Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • D'une Passion l'autre

    Ambronay, Bach-Passion selon Saint-Matthieu, samedi 23 septembre. Seconde Passion en concert de l’année. Cette fois-ci, dirigée par René Jacobs à la tête de l’Akademie für Alte Musik Berlin et du RIAS Kammerchor. J’ai retrouvé une place derrière le chœur de l’orchestre, c'est-à-dire dans le chœur de l’abbatiale d’Ambronay, à peu près au même endroit d’où j’avais entendu cette même Passion dirigée par Tom Koopman il y a six ou sept ans de cela (et où j’avais zieuté durant tout le concert une très jolie nuque, mais passons). Ce sont des places de troisième série qui sont tout à fait abordables mais dites sans visibilité sauf sur les dos des chanteurs du dernier rang des chœurs. Un vague système vidéo permet de suivre, via quelques caméras, ce qui se passe « devant ». Hélas, le réalisateur était bien peu familiarisé avec cette œuvre car les caméras cherchaient en permanence le chanteur, restant la plupart du temps en retard d’une « tirade », quasiment incapables de montrer un plan rapproché, etc. A mon avis, ce système n’est guère utile car les écrans de télévision sont microscopiques et n’apportent pas grand-chose au non musicien que je suis. Peut-être qu’un chef d’orchestre amateur aurait aimé voir plus précisément les mouvements de René Jacobs ou qu’un chanteur aurait aimé saisir le moment exact de telle ou telle respiration durant un long air ? Ma position légèrement décalée me permettait d’observer un grand nombre de spectateurs. Au cours du concert, je me suis aperçu que la plupart d’entre eux avait le regard figé sur ces postes de télévision. Ces figures là étaient effrayantes par leur air envouté, comme fascinées par un objet de grande curiosité dont on ne sait pourquoi il fascine. Bref, me voilà correctement installé dans une stalle en bois, près d’un bas-côté. Le concert a commencé avec un bon quart d’heure de retard, le temps que le public finisse de s’installer et que les discussions privées cessassent. Dès le grand chœur d’introduction, le ton (et surtout le rythme) est donné : c’est à un long galop que nous allons assister. Néanmoins, ce long morceau d’introduction, si beau et si important, était parfaitement maitrisé. J’avais l’impression d’être dans une chaloupe posée sur une mer déchainée ; un tangage permanent mais au rythme implacable du métronome. La suite fut à l’avenant avec très peu de « temps mort » entre chaque morceau, une visible volonté d’aller vite. Du coup, on ne sentait pas bien le crescendo qui accompagne toute la première partie et qui se termine à la trahison de Judas. Les chanteurs étaient très agréables à entendre même si l’évangéliste (Julius Pfeiffer) manquait un peu de charisme (bien que sa voix fût très belle). Jésus (Markos Fink) surtout était admirable ainsi que l’orchestre et les solistes flutes et hautbois, si importants dans de nombreux airs. Une grande partie du public semble avoir pris maintenant l’habitude de quitter les lieux avant même la fin du concert, c'est-à-dire avant le départ des musiciens pour leur loge. Dans un endroit assez exigu comme l’avant chœur d’Ambronay cela implique que badauds et artistes se dirigent ensemble « vers la sortie » mais tout cela est bon enfant et profondément « sympa ». Et je ne parle pas de tous ces malheureux qui vident leur chaise quelques secondes après les premiers applaudissements, à grand renfort de coup de tatanes dans les pieds des chaises métalliques. Ce sont les pires insultes qu’on puisse faire à des musiciens. Le public à Ambronay est profondément typé, c'est-à-dire que la pyramide des âges est très asymétrique (avec un fort déséquilibre à l’avantage des plus âgés), les femmes sont « permanentés » de fraîche date, quelques messieurs portent encore le costume, cravatés jusqu’au cou ; c’est sans doute ce qui reste d’une bourgeoisie policée et lyonnaise. Le second public (à peu près tout le reste) est le marais mou abonné à Télérama (professeurs du secondaire, professions intermédiaires, …) et quelques bobos venus là par le bouche à oreille (« c’est sur Ambronay, y’a tout plein de chanteurs et de musiciens, trop cool, bises, à tout » comme disait ma voisine de stalles à son petit appareil portable, celui-ci débitant par moment le souffle rauque d’Obispo (mais comment peut-on aimer Obispo et Bach ?)). D’ailleurs les organisateurs ont su captiver ces « nouveaux publics »  grâce à un chapiteau de cirque monté à proximité où se tiennent divers concerts gratuits (pour les « «adultlescents ») ou destinés aux bambins (« éveil à la musique »). Je ne m’en plaindrai pas car sans eux, ce genre de festivals disparaitra à long terme. Encore faudra t’il sans doute avaler bien des couleuvres (« l’Europe baroque multiculturelle », « voyages en orient à l’époque du baroque », etc.) mais dans le tas, nous aurons sans doute l’occasion d’entendre encore bien des merveilles (des tragédies lyriques, des pièces pour luth de Dufault, …). Je note, également, que les organisateurs se sont lancés depuis deux ans dans la production de disques, pari osé et risqué quand on connaît le bilan désastreux des ventes de disques de musique classique. Ceci dit, le public qui achètera ces produits ne doit pas fréquenter avec grand assiduité les sites de piratage sur internet mais plutôt les disquaires qui ont pignon sur rue (et notamment Harmonia Mundi, le seul producteur-vendeur à tenir tête (pour combien de temps ?) aux supermarchés du type FNAC et Virgin). C’est peut-être donc une bonne affaire pour s’autofinancer face au dédain et au mépris des institutions culturelle d’Etat vis-à-vis de tout ce qui n’est pas « djeun » (combien d’Ambronay avec les 800.000 euros dépensés pour l’encadrement d’une rave-party ?). J’allai oublier de mentionner que le site de l’abbaye est en grand travaux de rénovation depuis quelques temps (l’unité du « quelques temps » étant ici l’année, voire la décennie). Actuellement, c’est au tour de la tour - hommage à Libé - Dauphine où une rénovation des toitures et des façades consume 404.800 euros (hors taxes) du trésor national, pourtant bien à sec. Autre belle bâtisse, le château de Varay qui trône en haut d’une vigne, sur les contreforts de la montagne du Bugey. Il a une très vaste vue, à l’ouest, sur la plaine de l’Ain et les Dombes. C’est une construction à quatre tours d’angle, joliment crépie d’un bel ocre-jaune avec de distingués volets blancs. Si j’ai bien compris, il est actuellement le siège d’une association pour l’éducation d’enfants turbulents. Après le concert, je suis rentré par des contrées totalement désertes et sauvages où j’ai failli écraser un gros blaireau qui semblait avoir eu moins peur que moi. Une vaste campagne que ce Valromey, où il est possible de rouler vingt-cinq kilomètres sans croiser âme qui vive tout en parcourant des forêts immenses et monotones sous le faisceau des phares. Une terre de transition, un plateau de hautes solitudes. Je m’aperçois d’ailleurs, tout en écrivant ces lignes assis dans un TGV qui déchire la campagne à trois cents kilomètres à l’heure, qu’il existe encore bien des refuges à toute civilisation dans notre beau pays. Les hideux lotissements de maisons Phénix ne nous ont pas (encore) tout pris. Il nous reste du vide, des champs en bocages et de vastes plaines céréalières, des ruisseaux moussus comme de vastes peupleraies.

