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  • ça va vite

    Intel a annoncé, avant-hier, la livraison des premiers circuits en Technologie 45nm pour le deuxième semestre de cette année, comme le rapporte le journal professionnel Solid State Technology. La grande nouveauté technique (une rupture) est la mise en production d’une brique diélectrique haute permittivité (high-k) à base d’un alliage d’Hafnium associée à une grille métallique (metal gate) duale dont la composition est inconnue (au moins tant que les circuits ne sont pas sur le marché, ensuite ce sera un trade secret bien difficile à tenir). Le leader des semi-conducteurs annonce avoir résolu les principaux problèmes d’intégration (lithographie à sec en 193nm) ainsi que ceux liés à la physique, notamment l’accrochage du niveau de Fermi (Fermi level pinning) qui empêche, depuis des années, aux valeureux thésards de passer des journées tranquilles. Pied de nez à la concurrence, Intel reste en substrat classique (dit bulk) et prend soin de moucher la concurrence qui roule pour le silicium sur isolant (SOI). IBM et consorts ont aussitôt répliqué en annonçant les mêmes résultats (à la louche, en étant plus évasifs). Le communiqué est sobrement sous-titré First fundamental change to basic transistor in forty years, ce qui n’est pas faux. Je ne sais pas si les utilisateurs finaux se rendent bien compte de la complexité de ce qu’il y a dans leurs ordinateurs (ou téléphone portable, ou console de jeux, etc.) et du travail que cela représente en conception (design), fabrication, études, essais, recherches, etc.

  • Au fond du vallon

    Le Grand Silence. Film allemand de Philip Gröning (2006). Film ou documentaire ? Le résultat échappe aux deux genres. C’est une longue succession de plans fixes, sans ordre apparemment sinon de suivre les saisons (à peu près). Le sujet est la vie monacale des hommes qui ont choisi de vivre au couvent de la Grande Chartreuse, en suivant la règle de Saint-Bruno. Le silence règne, sauf les dimanches où la parole est libérée. Tout le reste du temps,  les moines ne se parlent pas ; ils s’écrivent, si besoin, sur de petits bouts de papier. Les cellules sont en bois, les poêles sont d’un autre âge, comme les murs. Tout semble être ici à l’identique depuis des siècles (au moins depuis la dernière reconstruction, suite au dernier incendie). Vie d’un autre âge, vie pour l’au-delà. Du film, se dégage parfaitement l’ambiance du lieu, celle d’un désert, d’un endroit reculé. Je l’ai déjà dit ici mais de ce coin de Chartreuse se dégage véritablement une sensation mystérieuse. Il faut y être pour la ressentir. J’ai bien aimé ce travail cinématographique, car il montre l’envers du décor. L’intérieur d’un lieu clos, d’un sanctuaire parfaitement reculé du monde. Techniquement et artistiquement, je suis moins emballé. Certaines scènes sont visiblement tournées en mauvaise caméra numérique (j’ose espérer que ce n’est pas un geste artistique). Le rendu et le résultat sont quelques fois assez mauvais. A trop pixélisé, on finit par perdre toute l’âme de ce qui est filmé (ce qui est bien dommage dans le cas présent). D’autres plans (tournés sur pellicule ?) sont eux somptueux, les lumières sont souvent très belles, très expressives ; elles donnent de magnifiques modelés à la bure immaculée des moines. Ce film est long, lancinant comme un psaume mais ce n’est pas un film qui « vrille les nerfs » comme l’a délicatement écrit un chroniqueur du Petit Bulletin, « l’hebdo gratuit des spectacles et du cinéma » de Grenoble et, accessoirement, excellent réceptacle à pelures de légumes.

     

  • Blue on black

    Froidure d’hiver, nous sommes dans la nuit noire. Heureusement, un phare est allumé pour nous guider.

     

  • Sous-continent

    38ième Rugissants, Musiques Nomades. Concert de Devashish Dey au musée Dauphinois, le 26 janvier.

