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  • Prix d'interprétation (2)

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    Plantu s'est surpassé dans ce joli petit torchon. Mettre en parallèle une Marianne accueillante pour Djamel Debouze (co-prix d’interprétation masculine à Cannes pour le film « Indigènes », film à la mémoire (à la gloire ?) des combattants d’Afrique du nord, ayant combattus sous le drapeau Français durant la seconde guère mondiale) et un Nicolas Sarkozy affichant un « dégage » à l’attention d’un migrant (un migrant d’origine nord-africaine, que l’on caricature également grossièrement en le représentant ainsi), la barrière frontière ostensiblement baissée (ne manque que les barbelés et les flash balls pour faire encore plus vulgaire et avancer encore plus dans la caricature obscène), c’est être profondément stupide, idiot même. En utilisant la figure de Debouze, éminemment sympathique (fils d’immigrés, banlieusard et fier de l’être (« je salue les mecs du 93 » nous lança t-il le soir de la remise des prix du festival de Cannes), la mine gentille, l’air rigolo, peut-être même drôle) face à un Sarkozy aux traits linéaires, à la tête en enclume, c’est faire l’utilisation d’un écrasement total du débat (si débat il n’y a jamais eu dans la caricature politique) : Sarkozy passe pour une ordure, un type infecte. On lui oppose Marianne, la figure humaine de notre République, au gentil petit sourire (le sourire de l’accueil). En jouant ainsi du « tout mal » au « tout bien » (ou présumé tel), on fait peut-être rire (j’imagine les crises de fou-rires et les ricanements au 80, boulevard Auguste Blanqui) mais on tue la démocratie, la réflexion et la distance au réel. C’est la victoire des Guignols.
    Sur le fond, je crois le film important, car il permet de ne pas oublier, de rappeler le rôle et le dévouement des soldats de l’empire colonial français durant la seconde guerre mondiale. Malheureusement, on essaie de nous faire croire que ce rôle a été systématiquement éludé, mis de côté dans l’Histoire du conflit (au passage, c’est faire un bel affront aux historiens). Je n’ai pas fait d’études en Histoire moderne mais mes souvenirs du lycée sont encore bien nets et à maintes reprises on m’a parlé de tirailleurs Sénégalais et de spahis Marocains, de leur courage au feu, de leur bravoure. On m’a également appris que, bien souvent, ces hommes ont été envoyés les premiers vers les positions les plus dangereuses. Tout cela est vrai et doit-être rappelé. Hélas, ce film – ou le battage médiatique qui est fait autour, difficile de savoir qui est le moteur du mouvement - comme bien des actions de revendications à caractère communautariste, participe à l’hystérie du moment : aller dans la surenchère, se croire discriminer plus qu’on est, accuser la nation (le peuple) de tous ses problèmes. Etre ainsi, aller ainsi dans ce sens, c’est se refermer, se voiler la face et n’appeler, en retour, que d’autres replis sur soi.

  • Prix d'interprétation

    Primé à Cannes, l'acteur Samy Naceri visé par une plainte pour violences

    AFP 29.05.06 | 18h31

    "L'acteur français Samy Naceri, récompensé par un prix d'interprétation au festival de Cannes dimanche, est visé par une plainte d'une boîte de nuit cannoise pour des violences à la veille d'être distingué, a annoncé lundi la police. Selon les plaignants, l'acteur, connu pour ses excès d'alcool et de drogue et ses démêlés avec la justice, s'est présenté en état d'ébriété samedi à l'aube, à l'entrée du VIP Room, un célèbre lieu des nuits cannoises. Refoulé par les agents de sécurité, il aurait vivement réagi par des insultes, dont certaines à caractère raciste. Une plainte a été déposée par la direction du VIP Room pour "incidents et violences", a-t-on précisé de source policière. L'acteur, qui a quitté Cannes samedi, n'a pu être entendu par les enquêteurs. Samy Naceri n'était pas dimanche soir aux côtés des quatre autres comédiens d'origine maghrébine comme lui du film "Indigènes", qui ont reçu ensemble le prix d'interprétation masculine. Ce film traite de l'engagement de soldats maghrébins dans la libération de la France lors de la Seconde Guerre mondiale. "Rentré à Paris samedi comme les autres acteurs du film, il n'a pu être joint à temps pour participer à la cérémonie", a indiqué à l'AFP François Guerrar, attaché de presse du film "Indigènes". Agé de 44 ans, Samy Naceri, rendu célèbre par la trilogie des films "Taxi", a été condamné depuis 2000 à quatre reprises pour des faits de violences, d'outrages, de conduite en état alcoolique et d'excès de vitesse. Il a passé deux mois en prison en début d'année après avoir frappé un homme dans un restaurant parisien."

  • Un an déjà

    Un an déjà et tout s'effondrait. En ce jour anniversaire, 62% des sondés affirment que ce "non" a affaibli la France.

    Je recopie ici ce que j'écrivais il y a un an.

