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  • Polyphonie(s)

    Ne pas parler de foot ! Samedi après-midi, cinéma au calme avant la fête des mangeurs de pop-corn : Changement d’adresse de et avec Emmanuel Mouret (Laissons Lucie faire). Ces régularisations en masse appellent plus de questions qu’elles n’en résolvent. On lui doit de petits films gentils, simples, basés sur les relations humaines, en particulier les relations hommes-femmes, donc l’amour, l’amitié. Ce reportage est tout à fait stupéfiant. Pourtant, le mouvement de parrainage bat son plein. Toutes les municipalités (dirigées par la gauche s’entend) s’associent et cautionnent ces cérémonies. Il est donc question d’un quatuor : un musicien, joueur de cor (le réalisateur), une jeune fille blonde, propriétaire d’un magasin de photocopies (une animatrice de Canal+), une post-adolescente diaphane (merveilleuse Fanny Valette), un dragueur professionnel (Danny Briant). Il ne serait pas convenable de parler ici des autotransfusions de Zidane et de ce qu’en a dit Johnny. Où on découvre qu’il n’y a de Loi que celle de la cité (cité de quartiers sensibles). Il tombe donc amoureux de son élève mais emménage avec la blonde, elle même sous le charme d’un dragueur (un peu fiévreux). Aujourd’hui, notre Président a remis 136 CNI à de nouveaux Français. Le tour de France cycliste n’est pas encore parti que l’ombre du dopage plane déjà sur les compétiteurs. Le plus souvent, la sentence judiciaire n’est pas comprise, seul l’honneur compte. Un honneur de mâle musulman face aux tables de la Loi républicaine. Rapidement, le professeur tombe amoureux de son élève. On est souvent – on croit l’être – dans le registre du double langage : le cor du musicien vs le corps de l’élève adorée. Mais au moment de la chute, l’humour tombe en syncope (comme à certaines moments d’un bon standard de jazz) : c’était bien au corps qu’il pensait (tentative d’embrasser la jeune femme blonde). Ne pas parlez de foot ! Donc, c’est du plus grand chic de parrainer une famille. Les enfants, lorsque les parents risquent d’être expulsés servent de cristallisation. On n’hésite pas à se mettre hors la Loi. Après tout, il y a encore tout un peuple pour soutenir Richard Virenque sur le bord des routes. Ils finiront par coucher ensemble, après avoir emménagé ensemble (comme colocataires). Se rentent-ils bien compte qu’ils foulent ainsi le fondement de notre vive ensemble, le respect de la Loi. Elle est assez indifférente à ce type un peu pataud, légèrement dyslexique, un peu bégayeur. Il a la mauvaise idée de l’emmener au bord de la mer. Où elle tombe sur le dragueur. Le professeur part « s’en fumer une » ; ils, les autres, couchent ensemble. Danny repart, disparaît, se volatilise sitôt après avoir obtenu ce qu’il voulait. Et voilà un revenant ! Jospin hier, au 20 heures de PPDA : « s’il s’avérait que je suis le meilleur candidat … ». Le dopage ne sert pas le sport. Nous vivons dans l’amnésie, ce qui a été dit n’a pas de valeur, les mots n’engagent plus. La cérémonie était plutôt cordiale et joviale, notre Président excellent dans cette tâche : sourire, papoter, serrer les mains. Malgré l’histoire du bord de mer, ils finissent par s’établir ensemble. Ariane Ascaride – qui joue la mère de la jeune élève - leur offre un canapé au style décalé. Hélas, le dragueur réapparait, convint le musicien. Ils se revoient, repartent ensemble (l’amour est plus fort : le dragueur se range, la jeune fille est heureuse). D’ailleurs, comment résister à cela ? Peut-on décemment ne pas s’opposer à l’extradition d’un enfant scolarisé, parlant le français souvent mieux que ses parents. Le musicien retourne avec sa blonde colocataire. Il manque un mouvement au quatuor : est-ce que Danny était le dragueur de la blonde à la photocopieuse ? N’est-ce pas créer tout un appel d’air à de nouveaux migrants ? On lit dans les critiques que ce film est rohmérien ; les sentiments y sont disséqués, les personnages ne sont pas épargnés, pas de téléphone portable ni de gadgets à la mode, c’est un véritable jeu de loi de l’amour. Lionel Jospin, toujours rigide dans son costume gris clair, encore plus protestant que jadis, la mine un peu plus fine, l’œil un peu plus poissonneux (Séguéla aurait pu lui conseiller de changer de lunettes !). On ne peut plus parler de l’idée de Nation ; nous sommes sortis de l’Histoire, plus rien ne compte. Ne pas parler de foot !

