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  • Pour découvrir...

    Pour découvrir Saint-Simon, je conseille deux anthologies regroupant des extraits des Mémoires.

    La première « Mémoires sur le règne de Louis XIV. Anthologie suivie » (Mille et une pages, Flammarion, 185 pages) est « sauf pour une préface d'une douzaine de pages, le texte nu des Mémoires, sans notes ni appareil critique. L'éditeur a retenu 185 extraits classés par ordre chronologique, avec le parti pris de conserver les passages consacrés aux "grandes intrigues": l'ascension et la chute des bâtards du roi, la lutte entre les ducs et le Parlement, etc. Un choix considérable (un bon dixième des Mémoires) pour qui veut plonger dans ce quasi-roman historique sans souci d'érudition. » (Amazon). Le célèbre site de vente en ligne le signale épuisé mais je pense qu’on peut encore le trouver dans les bonnes librairies.

    La seconde « Saint-Simon : Mémoires – Extraits » (GF Flammarion, poche, 489 pages): « ouvrage, dont les textes sont chronologiquement regroupés par "affinité formelle ou thématique", est articulé autour de trois thèmes: le siècle de Louis XIV, le portrait du roi, les aspects de la Régence. Un dossier, environ quarante pages, se greffe à l'étude qui est complétée par un glossaire, un répertoire des principaux lieux et personnages et une généalogie royale. » (Amazon).

    Pour qui ne connaît pas à fond la généalogie royale ni le contexte historique, le second livre sera une mine, bien que la richesse d’internet permette de trouver très rapidement à peu près tout ce qui peut manquer à la bonne intelligence du texte, notamment le contexte généalogique des maisons nobles. J’y reviendrai dans une prochaine note.

    Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, je rappelle l’existence de deux volumes « France Baroque- France Classique » de la collection « Bouquins » qui couvrent la période 1589-1715 et sont une excellente introduction, détaillée et passionnante, à la lecture de Saint-Simon. Y sont notamment traités les troubles de la minorité de Louis XIV et l’ensemble du règne du Roi Soleil.

  • M.H.

    Je signale la reprise, depuis quelques semaines, du blog de Michel Houellebecq sobrement intitulé « mourir ». Le 3O août prochain sort sur les écrans français « Elementarteilchen », la production allemande tirée des Particules Elémentaires. Quelques informations ici.

  • Fichages et peurs

    Le journal le Monde rapportait, hier, la plainte déposée par SOS racisme, avant-hier, contre les renseignements généraux (rien que ça). Ceux-ci sont accusés d’avoir créé un « fichage ethnique des délinquants ». Ce rapport de RG n’est pas récent puisque le Monde en faisait déjà état le 25 février 2006. On peut s’étonner du délai entre la « parution » de ce rapport et la réaction de SOS Racisme. C’est peut-être un moyen de battre le rappel des troupes, d’alimenter une énième polémique. Bien entendu tous ces aboiements desservent les populations immigrés. Si on veut comprendre pourquoi, parmi les meneurs délinquants « 87 % ont la nationalité française, 67 % sont d'origine maghrébine et 17 % d'origine africaine. Les Français d'origine non immigrée représentent 9 % des meneurs » ; il faut bien établir des chiffres et des faits, car savoir permet une première analyse (mais cela ne répond pas à la question fondamentale : « pourquoi ces émeutes ? »). Les images et les récits des violences du mois de novembre dernier avaient mis en avant (dans notre inconscient) la surreprésentation des populations « immigrées » parmi les émeutiers. Notre esprit est encore net (malgré tant d’images) : nous ne nous sommes pas trompés. Le plus compliqué est de comprendre pourquoi tant d’émeutiers sont maghrébins ou, plus généralement, africains. Mais comme ces questions ne sont jamais posés et qu’elles ne seront pas traitées lors de la prochaine – j’allais dire l’actuelle – campagne électorale, il n’y aura même pas un début de compréhension du phénomène. Donc tout est, à peu près, au même point que l’été dernier et, tristement, on peut penser que tout sera identique l’année prochaine. Notre aveuglement est criminel.

    Pendant ce temps là, l’INSEE lance un pavé dans la mare. D’après cet institut, le nombre d’immigrés a augmenté de 16% depuis 1990. La population « immigrée » représentait en 2004, 8,1% de la population totale. Mais que fait SOS racisme ? Pourquoi cette association ne dépose pas plainte contre l’INSEE ? Si statistiques il y a, c’est qu’il y a eu constitution d’un « fichage ethnique » des populations immigrés. Dans le climat bien-pensant qui est le notre actuellement, cela mériterait d’être relevé par les chiens de garde de la doxa.