    "Par 55% des suffrages exprimés, les français ont rejeté le traité établissant une constitution pour l'Europe. C'est une catastrophe. Le « oui »n'a jamais pu revenir sur le « non ». Au parti socialiste la lutte fut au couteau tiré: Hollande, fort d'un soutien tôt dans la campagne des militants a défendu le camp du progrès. Fabius a pris la défense des frileux, dans un curieux attelage avec le PCF et l'extrême gauche (sans parler des souverainistes de droite et d'extrême-droite). Il a été exclus hier du parti, malgré la victoire du non, malgré l'écrasante majorité des encartés et des sympathisants qui est à trouver dans le camp du refus. Cette tentative d'organisation de l'Europe n'était peut-être pas la meilleure solution. C'était au moins une tentative démocratique d'aller de l'avant. Les arguments les plus ignobles ont été mis en avant pour tout rejeter en bloc, notamment celui tendant à dire que le groupe des représentants des peuples qui a élaboré ce texte n'était pas « démocratique ». Quelle bêtise ! Les amis de José Bové et d'ATTAC sont-ils les représentants du peuple ? Non, mais pour eux, leur légitimité est acquise, peu importe qui et combien ils représentent. J'ai déjà eu l'occasion de le dire, cette élection confirme un mouvement de fond: la démocratie élective (seule ayant droit de citer car représentant le peuple dans sa majorité) n'est plus la seule et unique force devant prendre les décisions et les assumer. La démocratie participative (ou associative) remplace le « monde politique » (pour résumer). Les sans-culottes (ou les communards) ont gagné: vive celui qui gueule, à mort le représentant du peuple ! Notre pays est en crise, c'est sûr. Je ne suis pas sûr que ce soit pour les raisons communément avancées. Les arguments les plus faux, les plus ineptes, ceux tendant à jouer la frilosité, le repli sur soi, la peur du futur face à une Europe soit disant « sans tête » et irresponsable ont été avancés. Hélas, je crois que l'idée du referendum s'imposait bien (après en avoir longuement douté). Une majorité de français n'est pas capable de lire entre les lignes, de se projeter un peu en avant, de penser pour le groupe plutôt qu'à soi. On me dira qu'une femme de cinquante ans élevant seule ses trois enfants, employée d'une entreprise familiale dans le secteur du textile, n'a que faire de l'idée d'Europe et de belles paroles. C'est sans doute vrai, en tous cas, pas faux. Mais comment lui dire que l'Europe ne changera rien dans son sort ; qu'au mieux, l'Etat pourrait lui fournir de quoi se reconvertir et de se former à évoluer. Malheureusement, la société libérale (par ses mœurs, ses vices, son économie surtout) a gagné: il n'y aura plus jamais d'économie planifiée et de dirigisme d'Etat. Le communisme et le partage des richesses équitablement entre tous n'est pas réalisable, tout du moins l'Utopie doit se frotter au réalisme. Mieux vaut se réveiller et se secouer que rêver aux chimères. Le monde est dirigé par l'Economie. Faisons notre deuil des illusions perdues et mettons nous enfin à être plus solidaires. Il faut confesser que les partisans du « oui » ne se sont guère montrés plus dignes, notamment en jouant sur la peur du « non » et du refus de la construction qui allait avec. Ce qui devait être un débat de fond, un débat d'idée sur une organisation moderne de société, s'est transformé en rejet brutal et massif de la politique mené par le gouvernement depuis deux ou trois ans. Cette défaite lui a d'ailleurs coûté sa place. Notre président, devant l'ampleur de la contestation et la montée du refus aurait été mieux inspiré de faire place nette avant de se lancer dans le si périlleux essai du référendum. On voit les conséquences. Jeudi dernier, les Pays-Bas, à notre suite, ont rejeté le traité à une majorité encore plus forte, apparemment pour les mêmes raisons qui ont conduit les Français à s'exprimer dans le même sens. Aujourd'hui, le gouvernement anglais, trop content, pour une fois, de ne pas être accusé de nuire à la construction européenne décide de sursoir au référendum. L'Europe se lézarde. Les plus optimistes parlent d'une période de dix ou vingt ans pendant laquelle plus rien ne se fera. Le risque pris par les « nonistes » est bien là: par un refus massif et francs, les politiques toujours soucieux d'aller dans le sens du vent resteront à la marge. Il y aura moins de règle et sans doute plus d'anarchie. Le dumping social sera, chaque jour un peu plus, le réflexe des pays « nouveaux entrants ». Il faut d'ailleurs dire ici un mot du curieux cheval de bataille choisit par l'intelligentsia journalistique, au premier chef, Le Monde qu’on n’attendait pas dans le camp du progrès mais dans celui de « la plus grande pente », cette masse informe qui poussait au « non ». Le départ de Plenel et les réajustements qui se trament depuis en coulisses semblent avoir presque totalement changés la ligne de la rédaction. Témoin, les articles d’Eric Le Boucher que l'on trouve en dernière page de l'édition du samedi. Ce sont de virulents appels au réveil et à affronter avec un peu plus de réalisme la situation économique et social du pays. Mauvais choix pour le Monde, donc, mais aussi pour le Nouvel Observateur et Libération qui visiblement étaient assez tiraillés à rallier un camp plutôt que l'autre. Les « Inrocks » ont néanmoins nettement choisi le camp du « non » mais ce n'est pas trop une surprise puisque tout ce qui peut être dans le vent, légèrement subversif est d'office adopté par ce suiveur de mode (qui aimerait devenir un leader d'opinion, un commissaire politique des temps moderne). Les « nonistes » eurent alors beau jeu de sentir victimes de discriminations et de mises à l'écart. Il y a sans doute un peu de vérité là-dedans. Le lundi suivant le référendum, j'ai eu une conversation très riche avec mes collègues de travail J. et F., ardents supporters du non. Leur choix m'était connu mais il m'a surpris et interloqué. Comment être diplômé de l'université et choisir une position si rétrograde, si contraire à notre histoire et ce qui a présidé à la construction de l'Europe. Comment pouvoir mettre un frein à ce rapprochement des peuples, à cette organisation du vivre ensemble construit sur les décombres du nazisme pour le « plus jamais ça ». En écoutant leurs arguments, je constate que ce « non » est un non aux méfaits du libéralisme à tous crins, aux délocalisations et aux dégâts sociaux inhérents à la libération des marchés. Nos préoccupations sont donc les mêmes. Comme je l'expliquais à je ne sais plus qui, le Français est toujours partisan de la grande solidarité entre tous, mais payer plus d'impôts (pour vivre tous un peu mieux) et éviter de resquiller le fisc à tout moment n'est pas dans notre mentalité.

    [...] En conclusion, ce « non » nous plonge dans une période d'incertitude sans doute bien pire que celle réservée par ce curieux traité à la surprenante dernière partie, mi traité constitutionnel mi fourre-tout, qui aurait pu être notre avenir si le oui l'avait emporté. Ce résultat, je le crains hélas, ne sera pas un encouragement donné à nos politiciens à s'engager, à prendre leur responsabilité et à commencer les réformes."

     

     

  • Ainsi vont...

