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  • Beauté, émotion & éloquence.

    A propos de l’émission consacrée à Gustav Leonhardt sur les ondes de Radio Classique, j’ai été un peu déçu. Il faut dire que deux heures sont bien justes pour évoquer la carrière d’un interprète qui apporta tant à la musique ancienne durant les trente ou quarante dernières années. J’ai en souvenir la série d’émissions que lui avait consacrée France Musique en novembre 1993 (date que j’ai bien en mémoire car elle correspond à peu près à la mort de mon grand-père). L’enregistrement que j’en avais fait à l’époque, sur cassette vidéo, est toujours ici, quelque part parmi le fatras. Hélas, mon magnétoscope refuse tout service.
    J’ai eu l’immense chance d’assister à deux concerts du maître flamand. Le premier, en 1996 ou 1997, dans l’abbatiale d’Ambronay dans un programme centré autour de Georg Böhm, le second lors d’un récital sur le clavecin du Musée des Tissus de Lyon (Louis Couperin ?). Il me semblait avoir écrit là-dessus dans les années précédentes de mon journal mais je n’en trouve pas trace. Bizarre, j’ai dû croire que.
    Je trouve la photo de G. L. figurant sur la pochette du disque des Variations Goldberg tout à fait remarquable, en tout cas fidèle à l’idée que je me fais de lui: un maître très froid assez distant (le protestant calviniste) et corseté dans son costume gris sombre. Son regard est ailleurs. Dans la photo originale, non recadrée, il est décentré à l'extrémité d’une grande pièce d’un appartement patricien. Il regarde vers la fenêtre inondée de lumière.
    En juin 1994, il donnait une interview au Monde de la Musique. Morceaux choisis:
    « Les compositeurs sont importants, pas les interprètes »,
    « Je ne recherche pas l’immortalité grâce au disque »,
    « Ce n’est pas la conscience historique qui motive l’étude de la musique ancienne. C’est tout simplement sa beauté, son pouvoir émotionnel et son éloquence ».

  • Hors les murs

    Chronique gastronomique. Nous avons déjeuné samedi midi, en compagnie des H., dans le dernier restaurant à la mode de la capitale dauphinoise. Ce restaurant est très mal situé, un peu loin du centre mais il semble déjà attirer une clientèle d’habitués. Nous nous y étions présenté le samedi précédent mais « je suis désolé (ici un sourire triste), nous n’avons plus de place » avait dit la gentille serveuse, avant d’ajouter « à moins que vous ne vouliez manger dans l’espace canapé ou au bar », tout en nous désignant des strapontins hauts perchés et sans doute mal commodes (je n’ai pas vu l’espace sympa où il faut sans doute se restaurer tout en étant vautré sur un sofa en polyamide). Bref, la deuxième tentative fut la bonne (merci la réservation !).
    Ce lieu se veut sans doute à la pointe d’une certaine modernité (ce serait un peu fort de café de lui accorder l’unique modernité des artistes et des esthètes). Le cadre a donc été soigné et tout, du moindre ustensile de table (la carafe d’eau) jusqu’à la décoration (une drôle d’horloge qui bat la mesure tout en étant totalement illisible à plus de cinq mètres) sent le design, cette passion froide pour le clinquant et le revêtement métallique. Pour nous accompagner dans nos agapes, une douce musique (dans le genre 90 BPM plutôt que le largo d’un concerto de Vivaldi) est généreusement diffusée par de jolis haut-parleurs admirablement cachés dans le plafond (comprendre, ici, qu’ils sont bien visibles – c’est la seule fausse note du lieu). Autre point un peu étonnant, la cuisine (et les hommes de l’art) sont nettement visibles depuis la salle, de sorte que je fus plus d’une fois captivé par le saut des légumes au-dessus du wok (n’oublions pas que tout ici est moderne, on wok donc à gogo). J’aurai préféré un petit soupirail discret car, bien que la cuisine soit assez récente et donc pas encore nimbée dans un voile d’huile de friture, sa vision n’a rien d’enchanteresse (et surtout pas les contenants de sauces qui me font penser à un laboratoire de chimie). Bref, on a l’impression d’être dans un restaurant du côté de la Bastille mais dix ans plus (trop ?) tard. Voilà peut-être le délai qu’il faut pour que la pointe du goût à la mode arrive jusqu’à nos montagnes enneigées.
    La clientèle est à l’avenant : jeunes familles branchées (enfin, plutôt « bottes pointues » et jeans délavés mais que de « la marque », comme disent les plus jeunes d’entre nous), un ou deux couples de gay dont l’un passionné par le téléphone portable (ultra ultra mince) et le reste branché (veste en velours, faussement grosses-côtes, et cheveux savamment gominés). Les gens s’embrassent assez facilement (la serveuse semble connaître la moitié de la clientèle du jour). L’ambiance donne donc dans le familial, entre jeunes et beaux adultes tout de même.
    Le plus important est, bien entendu, la qualité de ce que l’on vous sert. Sur ce point c’est, comme tout le reste, sans surprise. Ce n’est pas mauvais, assez simplement apprêté (un bon coup de vinaigre balsamique sur le poisson cuit on ne sait trop comment, et hop) et tout à fait honorable car ce n’est pas cher (un plat, un dessert (très bon) et un café pour quinze euros). Le vin était excellent, un blanc Saint-Peray (Ardèche).