    Le mot de la fin pour Valérie Pécresse, porte parole de l’UMP : «  La France est une société métissée qui ne se voit pas comme telle (*). Il faut pourtant le savoir : les habitants des ghettos et ceux des beaux quartiers finiront par se mélanger (**). Nos frontières vont s'ouvrir à de nouvelles formes d'immigration, venant d'Asie comme des pays de l'Est. Nous sommes à la croisée des chemins et nous avons peur. La peur de l'autre, de l'étranger (***). […] Mais si, en tant que responsable politique, nous passons toute notre énergie à panser des plaies, à réécrire le passé pour le rendre plus acceptable, alors nous ne nous projetons plus dans l'avenir, à savoir la construction d'une société métissée (****). »

    (*) euh, oui et de plus en plus, l’INSEE même nous le (re)dit ; (**) ils le sont déjà !; (***) C’est de vous que j’ai peur ! (****) voilà, jamais cela n’aura été dit avec plus de clarté.

  • Tores, ellipses, ondulations.

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    Vice-versa (2003)

    Acier inoxydable (4,7m*11,5m*3,11m)

    Gagosian Gallery, NY

     

    Les sculptures de Richard Serra m’ont toujours beaucoup impressionné. Leur monumentalité me plait. Jamais forme n’a été si aboutie, si sûr d’elle-même, si présente dans le cadre. Ce sont des feuilles d’acier inoxydables, voire huilées ou, au contraire, rouillées. Le volume fait masse nous en impose. La matière, dans son aspect brut et rugueux est, contrairement à ce qu’on pourrait croire, extrêmement aboutie, parfaitement travaillée. Il ne s’agit pas d’un gigantisme, d’une course à l’exploit et au « grand pour le grand » mais l’aboutissement d’un travail de sculpture où le matériau brut est travaillé pour en ressortir magnifié. D’où les formes en courbes, les feuilles pliées pour onduler, former un tore ou un cylindre, lui-même chemisé dans un autre. L’arrondi est l’axe de l’horizon. Le vertical est l’axe de la rupture de l’arrête. Il s’agit bien d’un minimalisme. La plastique de l’œuvre s’inscrit dans la matière brut. L'artiste lui donne la forme donc la vie. C’est, je crois, le genre d’œuvre qu’il faut toucher, qu’il faut littéralement « parcourir de la main » tout en tournant autour pour changer les points de vue: s'accaparer le plein et le vide de l'espace; éclairer son regard du poli rugueux de l’acier et s’étonner enfin de la légèreté apparente de feuilles d’acier pesant plusieurs tonnes.

  • Petit coup de pouce

    Petit coup de pouce pour un nouveau salon de thés/bar/petite restauration qui vient d'ouvrir à Grenoble. On y mange très bien (salades, pains chauds & desserts). On peut aussi y boire de délicieuses infusions "maison". Le cadre est agréable, l'accueil très gentil et souriant; le site et le blog (culinaire) de la patronne (qui passe de la gravure des high-k à la tarte tatin !).

     

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  • Poulet à l'estragon

    Cette recette qui me vient de ma mère (comme toutes les bonnes recettes !) est d’une grande simplicité mais elle donne de l’agrément à une volaille dont on finit par ne plus savoir comment la préparer.

    Pour 4 personnes : 4 à 8 morceaux de poulets. A moduler en fonction de leur taille, de l’appétit des convives et de l’organisation générale du repas (apéritif roboratif ?). Quatre à cinq branches d’estragon, un verre de vin blanc sec, un cube de bouillon de légume ou un demi-litre de bouillon préparé par ses soins. Deux cuillères à soupe de farine. Environ 150g de crème liquide. Sel, poivre du moulin. Poivre en grains.

    On peut soit acheter un poulet et le découper soi-même soit acheter une bête entière et la désosser. Les meilleurs morceaux pour cette recette dont les cuisses et contre-cuisses dont on aura soin de choisir ou d’apprêter des morceaux de même taille. Ce point est important pour obtenir une cuisson homogène.