    Musique. Œuvre absolument merveilleuse que cette intégrale des quatuors de Beethoven par le quatuor Budapest (1951-1952) qui vient de sortir aux éditions United Archives (8 CD, 30 euros !). Cette réédition a déjà été saluée par la presse spécialisée (Diapason d’or et Choc du Monde de la musique). Le son est d’une fraicheur intense, avec ce qu’il faut de distance et d’histoire (50 ans tout de même !). Voilà un album qui peut s’écouter comme on regarde un film passionnant : avec une véritable attention, sans en perdre une miette. On peut tout aussi bien se laisser aller et ne prendre que de petites touches. Ces instantanées là sont alors très beaux, d’une grande justesse. L’histoire du quatuor est pour le moins compliquée, un peu people même. Les musiciens jouent sur des Stradivari de la Gertrude Clarke Whittall Collection. L’enregistrement a été réalisé dans l’auditorium Coolidge de la Librairie du Congrès à Washington.
    Promenade. Autoroute du jeudi de l’Ascension : la Pinéa (Chartreuse) par le col de Porte (directissime du Tour de la Chartreuse), autrement dit un chemin fort fréquenté (donc fort labouré par les grenoblois en manque d’oxygène). Jolie petite promenade, de remise en jambes. Du sommet, vue toujours aussi belle, avec ce côté « grand vide », le versant occidental étant tout à fait vertigineux.
    Mort. Le journaliste Christophe de Ponfilly est mort la semaine dernière. Il avait 55 ans. On lui doit le célèbre documentaire sur Massoud (« Massoud l’afghan »). Les reporters d’outre-frontières lui doivent sans doute beaucoup plus.
    Médias. Pour connaître l’état de la presse dans notre beau pays, un étranger (ou, tout simplement, n’importe qui de curieux) aurait tout fait d’allumer son poste de télévision sur la « Matinale » de Canal+/I-télévisions. Chaque matin, c’est une nouvelle forme de café du commerce qui se déploie devant nos yeux ébahis. Les nouvelles, quelles qu’elles soient, sont gentiment brocardées, moquées, remise en forme par le gentil quatuor réuni autour de M. Bruce Toussaint. De la petite troupe, l’inénarrable Mme Marie Colmant est sans doute la plus insupportable dans sa manière de railler et de jeter à terre tout ce qui ne lui plait pas. Or, on se moque un peu de ce que pense Mme Marie Colmant de tel ou tel fait divers. Son avis personnel ne nous intéresse pas particulièrement et que l’on sache, rien dans ses qualités personnelles - ne parlons même pas de son apport personnel dans l’histoire des idées ou du journalisme - ne l’autorise à nous donner son petit point de vue, souvent médiocre, teinté de la plus dégoulinante doxa bien pensance du moment (société métissée, relativisme culturel, histoires de people présentées comme nouvelles importantes du jour, etc.). A peu près la même chose se déroule chaque soir sur le plateau de Canal+, en direct de Cannes, à l’occasion du festival cinématographique. Le niveau d’information est quasi nul, il ne s’agit que d’interviews de people, de sketchs (pas comiques) et de ragots de boîtes de nuit ; le tout, mêlé dans la plus infecte publicité pour les annonceurs de la chaîne. Dans la presse écrite, ce n’est guère mieux. J’entendais, l’autre jour, sur France Info un reportage sur la reprise du journal France Soir (déjà bien dévalorisé dans l’échelle de la valeur journalistique). Le repreneur, en but à l’hostilité – c’est tout à leur honneur – des journalistes de France Soir, déclamait que ce qu’il voulait faire, c’est un tabloïd à la française (sur le modèle du Sun anglais ?). Selon lui, ce qui intéresse le lectorat ce n’est pas la hausse du prix des matières premières (mettons) mais de savoir si tel footballeur était sorti en boite le soir précédent et « qui l’avait sucé ». A propos de foot, l’hystérie liée à la Coupe du Monde monte tout doucement en puissance. Pour l’instant, via des voie détournées que sont l’augmentation du nombre d’écrans plats vendus (en moyenne, trois à quatre minutes de publicité gratuite chaque soir pour la FNAC ou Darty) ou par la hausse (attendue) de la prostitution en Allemagne durant les prochaines semaines (reportages sur les maisons closes d’outre-rhin (outre-reins ?) et les filières du trafic des prostituées en provenance de l’Europe de l’Est). A signaler, tout de même, le courageux article du Monde (une pleine page !) sur les filières de dopage dans le monde du football. J’ignore si France football a également prévu un long dossier sur le sujet. Hélas pour le Monde, deux feuillets plus loin (dans les pages « Culture » (!)), c’était un très favorable (forcément !) article sur la mode des dreadlocks parmi les plus jeunes d’entre nous.
    People. Ce matin, à la fraiche, j’ai croisé notre Maire, Michel Destot, en plein footing et arborant un beau tee-shirt « I love N.Y. »

  • L'insoutenable

    Le 12 mai, un oléoduc explosait au Nigéria faisant plus de 150 tués. Ces drames semblent assez courant dans ce pays, notamment parce que la population tente de soutirer un peu du précieux liquide (enfin, c’est ce qui est généralement avancée comme explication par les journalistes occidentaux). Les médias français en ont peu parlé, c’est devenu malheureusement d’une banalité assez effrayante. Je voudrais simplement dire ici le dégoût que m’a inspiré l’illustration photographique de cette catastrophique. Libération et le Monde ont publié des photos insoutenables des corps carbonisés, figés dans leur dernière posture de vie. Je trouve la publication de ces images tout à fait déplacée car elles sont inutiles. D’un point de vue journalistique (« les faits, les faits ! » de E. Plenel), elles n’apportent rien à la relation de l’évènement. N’importe qui s’imagine que l’explosion d’une telle bombe à retardement ne peut avoir que des conséquences catastrophiques. Il n’est pas nécessaire de montrer l’insoutenable pour être cru : les mots suffisent, leur sens suffit. Montrer ainsi des morts, c’est aussi manquer au respect qui leur est dû ; c’est être – il faut bien le dire – ignoble. Qu’on ne s’étonne pas, ensuite, que de petits malins aient envie de frapper des innocents dans la rue (quand ce n’est pas pire) et de prendre leurs exploits en photos pour mieux, ensuite, s’en gausser. C’est là, l’autre bout de l’effondrement du sens moral : la perte de tous les repères moraux ; c’est mélanger le bien et le mal, diluer l’échelle des valeurs, avaliser ou banaliser ce qui n’est pas concevable pour qui a encore, quelque part en soi, un peu de retenue.
    Me choque tout autant (bien plus, peut-être) une photographie de Noël Quidu publiée ce mois-ci dans le magazine Chasseur d’images. On y voit un soldat Libérien porter par les deux oreilles la tête d’un « rebelle » après que celui-ci ait été décapité. Le contexte, peut-être, n’est pas le même et l’objectif du travail photographique différent (« illustrer » la barbarie d’une guerre oubliée ; témoigner pour ne pas passer sous silence l’effondrement de l’Afrique équatoriale). Reste que cette photo ébranle et bouleverse jusqu’à la moelle des os. Elle est peut-être là pour ça, contre l’oubli, contre l’indifférence, contre les sentiments mous. Mais ma réaction pourrait-être de dire qu’après tout, les gens capables d’un tel acte (exhiber la tête d’un mort comme la tête d’un cochon) ne sont que des barbares et quoique nous fassions pour eux, cela ne modifiera en rien leur sentiment moral profond, si éloigné de celui du monde dit civilisé.

