, il n’a pas souffert du syndrome de Stockholm, c’est donc qu’il était bien aguerri). J’émets l’hypothèse (au jugé et que certains trouveront sans doute romanesque) que notre compatriote était peut-être un gentil agent de nos Services déguisé en humanitaire. Plusieurs indices convergent vers cette possibilité. Premièrement, le bien peu de publicité fait à cet enlèvement et l’impression permanente qu’on cherchait à être le plus discret possible (ce qui, lorsqu’il s’agit de préserver une vie est tout à fait louable et nécessaire) mais bien étonnant à notre époque. Bien entendu, je ne parle pas ici du silence des journalistes, tout occupés qu’ils étaient à leur reportage sur la bûche de Noël ou à feuilleter le catalogue Fauchon. Je pense à celui de notre Exécutif. En second lieu, le bizarre portrait de B.P. et le peu d’empressement de ses anciens employeurs (ONG) à remuer le bouillon pour sa cause. La confusion dans tout ça pourrait aussi accréditer l’hypothèse que B.P. était un franc-tireur, une tête brûlée. On nous annonce que l’ex-otage se dirige vers la base militaire d’Orléans pour un débriefing ; rien de surprenant à cela puisque Florence Aubenas avait également été conviée à vider son sac à l’abri des regards. J’espère simplement que les efforts sans précédent qui ont été engagés en Irak, ces derniers mois, pour nouer des liens en vue de la libération de nos compatriotes seront utiles dans l’avenir de ce pays et pour la sureté de la France dans le futur. Et ceci, d’autant plus que l’Iran des mollahs (qui n’est plus, dieu merci, l’Iran du Peuple Iranien), par son acharnement à fourbir ses armes nucléaires, devient de plus en plus dangereux dans la région. Il faut rappeler le peu de réactions de fermeté des nations occidentales aux propos violemment antisémites du premier ministre iranien.

  • Chapeau, chef !

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    France 3 annonçait ce soir l’accident de ski dont a été victime aujourd’hui le célèbre cuisinier savoyard Marc Veyrat. Je souhaitais dire ici tout mon admiration à l’homme et à l’herboriste et lui souhaiter un prompt rétablissement. Deux plats du repas de réveillon-jour de l’an furent librement inspirés des recettes du chef. La première, réalisée presque entièrement suivant les conseils de l’homme au chapeau, fut une « crème de châtaignes, chantilly au céleri ». Par manque d’ingrédients, la chantilly se transforma en simple purée de céleri, à déguster froide dans un très savoureux velouté (très crémeux, on l’aura compris). La seconde, « noix de Saint-Jacques, lentilles confites,  pétillant de cannelle » se passa du petit pétillant, néanmoins cette association lentilles (crémeuses, toujours) – Saint-Jacques est une très bonne idée. J’avais juste ajouté une pointe de muscade.

  • Ne perdons pas la mémoire !

    Deux bonnes nouvelles aujourd’hui, sans aucun rapport et pas du tout du même intérêt pour notre avenir. La plus décisive est bien entendu le long article, dans Le Monde daté d’hier, d’une sociologue qui a eu accès - on se demande comment - aux messages envoyés par les auditeurs de France Culture suite à l’invitation d’Alain Finkielkraut aux « matins de France Culture » (le 28 novembre). Bien que ce ne soit statistiquement peut-être pas très valable, on apprend que « 267 messages (75 %) gratifient Alain Finkielkraut d'un vif soutien, 88 (25 %) le critiquent violemment ». J’espère que c’est là un signal fort qui sera compris des médias, en premier lieux ceux qui, parmi eux, n’ont cessé de dénigrer sa parole et de le ranger parmi les racistes patentés.
    Autre information, dans le domaine des cartes mémoires, le journal professionnel Electronique International, nous livre que : « A l'occasion du Consumer Electronics Show, qui se tient cette semaine à Las Vegas, l'association SD Card (SDA) a annoncé la prochaine finalisation des spécifications SDHC, qui devraient porter la capacité des modules mémoires SD au-delà des 2 Go et répondre aux besoins sans cesse croissants en matière de stockage de fichiers vidéo ou audio (caméscopes, téléphones mobiles, appareils photo numériques, PDA, téléviseurs plasma, etc.). Les spécifications SDHC, sur lesquelles s'appuieront trois autres standards de l'association SDA (SD-Audio, SD-Video et SD-Binding), seront en particulier adaptées aux équipements qui font appel au système de fichier FAT32, très gourmand en mémoire, et garantiront une vitesse minimale de lecture, équivalente à MPEG-2 pour les produits vidéo. Le format SD est supporté par des sociétés comme Motorola, Nec, Nokia, Panasonic, Samsung, Sharp et Toshiba ». [Titre de cette note en clin d'oeil à Libération, vous l'aurez compris]