    Dans une casserole à surface antiadhésive à bords relevés (type faitout), faites revenir ces morceaux dans une noix de beurre (avec, éventuellement, un filet d’huile d’olive). Poivrez et salez modérément (*). Laissez colorer sur toutes les faces en surveillant le saisissement de la chair par les variations de couleur de la peau du poulet. En parallèle, préparez un demi-litre de bouillon de légumes, soit en dissolvant dans l’eau un cube, soit en préparant soi-même son bouillon (mais c’est plus long). Lorsque les morceaux ont commencé à dorer (du style, retour de vacances à Ibiza), ajoutez dans le faitout la moitié du bouillon, un verre de vin blanc sec et la moitié de l’estragon. Laissez cuire à couvert durant 15 minutes environ. A l’issue de ce premier stade de la cuisson, récupérez la grande majorité du jus de cuisson et mélanger-le avec deux cuillères à soupe de farine dans un petit faitout à revêtement antiadhésif. Agitez vigoureusement pour éviter la formation de grumeaux. Lorsque ce fond de sauce s’épaissit, ajoutez la crème liquide. Continuez à remuer la sauce tout en maintenant le feu doux. Ajoutez ensuite tout ou partie du bouillon de légumes, en fonction de l’épaisseur de la sauce désirée et de la quantité de poulet. Reversez la sauce dans le premier faitout contenant les morceaux de poulets. La sauce doit les mouiller au trois-quarts. Couvrez le tout et laissez cuire à feu doux 15 à 30 minutes supplémentaires en fonction de l’épaisseur des morceaux. A la fin de la cuisson, remuez l’ensemble pour homogénéiser la sauce. Servir dans un plat préalablement chauffé au four (éventuellement). Placez les morceaux de poulets et arrosez de la sauce. Jetez dessus les brins d’estragon réservés. Ce plat se déguste avec du poivre en grains (poivre à steak). Il s’accompagne de riz ou de pates de type tagliatelles.

    (*) Méfiance pour l’assaisonnement en sel si vous utilisez du bouillon en cube. Le mieux est d’avoir la main légère lorsqu’on fait revenir les morceaux de poulet dans le beurre et de rectifier au deux tiers de la cuisson pour assurer une bonne diffusion de l’assaisonnement avant le service.

    A vous de jouer !

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  • Monsieur le Grand

    Saint-Simon, suite. Quatorzième tome dans l’édition Ramsay. 1718, année de Régence. De nouveau un beau portrait, très acide (pages 50-51) :

    « Mort, caractère, faveur de Monsieur le Grand »

    « Il fut un des exemples, également long et sensible du mauvais gout de ce prince [Louis XIV] en favoris, dont il n’y eut aucun qui ait joui d’une si constante et parfaite, jointe à la considération et à la distinction la plus haute, la plus marquée, la plus invariable. Une très noble et belle figure, toute la galanterie, la danse, les exercices, les modes de son temps, une assiduité infatigable, la plus basse, la plus puante, la plus continuelle flatterie, toutes les manières et la plus splendide magnificence du plus grand seigneur, avec un air de grandeur naturelle qu’il ne déposait jamais avec personne, le Roi seul excepté, devant lequel il savait ramper comme par accablement de ses rayons, furent les grâces qui charmèrent ce monarque et qui acquirent, quarante ans durant, à ce favori toutes les distinctions et les privances, toutes les usurpations qu’il lui plut de tenter, toutes les grâces, pour soi et pour les siens, qu’il prit la peine de désirer, qui réduisirent tous les ministres, je dis les plus audacieux, les Seignelay, les Louvois, et tous leurs successeurs, à se faire un mérite d’aller chez lui et au-devant de tout ce qui pouvait lui plaire, et qu’il recevait avec les façons de supériorité polie comme ce qui lui était dû. Il avait su ployer les princes du sang même, bien plus, jusqu’au bâtards et bâtardes du Roi, à la même considération pour lui et une sorte d’égalité de maintien avec eux chez lui-même. […] Jamais homme si court d’esprit ni si ignorant, autre raison d’avoir mis le Roi à son aise avec lui, instruit pourtant de ce qui intéressait sa maison et des choses de la Ligue, dont, avec plus d’esprit, il aurait eu l’âme fort digne. L’usage continuel du plus grand monde et de cour suppléait à ce peu d’esprit, pour le langage, l’art et la conduite, avec la plus grande politesse, mais la plus choisie, la plus mesurée, la moins prodiguée, et l’entregent de captiver, quoique avec un mélange de bassesse et de hauteur, tous les principaux valets du Roi ; d’ailleurs brutal, sans contrainte avec hommes et femmes, surtout au jeu, où il était très facheux et lâchait tout plein d’ordures, sur le rare pied que personne ne se fâchait de ses sorties, et les dames, je dis les princesses du sang, baissaient les yeux et les hommes riaient de ses ordures. Jamais homme encore si gourmand, qui était une occasion fréquente de tomber sur hommes et femmes sans ménagement, si le hasard leur faisait prendre un morceau dont il eût envie, ou s’il était prié à manger quelque part ou que lui-même eût demandé un repas et qu’il ne se trouvât pas à sa fantaisie. C’était de plus, un homme tellement personnel qu’il ne se soucia jamais de pas un de sa famille, à la grandeur près, et qu’à la mort de sa femme et de ses enfants il ne garda aucune bienséance, ni sur le deuil, ni sur le jeu, ni sur le grand monde. […] Avec tout cela il ne fut regretté de personne. […] Il ne découchait presque jamais des lieux où le roi était, et c’était auprès de lui un grand mérite. »