  • Spécial pour Nina

    medium_capri.jpg

    Au retour de Capri, 25 septembre 2005, 18h35. Il y a très précisément un an, jour pour jour, heure pour heure.

  • Rien d'alarmant

    Chiffre du jour. Direct soir est un journal distribué chaque soir dans tous les lieux fréquentés des grandes villes de France. C’est un gratuit, comme on dit maintenant lorsqu’on veut parler d’un journal gratuit. Sous un format tabloïd, il donne quelques nouvelles tirées des agences de presse, du « people » à foison et le reste en programme des télévisions et en pub (aujourd’hui : une pleine page avec la tête du footballeur ZZ, notre idole). Dans l’édition de ce soir, on pouvait lire, sous un titre très fin et assez dans l’air du temps (« Deux Français sur trois zappent les musées ») : « D’après un sondage réalisé en juillet dernier par le Crédoc, deux Français sur trois, soit 67% de la population, n’ont pas franchi le seuil d’un musée au cours des douze derniers mois. La principale raison est que, pour 43% d’entre eux, les musées « ne les intéressent pas » ». Et la rédactrice (Caroline Munoz) de poursuivre : « Ce pourcentage n’a rien d’alarmant, car la fréquentation est stable depuis les années quatre-vingt-dix». Je ne sais pas ce qui est le plus attristant de ce chiffre incroyablement élevé ou de son maintien à un haut niveau depuis plus de dix ans. Contrairement à ce qui est souvent avancé, ce n’est pas le coût de l’entrée qui est un problème – ce point arrive en troisième place des causes de non-fréquentation - mais le bête manque d’intérêt (43% des réponses). L’étude du Crédoc est disponible ici.