  • Hagiographie

    Le dixième anniversaire de la mort de François Mitterrand, nous vaut d’innombrables documentaires plus ou moins hagiographiques. Hier soir, sur Arte, l’opus de M. Moati, socialiste ou sympathisant plus que proche du parti, nous donnait une belle démonstration d’exercice d’adoration. Pour simplifier et ne pas brouiller le message, seuls de vieux compagnons étaient interrogés (MM. Védrine, Attali) ou des commentateurs complaisants (M. Duhamel). De ce portrait d’amour, qui mélange bons souvenirs et zones d’ombres (histoire de lutter un peu contre le naturel à tout approuver), je suis sorti avec un avis mi-chèvre-mi-choux. Si on compare F.M. à son successeur, alors il est facile de lui trouver d’immenses qualités et, en premier lieu, cette aisance à s’exprimer, son air froid et distancié qui le statufiait un peu, mais qui était bien en adéquation avec les devoirs de sa fonction (représenter les Français, orienter leur avenir pour 14 ans). Car c’est bien ce que je déteste chez Jacques Chirac, son sourire facile, cet air bonhomme, la poignée de main (quand il ne s’agit pas de la franche accolade de camaraderie) facile. Ce faisant, il dévalorise totalement la fonction qu’il a adossée (ou que les Français lui ont confiée). F.M. avait ce caractère littéraire, ce côté monarque qui a fini par le perdre pour avoir oublié qu’il n’était pas un roi au pouvoir absolu. Mon cher Edwy Plenel était également largement interviewé durant ce documentaire. J’avoue sans gêne que j’ai partagé la plupart de ses avis concernant l’ancien Président. Dans les années quatre-vingt, le malheureux E.P. a eu à souffrir d’intolérables ingérences dans sa vie privée, commandées du bureau de l’Elysée au nom de la préservation du grand secret dénommé Mazarine. Peut-être qu’avec la mort de F.M., une page plus décisive de notre Histoire s’est tournée. La fin d’une fascination du Peuple pour ses élites (tout du moins celles ayant la largeur d’épaules pour supporter ce don éminemment affectif). C’est bien entendu regrettable mais c’est dans l’air du temps. Et cette lente et inexorable mort du sentiment de grandeur de l’homme politique se signe chaque jour un peu plus. Voyez tel syndicaliste se présentant, sans rougir, col de chemise ouverte devant un ministre de la République (me vient à l’esprit, ce vociférant barbu marseillais CGTiste de la SNCM dont le nom m’échappe). Même les acquittés d’Outreau sont venus en blouson de cuir ou jeans à l’audience du Président de la République. Et le premier geste de l’un d’entre eux, à sa sortie, fut d’allumer sur le perron de l’Elysée, une cigarette [mais c’était peut-être un simple geste d’excitation ou de soulagement lié au sentiment d’avoir été reconnu innocent jusqu’au plus haut niveau de l’Etat]
    Pour en revenir à F.M., j’en étais donc à lui trouver bien des grâces, lorsque un dernier voyage « internétique » du soir me permit de lire le communiqué n°207 du Parti de l'In-nocence et cette très belle et juste réflexion : « Seule une société où la notoriété tient lieu de gloire, la rouerie de grandeur et le cynisme de majesté, peut envisager une seule seconde de comparer un sauveur de la France [De Gaulle] et de son honneur avec l'un des officiants de ses funérailles [Mitterand], ne parlons même pas de placer le second au-dessus du premier. »

  • Scoop...