  • 100kV !

    Collecte d'hier soir. Je vais finir par me prendre pour Zeus lançant sa foudre :

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  • Impacts

    Encore une belle soirée d’orage. Une photo ici. Ci-dessous, la carte des impacts de foudre, au même moment,  depuis le radar de suivi de Granges-les-Beaumont dans la Drome (centre du cercle). Une bonne partie de l’Isère (et le Rhône et l'Ain) est sous les éclairs !

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  • ouf !

    Heureusement que le Ghana vient de perdre devant le Brésil, sinon je me serais retrouvé hadaka sur cette page (pari avec J. depuis le Japon).

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  • Orages

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    25 juin 2006, 21h06
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    25 juin 2006, 21h04
    On peut également voir cette image en plus grand format, ici.

     

  • Enivrés !

    Chaudes journées, atmosphère lourde mais nuits encore fraîches.

    Restaurant(s). Le mal nommé Mal Assis propose une carte de salades copieuses, tout à fait savoureuses et très adaptées à la chaleur estivale. Le caviar d’aubergines était somptueux, le concombre à la grecque excellent. Nous y sommes allés hier soir, pour être au calme, 80% de la population française étant rivée devant le poste de télévision. Nous entendions au loin les rugissements des fans ; on aurait dit le feulement d’une bête sauvage. Un peu plus tard, dans la soirée, ce fut la symphonie de klaxons, dont on pouvait suivre, de proche en proche, la progression inexorable vers les parties les plus éloignées de la cuvette grenobloise. L. ne veut plus que je les appelle b....s ! La présidence de la République est également tombée dans la grande saoulerie collective, mais peut-être qu’elle n’a pas le choix (plan médias !) et que cette photo là est la seule image « positive » à envoyer au monde. Sur la même page d’accueil du site internet sont, côte à côte, nos grands enfants en culotte courte et le mémorial de Verdun. Cherchez l’erreur. Au Mal Assis, donc, on est bien accueilli ; on y mange correctement. Se trouvaient tout de même là quelques réfractaires au grand cirque, bien heureux de goûter la bonne agape au calme.

    Autre restaurant, tout aussi délicieux et d’un excellent rapport qualité-prix : le Basilic, près de la place H. Dubedout. On y goûte de très bons mets dont une marinade de sardines fraîches qui m’a renvoyé, vingt-cinq ans en arrière, un samedi de mai ou juin 81 où, inauguration du TGV oblige, mes parents et moi avions passé une journée à Lyon. Le midi, nous eûmes l’honneur de goûter à la raffinée cuisine de la Tour Rose. C’est, autant que je m’en souvienne, l’un de mes plus anciens souvenirs gastronomiques et peut-être, le début d’une vie gourmande.

    Après le dîner d’hier, nous avons eu plaisir à parcourir une ville à peu près déserte, toute affairée à se magnétiser devant le tube cathodique du petit écran. C’est peut-être ainsi qu’il faut découvrir une ville, dans la pâleur crépusculaire d’une longue et chaude journée d’été. On y découvre des trésors. La beauté s’y révèle plus surement qu’un plein jour. La passerelle Saint-Laurent, entre deux pans de la ville, est, pour cela, un belvédère unique. C’est, en outre, l’endroit le plus frais de la cuvette : l’Isère, en y coulant comme un torrent de montagne qu’elle est presque encore à ce moment de son parcours, draine dans son sillage un courant d’air frais, peut-être descendu des glaciers. Un peu plus loin, le long de la rue Haxo, nous avons pu sentir le chèvrefeuille du jardin botanique dont quelques bouquets de fleurs ont réussi à passer au dessus du mur. Ce parfum est tout simplement divin. On à l’impression que la chaleur du jour, encore palpable en ce début de nuit, force la fleur à évaporer tout ce qu’elle a de meilleur. Cette flagrance envoûte, à la manière du lilas mais avec une dose de subtilité et de noblesse supplémentaire.