  • Mille bisous

    Notre époque est curieuse. Je m’étonnais, l’autre jour, alors que j’étais dans le tram, de ses adolescents qui se « faisaient la bise » le matin. C’était une cérémonie rapide, quasi instinctive, un contact joue contre joue plutôt qu’une bouche posée sur une joue. Je me suis aussi étonné que malgré cette absence totale de contact, on entendait très distinctement le petit bruit qui signe le contact entre lèvres et peau. Et pourtant, on ne voyait rien de ce rapprochement. D’où venait donc ce bruit ? Il vient de nos esprits formatés qui nous font penser que jadis, il y a eu ce contact. Nous vivons dans l’idée qu’il y a encore ce contact et pour s’en souvenir, rien de mieux que de « faire le bruit » qui va (ou plutôt allait) avec. Parmi mes collègues, seule B. bise le matin à cette ancienne mode : lèvres contre joue (avec le bruit naturel qui va avec). D’ailleurs, c’est un acte éminemment bijectif : le « bisé » doit rendre sa bise sur la joue du « biseur ». Ainsi pratiqué, c’est un geste qui me semble manifester un profond respect, une grande altérité et qui porte tout son message dans sa pratique. Comme tous les actes à répétitions machinales (le psittacisme du bisou ?), il finit, à mon avis, par perdre une grande partie de son sens initial : on s’y noie et on finit par s’y oublier totalement (la poignée de mains à déjà atteint ce stade avançé de perte du sens). Ceci dit, je n'imagine pas serrer la main d'une femme de ma connaissance, tout du moins d'une connaissance suffisante qui m'autoriserait à l'embrasser chaque matin. Dans la pratique, je ne suis pas très bises-bises, c'est ainsi. (Encore une note qui va lasser mes derniers lecteurs, j'en ai bien peur)

  • Un an, déjà !

    medium_sorrente.jpg

    Sorrente (baie de Naples), septembre 2005

  • La pierre et l'instant

    Journées dites du patrimoine. Le temps détestable du dimanche a modifié nos choix initiaux. Ce devait être une belle promenade dans le Trièves en passant par Monestier-de-Clermont et une randonnée découverte près du lac de Monteynard. Hélas, nous étions sous les « retours d’est » qui ont plombé le ciel pour des heures et des heures, faisant tournoyer au dessus de la cuvette de gros nuages noirs gorgés d’eau. A la faveur d’une courte accalmie, nous nous sommes rendus tout près d’ici, au couvent des Minimes de Saint-Martin d’Hères. Il reste bien peu de choses du bâtiment fondé en 1494 par François de Paule et Laurent Alleman. Ce dernier est membre d’une prestigieuse famille dauphinoise qui a notamment donné des évêques à Grenoble. Le couvent a été consciencieusement martyrisé durant les siècles passés. Il ne reste pas grand-chose, sauf le cloitre, relativement minuscule, en partie conservé. Les futs de colonnes sont d’une belle pierre calcaire blanche. Le reste est en « pierre roulée » (comme dit le guide), comprendre en galets de l’Isère, avec quelques encadrements de fenêtres (bouchées) en molasse. On ne voit pas bien ce qui pourrait le sauver d’une ruine plus complète. Il est la propriété de la ville de SMH qui s’en sert de siège social à différentes associations culturelles. La dépouille de Bayard (allié à la famille Alleman) aurait reposé dans l’église attenante. A quelques centaines de mètres là, trônent quelques restes du palais d’été des évêques de Grenoble, avant que le cardinal Le Camus entreprenne la construction d’un édifice plus moderne. Ce sera le magnifique château d’Herbleys, sans doute l’un des plus beaux monuments d’époque classique de l’Isère (hélas fermé à la visite). Au Bon Pasteur, donc, de récents travaux d’aménagement ont mis au jour (littéralement) quelques éléments architecturaux remontant au XIIIe siècle et parfaitement datés par l’utilisation de la brique rouge, matériaux et « mode » importés de chez nos voisins transalpins et qui eurent leur heure de gloire à Grenoble (collégiale Saint-André, notamment). Le bâtiment a été profondément remanié – pour ne pas dire autre chose - au cours des siècles passés. Subsiste également un bel escalier du XVIIe siècle, en pierre calcaire et balustre en molasse. Le « château » est actuellement une maison de retraites pour religieuses (les bienheureuses !).