  • L'art de toucher le clavecin

    A tous les amateurs de Gustav Leonhardt, une émission lui est consacrée ce soir sur les ondes de Radio Classique.

     (http://www.radioclassique.fr/)

     

     

     

     

  • A méditer

    "Qu'est-ce que la culture ? La claire conscience du temps [...] La conviction qu'il y a dans l'air de la pensée, de la beauté, du sens, et le dépassement même de ce sens par la beauté, son renversement par la grâce, ou par la tragédie..."

    Renaud Camus (Qu'il n'y a pas de problème de l'emploi, pages 56-57), P.O.L., 1994.

  • Scandale(s) et imposture(s).

    A propos de ce qu’il faut bien appeler un crime, je veux parler de la mort d’un gendarme sur la partie française de l’ile de Saint-Martin, dans les Antilles, PPDA a eu ce soir cette phrase minable « c’est maintenant devenu un scandale ». Il me semble que scandale est un peu faible et ce n’est pas des jours après que cela le devient mais ce le fut, de fait, le jour-même de l’assassinat de ce malheureux. C’est tout de même étonnant que ce genre d’information arrive, par hasard, au beau milieu du journal télévisé du soir. Est-ce une autocensure vis-à-vis de ces faits extrêmement graves de racisme anti-blanc (la femme du gendarme affirmait, qu’à l’hôpital, où son mari luttait contre la mort, des cris de joie retentissaient : « on a eu un blanc ») et de non-assistance à personne en danger (des badauds semblent être restés sur le bord de la route où cet homme a été fauché par une voiture, sans lui porter secours). Bien entendu, les médias sont mal à l’aise puisqu’ils sont les petits soldats serviles de la doxa antiraciste qui nous apprend qu’il n’y a de racisme que dirigé contre les noirs et, surtout, les musulmans de France.

    Pendant ce temps là, un jeune homme de confession juive a été torturé et tué à Bagneux (par ce qu’il était juif, c’est donc un acte antisémite) par une bande dont il est impossible de savoir quoique ce soit. Car, à part le leader des tortionnaires, ivoirien ou d’origine ivoirienne et en fuite, il n’est pas possible de savoir qui ils sont. Cette censure est assez étonnante. Encore une fois, on nous parle de « cité, de bande des cités » mais les interviews des habitants de la fameuse « cité » sont des mères de familles, visiblement d’origine française ((de souche)); pas de jeunes-qui-tiennent-les-murs à l’horizon. Tout ceci est peut-être à relier aux suites de la triste affaire des caricatures du prophète des musulmans dans un journal danois, reprises ensuite par France Soir et Charlie Hebdo en France. La bronca a été si forte de la part de certains musulmans exaltés (au premier rang desquels, l’inénarrable Mouloud Aounit du MRAP), leurs menaces si précises et transparentes envers les « blasphémateurs » que cette partie de la communauté française est maintenant crainte et que les journalistes censurent ou s’autocensurent de peur de créer encore de l’agitation. Bref, le monde n’est pas joyeux et ces tristes signaux ne préjugent rien de bon pour l’avenir. Le village universel que l’on nous promet pour bientôt ne sera pas un paradis, loin s’en faut.