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  • Défaillance

    "Vous êtes incroyablement nombreux à vous connecter sur ign.fr, le site de l’Institut Géographique National. En raison de cette affluence, le site est actuellement saturé. Nos équipes mettent tout en œuvre pour vous permettre d’y accéder à nouveau dans des conditions de navigation satisfaisantes et vous remercient de l’intérêt que vous portez à l’IGN."

    Voilà ce qu'on peut lire lors de l'accès au site de l'IGN. Cette saturation est liée au nouveau site "geoportail" de l'institut qui permet de consulter les photographies aériennes de la France. Espérons que ces problèmes ne soient que temporaires car le programme est alléchant.

    www.geoportail.fr

     

  • Que la fête commence !

    "C'était une fête de la non-musique, à l'extrême rigueur, qu'il fallait instaurer. Un jour sans le moindre son! Une heure sans tambours ni trompettes! Dans un univers que le bruit de la musique a englouti, c'était la seule chose qui aurait eu un peu d'allure. [...] Plus cette attaque prend le masque euphorique et harmonique de la prétendue "musique" de maintenant, dont la dictature est d'autant plus incontestable qu'elle se fonde sur les meilleurs sentiments (écologisme, antiracisme, humanitarisme), et plus il faut la redouter.[...] Aucun individu lucide d'aujourd'hui, donc ennemi par définition de ce qui est aujourd'hui, ne peut ignorer que le contrôle du monde s'effectue massivement par la musique. Qui tient la musique tient les jeunes, et qui tient les jeunes tient l'avenir."

    P. Muray, Exorcismes spirituels II, 1998.

  • Notre Everest grenoblois

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    Trois pics de Belledonne, 18 juin 2006, 11h45

    L'orage arrive du sud. On devine les séracs du glacier de Freydane sous l'immense face ouest du Grand Pic.

    Une journée qui s'est mal terminée pour un randonneur: chute mortelle à proximité du refuge Jean Collet, Cf. la

    dépêche AFP.

  • Que d'eau !

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    Belledonne, Lac de la Sitre, 18 juin 2006, 11h55

    (5 minutes avant le déluge et l'orage)

  • Premiers essais chez les flickrrrs

    Quelques images du dernier week-end: ici. Jolie randonnée, très facile, à partir du  tunnel du Mortier, vers la grande Brèche puis le GR9 qui amène à la Buffe puis à la Sure. Retour par la Molière et la Grande Traversée du Vercors. Ciel radieux, pollution déjà bien visible (surtout vers Lyon), Mont-Blanc pâlichon au dessus de la Chartreuse. Un beau chamois a débaroulé vers les abîmes karstiques, au pied de la Buffe, à quelques pas devant nous.

     

  • György Ligeti ist am 12. Juni in Wien gestorben

    György Ligeti est mort le 12 juin 2006 à Vienne. Lien vers son éditeur, son site internet, le très court article du Monde.

     

  • Une date, des frais.