    J’en profite pour attirer l’attention ici sur le mouvement monuments en danger qui regroupent quelques unes des entreprises hautement spécialisées dans les métiers de la restauration et la célèbre association de passionnés et de propriétaires : la « Demeure historique ». Hélas, l’heure n’est plus - l’a-t-elle jamais été ? - aux généreuses subventions et seules quelques vitrines reçoivent de l’Etat ce qui leur permet de se maintenir en l’état (ou de migrer tout doucement vers la « disneylandisation »). Les priorités actuelles vont à l’éphémère, à l’instant plutôt qu’à l’intemporel.

  • Much ado about nothing

    Depuis trois jours, le monde musulman est en émoi suite aux propos du pape Benoit XIV lors d'un discours prononcé à l'université de Ratisbonne. L’intégralité du texte en question est disponible ici. Je me réjouis que la « rue » musulmane soit capable de comprendre un texte érudit, complexe et rempli de références philosophiques et théologiques. C’est plutôt une bonne nouvelle sur l’éducation des peuples musulmans et leur capacité à prendre en main leur avenir (par exemple, en chassant les tyrans qui les gouvernent). Bon, plus sérieusement, ces hurlements sont ourdis par ceux qui ont intérêt à voir leur pouvoir renforcé en s’inventant un nouvel ennemi (le christianisme) alors que, faut-il encore le redire, le malheur vient de leur sein, notamment de leur maudit islamisme qui les aveugle et, en aucun cas, ne les sauvera de faire leur nécessaire réforme. Maintenant, nous pourrons clairement voir où se situe le rapport de force entre chrétiens et musulmans : il sera exactement jusqu’où irons les déclarations de repentances, voire d’excuses du pape.

    Post-face du 19 septembre, la traduction du Monde est à prendre avec des pincettes, si j'en crois :http://koztoujours.free.fr/index.php/2006/09/18/le-monde-doit-sexpliquer/ (cité sur les Carnets du Sol de David).

  • Chiffre du jour

    Le Monde, dans son édition datée de vendredi, donnait quelques résultats d'une enquête du ministère de l'éducation nationale effectuée sur 30000 jeunes de CM2 et de troisième sur "la vie en société". En 1995, 58,1% des écoliers considéraient que l'affirmation "il faut obéir au lois seulement si on est d'accord avec elle" était "inacceptable". Dix ans plus tard, ils ne sont plus que 38,6%.

  • Folie impatiente

    Hier soir, alors que nous étions dans les embouteillages grenoblois, nous avons été très heureux d’écouter une grande partie du célèbre Boléro de Ravel, dirigé depuis la salle Pleyel par Myung-Whun Chung à la tête de l’orchestre philarmonique de Radio France. Je ne sais pas si la qualité de la prise de son ou le soyeux de l’acoustique de la "nouvelle" salle Pleyel, mais cette retransmission était d’une précision de détails, de finesse et d’ampleur que c’en était un bonheur parfait. La musique était parfaitement servie. Le côté « folie impatiente » qui s’ébranle petit à petit au cours du temps fidèlement retranscrit. Un grand moment, à n’en pas douter.