  • 35 !

    « Quelques heures avant mon anniversaire, et pour répondre aux nombreuses conseils « amicaux » que je reçois d’ici ou là, j’ai décidé d’arrêter mon blog ; pour en finir avec l’ensemble du genre humain. Je rejoins le démiurge du Surhomme et de la Volonté de puissance. Tous mes freins sont brisés, je m’envole vers un autre au-delà ». Telles furent les dernières paroles de Stewart Grant, troisième du nom, le jour où il quitta sa cabane des rives du lac de Paladru pour partir en motoneige vers le col de l’A***. Son histoire, et celle de tous les habitants du monde d’hier a été perdue. Il ne nous reste que des fragments, des œuvres incomplètes et des livres à demi déchirés. Malgré tout, nous avançons vers un point de rebroussement : l’endroit exact où les courbes se frôlent, sans jamais oser se toucher (« Les femmes sont comme des courbes dont les hommes sont des asymptotes : ils s’en rapprochent sans cesse sans jamais oser y toucher » disait Rousseau).
    L., ce soir, pour combler mon attente enfantine du cadeau d’anniversaire m’a offert le premier d’entre eux : une place pour le concert de Keith Jarrett à Lyon le 28 juillet prochain. Du coup, nous écoutons, à demi noyés dans le vin de Savoie, le Changeless des années 80. Et ressurgissent ainsi les souvenirs de lycée, les soirées passées à regarder le ciel et les nuages s’effilocher. Années du rien et du vide, années à jamais perdues sauf dans les souvenirs ; sans cesse rappelées mais, en définitive, si peu vécues.
    Je signale à tous mes amis japonais, l’intéressante série de reportages que France Info a consacrée toute cette semaine au pays des toilettes à lunette chauffante. De nombreux nippons francophones ont été interviewés. C’est bien l’empire du signe !

    Le dossier complet est disponible ici.

     


     

  • Extrait (2)

    "Le temps n'est que la somme des images présentes, passées et à venir dont nous cherchons en vain à nous constituer un visage. Nous sommes des ombres qui tentent d'épuiser dans la chair la peur qu'elles ont d'elles-mêmes, la voix, les langues, les textes n'étant que l'ombre portée du temps sur la terre où nous attendons de mourir, ayant trouvé dans le temps ce que nous réclamons à autrui, à la musique, aux grands récits: que le temps passe d'une autre façon, qu'il nous oublie, qu'il cesse de nous faire naître à chaque instant, ce temps qui s'était mis à passer tout autrement une fois Marie disparue, et depuis qu'il m'avait été donné d'apprendre, par la voix d'une fille de fermiers interprétant une chanson sentimentale, un jour de fête, à Villevaleix, que je mourrais un jour, un jour plus proche que tout ce que je pouvais imaginer, et qui devint pour moi, autant que le sens des mots ou le corps féminin, un objet de pensée quotidien, voire de chaque instant"

    Richard Millet, Ma vie parmi les ombres, (2003).