    Ce Monsieur le Grand est Louis de Lorraine (1641-1718) comte d'Armagnac, de Charny, de Brionne, vicomte de Marsan ; Chevalier des Ordres du Roi ; Grand Écuyer de France (c’est de là que vient le « Monsieur le Grand »), Sénéchal de Bourgogne et Gouverneur d'Anjou. Il descend de la maison de Lorraine par la branche des ducs d’Elbeuf. Pour ceux que cette dynastie passionne, allez voir ici (je mets le lien vers Wikipedia, malgré ma réticence naturelle pour cette Encyclopédie, car c’est cette page qui donne la vision la plus ramassée de l’arborescence familiale (compliquée) des princes de Lorraine ; pour les passionnés d’héraldique, les blasons de la branche cadette de Lorraine. Enfin, tous ceux intéressés par la cour de Louis XIV, et le cérémonial de la royauté dans son ensemble, lirons avec beaucoup d’intérêt un mémoire de maîtrise et un mémoire de DEA (attention, il est PostScript) d’une étudiante de l’ENS.

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    Louis de Lorraine (1641-1718)

  • Le dernier écrivain

    Je signale la diffusion sur France Culture de la série « dix leçons sur la Littérature » enregistrée à la BnF en 2006.

    La contribution de Richard Millet à ce cycle était diffusée hier soir. Elle débute ainsi:

    « Qu’un écrivain puisse parler en son propre nom pour prononcer une leçon de littérature me semble aujourd’hui une audace extraordinaire, surtout en un lieu comme la Bibliothèque nationale (dont je m’étonne, pour des raisons que l’on comprendra par la suite, qu’il faille l’appeler à présent Bibliothèque nationale de France, oui, insister sur ce génitif en forme de singulier pléonasme) : un lieu voué aux morts, et qui d’une certaine façon en appelle à mon effacement.  Ainsi me faudrait-il signifier non pas d’où je parle, comme on disait dans les lointaines années 70, ni même d’où je viens, mais qui je suis..

    la suite ici

  • hiver

    C’est l'hiver avant l’heure sur nos belles montagnes dauphinoises!

  • Version(s)

    Un fait, des versions.

    Le samedi 7 aout 2006, un adolescent âgé de 16 ans, d’origine vénézuélienne a été agressé à Annecy devant l’entrée d’une boîte de nuit après que l’une de ses amies ait prononcé son prénom (Abraham). L’affaire racontée par diverses sources (c’est moi qui souligne) :

    Texte disponible sur le site de RTL : « A l’origine, samedi devant une discothèque branchée et huppée des bords du lac d'Annecy, juste après le traditionnel feu d'artifice, trois jeunes, très éméchés et agressifs sont refoulés à l'entrée. Là, une jeune fille crie "Abraham", du nom de son ami, future victime ». Le commentaire audio de B. Cabanis est un peu plus complet : « Trois jeunes adultes […] tous Français d’origine maghrébine […]».

    Texte disponible sur le site de LCI : « Trois jeunes originaires de Bellegarde, dans l'Ain, qui avaient consommé beaucoup d'alcool, ont été  écroués après l'agression d'un garçon juif âgé de 16 ans à Annecy, samedi »

    Texte disponible sur le site de Orange ("en ville (Lyon)") : « Quatre jeunes adultes issus de l'immigration, originaires de Bellegarde (Ain), qui avaient beaucoup consommé d'alcool ». On trouve exactement la même formulation sur le site du conseil général de l'Isère.

    Texte disponible sur le site de Libération : « Ces quatre jeunes de Bellegarde (Ain) ont zoné, ivres, une bonne partie de la nuit. […] Ceux de Bellegarde ont tiqué, raconte une source proche de l'enquête, relevant leur origine maghrébine ». [*]

    Texte disponible sur le site du Figaro : « une dizaine d'inconnus originaires d'un quartier sensible de Bellegarde (Ain), errent aux abords de la discothèque Pop Plage […].Quatre des agresseurs ont été tenus en respect le temps qu'une patrouille de police intervienne ».

    Je n’ai rien trouvé au Monde, à l’Humanité, au Dauphiné Libéré, à Europe 1, TFJ, France 3, France 2 et M6. Du côté des organisations « communautaires », je n’ai rien déniché non plus : ni au CRIF, ni au MRAP et encore moins à la Ligue des Droits de l’Homme. Du côte des partis politiques, c’est également calme plat (UMP, Parti Socialiste, Front National, MdC, Parti Communiste, UDF).