  • le bateau sombre

    Au journal Liberation, c’était la journée pleurnicherie, « Deux pages pour expliquer la situation interne à Libération », mais avec quelques instants de lucidité : « Ce serait s'aveugler que d'expliquer la totalité des problèmes de Libération par les difficultés générales du secteur de la presse quotidienne nationale. Le journal doit également faire face à ses propres erreurs. Notre conviction est que, à contexte industriel inchangé, nous disposons d'une réelle marge d'amélioration. La crise que traverse la presse quotidienne est aussi une crise de l'offre » et une bonne idée : « Pour déclencher l'acte d'achat de nos lecteurs et justifier son prix de vente, Libération doit mettre l'accent sur ce qu'il peut apporter en plus de l'actualité : des reportages, des mises en perspective, des enquêtes, des récits, des dossiers, des débats, des espaces de réflexion, pour rendre intelligible le monde dans lequel nous vivons ». Les journalistes sont extraordinaires, ils ont toujours la solution à leur problème (mais ils n’appliquent jamais les solutions qu’ils préconisent d’eux-mêmes, empêtrés qu’ils sont dans leur vulgate). Que Libération soit devenu un journal où les dépêches d’agence de presse sont copiées mot à mot – on peut les suivre à la trace d’un journal à l’autre - et vaguement commentées, c’est devenu une évidence. Le manque d’analyse, d’articles de fond et de réflexions est flagrant. Au Monde, ce n’est pas mieux, même si la reprise du journal « normal » (moyennant 10 centimes d’euro en plus) est meilleure que les parutions de cet été, affligeantes dans la course à la débilité et à l’inintéressant. Les pages Culture, notamment, sont attaquées de toutes parts. De temps à autre, on arrive encore à lire quelques comptes-rendus de concert par Renaud Machart ou Marie-Aude Roux, mais le plus souvent la culture est devenue totalement extensible dans sa définition : des concerts de Johnny à une page entière sur un rappeur. Et toujours ces articles « vie quotidienne », « auto » qui n’ont rien à faire dans un journal qui se veut la référence intellectuelle du pays. L’attrait pour la personnalisation à outrance de la vie politique avec ces dossiers fleuves sur les déboires familiaux des Sarkozy, etc. ne sert pas non plus son prestige, maintenant bien défraichi. Le journalisme à Libération est à bout de souffle, qu’à cela ne tienne, autant ouvrir le débat avec le lectorat (on se croirait à l’Ecole de la République avec le rôle accru promis aux papas et aux mamans). A cette heure, il y avait déjà 743 réactions de lecteurs, certaines très drôles, d’autres justes et sans pitié mais tellement désappointées que cela n’augure rien de bon pour l’avenir du journal.

    [à l’instant, la chronique hebdomadaire de Hector Obalk (sur les vilains nus de Ingres), au journal de la culture d’Arte : très juste et toujours intéressante].

  • L'homme et la machine

    medium_file_203160_66245.jpg

    Le Président de la République devant le calculateur Tera-10 de la Direction des Applications Miltaires du CEA, à Bruyères-le-Châtel, jeudi 7 septembre. Reuters.

  • épilogue d'une journée d'arrière saison

    medium_L1010382_512.jpg
    L'un des plus beaux nuages de l'année, fils d'un autre sur Belledonne qui, lentement, s'en est allé vers la Chatreuse.
    Quelques minutes après, le paroxysme était atteint.

  • Sad day

    Comment ne pas en parler ? Comment ne pas parler de cette date funeste et qui le restera longtemps. Ce jour-là, chacun d’entre nous a perdu un peu de lui-même. Trois mille morts ! Cinq ans après, ce drame reste inouïe, fou. C’est l’épieu planté à tout jamais dans notre cœur. Notre société médiatique nous a habitué à ne pas voir le temps passé, à tout relativiser, à tout oublier. Mais il y aura toujours des moments inexpugnables dans notre mémoire. En fonction des uns ou des autres, peut-être que les drames se marquent plus facilement que les jours heureux, s‘est sans doute affaire de tempérament, d’humeur. Et dire que ce cauchemar ne fait peut-être que commencer, que ce cancer atroce du terrorisme continuera à nous ranger des années (des décennies) encore. Le Monde civilisé est démunie (et le restera) face à ceux qui n’ont pas le goût de vivre, ceux qui sont prêt à mourir pour leur infâme idée de la religion. Déjà, la situation en Afghanistan se dégrade. Les attentats suicides n’auront bientôt rien à envier à ceux d’Irak. A Bagdad, la situation est pire que jamais. Bush et son administration ont perdu à tout jamais ce deuxième front (le seul point positif est la chute d’un tyran, Saddam Hussein). Le pays sombre dans la plus atroce guerre civile et interreligieuse. Ce sera le terreau pour tous les fous de dieu. Au Liban, le Hezbollah pourra tranquillement fermer sa nasse autour des soldats de l’ONU. Nous années à jouir ne seront peut-être pas douces et tranquilles. Mais le Droit, la force de nos Lois sont notre force. Ouvrir des prisons secrètes, traités nos ennemis comme des chiens ne nous sert pas : c’est notre moral que nous envoyons au tombeau.