    Si j’en crois le numéro (triple) du 27 juillet au 16 août 2005 des Inrockuptibles (mais oui, mais oui…), Nicolas Sarkozy n’est pas le premier à avoir parlé de la racaille à propos des « laskars beurs » (je cite les Inrocks). En effet, page 58, on peut lire en titre : « Tu kiffes la racaille ? ». Cette enquête présente le développement,  sans précédent d'après les éminents spécialistes du sujet, du film pornographique gay mettant en scènes des jeunes hommes de banlieue dans « une partouze ethnique (c’est moi qui souligne) où des Beurs, mais aussi des Blancs et des Blacks baisent en survêtement et en casquette dans des caves ou des parkings de cités de banlieue ». L’article est plutôt bien tourné et insiste aussi sur les méfaits d’une telle vision, forcément réductrice. Un sociologue (Daniel Welzer-Lang) est convoqué - il y a toujours un sociologue dans le coin aux Inrocks - et il nous livre le fond de sa pensée : « le stéréotype de l’indigène entre dans la stratification sociale du monde gay. Ce modèle survirilisé sous-entend un colonialisme selon lequel les Blancs sont supérieurs aux immigrés, etc. ». Ouf, on se retrouve en terrain connu.
    Je repensais, ce matin, dans le bus, au joli discours (un peu larmoyant, comme il sait si bien le jouer) que tenait Edwy Plenel, l’autre jour, sur France Culture. Lui aussi nous donnait un scoop. Les avocats – j’ai oublié leurs noms, sorry - des familles des deux jeunes électrocutés à Clichy-sous-Bois début novembre avaient mangé le couscous chez leurs clients.
    Beaucoup plus intéressant, Clémence Boulouque, fille du juge anti-terroriste qui s’est suicidé au début des années 90, était l’invitée d’un animateur de France Info, à l’occasion de la sortie du film de William Karel basé sur le livre de souvenir de la jeune femme. Malheureusement, le journaliste n’arrêtait pas de lui dire « votre papa », comme à une petite fille de 10 ans. Et elle, sans broncher, ni s’agacer, répondait : « mon père… ».

  • Bande de routiers

    Note rapide, à l'attention de tous ceux qui, comme moi,  n'ont pas compris le fait divers traité en milieu du journal de 20 heures hier soir. Je copie simplement la dépêche AFP:

    "DRAGUIGNAN (Var), 3 jan 2006 (AFP) - 13h37
    "Scène de pillage" dans un train Nice-Lyon: 2 jeunes en détention provisoire

    Deux jeunes gens de 19 ans, soupçonnés d'avoir terrorisé et dépouillé des passagers d'un train Nice-Lyon en gare des Arcs (Var) le 1er janvier, ont été placés en détention provisoire à l'issue de leur comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Draguignan, a-t-on appris mardi de source judiciaire. Leur procès a été renvoyé au 6 mars par le tribunal devant lequel ils avaient été déférés lundi en comparution immédiate, a-t-on précisé de même source. Nés au Maroc, les deux prévenus Aziz Ed Doubia, domicilié à Avignon, et Ashraf Bouzizoua, en récidive légale, devront répondre de vols en réunion et, en plus pour le premier, d'atteinte sexuelle en réunion, infraction pour laquelle le tribunal a ordonné une expertise psychiatrique. L'un des deux serait en situation irrégulière sur le territoire, selon le parquet qui procédait à des vérifications. Le 1er janvier, à 07H00, l'arrêt en gare des Arcs, prévu pour ne durer que quelques minutes, s'est transformé en un douloureux épisode d'une heure et demie pour les quelque 600 passagers du train Nice-Lyon, agressés par deux bandes d'une quinzaine de jeunes qui ont investi la rame. Des passagers ont été dépouillés de leurs biens et une jeune fille de 20 ans a été victime de violences sexuelles. "C'était une véritable scène de pillage du train", a souligné lundi à l'audience le procureur de Draguignan Dominique Luiggi, selon qui des "mouvements de panique" ont été observés parmi les voyageurs. "T'es mort. Tu vas crever", ont dit certains des agresseurs à l'encontre de passagers qui ont donné l'alerte grâce à leur téléphone portable. Il a finalement fallu l'intervention massive de renforts de diverses brigades de gendarmerie ainsi que de pelotons de surveillance et d'intervention de Draguignan et de Fréjus pour mettre fin à l'équipée des jeunes agresseurs. Trois jeunes, dont un mineur, ont néanmoins pu être interpellés. Le mineur sera jugé séparément."

  • Maraude, maraudage, marauder.