    Ce qui manque, également, c’est la dépêche AFP qui semble avoir inspirée une bonne partie des rédactions citant l’affaire. A Libération et RTL, il parait que l’on est allé peut-être un plus loin puisqu’on cite « une source proche de l’enquête » qui indique une « origine maghrébine » des suspects.

    On peut donc regrouper les reportages en quatre groupes. Le premier n‘indique que le lieu de résidence des supposés agresseurs (LCI). Le second indique qu’ils viennent des « quartiers sensibles » de Bellegarde (Figaro). Le troisième précise que les suspects sont issus de l’immigration (Orange news et conseil général de l’Isère). Le dernier groupe est le plus explicite (les suspects sont maghrébins). RTL précise en complément qu’ils sont Français, Libération ne le fait pas.

    En conclusion, on constate une nouvelle fois qu’un fait appelle des versions différentes. Sans connaissance de la dépêche AFP, il est difficile d’établir les éventuelles autocensures des uns et des autres quant à l’origine des agresseurs supposés. Néanmoins, l’agression ne se place pas dans le même contexte si les voyous sont des jeunes / des jeunes issus de l’immigration / des français d’origine maghrébine / des maghrébins. Le lecteur/l’auditeur/le téléspectateur ne reçoit pas la même information et peut percevoir des situations bien différentes. Deux exemples d’association d’idées assez dissemblables :

    « Des Français attaquent un jeune homme parce qu’il se prénomme Abraham » => encore un coup de l’extrême droite ! Ou « des jeunes issues de l’immigration maghrébine attaquent un jeune homme parce qu’il se prénomme Abraham » => encore un évènement lié au conflit israélo-arabe et aux récents évènements au Liban.

    J’ai tenté la même recherche sur le récent saccage de la piscine de Vénissieux. La presse semble avoir, dans son ensemble, recopiée la dépêche AFP. L’origine des suspects n’est pas précisée sauf, bizarrement, qu’ils viennent tous du 8ième arrondissement de Lyon, ce qui ne me dit rien du tout (en terme d’association d’idées) mais qui, pour la population locale, est peut-être, à tord ou à raison, une précision importante, sinon pourquoi ne pas avoir simplement indiqué qu’ils viennent de Lyon ? Oui, mais Lyon est grand et c’est l’usage dans les villes peuplées d’indiquer le « quartier » ou l’arrondissement.

    [*] On notera, au passage, le style de Libération: "zoné", "ceux de Bellegarde ont tiqué". Voilà un journal, qui plus que jamais, se met au niveau de son lectorat. On s'étonne de ne pas trouver un "zoné, quoi" ou un "ceux de Bellegarde ont halluciné".

  • Un drame, des drames.