  • Jeune souche

    medium_L1010372_512.jpg

    Photo prise sur le chemin de la cabane forestière du Veymont, à Gresse-en-vercors, en direction du Pas de la Ville, sur la voie normale du Grand-Veymont (2341m), point culminant de ce massif des préalpes. C'est peut-être la foudre qui a explosé ce sapin qui semblait en bonne santé. L'autre morceau, la cîme, gît au pied de la souche. Elle est toute aussi tourmentée (écorce arrachée, bois vrillé).

    La randonnée du jour fut très agréable: le Pas de la Ville (1910m)  par la jolie cabane du Veymont, et le très beau sentier en balcon qui passe sous la menacante face Est du Grand-Veymont. Au pas, la vue s'ouvre sur la réserve des Hauts-Plateaux, une plaine forestière immense comme un océan de verdure au pied des sommets du rebord oriental du Vercors. Mercredi dernier, c'était le col Vert (1710m) à partir de la route forestière de Prélenfrey: un autre passage emprunté jadis par les paysans du Trièves montant aux foires en Vercors. Là aussi les vues sont magnifiques, le sentier parfait pour la montée continue et à bonne allure (+550m en 1 heure) et la descente facile. Quelle belle région que la nôtre !

    une photo de la randonnée d'aujourd'hui

     

  • Déception

    medium_arton3518.jpg

    L'adapatation allemande des Particules élementaires, célèbre roman de Michel Houellebecq, est une déception. Les acteurs sont plutôt bons mais à aucun moment il n'est possible de sentir l'entière noirceur du propos. Nous n'avons que quelques touches qui ne font qu'accumulation. Je ne pense pas que la traduction allemande du récit soit en cause. Le rythme est souvent inadapté, confus. On se sent en permanence assez loin du texte et plus proche d'un livre raconté à l'écran. Seul Philippe Harel aura donc su jusqu'ici (Extension du domaine de la lutte) retranscrire l'univers de M.H. On attend avec impatience le film tiré de la Possibilité d'une île, puisque l'auteur et le groupe Hachette ont trouvé un accord sur sa production.

    Pour ceux que l'œuvre de M.H. intéresse, je signale une ancienne émission de Répliques intitulée « Houellebecq à tête reposée ».
  • le vent d'est soufflera plus fort que le vent d'ouest