     

    Ségolène Royal a eu cette petite phrase sibylline « je ne décevrai pas ceux qui pensent que je peux servir mon pays le moment venu ». Si ce n’est pas une déclaration de candidature, ça y ressemble drôlement. J’ai beaucoup de mal à me déterminer pour ce qui la concerne. Chacune de ses interventions publiques m’apparaît si calamiteuse, notamment sur le plan de l’expression orale, son manque de charisme si évident que j’ai du mal à me faire une opinion bien nette. Le fait d’être membre d’un parti socialiste qui s’est fossilisé dans ses souvenirs d’un Etat dirigiste n’est pas un mince handicap. Ceci dit, ses membres nous ont toujours surpris à changer si radicalement de cap une fois parvenus au pouvoir, qu’une nouvelle volte-face n’est pas à exclure. N’est-ce pas ce que l’on appelait, jadis, la real-politic ?

     

  • Rites, rituels.

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    Depuis 2002, L. et moi (enfin, c’est surtout mon fétichisme) tenons un historique assez précis de nos vacances, voyages, promenades ou, plus prosaïquement, journées à demi vides. On utilise pour cela des agendas où une semaine tient sur deux pages. Le récit n’est pas toujours précisément factuel. Des jours entiers figurent sans commentaires, et quelques fois, la colonne du jour ne suffit pas à écrire le détail. En définitive, nous y revenons assez peu car tout (enfin le meilleur) est encore bien présent dans nos têtes. L’acte de coucher sur le papier les souvenirs d’un jour aide à s’en remémorer les détails deux ou trois ans plus tard. Ainsi, nous avons une vision bien nette d’une « salade de l’Arroux » dégustée à Autun dans l’un des rares restaurants ouverts dans cette belle ville un dimanche soir du mois de juillet 2004. Cette manie pousse souvent à inclure les notes de restaurant (sans oublier d’y ajouter le menu choisi), les notes d’hôtel, cartes de magasin et autres billets d’entrée dans les musées. Tout cela donne un peu d’épaisseur aux bons moments.

     

  • D'un reportage à l'autre.