    Note pas très claire pour situation confuse. Ecrire sur le conflit israélo-arabe alors qu’on n’est pas sous le feu des bombes israéliennes ni sous les tirs de roquettes du Hezbollah revient à disserter du stress au travail assis dans un fauteuil moelleux en sirotant une bière. Néanmoins, et autant le dire tout de suite, je soutiens Israël face aux fanatiques islamiques. Le sort du peuple libanais m’attriste mais je ne comprends pas comment un peuple qui s’est massivement mobilisé contre les Syriens après l’assassinat de Rafik Hariri soutient maintenant ce mouvement de terroristes (lui-même soutenus par tout ce que le monde arabe compte d’extrémistes chiites, des autorités iraniennes, maintenant ouvertement antisémites, à la Syrie). Les enchainements d’idées m’échappent. Il faudrait tout de même rappeler que l’agresseur est le Hezbollah qui, depuis le retrait de l’armée israélienne et de l’A.L.S du sud du Liban en l’an 2000, n’a cessé de harceler de ces missiles le nord d’Israël. C’est le droit d’un pays souverain et démocratique (Israël) de se défendre et de mener les actions qui lui semblent nécessaires pour garantir sa sécurité. Hélas, durant toutes ces années, le Hezbollah a eu le temps de s’infiltrer, de se terrer un peu partout et de préparer à l’affrontement. Les répliques israéliennes actuelles montrent bien que ce pays est désemparer par la tactique de dissémination de son adversaire, d’où ses attaques tous azimuts sur le Liban, la destruction des ponts et des voies de communications qui ne semblent pas influer sur la capacité de nuisance du Hezbollah mais déconsidèrent durablement Israël aux yeux de l’opinion publique libanaise. Car la guerre des images a déjà été perdue par Israël. Le retournement attendu contre le Hezbollah n’aura pas lieu. Le peuple libanais ne voit que les conséquences de ses maux (les destructions des chasseurs israéliens) mais en oublie la cause (les tirs de roquette du Hezbollah). Il est toujours déplaisant de voir pleurnicher un ministre en public mais ce ministre Libanais que l’on voyait l’autre jour son mouchoir à la main devrait penser que c’est la faillite de son gouvernement qui a porté le pays là où il en est. Si (mais avec des si…) l’état Libanais n’avait pas souffert le développement du Hezbollah dans le sud Liban, où il supplée aux carences du gouvernement envers les populations, nous n’en serions pas là. Au lieu de cela, le H. s’est rendu indispensable auprès du peuple, en occupant le territoire laissé libre par l’Etat. Ajoutons un chef à la faconde incendiaire (le terrifiant barbu Nasrallah) – n’oublions pas que le peuple arabe apprécie les tribuns et que l’icône du chef est importante, par tradition – et le tour est joué (moyennant un soutien des pétrodollars iraniens et de l’armement syrien). Ce drame est aussi notre drame, notoirement celui de l’ONU qui n’est plus qu’une organisation de seconde zone puisque la pluie et le beau temps se font dorénavant dans le bureau ovale (en résumé). L’idée récente du Liban d’affecter 15000 hommes de son armée au sud du pays n’est pas une bonne idée (je m’étonne que les israéliens la trouvent digne d’attention). Elle ne permettra qu’au Hezbollah de se renforcer, de temporiser et de préparer un nouvel affrontement, puisqu’une fois de plus, la communauté internationale oubliera bien vite le problème libanais. Au-delà du Liban, c’est toute la région qui promet d’exploser un jour ou l’autre. Il est de notre devoir, à nous autres occidentaux représentant d’un monde démocratique et pacifique, de ne pas permettre à l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, quelques soit les moyens qu’il faille employer pour annihiler cette ambition militaire nourrit de haine et de désir d’anéantissement (et en premier lieu de l’anéantissement d’Israël). Le peuple juif a, plus que tout autre, souffert le martyr – est-ce bien le bon mot pour ce drame absolu qu’est la Shoah ? - durant la dernière guerre mondiale. Il a le droit à la paix et ses habitants ont le droit à la quiétude, enfin. Ce droit est aussi celui de tous les peuples arabes et des palestiniens en premier lieu. Mais ce n’est pas en arrosant son voisin de roquettes ou en allant se tuer en se faisant exploser dans les bars des villes israéliennes qu’on prépare l'avenir de son peuple.

  • Spécial pour E.D.

    Retour sur le quatrième et le cinquième jour de notre voyage en France, au mois de mai.

    Départ de Conques. Arrêt au pont romain sur le Dourdou. Le sol de la rivière est très rouge, on dirait de l’ocre du Lubéron. L’arche est très pure, le dessin parfait. Direction Rodez par la départementale 901. Les beaux villages se succèdent. Arrêt à Rodez. Tour rapide de la ville avec son immense cathédrale gothique perchée au sommet. Vieille ville quelconque, ville de faubourgs sans fin. Magnifique prunus en fleurs dans le jardin de l’évêché ( ?). Nous repartons vers l’autoroute A75 par la nationale 88, en partie le long de l’Aveyron. Nous déjeunons un peu en retrait de la route, après un petit village où trône un très beau château (Montrozier ?). Plein sud à partir de Séverac-le-Château. Nous passons sur le célèbre viaduc de Millau. On a surtout une belle vue sur l’ouvrage à quelques kilomètres, avant de l’atteindre. L. conduit, la pente est assez soutenue le long du tablier. Descente de « trompe-la-mort » vers Lodève : la plaine héraultaise s’ouvre à nous. Le trajet m’a paru bien rapide. Nous arrivons à l’hôtel Villa (Frontignan). Tout ce pays est hideux (citernes pétrolières, grues de port). Petit tour à la plage des Aresquiers. La chaleur n’est pas très marquée, la plage en grande partie de galets. Sur les conseils de l’hôtelier nous dînons à « la Rascasse », l’un des innombrables restaurants à touche-touche et donnant sur un bras de mer du port de Sète :[2 menus « decouverte » à 16 euros. Both : 2 muscats en apéritif ; L. : friture + moules à la sétoise+île flottante ; D. : salade de poulpe à l’aïoli + cassolette de filet de rascasse (vendue pour de la lotte, ou l’inverse) + glace au chocolat (on ne se refait pas !), merci l'agenda !]. Retour le lendemain sous la pluie qui nous prend à Orange et ne nous quittera plus jusqu’à Grenoble.

  • Propos de philosophe

    « Je ne moralise, ni ne prêche ni ne déclame : j’explique »

     

    Julien Offroy de La Mettrie (1709-1751)

  • Graduel, antiphonaire et trope.