    medium_1077f.jpg

    Il y aura trente ans après-demain disparaissait Mao Tsé-toung. La chaine culturelle du service public, Arte, a diffusé, hier et avant-hier, un documentaire en quatre parties sur le grand timonier. Ce film était tout à fait intéressant, souvent saisissant. Plus qu’une vie du despote, c’était soixante ans de la vie de la Chine que nous parcourions au fil du temps. Du fils de paysans (petits propriétaires terriens) au génie éclairé du parti communiste chinois, il y a bien de l’eau qui a coulé dans le fleuve jaune. L’histoire de cet homme se confond avec celle de son pays et du milliard de Chinois d’alors. Rarement homme politique aura eu autant d’influence sur un peuple et sur son destin (et ce n’est peut-être pas fini). Adroitement, les auteurs du documentaire n’ont pas fait une biographie à potins et à ragots. Le rôle du tout puissant chef s’inscrit dans celui d’un parti, de sa vie interne, de ses traitrises et de ses purges. Cet aspect là de l’histoire est troublant et rarement homme aura su attacher un soin particulier à préparer sa succession, en jouant coterie contre coterie. Même si Mao a sorti son pays du « moyen-âge », il a également précipité son peuple dans la famine et le désespoir (on estime à 38 millions de mort le bilan du « grand bond en avant »). Mais le pire était à venir. La Révolution culturelle, dans sa genèse, ses motivations et son déroulement était particulièrement bien éclairée par le documentaire. Il fallait être sacrément sur de soi et de son aura pour lancer les gardes rouges (jeunes, inexpérimentés et hardis) contre le PC chinois et ses cadres sans soi-même être inquiété, mais à dessein de faire le vide et de tenir la Chine dans une main de fer. Cette période de la fin des années soixante est très justement présentée comme le temps de la libération des paroles puisqu’il était permis de tout critiquer (sauf le guide suprême). La faiblesse du discours politique, l’omniscience du culte de la personnalité pourraient prêter à rire si tout cela n’avait pas ouvert la voie à un profond traumatisme dans le peuple. On ne peut qu’être dégouter devant ces séances d’autocritique en public et les violences systématiques contre les supposés – souvent à tord -« bourgeois, droitiers et réactionnaires ». Il faut voir et revoir ce petit mouvement convulsif du poignet des cadres du parti, secouant à tout va le petit bréviaire de la nouvelle religion d’Etat, le petit livre rouge. Derrière leur sourire crispé, il faut voir toute la détresse de ces gens pouvant promptement passer à la trappe lors de la prochaine purge, d’où la surenchère dans l’outrance à la gloire du leader absolu.  Quarante après, on s’étonne toujours de l’aveuglement de nos maos d’occident, jadis si prompts à glorifier le discours du grand timonier. Pas un mot, hélas sur le Laogai, le goulag chinois qui aura envoyé à la mort au moins autant de femmes et d’hommes que son homologue russe. Pas un mot, non plus, sur les pays satellites se réclamant ouvertement du modèle chinois (Cambodge, Vietnam) et qui ont bien souvent égalé ou dépassé le grand frère dans la cruauté et les dévastations. Je me souviens vaguement, lors de mes jeunes années, du célèbre procès de la bande des quatre, sorte de déstalinisation à la chinoise qui étonna tant l’occident. C’était donc un pan de l’histoire du XXe siècle qui s’effaçait à la mort de Mao. Que dirait-il de la Chine actuelle qui, par un pragmatisme étonnant, s’est rangée au libéralisme économique dans une coquille communiste ?

     

  • Patience !

    Encore quelques jours de patience, jamais automne n'aura été aussi attendu.

    Tiré du site d'ECM:

    Keith Jarrett  - The Carnegie Hall Concert
    ECM 1989/90

    Keith Jarrett’s “The Carnegie Hall Concert” is a double album documentation of the pianist’s first U.S. solo concert in a decade, with the venue heightening the sense of occasion. Music featured is effectively a summary of styles Jarrett has traversed over the years. Two set-length suites of songs of many temperaments, composed in the moment, followed by no less than five ardently demanded encores - including “My Song”, some boogie-woogie blues and the standard “Time On My Hands”. Critics and public were unanimous in their approval. “Even at its most contemplative, this is full-impact music” (Jazz Times); “Mr Jarrett’s brief pieces more often than not took the shape and form of composed tunes – in many spots more memorably than most contemporary songs” (The Wall Street Journal).
    Release date: September 21 in most European territories.

  • Par monts et par veaux (titre à la Libération)

    J’étais, samedi dernier, la tête dans les nuages (une fois de plus) à courir les prés du grand Crêt d’eau, sur l’échine sud de la réserve du Haut-Jura, parmi les vaches à l’œil torve et au mufle baveux. Je marchais mon bâton à la main (un rameau de noisetier de l’année 2005, cueilli en lisière de forêt, près de Morette), le long de chemins minuscules et perdus entre les bouses fraiches ou anciennes (mais très piégeuses). J’avais un œil sur le Léman, Genève et son jet d’eau, l’autre sur le cours serpentant du Rhône. Je pensais que cette eau ruisselante finirait dans la méditerranée, bien loin d’ici. Au Crêt de la Goutte (1621m), la table d’orientation indique qu’il est possible d’apercevoir, par beau-temps (ce qui n’était pas le cas ce jour là), la Meije (135kms) au sud et la Jungfrau (4158m) à l’est. La jeune épouse (Wikipédia traduit en vierge ce qui ramène assez vite à nos trois pucelles dauphinoises), quel drôle de nom pour une montagne !

    Pendant ce temps-là, et pour rester dans l’univers de la montagne, notre sportif maire de Grenoble tente l’ascension du Cho Oyu, sixième sommet du monde (8201m) par la voie normale au départ du Tibet. Courage Michel ! Ce devrait-être moins difficile que la désignation du candidat du PS à l’élection présidentielle.