    J’évoquais, l’autre jour, les éternels marronniers de nos amis journalistes. Parmi ces innombrables exercices de copies obligées, en figure un « de saison ». Il s’agit des reportages sur le soutien prodigué par les bénévoles du Samu Social ou autre Croix Rouge aux « sans-abris », qu’on nommait il y a peu encore (disons, dans ma jeunesse) « clochards » et qu’il faut maintenant appeler obligatoirement « sans-abris ». C’est un peu la même figure que le « non-voyant » pour l’aveugle. Ceci dit, beaucoup de ceux qui n’ont pas de toit, ne sont absolument pas en voie de « clochardisation » mais simplement incapable de se loger malgré leur emploi régulier.
    Mais passons, là n’est pas mon propos. Je voudrai dire que ces nombreux reportages ne sont absolument pas condamnables ; bien au contraire, ils sont comme autant d’épines dans le pied de nous autres, confortablement installés devant la cheminée. Ils sont même sans aucun doute salutaires pour ces malheureux en apportant des fonds à ces organisations charitables ou en rappelant à chacun qu’il existe un numéro d’urgence à composer (le 115) si on croise un individu en détresse.
    Non, ce qui me chagrine, c’est l’usage quasi obligatoire du terme « maraude » pour décrire les rondes des personnels du Samu Social. J’ouvre mon petit Robert et je trouve : « Marauder : 1. pratiquer la maraude ou le maraudage. => chaparder. 2. voler. Un homme qui maraudait dans les jardins, rare : voler dans les jardins, les fermes, marauder des pommes ». Quant à la maraude, il s’agit bien de « chapardage, larcin, rapine ».
    Bref, rien de comparable à ce qu’on nous montre. Ce qui m’agace, bien entendu, c’est la reprise, le bégayement jusqu’à l’hystérie d’un terme impropre. Ce faisant, c’est le sens complet du propos qui s’évanouit.

  • Du gris au gris

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    Entre deux perburbations, massif de Belledone vu de la Bastille, Grenoble

     

  • Wasserflut

    Triste lundi d’hiver, sous la pluie et le froid.
    Hier, traditionnelle (bien qu’elle souffre de nombreuses exceptions) montée à la Bastille. C’est un peu le rendez-vous obligé, la promenade de l’après déjeuner du premier jour de l’an. Hélas, le mauvais temps – toujours d’actualité – nous a chassé bien vite. Nous n’avons pas pu tester notre nouvel appareil photo. Les premiers essais montrent simplement que l’optique est bien meilleur que celle de feu notre Olympus 5060 WZ, bon appareil de 5 millions de pixels mais avec des défauts irritants, au premier chef, celui d’avoir une distorsion en grand angle insoutenable. Le Leica - D-LUX 2 que nous utiliserons dorénavant ayant, outres de bonnes performances optiques, la possibilité de réaliser des photos en format 16/9, ce qui est bien pratique pour les paysages. Le seul bémol répertorié et bien visible sur les images compressées, est la présence d’un bruit un peu prononcé. Il semble absent des images RAW ou TIFF. Ceci dit, vue la taille des images générées, l’enregistrement systématique au format brut paraît difficile (à moins de bénéficier d’une bonne batterie de cartes mémoires 1 Go).
                Ce matin, peu après mon réveil, j’écoutais Edwy Plenel dans les « matins de France Culture ». Il me semblait très clairement être dans un mauvais rêve (voire un cauchemar). Tout son argumentaire pour se placer en martyr (« les banlieues, les journalistes ne vont pas sur le terrain, allez-y vous verrez par vous-mêmes, tout est bien, etc. ») est exactement celui qu’il applique dans ses articles à ses adversaires. Il a visiblement envie de créer son propre journal, après son éviction du journal Le Monde. Puissions nous enfin, en 2006, obtenir des journalistes qu’ils le soient et qu’ils cessent de nous faire part de leurs états d’âmes à longueur de pages. Nous voulons des faits, des éclairages (pas leur avis !), un choix d’interviews qui nous permet d’éclairer tel ou tel point. Nous ne voulons plus exclusivement d'éditorialistes à la pelle et de donneurs de leçons. Vœux pieux, sans doute.
                L’après-midi, bien qu’un peu triste devant le sapin de Noël qui a compris, lui aussi, que les fêtes sont terminées, s’égaye doucement en écoutant Le Voyage d’Hiver de Schubert. J’ai trouvé samedi à la bibliothèque un très bel enregistrement par Olaf Bär accompagné au piano par Geoffrey Parsons de ce cycle de lieder d’après des poèmes de Wilhelm Müller. Il n’y a pas de date d’enregistrement (1989 ?). La belle mélodie du « Dégel » (Wasserflut) accompagne parfaitement cette pluie neigeuse du jour :
    Manche Trän’ aus meinen Augen
    ist gefallen in den Schnee
    seine kalten Flocken saugen
    durstig ein das heisse Weh
    [Maintes larmes de mes yeux/sont tombées dans la neige/et ses flocons glacés boivent/avidement la brulante douleur].