    Une émission récente de France Musique, intitulée « Sacrées musiques » - on notera le jeu de mots à la mode de Libération qui, après avoir diffusé jusqu’à France Culture (il faut dire que ce sont deux milieux assez identiques), se répand dans les chaines voisines – m’a donnée l’envie de fouiller un peu plus dans le répertoire médiéval. Lors de l’émission du dimanche 23 juillet, Marcel Pérès, chef de l’ensemble Organum, nous faisait découvrir son « univers sacré » autour des « chemins de Compostelle ».

    Parmi la pléthorique collection des bibliothèques de Grenoble, mon choix s’est porté (un peu au hasard quant au fond) sur le Graduel d’Aliénor d’Aquitaine, sous titré Plain-chant et polyphonies des XIIIe et XIVe siècles. Enfin pas tout à fait par hasard. Le mot graduel me plait beaucoup, c’est sa musique qui me charme, un peu comme antiphonaire. Le prénom d’Aliénor m’a toujours intrigué ; je trouve qu’il est rempli de toute une épopée, de troupes chevauchant au grand galop dans les herbes hautes, un soir de fin d’été. La plus célèbre des Aliénor est la reine aux deux rois, celle qui épousa Louis VII (à qui elle donna deux filles, avant d’en divorcer pour cousinage un peu trop prononcé) puis Henri Plantagenêt (futur Henri II). Elle aura huit enfants de son deuxième mari, dont les célèbres Richard Cœur de Lion et Jean sans Peur. Sa fille, Blanche de Castille, épousera Louis IX (Saint-Louis). En résumé, sous son règne, ce sont toutes les futures rivalités entre Anglais et Français qui se mettent en place. Elles donneront lieu à la célèbre guerre de « cent ans ».

    Aliénor d’Aquitaine est née en 1275 en Angleterre de la sœur du roi Edouard Ier et de Jean II de Bretagne. Elle entre à Fontevraud en 1304. Elle devient ainsi 16ième abbesse de l'abbaye. Son abbatiat durera jusqu’à sa mort, en 1342. Le recueil regroupe des pièces de messe en chant grégorien et un répertoire propre, notamment des polyphonies à deux voix dont certaines glosent le texte latin avec des commentaires chantés en français.

    Le plus beau morceau est le kyrie Orbis factor chanté « intégralement, c'est-à-dire avec son trope, comme ce fut l’usage jusqu’à la fin du XVIe siècle. C’est seulement après le concile de Trente que l’Eglise abandonna cette tradition qui remontait au IXe siècle, d’embellir les longues vocalises des kyrie avec un texte poétique, le trope, chanté par un soliste ou un petit groupe tandis que le chœur reprenait la mélodie sans le texte » (extrait du livret rédigé par Marcel Pérès). Cette pièce est envoutante. Le Kyrie Eleison est repris en sourdine (?) par le petit chœur d’hommes (une paire) et vient se joindre au texte chanté par les femmes. Certains moments sont sublimes : c’est l’instant où les voix s’assemblent et s’additionnent. On écoute ce tremblement dans la magnifique acoustique (à moins que ce soit la prise de son) de l’abbaye de Fontevraud, là-même où, il y a 700 ans, ces chants résonnèrent.

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  • Une musique athée ?

    Tout en écrivant ces lignes, j’écoute le concert en solo de Brad Mehldau enregistré hier soir à Marciac et diffusé dans l’émission « Night and Day » de Julien Delli Fiori. Pour une fois que celui-ci ne saccage par l’émotion par ses bons mots et ses paroles incessantes sur la musique. C’est assez rare pour être signalé. Lundi soir, il s’est lancé dans une vilaine et méchante diatribe contre Keith Jarrett car ce dernier refuse que ses concerts soient diffusés en direct. A l’heure du piratage généralisé, de la fraude validée par la loi, c’est tout de même le droit de l’artiste de protéger son travail et sa création. D’autant plus que K.J. ne peut pas être accusé de tarir le flot des parutions d’album, notamment de concerts enregistrés sur le vif. J’en profite pour signaler que son prochain disque (un double album…en concert) paraitra fin septembre.

    Pour en revenir à Brad Mehldau, le concert lui va comme un gant. Se succèdent les ballades et les morceaux les plus risqués en terme d’improvisation. Et toujours cet art de la cassure, du « mâchage menu » de la mélodie, de la réinvention ; une sorte de construction – déconstruction parfaitement maitrisées. Malheureusement, le magnétoscope où j’ai enregistré, dans le passé, des heures et des heures d’émissions radiophoniques a rendu l’âme et je n’ai pas de système d’enregistrement sur CD/DVD. Reste l’ordinateur mais je cherche désespérément un logiciel simple pour capturer le streaming audio sans sifflement ni craquement induits par la mise en route du ventilateur de l’ordinateur. Bon, il faudrait que je révise, par la même occasion, mes belles paroles sur « le piratage généralisé ».