    J’ai eu l’immense surprise de recevoir, hier une jolie lettre à entête de l’Assemblée Nationale. L’espace de quelques instants, je me suis cru invité aux festivités du 14 juillet ou à la remise de la Légion d’Honneur. Que nenni, à l’intérieur de la belle enveloppe ne figurait qu’un pâle carton d’invitation à une rencontre avec Monsieur Richard Cazenave, député de la première circonscription de l’Isère, « le jeudi 14 juin 2006 », à moins qu’il ne s’agisse du mercredi 14 juin 2006 ou du jeudi 15 juin 2006. Si mes chiffres sont justes, la première circonscription de l’Isère compte 125 243 habitants. Monsieur le Député (ou son parti) aurait ainsi dépensé 125 243 * 0,42 = 52602,06 euros, rien qu’en frais d’affranchissement pour envoyer son invitation, dans l’hypothèse où chaque inscrit a été invité (mais il est probable que les stratèges de l’UMP ont dû choisir, en priorité, les bureaux de vote où il y a le plus de voix à cueillir pour les prochaines élections). L’avenir nous dira (ou le facteur) si une nouvelle lettre, nous sera envoyée afin de corriger cette date pour le moins virtuelle.

  • Chers copropriétaires

    Réunion de copropriétaires. Parmi les innombrables obligations sociales, la réunion de copropriétaires atteint le sommet de l’insoutenable. Chaque année c’est le même ennui, la même douleur. On croise toujours les mêmes figures: les absents qu’on n’a jamais vus (bien heureux soient-ils d’avoir le courage de s’abréger cette souffrance !), les pénibles (souvent un homme dans la cinquantaine, type qui n’habite pas l’immeuble et se contente de gérer l’un ou l’autre de ses appartements) et les résignés (dont je fais parti). Que dire et que faire dans un laps de temps où les gens s’écoutent si peu, où la parole est si peu entendue (et je ne parle pas de sa compréhension) ? Souvent, la réunion commence calmement. Je guette toujours le moment (en général, avant l’heure d’enfer) où le syndic essuie sa première goutte de sueur. Les gentillesses (au moins le masque de la bienveillance narquoise) sont encore de mises. Les premières résolutions approuvées les unes après les autres. Et, d’un seul coup, la foudre s’abat. On ne sait jamais pourquoi mais le pugilat verbal commence. La première violence est de ne pas écouter son voisin, de parler de soi en pensant parler pour les autres. Le déchainement est ensuite total. On assiste au déballage de tous les ressentiments, à toutes les vérités (souvent perfides) jetées innocemment dans le cours de l’insoutenable argumentaire (la plupart du temps spécieux et vain). On s’aperçoit que les gens ne communiquent pas ; qu’il faut ce type d’assemblée pour vider la blessure remplie de pus. Ce sont toujours les mêmes questions, les mêmes commentaires. Lorsque tout va bien – et c’est tout l’art du syndic (un bon syndic est un grand tribun, plus qu’un bon gestionnaire) – l’affaire prend moins de deux heures pour accoucher. Comme dans toute fête digne de ce nom, il y a souvent une after, où de petits groupes se forment, où les discussions partent au fil de l’eau (du problème de fuite d’eau dans les parties communes aux chiasses de pigeons sur les balcons). C’est, bien entendu, à ce moment là qu’on doit partir sur la pointe des pieds avec le sentiment d’avoir perdu deux heures précieuses (deux heures qu’on aurait pu consacrer à la thématique du feu chez Wagner ou à la relation de l’espace et du temps dans les travaux de Werner Heisenberg). Il faut s’esquiver, surtout ne pas être convié à un énième foyer d’insurrection, hocher la tête ici ou là, sourire une ou deux fois mais pas plus. A l’année prochaine « messieurs’ dames ».

     

    « Ainsi, tous les hommes se divisent, et en tous temps et de nos jours, en esclaves et libres ; celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : marchand, politique fonctionnaire, érudit » F. Nietzsche, Humain, trop humain (§283)

  • sur la ligne

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    3 juin 2006; 13h58
    Crêtes du Saint-Eynard, en parcourant le GR, mille mètres au-dessus de la vallée de l'Isère.

  • Révolte(s)

    Interview, très intéressante, dans la dernière parution de Valeurs actuelles. Ce qu’on lit là est totalement stupéfiant. Sauf ma distraction, il n’a pas été fait écho de ces entretiens dans les médias audiovisuels. C’est bien dommage, cela permettrait d’alimenter un peu le débat en dehors des lieux communs couramment convoqués.