    Dary Cawl, comique troupier qui a eu ses cinq minutes de succès dans les années 50 ou 60 (pour un film que France 3 rediffuse ce soir avec entrain et enthousiasme, malgré sa nullité marquée et son humour de France d’après-guerre) est mort hier ou avant-hier. Au moins trois minutes lui ont été consacrées dans tous les journaux du soir.
    J’ai trouvé Gustav Höffer (le présentateur du journal de la « Culture » sur Arte, que L. trouve si mignon) bien fatigué ce soir avec quelques petites poches sous les yeux. Heureusement, son sourire éclatant est toujours là.
    J.O. : reprise de la saoulerie collective teintée, chez nous, d’un très grand excès de chauvinisme. Je pense que pour l’amateur de sport il est quasiment impossible de trouver un récit objectif et non focalisé sur les performances des sportifs Français. J’aimerai bien savoir si nous sommes les seuls à traiter ainsi ce qui reste de l’idéal olympique, bien maltraité, il faut le dire, par les inévitables affaires de dopage et l’usine à souvenirs que sont devenus ces Jeux. Bien entendu, ici, à G., ce fut le délire et l’occasion de rallumer, en grande pompe, la flamme du souvenir; surtout dans une ville qui souhaite candidater pour je ne sais quelles Olympiades à venir. Il est de bon ton de glorifier le passé en mettant en avant les magnifiques avancées dont a bénéficié le Dauphiné en 1968. J’y vois surtout un bétonnage de masse et la création de quartiers hideux, notamment la ceinture des « Grands Boulevards » dont la ressemblance avec les majestueuses barres d’habitation soviétiques n’est plus à nier. Je ne parle même pas de la dévastation organisée des montagnes et des cars entiers de ces nouveaux vacanciers déferlants dans des stations comme Chamrousse.
    Depuis quelques mois, G. a sa télévision locale: Télé G. L’amateurisme règne souvent en maître, dans une grande improvisation qui me rappelle les soirées de fin de séjour des colonies de vacances de mon enfance. En dehors des émissions en direct, le terrain est occupé par de courts reportages, rediffusés à l’infini et souvent d’un intérêt limité. Néanmoins, parmi ceux-ci, existe une petite collection de documentaires intitulés « Mémoires ». Ce sont de brefs récits de la Résistance à l’occupant Allemand durant la seconde guerre mondiale, à G. comme dans le Vercors ou la Chartreuse. Ces documents sont extrêmement précieux pour connaître les lieux occupés par l’armée allemande dans la ville mais aussi pour les témoignages des derniers survivants de cette époque noire. Ils ont en plus le mérite d’être parfaitement réalisés.
    Tout ceci m’amène à parler du documentaire en trois parties sur la Gestapo qu’Arte diffuse chaque mercredi soir depuis une semaine. C’est parfaitement documenté, d’un intérêt historique indéniable. On est d’ailleurs frappé de la somme colossale d’informations laissées derrière elle par cette police politique du Reich. Sa structure éminemment bureaucratique n’y est sans doute pas pour rien (la Stasi, pour le plus grand malheur des Allemands de l’Est, saura reprendre à son compte cette terrible manie de la mise en fiche des individus). Les « suspects » y étaient couchés sur le papier, leurs moindres faits portés dans les sinistres dossiers des criminels nazis. Le comble de l’horreur est atteint lors de la déportation des juifs où un zélé fonctionnaire, chargé du convoyage de ces malheureux vers les camps de la morts, rédige un compte-rendu détaillé et cynique, largement agrémenté de photos à l’attention de ses supérieurs. Le vertige et le dégoût ne peuvent que redoubler devant tous les crimes perpétrés par ce bras policier d’Hitler. Le premier volet de la série montrait d’ailleurs bien que cette police politique avait été utilisée initialement comme formidable outil de purge parmi la sphère national-socialiste.
    Enfant, mon père a vécu la seconde guerre mondiale. Il a plus de souvenirs de la libération que de l’arrivée des Allemands. Néanmoins, cette guerre est restée pour lui, comme pour beaucoup de Français ayant connus cette douloureuse période, un point central de son existence.
    Nous devons garder en nous la blessure de la Shoah pour que jamais ne disparaisse le souvenir de l’horreur absolu, ce crime commis contre le genre humain tout entier.

  • Ma seule amour...

    Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
    Puisqu'il me fault loing de vous demorer,
    Je n'ay plus riens, à me reconforter,
    Qu'un souvenir pour retenir lyesse.

    En allegant, par Espoir, ma destresse,
    Me couvendra le temps ainsi passer,
    Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
    Puisqu'il me fault loing de vous demorer.

    Car mon las cueur, bien garny de tristesse,
    S'en est voulu avecques vous aler,
    Ne je ne puis jamais le recouvrer,
    Jusques verray vostre belle jeunesse,
    Ma seule amour, ma joye et ma maistresse.

    Charles d'Orléans (1394-1465), Rondeaux.

  • Au-dessus du vide

    La promenade du dimanche nous a mené sur le plateau des Petites Roches, à Saint-Pancrace, ou débute une courte divagation (un circuit en boucle) qui mène jusqu’au rebord oriental de la chartreuse, six ou sept cents mètres au-dessus de la vallée de l’Isère. Hélas, le ciel était tristement nébuleux et une brume tenace empêchait toute vision bien claire. Il y a, perchés au-dessus du vide, une belle alignée d’arbres, principalement des hêtres et quelques chênes. Leurs branches sont extrêmement noueuses et tortueuses. Peut-être est-ce du à la rigueur du climat (bien que cette partie soit bien abritée du vent d’ouest par le col du Coq et, surtout, par le formidable pilier de la Dent de Crolles) ou bien au seul vertige du lieu.