    Concert envoutant de ce jeune artiste indien, vocaliste hors pair et chanteur de musique hindoustani. La magnifique chapelle du musée dauphinois était un écrin parfait pour ce récital. L’artiste s’est présenté devant le public à 20h30 précises. Hélas, personne ne lui avait parlé du « quart d’heure grenoblois » qui veut qu’on arrive en retard, quoiqu’il arrive. La salle est ainsi faite que le public descend les marches devant les musiciens et que donc c’est un terrible affront à ces malheureux qui attendent patiemment que ces dames et messieurs veuillent bien prendre place. Le chant commence par une longue montée vocale, sourde, presque inaudible et qui, peu à peu, monte en puissance et en clarté. Plus qu’un chant, c’est à une pièce de théâtre en miniature que nous assistons. Les mains dansent avec l’air, le corps ondule. Nous autres, occidentaux, ne pouvons comprendre ces paroles. Quelles histoires racontent-elles ? Nous ne le saurons pas, c’est la beauté des sons qui nous charme : les méandres de la voix entre les battements des tablas et le souffle lancinant du sârangî qui joue le plus souvent en syncope ou en reprenant les modulations vocales déployées par le chanteur. A la fin du spectacle, les deux jeunes musiciens iront dans un geste de grand respect et de soumission toucher les pieds du plus anciens des trois qui arbore sur son front un Tilak, ce point rouge qui « symbolise le troisième œil de Shiva. Il se positionne sur le front, à l'emplacement du sixième chakra (âjnâ-chakra) dans lequel résident les facultés psychiques. Il souligne la dimension spirituelle de celui qui le porte. » Je ne sais pas si Barthes a écrit sur l’Inde mais il me semble être, au moins autant que le Japon, le pays des signes. Il faudrait aussi découvrir tout ce qu’Alain Daniélou a pu dire de cette civilisation. Quelques extraits de l’art de Devashish Dey ici. Notre week-end indien s’est poursuivi par un dîner au Bombay, restaurant qui passe pour être l’un des meilleurs « indiens » de G. Sa réputation n’est pas usurpée. Les mets sont délicieux, le cadre pas trop kitch et la salle du haut un peu bruyante (impossible de ne pas suivre la discussion de ce groupe de trentenaires, professeurs ou jeunes intellectuels et incroyablement volubiles). Une des jeunes femmes ressemblait étonnamment à mon amie Sandrine.

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  • ivre de neige et de glace

    Deuxième jour de grand beau. En profiter, ne pas attendre le redoux annoncé pour entendre crisser la neige sous ses pas. Aujourd’hui, changement de massif, cap au sud, sur la Matheysine et son soleil généreux. J’ai suivi le long chemin de crêtes qui mène du Crey à la Pierre Percée (ixième merveille du Dauphiné), par le bois de Parailliat. Belle neige, souple, légère, froide, pas du tout collante qui forme de petit grumeaux sous la croute superficielle durcie par le gel (une neige qui va nous valoir pas mal de morts par avalanche dans les jours prochains…). Je n’ai pas croisé grand monde, bien que le coin soit la tarte-à-la-crème de la promenade dominicale. Le vent de jeudi dernier a givré tous les arbres, en sous-bois. C’est très beau, profondément calme et reposant. Au bout du chemin, on sort du bois pour découvrir une très belle vue, comme je les aime, presque sans fond ni butée. Au retour, encore une ou deux belles vues. Les jambes sont encore légères, on aimerait que ce sentier entre ciel et neige ne finisse jamais.

  • Sommet Sans Nom

    Première promenade dans la neige, hier. Ascension de l’E. (1406m), sommet dont je n’aime pas le nom car il me fait penser à je ne sais quel oiseau des bois. J’aimerais qu’il s’appelle Sommet Sans Nom ; je crois que cela lui irait bien. Bref, bien peu de neige (15 cm tout au plus) mais les grenoblois ont déjà sorti leurs raquettes. C’est absolument inutile, le chemin est trop « pierreux » pour qu’elles soient nécessaires ; elles ralentissent même sans doute un peu la marche. Encore un sommet mineur qui ouvre un très beau point de vue, notamment, comme hier, lorsque le ciel est parfaitement clair. En réalité, seules les Alpes étaient dans le bleu. Une impressionnante masse de nuages « bas » venait mourir contre les rebords occidentaux de la Chartreuse et du Vercors. Ailleurs, elle rognait aussi un peu de ciel bleu vers le Trièves et le Taillefer.  Au nord et à l’est : grande lumière. Je pensais être seul et tranquille au sommet mais j’ai du me coltiner deux bavards, peut-être blasés par tant de beautés. Je n’arrive pas à m’y résoudre. Quelques photos : 1, 2, 3, 4.