  • NCS

    Le week-end dernier se tenait au Cargo (MC2) les rencontres de la « nouvelle critique sociale ». Trois jours de manifestations, regroupant réunions plénières et tables rondes autour de thèmes aussi différents que « conjugalité, parentalité, mariage gay » ou « nouveaux médias et démocratie ». Ces réflexions, initiées autour de la République des idées de Pierre Rosanvallon et l’Agence nouvelle des solidarités actives de Martin Hirsch, regroupaient différents intervenants, choisis pour leur compétence ou leur degré d’expertise. Les conférences ont été enregistrées et sont à l’écoute ici. J’ai assisté à une réunion plénière (« la panne de la démocratie française ») et à deux tables rondes (« l’avenir de l’immigration » et « Comment vraiment sauver la Recherche »). C’est cette dernière qui m’a le plus intéressée, sans doute parce que c’est mon pain quotidien, sans doute aussi parce que c’est le seul endroit où débat il y a eu. D’une manière générale, il s’agissait bien souvent de présenter les idées des intervenants et bien peu de débattre sur le fond. La grande réunion plénière sur « la panne de la démocratie française » était par moment intéressante, notamment le parallèle dressé par Marc Lazar, du CERI, sur la situation italienne - dix ans de Berlusconisme - vs l’évolution politique en France. Bien entendu, ici, la crise de la démocratie n’est vue que comme une crise de la démocratie élective (sous entendu, des partis politiques) responsable de tous les maux et surtout de ne pas être représentative des Français. Olivier Ihl (directeur de l’IEPG) rappelait combien la majorité actuelle avait reçu peu de suffrages au premier tour. On sent également beaucoup de défiance vis-à-vis de tout ce qui est d’un cabinet ministériel, suspect de n’être qu’un repère d’énarques, de techniciens sans cœurs. C’est oublier un peu vite que c’est grâce à eux que la boutique tourne, si on peut dire. Je m’étonne que la charge contre l’ENA soit aussi vive, surtout venant d’universitaires et de dépositaires du savoir. C’est se tirer une balle dans le pied. Pas un mot, bien entendu, sur le rôle de certains médias, ceux qui depuis dix ou quinze ans, au nom de la liberté d’expression et le droit de railler sans fin, traînent les politiques dans la boue (à leur plus grand plaisir, puisque cela fait aussi partie de leur plan média, voir les dégoulinantes confessions du dimanche après-midi chez M. Drucker). On l’a donc compris, la crise est morale. Mais ce n’est pas assez, il faut aussi qu’elle soit également institutionnelle (la sixième République est sur toutes les lèvres, mais on n’en parle pas ouvertement, on susurre des idées, un peu comme le pilier de bistrot avec le patron). A mon humble avis, si la cinquième République est mal en point, c’est à cause de ce qu’en font les détenteurs du pouvoir, du saccage de l’institution et du manque de désintéressement. [A l’instant dans la « Vie en face », une jeune ado rentre de son cours de philo et dit : « on a étudié les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, je trouve ça super chiant… »]. Après que chacun des quatre spécialistes autour de la table se fut exprimé, c’est Fadela Amara, présidente de NPNS (comme elle dit) qui nous livra le fond de sa pensée. Il est suffisamment connu de tous pour que je n’aie pas à le résumer ici. J’en ai profité pour rêver un peu et essayer de trouver à quel moment il y avait eu ce changement de cap entre la défense du droit des femmes des cités (cause honorable, que je soutiens à 100%, à la seule condition qu’on n’omette pas de lier ce problème à la religion, au poids patriarcal de la société nord-africaine, etc.), comment donc, d’un problème précis le mouvement en était venu à s’aventurer sur un tout autre terrain, celui de la lutte contre les « ghettos » de banlieues, les discriminations et s’afficher de fait comme le soutien ouvert des populations immigrés des banlieues, cités, etc ? Le court débat qui s’est engagé ensuite dans la salle était on ne peut plus consensuel. Outre le cryptocommuniste, à ce point noyé dans sa vulgate marxiste qu’il en oublia de poser sa question (« la question, la question ! » osèrent quelques uns dans l’assemblée), les interventions furent toutes dans le sens du vent. Arrivée à la clôture de la table ronde, on finit par penser que la nouvelle critique sociale est une officine (de plus) de la gauche, qu’elle se pousse du col sur la bonne et très tendance – voir le relais de cette manifestation assuré par le Monde, les Inrocks et France Culture - pente de la démocratie participative. Je remarque également qu’ici, les politiques ne sont pas les bienvenus. Il faut dire qu’eux sont responsables devant les électeurs et que bien souvent, ils le payent cher !
    Peu de chose à dire, sur « l’avenir de l’immigration ». Là aussi, tout le monde est d’accord. Il ne vient à personne de prendre le problème à l’envers, de se poser en opposition à ses propres opinions et d’essayer de travailler dans le doute. Pas même le jeune et flamboyant philosophe présent à la table. Bien entendu, il ne s’agit pas de cautionner le front national, il s’agit de s’interroger sur le pourquoi du premier tour des élections présidentielles de 2002. N’y aurait-il pas, à tord ou à raison, quelque chose qui cloche, un peu de fumée avec le feu ? Pourquoi les immigrés sont si discriminés, pourquoi tant et tant de vies séparées (et tant et tant de vouloir vivre à côté des uns des autres, plutôt qu’ensembles) et de replis communautaires ? On n’en saura rien. L’une des spécialistes présente expliquait même (si j’ai bien compris) que c’était la notion même de frontière qui posait problème. Qu’une fois celle-ci ouverte, la sédentarisation de l’immigré disparaissait et que le mouvement absolu était la solution à tous les problèmes. Quid de la notion de peuple dans tout ça ? A propos du droit d’asile – que je considère comme notre devoir et notre honneur de Français – là aussi les interprétations divergent. Si tout le monde est bien conscient (et j’en suis) que ce droit est très mal servi actuellement (explosion des demandes, allongement des durées de traitement, situation plus que précaires pendant l’attente de la décision de l’OFPRA), personne ne remarque (ou ne veut remarquer) que cette situation tient au fait qu’une majorité de « demandeurs d’asile » n’est maintenant plus que le fait de migrants économiques, absolument pas poursuivis dans leur pays d’origine et n’ayant donc aucune raison de sollicité ce droit. Et là-dessus, tout le monde semble d’accord : et bien il faut accorder l’asile à tout le monde, ainsi il n’y aura pas de problème ! (du droit, on passe au devoir) 
    Sur le « comment sauver la Recherche », le débat a été de bien meilleur qualité, même s’il a commencé par l’inévitable bataille de chiffres (véritable effort ou tour de passe-passe budgétaire ? plus ou moins de chercheurs aux USA qu’en France ? part de l’effort financier pour la Recherche dans le PIB de ces deux pays). On constate également que le problème est aigu parce que les Universités françaises traversent actuellement une grave crise de gouvernance (ces petites unités locales sont les dernières synapses vivantes de l’utopie autogestionnaire post-soixante-huitarde). Faut-il se regrouper ? Créer des campus sur le modèle américain (avec tout ce que cela implique (très bon exemple du MIT américain), concurrence interne à outrance, fin des labos de moindre niveau, fonctionnement très libéral des universités qui n’hésite par à créer une entreprise « cœur » au nom du campus pour bénéficier de ressources budgétaire importante). Sur la création de l’ANR, d'ores et déjà accusée de mille mots, on sent bien que les membres du CNRS vivent la création de cette agence de moyens comme un premier pas de démantèlement de leur organisme. La crise du recrutement (d’étudiants) et de jeunes enseignants chercheurs a également été évoquées (chercheurs à vie ou enseignants à vie ?). Quid de l’évaluation pédagogique ? Malgré toutes ces plaies à vif, j’ai le sentiment que le « milieu » à la capacité de se régénérer et de prendre les problèmes à bras le corps, contrairement au secondaire, gangréner par le corporatisme.
    Je ne suis pas sûr que la « nouvelle critique sociale » de 2006 marquera les esprits comme le rassemblement de 1966. Elle m’a au moins permis de me confronter à un argumentaire dérangeant (pour moi) et donc de m’ébranler un peu. C’est déjà ça, non ?

  • Folie douce

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    A lire lorsqu'on est seul entre quatre murs