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  • Phrasé

    Concerts au Cargo/MC2 : les trois soirées consacrées aux derniers quatuors de Beethoven, composés entre 1824 et 1826. Le quatuor Pražák était parfait dans ce programme riche et varié. Le grand auditorium était loin d’être plein, même le samedi soir. Mes quatuors préférés sont le n°14 (ut dièse mineur, opus 131), le n°16 (en la mineur, opus 132) et bien entendu le 13ième qui vaut surtout par son célèbre cinquième mouvement  Cavatina : adagio molto expressivo. Le lento assai et cantabile tranquillo du n°16 est merveilleux et emmène très loin dans la rêverie. D’une manière générale, chaque mouvement est toujours très varié, d’une étendue vaste. Chacun est une petite histoire, un conte sans fin. Comparés à ceux de Haydn, ces quatuors me semblent plus riches, plus touffus mais plus arides à l’écoute. Honnêtement, il y a quelques années encore, j’aurai été bien en peine d’écouter ces cinq heures de musique sans m’ennuyer quelques instants. Aujourd’hui, j’ai trouvé l’aventure merveilleuse, absolument pas lassante. M’a beaucoup plu, également, ce côté rendez-vous de trois soirs où on finit un peu par se sentir chez soi, dans ce fauteuil anonyme de la sixième ou septième rangée (malgré les voisins tousseurs et leur bruissement de papiers). En tirant un peu sur la corde (rêvons toujours !), on pourrait ainsi, chaque soir, selon ses envies et son humeur, pour une heure ou deux, écouter les Berg dans Haydn, les Pražák dans Beethoven ou les Talich dans Schubert à quelques centaines de mètres de chez soi! On ne traverserait pas pour s’y rendre d’infâmes zones urbaines parées d'abris-bus Decaux mais un beau parc à l’anglaise au gazon consciencieusement entretenu. Au bras de ma belle, j’aurais tout le temps de flâner et d’observer le beau coucher de soleil sur Belledonne avant de m’asseoir dans un vaste fauteuil moelleux en attendant l’entrée des artistes…
    Comment ai-je pu vivre sans avoir jamais écouté les sonates et partitas de Bach par Nathan Milstein ? Il va ainsi des grandes découvertes, on finit par tomber dessus en étant bien prévenu de leur caractère génial. Un je-ne-sais-quoi nous tenait un peu à l’écart, nous faisions la moue ou bien avions nous toujours mille raison pour nous en détourner. Il va sans dire que l’écoute est un choc et samedi après-midi, L. et moi étions vraiment sous le charme, tout en sirotant notre tisane à la menthe. Le jeu est merveilleux, le violon sonne parfaitement, avec une grandeur de son et une maitrise rythmique étonnante. L’enregistrement est de 1973, on dirait que cela vient de naître sous nos yeux.