    Pour tous ceux qui ne lisent pas les bonnes sources d'information, je signale que France Culture diffuse tous les soirs (19h00-20h00) la quatrième année du cours de Philosophie de Michel Onfray à l'Université populaire de Caen, intitulé « les ultras des Lumières » ou "mort de Dieu, naissance des Hommes". Le propos est toujours aussi intéressant même si je trouve cette « saison » moins captivante que les années précédentes. Pourtant le programme est, sur le papier, assez fascinant : le curé Meslier, La Mettrie, Maupertuis, d’Holbach, Helvétius et Sade. Après ça, il y a bien de quoi devenir un matérialiste convaincu et un indéfectible athée. C’est bien ce qu’on peut reprocher à M.O., de verser dans un monde manichéen où tout ce qui est n’est pas athée (ou mieux, athée et militant contre la religion) est mauvais. Le génie de son cours est de revenir à la vie des penseurs, où il y a toujours beaucoup à prendre pour comprendre les idées. Petit ânerie, ce soir, à propos de Descartes : M.O. pense que les  physiciens contemporains ont jeté aux orties tout l’apport du philosophe du cogito à leur science. C’est vrai pour la théorie des tourbillons qui n’a pas résisté à la gravitation newtonienne mais c’est faux pour la « dioptrique » qui est à la base de l’optique géométrique.

    Néanmoins, après avoir écouté Michel Onfray, on a le sentiment d’être moins stupide. Sa philosophie est à l’opposé des conceptualisations qu’on m’a enseignées au Lycée; celles-là même qui dégoûtent le doute et n’initient pas à la réflexion.

  • les billets mouchaient à tous moments d’une chambre à l’autre

    Après plusieurs mois de lectures diverses et variées, j’ai repris le 22 juillet, le 13ième tome des Mémoires de Saint-Simon (aux éditions Ramsay, publiée dans les années soixante-dix). Ce volume correspond à l’année 1717. Je reprends le fil de l’histoire à la page 220 : « Monsieur, vous êtes le maître ; il ne me reste qu’à obéir… », et la page suivante, les célèbres lignes sur Voltaire :

     « Il était fils du notaire de mon père, que j’ai bien vu des fois lui apporter des actes à signer. Il n’avait jamais pu rien faire de ce fils libertin, dont le libertinage a fait enfin la fortune sous le nom de Voltaire, qu’il a pris pour déguiser le sien ».

    On sent bien là tout le dédain du duc et pair de France pour le fils de bourgeois. On notera qu’à l’époque de Saint-Simon, le notaire se déplace chez son client (au moins si ce client est de la noblesse d’épée). Ce dédain tient aussi dans le travestissement de son patronyme par Voltaire. Saint-Simon est fier de son nom car il porte son lignage (« vieille et noble Maison ») ; c’est la première marque de sa noblesse. Un peu plus loin, ce sens de la formule si caractéristique du mémorialiste :

     « En même temps mourut un autre homme, avec l’acclamation publique d’en être délivré, quoiqu’il ne fût pas en place ni en passe de faire ni bien ni mal, étant conseiller d’Etat sans nulle commission extraordinaire. […] On a vu en son lieu quel était le père. Le fils, avec bien moins d’esprit, et une ambition démesurée nourrie par la plus folle vanité, avait un esprit méchant, guindé, pédant, précieux, qui voulait primer partout, qui courait également après les sentences, qui toutefois ne coulaient pas de source, et les bons mots de son père, qu’il rappelait tristement. C’était le plus étrange composé de l’austère écorce de l’ancienne magistrature et du petit-maître de ces temps-ci, avec tous les dégoûts de l’un et tous les ridicules de l’autre. […] on ferait un livre, et fort divertissant, du domestique entre le père et le fils. Jamais ils ne se parlaient de rien ; mais les billets mouchaient à tous moments d’une chambre à l’autre, d’un caustique amer et réciproque presque toujours facétieux. Le père se levait pour son fils, même étant seuls, ôtait gravement son chapeau, ordonnait qu’on apportât un siège à M. Harlay, et ne se couvrait et ne s’asseyait que quand le siège était en place. C’était après des compliments, et dans le reste un poids et une mesure de paroles. A table de même, enfin une comédie continuelle. Au fond, ils se détestaient parfaitement l’un l’autre, et tous deux avaient parfaitement raison. » etc., etc., …(à propos de Harlay, conseiller d’Etat).