  • Troisième jour

    Aumont-Aubrac-Nasbinals-Laguiole-Entraygues-sur-Truyère-Conques
    Au moment de partir, charmante discussion avec le réceptionniste de l’hôtel. Rapide coup d’œil à l’église d’Aumont puis départ pour le plateau des grandes solitudes : l’Aubrac. Plutôt que la route directe pour Nasbinals, nous avons fait le détour par le château de la Baume, le « Versailles du Gévaudan ». L’édifice fait tout de même plus penser à une ancienne forteresse qu’à une demeure de plaisir du siècle de Louis XIV. Nous n’avons pas pu visiter les appartements de César de Grolée, qui fit décorer les intérieurs du château primitif. Nous nous sommes donc contenter d’une rapide visite des jardins, qui sont peu étendus mais donnent sur une belle campagne. A l’époque de sa magnificence, le domaine comptait plusieurs centaines de kilomètres carrés de terres. Sans doute, juste assez pour être tranquille chez soi. C’est en récupérant la départementale 900, un peu avant Marchestel, que le vaste et l’infini se rejoignent. On peut voir une certaine monotonie dans ces prés simplement séparés les uns des autres par une mince clôture de pierres, mais on ne peut pas dire que c’est le vide. C’est la main de l’homme qui a façonné ce paysage et, même si les burons ruinés signent un peu partout l’abandon du pastoralisme traditionnel, ce sont encore les troupeaux des hommes que l’ont voit paîtrent ici. A Nasbinals, capitale du bout du monde, l’église est au centre de tout. A quelques encablures du village, il y a un très beau point de vue où est installée la statue de Notre-Dame-de-la-Sentinelle. La carte Michelin nous l’indiquait clairement comme étant un très beau belvédère (une vraie petite étoile !), ce qui fut le cas, en effet, mais arrivé à ses pieds, rien n’est indiqué. Il faut donc prendre les chemins de traverse, longer les murettes de granit le long des prés, passer sous les fils électrifiés pour obtenir enfin la belle récompense. On a une très jolie vue, bien entendu, on voit ce qu’est ce plateau, ce qu’il représente comme sentiment d’abandon et de solitude. Au nord, on devine même les monts enneigés du pays auvergnat. A Saint-Urcize, nous avons visité une autre très belle église, au délicieux déambulatoire, aux pierres toujours mêlées les unes aux autres, à l’intriguant clocher peigne que l’on rencontre partout en cette région. Même le poilu du monument aux morts, brandissant sa gerbe de lauriers tressés parait être content d’être là. Sur le chevet, il y a une curieuse petite statue en haut-relief de Saint-Pierre, avec sa clé dans la main. Elle confirme encore une fois que la simplicité, l’ébauche et le poids des ans (donc l’érosion, les agressions de toutes sortes) ne nuisent en rien à la force de l’expression. C’est sans doute également pour cette raison qu’aussi parfaites soient, techniquement, les reprises du XIXe, on les remarque toujours au premier coup d’œil dans un vieux sanctuaire roman. Dans cette pointe sud du département du Cantal, nous n’avons pas vu âme qui vive. Un peu au-delà, en route vers Laguiole, le sublime nous rattrape (pour être honnête, il ne nous avait jamais quitté depuis ce matin). Les champs de jonquilles rencontrent le beau poil d’une vache de race Aubrac, les nuages et le soleil jouent à cache-cache sur les prairies. Il y a même, au détour d’un virage, un joli buron bien entretenu, avec deux ou trois bouleaux à ses côtés. Tout quitter et venir s’installer là, loin de tout ! A Laguiole, nous avons eu bien du mal à nous restaurer (il était deux heures de l’après-midi !). Une très gentille serveuse de l’Auberge du Taureau nous a tout de même servi un délicieux sandwich au jambon de pays agrémenté du fameux laguiole. Ensuite, en direction des rives du Lot, on a la nette sensation de tomber du haut-plateau : la route virevolte, la végétation s’étoffe (auparavant, à 1200 mètres, les cerisiers étaient en pleines fleurs). C’est aussi à ce moment là que le disque de Haydn (quatuors opus 17) s’arrête. Il nous avait accompagné depuis le matin de cette belle journée. A Entraygues, il est bien joli d’admirer les noces de la Truyère et du Lot. Ensuite, la route parcours les gorges de ce dernier. C’est le chemin des frondaisons un peu lourdes, du parfum enivrant des glycines, des bords de l’eau : une autre forme de vide mais qui manque, à mes yeux, d’une qualité essentielle : celle de l’échappée, de l’immense et sans doute, celle du coucher de soleil que l’on peut suivre jusqu’à sa lente mort. A Conques, en cette saison, il est encore possible de traverser le village en voiture sans passer sous les péages des parkings obligatoires. Installation à l’auberge Saint-Jacques, dans des murs « multi centenaires », comme dit le guide rouge Michelin. Nous avons eu le temps de visiter le trésor de l’abbatiale, regroupant quelques joyaux de premiers ordres de l’orfèvrerie médiévale, au premier rang duquel la fameuse statue-relique de Sainte-Foy dite majesté. Son histoire est complexe, mais c’est incontestablement un objet étonnant, passionnant, même, du point de vue archéologique et historique. Les deux bras qui lui ont été ajoutés au XVIe siècle, lui ont donné un air un peu raide et nuisent grandement à son unité. Le génie de l’œuvre, c’est bien entendu ce drôle de regard de la statuette qui parait nous veiller depuis la nuit des temps (c’est sans doute un remploi d’un masque antique). Elle me fait penser au célèbre petit dieu de Bouray, que l’ont peut admirer au musée des Antiquités Nationale de Saint-Germain-en-Laye. Après avoir dîné à l’ombre du tympan du jugement dernier, nous avons eu la chance de clôturer cette journée par un concert d’orgue donné par un religieux de la communauté de prémontré. Cet impromptu musical nous a permis d’assister dans l’église à quelques jolis jeux d’illumination nous plongeant, tour à tour, dans la plus divine lumière puis dans la plus sombre quiétude. Les vitraux de Soulages prennent alors un autre relief. Le jeu des lumières s’inversent : ce sont alors les lampes de l’éclairage urbain qui illuminent l’intérieur de l’édifice.

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    Pointe sud du Cantal, 4 mai 2006, 12h57

  • Deuxième jour

    Le Puy-Château de Polignac- Bains-Monistrol-d’Allier-Saugues-Saint-Alban-sur-Limagnole-Aumont-Aubrac