  • Programme

    Le programme de la saison 2006/2007 de la Maison de la Culture / Cargo (a.k.a. MC2 (MC² ?)) est disponible ici. Je remarque une Messe en Si de Bach par Minkowski et Boulez par Boulez (Sur incises). Les réservations en ligne débutent le 17 juin. A vos cartes d’abonnement !

  • Liens

    Quelques liens autour de Richard Millet et de son œuvre :


    Portraits de femme chez Richard Millet dans la revue Sens Public par Zuzana Malinovska-Salamonova.
    Ma vie parmi les ombres, entretien avec Richard Millet dans « Parutions.com ».
    Le fiel de Pierre Assouline, à propos de Harcèlement Littéraire.
    Une belle étude de Ma vie parmi les ombres, sur le site de Pierre Campion.
    L’avis vinaigré (et très acide) d’Angelo Rinaldi sur Harcèlement Littéraire.
    Les pages consacrées à Richard Millet aux éditions P.O.L. et aux éditions Gallimard.
    « La langue et la musique pour territoire », sur le site Esprits Nomades.

    Enfin, je signale le livre d’entretien entre Richard Millet et Chantal Lapeyre-Desmaison intitulé « Fenêtres au crépuscule », ouvrage très intéressant, richement illustré de photographies et qui donne quelques clés pour connaitre l’écrivain et son œuvre.

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  • In a silent way

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    Miles, les yeux au ciel, vers un chemin de silence. Dire que les séances d'enregistrement datent de 1968. La griserie est toujours aussi forte, l'émotion pure. Une musique pour les ciels lavés d'été.

  • Extraits (3)

    « Je vivais un amour rétrospectif qui me faisait comprendre (compréhension relevant moins du savoir général que de l’inventivité métaphorique qu’on appelle aussi intuition et qui est loin d’être l’apanage des femmes) que le temps amoureux est bien plus important que celui que nous accordons théoriquement à la vie de l’amour et que nous avons tendance à calquer sur notre emploi du temps quotidien, conscient et scrupuleux :on commence rarement d’aimer à l’instant où on rencontre quelqu’un fût-ce par la terrible grâce d’un coup de foudre ; la foudre était dans les cieux avant de tomber, et l’orage un processus qui a pris du temps :on aime bien avant d’aimer, souvent sans avoir vu qui on va aimer, ni même se douter qu’on aime, soit que la rencontre amoureuse se révèle être l’accomplissement d’une quête liée à un type de femme longtemps recherché et illusoirement trouvé de femme en femme (chacune étant non pas la totalité de son sexe, ni son essence, mais une fugitive facette qui nous montre que, d’une certaine façon, ce type, ou ce genre, n’est qu’un songe), soit que notre amour se porte sur le premier objet venu, parce que nous n’avons pas de type ni d’exigence précise, et que nous sommes tellement débordants d’amour que cet être agisse sur nous à la manière d’un paratonnerre : un récepteur d’intensité céleste, quelque chose que nous attendions depuis longtemps et qui nous attendait depuis toujours, ce qui fait de l’individu amoureux une simple vue de l’esprit dans la mesure où le couple est non seulement, à lui seul, une sorte d’individu impossible et cependant monstrueusement présent, mais encore une réfutation momentanée de la logique égotiste dans laquelle nous vivons le plus souvent en gémissant que rien ne puisse nous délivrer de nous, pas même la brève secousse de chair qui ne fait que nous renvoyer à nous-mêmes, alors que nous pensions nous fondre en autrui, nous délivrer en lui de notre être social, adulte, maniaque et désespéré, et ainsi retrouver notre innocence. »
    Richard Millet, Ma vie parmi les ombres, pages 505-506, Gallimard (collection blanche), 2003.


    J’ai voulu, pour la centième note de ce carnet numérique, redire mon admiration pour ce livre et cet auteur. Tout le génie de la langue, dans sa singulière maîtrise syntaxique, se déploie comme un bateau secoué par une houle de gros temps.