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  • Rêve, rêve

    Rêve d’une nuit. Nous sommes dans un avion qui vient de décoller des Etats-Unis et qui remonte, lentement, vers le Nord pour nous ramener en Europe… j’interroge le pilote si nous faisons « la cloche », c'est-à-dire justement si nous visons le pôle Nord. Il me répond, un peu surpris : « vous voulez qu’on traverse l’atlantique nord par le plus long chemin ? ». Je me rassois, je suis à l’arrière de l’avion. Il est à moitié vide. L’équipage annonce une escale technique dans une petite ville du Canada. Je vois la piste se rapprocher, les roues presque toucher le sol. Aux haut-parleurs de la cabine, le pilote dit (très calmement, sur le ton de l’homme qui explique posément un problème) : « trop court on remet les gaz ». Je sens l’avion s’élever lentement mais moins vite que prévu. Le pilote ajoute : « on a un trafic juste au-dessus, c’est trop juste ». Je jette un coup d’œil à travers le hublot et je vois un  avion énorme  qui croise notre trajectoire ; il semble être lui-même en montée mais nous nous croisons à moins de cent mètres… une fois le danger évité nos continuons notre montée très rapidement… pendant l’escale technique, il pleut, l’équipage nous accompagne pour une courte promenade. Nous marchons dans une ville où les maisons sont peintes en blanc puis nous traversons une grande combe où l’herbe est verte et le ciel est gris. Nous nous arrêtons en haut d’un talus où la végétation est rabougrie. Fin du songe. Depuis quelques mois, je n’arrête pas de rêver d’avions, souvent en mauvais état, rouillés en ferraillant comme un bus sans amortisseur. Souvent les atterrissages semblent catastrophiques, le train d’atterrissage fouette la cime des arbres où le vent nous déporte de notre cap, les ailes sont chahutées, l’avion couine et souffre mais on finit toujours par arriver, l’aéronef souvent à moitié détruit avec de large morceaux de tôles d’aluminium qui gisent sous la soute. Bizarre tout cela. Je n’éprouve pas de frayeurs particulière à monter dans un avion mais ces catastrophes se reproduisent régulièrement pendant mon sommeil.

     

  • Transition

    "Dois-je indiquer: "Il ne s'est rien passé aujourd'hui", comme nous le faisions autrefois dans nos journaux intimes, lorsqu'ils étaient à l'agonie? Cela ne serait pas exact. La journée est un peu semblable à un arbre sans feuilles: elle comporte toutes sortes de nuances, si on la regarde de près".

    Viginia Woolf, Journal (29 janvier 1915).

    A demain, il y sera sans doute question des derniers quatuors de Beethoven...

  • Bien trop funèbre.