    Au petit déjeuner, nous attendait un magnifique bouquet de lilas blancs, fraichement coupés et qui embaumaient les alentours. Ces fleurs, avec la flagrance suave qui s’échappe des grosses grappes de glycines, sont peut-être la plus belle image du printemps : une période éruptive, où la moindre senteur devient capiteuse. C’est l’idée même de l’amour : un amour physique au firmament des émotions humaines. Avant de quitter le Puy, rapide visite au musée Crozatier qui mériterait, pourtant, quelques heures. Le rez-de-chaussée regroupe un bel espace lapidaire, où l’on découvre de beaux chapiteaux romans (comme si on n’en avait déjà pas vu de somptueux en se promenant dans la cathédrale !). La muséographie est obsolète, les circonstances de telle ou telle découverte sont peu explicites. Il n’y a pas beaucoup d’informations sur les pièces en elles-mêmes, au moins sont-elles regroupées par époque. Mais peut-être faut-il avoir simplement l’œil sur l’art et oublier tout le reste :  se laisser uniquement séduire par le frustre d’un visage gravé dans la pierre il y neuf ou dix siècles de cela. A l’étage, quelques jolis tableaux et autres pièces de broderies dont le Puy est un centre renommé. Sous les toits, magnifiques collections de minéraux et  éléments de géologie, ainsi que de très nombreuses vitrines présentant des animaux empaillés.A quelques kilomètres du Puy se dresse, au sommet d’une ancienne cheminée volcanique, la forteresse de Polignac, berceau d’une des plus vieilles et glorieuses familles de France. Il subsiste quelques éléments du château médiéval (basse-cour, courtines défensives, un bel assommoir sur les remparts). La pièce maitresse est un puissant et fier donjon. C’est une coquille vide : les étages ont disparu, seules subsistent les cheminées. Il est possible d’accéder à la terrasse sommitale d’où l’on jouit d’une belle vue (mais qui n’est pas extraordinaire). Il y a très peu d’explications pour le visiteur sur le monument. La généalogie des Polignac est par contre assez largement détaillée. Cette maison est bien connue au XIX et XXe siècle, notamment, pour son amour des arts, la musique en premier lieu. Le prince Rainier, avant d’épouser une Grimaldi, était né Polignac.Curieuse petite église que celle de Sainte-Foy à Bains. La pierre volcanique sombre est mélangée avec un grès rouge dit « grès de Beyssac ». Le plus bel élément est un curieux porche aux fins tores ciselés surmontés de trois arcatures aveugles. Pique-nique un peu au-dessus du village, sur un point de vue tout à fait intéressant sur le Velay : champs méticuleusement ordonnancés dans un canevas de haies. Les bois de conifères sont réservés au sommet de petits monts : aucune place exploitable n’est oubliée ; à chaque chose son meilleur lieu. Un peu avant Monistrol d’Allier, nous avons poussé vers la petite chapelle de Rochegude, posée au-dessus du vide des gorges de l’Allier, à proximité d’une vieille tour circulaire. L’intérieur est minuscule, d’un art roman tout simple, sans ouverture, comme un écrin pour le divin. Jusqu’à Saugues, la route est à peu près parallèle au célèbre GR 65, le chemin de Compostelle dans son parcours entre le Puy et Conques. En cette saison, les pèlerins sont déjà nombreux. La plupart sont des baby-boomers, souvent assez bien équipés (veste Goretex plutôt que chasuble  de chanvre). A Saugues, une curieuse Tour des Anglais dont nous n’avons pas pu savoir grand-chose. C’est visiblement un élément défensif d’époque médiéval (magnifiques mâchicoulis) et larges corbeaux qui lui donnent l’aspect d’une tête (carrée) hérissée de piquants. Il devait sans doute s’agir d’un refuge pour les habitants du village pendant la guerre de cent ans. A ses pieds, se tient un petit musée (dans le genre attrape-touristes en sandalettes) sur la bête du Gévaudan. A Saint-Alban-sur-Limagnole, le paysage change à peu près au moment où l’on passe de la Haute-Loire à la Lozère. Le ciel, l’air et la terre se font plus désertiques. On monte à l’assaut des terres arides et ventées. Nous sommes arrivés trop tard pour visiter le château de Saint-Alban, qui renferme de nos jours l’office de tourisme (le terme syndicat d’initiative à définitivement été banni du vocabulaire touristique !). Il y a un très beau portail XVIIe qui nous a fait penser à celui du château de Vizille : tout en bossage et à fronton interrompu (le bronze en relief de Lesdiguières en moins). Seule la pierre change, ici un beau tuf ( ?) légèrement rouge. Ces contrées-ci, signent d’ailleurs le passage du volcanisme au granite. C’en est fini des sols rouges et des scories échappées des volcans en furie, place aux puissances tranquilles (la force tranquille de Mitterrand en 1988 ?). Le château de Saint-Alban est, de nos jours, un hôpital (CHS). Sur un bâtiment construit au XIXe, est apposée une plaque rappelant le passage de Paul Eluard pendant l’hiver 43-44.Arrivée à Aumont-Aubrac et installation à l’hôtel Prouhèze, maison de caractère (vieille demeure bourgeoise construite au XIXe). Mademoiselle Alice et Monsieur André nous avaient offert la nuit d’hôtel et le dîner gastronomique au restaurant étoilé (*) de l’hôtel. Très agréable repas (« La papillotte de coquilles St Jacques, au foie gras de canard et au Sauternes, légumes juste étuvés / Pigeonneau : l’aile poêlée et la cuisse en pâté chaud : jus vinaigré et hachis de champignons / L’assiette des desserts (Prétentaine, suprême au chocolat, parfait au pralin ») arrosé d’un délicieux vin blanc languedocien. Le service était admirable : discret, précis, juste et courtois. Un excellent moment qui permet d’apprécier les saveurs pour ce qu’elles sont, sans chichi ni effet de manche.

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    Bains, église Sainte Foy, 3 mai 2006, 11h59