    Cinéma. Le secret de Brokeback Moutains d’Ang Lee. Romance homosexuelle chez les cow-boys, quelque part dans les vastes espaces entre le Texas et le Wyoming. Film très médiocre qui tombe dans le mélo hétérosexuelle (dans le genre, je préfère Sur la route de Madison, sans doute parce que c’est une histoire dans laquelle je peux m’investir plus aisément). Pour nos beaux hommes en santiags, la vie est bien triste et déprimante, à garder des moutons dans les alpages. Quand on s’ennuie, on s’amuse, c’est bien connu. Voilà à peu prés toute l’histoire. Suit simplement le « je t’aime, moi non plus, mais si je t’aime » avec divers retournements et tristes longueurs. Film bien sage, bien propre qui renvoie une image un peu virile de l’homosexuel (à force de voir des folles s’agiter sur des chars de la Gay Pride…) [Malheureux, oublies-tu les tomes du Journal de Renaud Camus qui s’entassent sur les rayonnages de ta bibliothèque ?]
    Au DVD (merci le Monde), Sonate d’Automne de Ingmar Bergman, film d’une toute autre portée. J’ai rarement été aussi intéressé par un film, c’est à la limite du théâtre filmé avec des acteurs (Ingrid Bergman et Liv Ullmann) éblouissants. L’action repose sur des longs monologues d’explications entre la mère et la fille pour, enfin, se jeter à la figure deux vies ratées et tous les ressentiments nés avec le temps. Tout dans ce film approche de la plus pure vérité : les cadrages sont magnifiques, les lumières parfaites et les dialogues saisissants.
    Photographie. Exposition Penti Sammallahti à l’artothèque municipale de Grenoble. Travail tout à fait étonnant. Il s’agit principalement de paysages hivernaux, ponctués d’animaux (des chiens principalement). Chaque image est une petite histoire, curieusement mise en scène, entre documentaire sur la vie dans le grand nord et saynètes de peu et de petits riens. Les tirages sont en noir et blanc, le plus souvent de format panoramique, d’une très grande justesse dans leur cadrage. Mon image préférée, peut-être anecdotique dans cette suite, est un beau ciel noir sur terre brune ( !), seul l’horizon est souligné d’un peu de clarté (un gris très sombre tout de même).  [à cet instant même, sur Radio Classique, début de la sonate au Clair de Lune de Beethoven, qui cadre assez bien avec cette image ; ah ! merveilleuses synesthésies !)
    Lectures. Festins secrets de Pierre Jourde. Livre remarquable, d’une très grande qualité littéraire et qui vaut toutes les enquêtes journalistiques sur des sujets aussi variés que la délinquance en bandes organisées, violence en milieu scolaire, dépression du corps professoral, …. Mais ce n’est pas que cela, c’est aussi et surtout un curieux rêve, un insoutenable dédoublement de soi qui emmène le lecteur bien au-delà de son point de départ : enfin de la littérature qui cesse de se regarder le nombril. J’essaierai prochainement d’en choisir quelques extraits.
    Musique(s). Schubert, Die Winterreise par … José Van Dam (Dalton Baldwin au piano). Etonnant, surprenant mais rarement enthousiasmant. En l’écoutant, je n’arrive pas à me départir de l’idée que cet interprète est un égaré (volontaire) dans ce répertoire, que son esthétique musicale ne correspond pas à celle d’un chanteur schubertien. J’avais eu à peu près le même sentiment en l’écoutant dans les mélodies de Duparc. Réécouter, toujours remettre le son sur ses tympans, peut-être qu’un jour…
    Martha Argerich dans des pièces de Bach (Toccata en ut mineur, partita en ut mineur et suite anglaise en la mineur). Plus de doute, ici, mais de la joie; je me crois dans une cathédrale où chaque vitrail s’éclaire d’une lumière divine. Du coup, j’ai mis en parallèle (c’était donc un moment assez inouï) le disque de Scott Ross (paru chez Erato où on le voit les mains dans les poches en tenue de trappeur sur un fond de landes brulées par beau soleil couchant d’hiver) de diverses pièces de Bach. En écoutant, S.R. je n’arrive pas à me départir de ces images d’un concert enregistré à la Villa Médicis en 1987 ou 1988, donc à la fin de sa vie. Un moment d’une tristesse infinie où l’on voit cet homme face à son clavecin tout en essayant de faire un sort à la maladie. Je ne regretterai jamais d’avoir un peu attendu, par un bel après midi ensoleillé de mai 2003, qu’une vieille dame nous ouvre gentiment la porte du château d’Assas où S.R. termina ses jours et enregistra cette magnifique Fantaisie Chromatique en ré mineur (BWV 903). [et sur Radio Classique, Nelson Frère joue une marche funèbre de Chopin].


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  • Trois maîtres

    J’ai oublié de noter ici la très belle exposition « Achard, Guétal, Bertier: Trois maitres du paysages dauphinois au XIXe siècle » qui se tient au Musée de Grenoble jusqu’au 12 février.
    Ces trois peintes se font suite dans l’histoire de l’Art et s’inspirèrent mutuellement. La matière d’Achard est fine, il a le sens du détail (notamment dans son dessin, très naturel, des rochers et surtout, des petits cailloux, innombrables, que l’on retrouvent sous les pas de ses personnages). Tous les trois ont peint principalement dans la région grenobloise. De nombreux tableaux nous montrent des paysages connus. Il est d’ailleurs frappant de constater combien les montagnes sont identiques (ici le grand trapèze aplati du Grand Colon, là les rochers déchiquetés du Néron) et combien la ville de Grenoble et ses entours se sont profondément modifiés. Au début du siècle dernier, on pouvait encore, par un beau soir d’été, s’allonger dans un pâturage du côté de Saint-Egrève. Les malheureux, s’ils pouvaient voir le désastre actuel et l’enchevêtrement hideux des zones commerciales !
    En découvrant ce changement s’étaler ainsi devant mes yeux, la nostalgie mélancolique marche à plein chez moi. J’éprouve exactement le même sentiment devant une photo de Baldus ou de Le Gray. Ce n’est pas être contre toute forme de changement, ni refuser le terrible bouleversement de nos vies en si peu de temps; c’est simplement se souvenir (et prendre conscience) du passé, de ce temps révolu, de ce « il n’y aura plus ».

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    Laurent Guétal, Lac de l’Eychauda (Oisans)