  • Premier jour

    Grenoble-Rives-Beaurepaire-Chanas-Annonay-Yssingeaux-Le Puy-en-Velay
                Ligne directe pour le Puy, sans passer par Valence et Lamastre. La route jusqu’à la vallée du Rhône nous est bien connue : traversée de la plaine de Bièvre, à peu près jusqu’à Salaise-sur-Sanne. Ensuite, nationale sinueuse pour Annonay que nous n’avons pas beaucoup aimé (géographie compliquée, patrimoine industriel « fin de règne » et face noire des maisons), mais nous ne nous sommes pas arrêtés pour être conquis. Au-delà, la route remonte la verdoyante vallée de la Cance pour déboucher sur le plateau ardéchois à Saint-Bonnet-le-froid (passés devant l’Auberge des Cimes, le célébrissime et très étoilé restaurant de Régis Marcon). Nous avons pique-niqué dans un pré, à l’orée de l’un de ces innombrables bois de conifères que recèle  cette région. Deux petites biches nous ont souhaité la bienvenue. Après Yssingeaux, le paysage change et se fait plus auvergnat, les monts s’arrondissent. Un peu avant le Puy, on devine au loin le massif du Meygal, à quelques kilomètres au nord du Mézenc et du Gerbier-de-Jonc.
                Installation au Dyke Hôtel, sur l’une des rues les plus bruyantes du Puy. Visite de la ville et montée vers la cathédrale. La majestueuse face ouest est surprenante, tant parce qu’elle semble prête à s’écrouler d’un instant à l’autre sur le pentu escalier installé à ses pieds, qu’à cause de l’appariement des pierres de la façade et les jeux de couleurs qui en naissent et qui donnent un caractère étrange et, pour tout dire, étranger à l’ensemble. En continuant par degrés sous le porche, on peut voir les deux portes latérales en bois de cèdres du XIIe siècle, recouvertes de caractères coufiques dont l’une représente l’enfance du Christ. Un peu plus haut, il est possible d’admirer les fresques murales de la même époque dont une Transfiguration (mur sud) dans un style byzantin et d’autres représentations, notamment sur l’intrados d’une arcade. Cette partie a été nettoyée et restaurée ces dernières années. Avant de franchir la porte dorée (qui donne accès à un escalier souterrain menant directement à la nef), un dernier regard vers la ville montre la déclivité du lieu, et les efforts qui ont du être entrepris pour contrer la pente. Dans la nef également, les restaurations récentes ont permis de rétablir une partie du badigeon des murs, notamment pour les coupoles sommitales octogonales voutées en cul-de-four, d’un beau jaune qui s’allie merveilleusement avec la couleur très foncée de la pierre employée (les joints clairs participent également à l’effet architectonique en donnant un net délinéament à l’agencement de l’appareil). Les coupoles reposent sur de fines colonnes jumelées (24 par travée) dont certaines ont encore leur fin décor peint bicolore en forme de chevrons. La cathédrale a été fortement rénovée/retouchée/rebâtie au XIXe siècle. Il n’est donc pas toujours facile de lire la construction. L’abside nord accueille depuis 1998 la mystérieuse et miraculeuse « Pierre des fièves » censée apaisée les pires maux. Il s’agit d’une pierre de lave du pays, usée depuis des temps immémoriaux par les pèlerins s’allongeant dessus. Nombreuses peintures d’époque romane dans le transept (côté cloitre) dont un saint Michel terrassant le dragon (réputé être la plus grande peinture de cette époque conservée en France : 5,5m de haut) et un martyr de sainte Catherine (clairement identifiée sous la roue). On sort de la cathédrale par le porche Saint-Jean (entrée des princes – tout à côté est mentionné un Hôtel des Dauphins du Viennois – et des évêques), en passant une curieuse porte toujours recouverte, de nos jours, par une peau de porc, à l’aspect pour le moins ancien et usé).        
                Le cloitre est très intéressant, bien qu’il ait été passablement réaménagé au XIXe. Nous nous sommes rapidement sauvés de la visite commentée et donnée par un drôle de guide à l’esprit jésuitique et sans doute échappé du séminaire tout proche. Ce Monsieur sérieux et un brin professoral ne concevait la visite que comme une longue suite de questions de lui à nous, histoire de nous aider à réviser le baccalauréat. L’ensemble est entouré de bâtiments médiévaux à mâchicoulis qui donnent un aspect très défensif au lieu. Dans la salle capitulaire sont regroupées des pierres tombales des chanoines et au mur sud une fresque de la Crucifixion peinte au début du XIIIe siècle (« passage d’un style byzantin à un style français particulièrement inventif, novateur et souple, qui évoluera durant toute la période gothique » in « Le Puy-en-Velay, l’ensemble cathédral Notre-Dame », Editions du Patrimoine,  2005). Deux bâtiments ne sont pas ouverts à la visite. Il s’agit du Logis des Clergeons et du baptistère Saint-Jean. Le premier renferme des fresques apparemment magnifiques et le second est un témoignage de l’époque carolingienne. Au chevet de la cathédrale, il est possible de voir entre le clocher et la sacristie, un curieux bas relief indiquant les propriétés curatives de l’eau tirée d’un puits se trouvant à proximité. On l’aura compris, le génie du lieu réside dans l’imbrication des époques et des reconstructions qui vont avec. Le conseil général de la Haute-Loire s’est d’ailleurs installé récemment à proximité dans les locaux de l’ancien Hôpital restaurés par Jean-Michel Willmotte, comme on peut le voir ici. Hélas, le crépissage partiel de certaines façades donne ce vilain aspect de nougat, si triste et affligeant pour l’œil.
                Au-dessus du plateau aménagé à l’époque médiévale pour construire le cloitre, a été érigé en 1860, avec la fonte de fer des 213 canons pris à l’ennemi par le général Pelissier au siège de Sébastopol, la statue de Notre-Dame-de-France. De son sommet, on jouit d’une très belle vue sur la cathédrale et la vieille ville, ainsi qu’au nord-ouest sur la forteresse de Polignac.
                Mais le plus beau monument de la ville, celui qui s’allie le mieux avec son site, est la curieuse Chapelle de Saint-michel d’Aiguilhe qui trône du haut de son piton volcanique. Ces cheminées de lave sont des dykes ou neck. Ils sont le résultat de l’écoulement solidifié de la lave au fond d’un ancien lac. La montée est raide mais le visiteur est accueilli par un magnifique portail aux cinq bas reliefs et aux motifs géométriques polychromes. Et comme souvent au Puy, cette association de plusieurs tons de pierre volcanique fait plus que participer à l’architecture du lieu, cela ouvre tout un jeu de lumières et d’éclairages, comme une troisième dimension sensible. La chapelle a été consacrée le 18 juillet 962 par l’évêque Gothescalk (un des premiers pèlerins français vers le tombeau de Saint-Jacques à Compostelle). Une fois franchie la porte basse et monté un court escalier, on accède à un véritable sanctuaire s’organisant autour d’une minuscule et primitive église à plan carré à laquelle a été ajouté un déambulatoire en forme de spirale. L’ensemble a miraculeusement conservé ses fresques, notamment la grande composition sur la voute du chœur. La couche picturale et l’extérieur du bâtiment ont été méticuleusement restaurés au début de notre siècle (voir la revue Monumental, 2005-premier semestre). En regagnant la ville du Puy, nous sommes passés devant la très jolie et simple chapelle Saint-Clair avec son curieux linteau décrivant le parcours de la lune autour du soleil. C’est aussi un concentré de l’architecture que l’on trouve à la cathédrale, notamment ces curieuses mosaïques en forme de losanges qui lui donnent ce caractère si oriental.
                Dîner très simple mais honorable, à l’enseigne de l’Ecu d’or, dans une salle voutée d’époque gothique. Notre parcours nocturne nous a permis de revoir les principaux monuments de la ville sous un autre éclairage, notamment l’immense face ouest de la cathédrale et la chapelle Saint-michel magnifiquement illuminée sur son piton rocheux. L’inscription au patrimoine mondiale de l’Unesco a sans doute redonné un bon coup de dynamisme à cette petite ville de province. Les efforts d’illumination sont tout à fait remarquables et la ville est très propre ; les murs infiniment moins tagués qu’à Montpellier, par exemple.

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    Saint-michel d’Aiguilhe, 2 mai 2006, 20h46

  • Déception

    Pas de Croatie, pas de Dubrovnik.

    Un bête soucis de CNI nous a empêché de partir. Déception à la mesure du voyage qui s'offrait à nous.

    Mise en route du plan "B" : Le Puy-en-Velay, l'Aubrac, Concques, Frontignan et back to home. On risque de revenir un peu moins bronzés que prévu.

    Bonne semaine à tous !