     

  • Refai(s)t surface (!)

    Tout plongé dans mes pensées de fin de journée, j’ai vu surgir, ce soir, alors que la télé ronronnait sur le journal de TF1, un homme que j’ai côtoyé il y a 14 ans de cela, à l’armée, durant quatre ou cinq semaines de « classes ». En quelques fractions de secondes, je l’ai reconnu. Son visage était encore bien présent dans mon esprit, alors que je ne l’ai jamais revu. C’est une sorte de hasard miraculeux, que cet homme, parmi plusieurs dizaines de millions d’autres, apparaisse ainsi (à propos de la neige qui ruine l’activité du pays). Quand son nom s’est affiché en bas de l’écran, ce patronyme courant m’est revenu, lui aussi, immédiatement à l’esprit. Son métier est toujours le même, rien n’a changé chez lui. Je suppose qu’il vit heureux au grand air, dans la nature limousine, parmi ses bêtes.

    Comme x millions de Français, j’ai enfin un téléphone portable. Je vais pouvoir télécharger des sonneries (j’hésite entre Diam’s et Michel Delpech), écouter des mp3 (Boulez ou Ockeghem), faire du shopping sur le web (M6 boutique ou Casino-en-ligne). La vérité est que je suis un petit crétin avec ce machin dans la main. J’ai mis un certain temps à comprendre le mode d’emploi, à saisir que 7€ chez Orange voulait dire 8€40 TTC, que le service Clients d’Alençon ne partage pas le fichier Clients de Valenciennes, etc.

    Pourtant, la journée n’avait pas vraiment bien commencée et j’ai eu la flemme d’aller écouter M. Domecq.

  • Toque(s)

    Pas de recette de cuisine, ce soir, mais quelques lignes sur deux livres que je pratique, enfin que nous pratiquons assidument. 

    Le premier est le célèbre Mon Bouquin de Cuisine par Françoise Burgaud. Ce livre peut-être vu comme une bible ou une encyclopédie - suivant le degré de rationalisme du lecteur/cuisinier - de la cuisine française. Le (petit) format y incite. Il se relève en définitive très pratique, y compris dans le chantier de la pièce de cuisine (la farine pulvérulente adhère assez peu à ses pages). Tous les plats et spécialités, tant en entrées qu’en main course ou en dessert, sont passés en revue. Pas de nouvelle cuisine, ici, mais de la tradition française ; ce qui ne veut pas dire que seules des recettes au rabais sont traitées, au contraire. Les quatre-vingt première pages sont une belle introduction à la suite car elles renferment un lexique, quelques évidences utiles (« bons achats, bonne cuisine ») et de précieuses réflexions sur les techniques de cuisson. Les recettes sont présentées par ordre alphabétique et non par thématiques (contrairement à l’index général ; le croisement des deux est donc très utile). A l’usage, je trouve que ce livre est très précis sur les proportions et sur la difficulté de réalisation. On sait toujours dans quoi on s’embarque. Pas de chichis puisqu’il y a ni photo ni dessin. Seul prime la clarté d’explication de la recette. C’est, je crois, le livre à offrir à une jeune ménagère (ou un jeune…, comment dit on, d’ailleurs ?) en début d’activité en cuisine (pour sortir doucement de l’avocat-miettes-de-crabe-mayonnaise, poisson-pané, riz-au-curry, bananes-flambées).

    Le second est le célébrissime La Cuillère d’Argent publié par Phaïdon à l’automne dernier. C’est la traduction en français d’un classique (et best-seller) de la cuisine italienne qui regroupe 2000 recettes. Quelques photos, format A4 relié mais très pratique à utiliser (deux marques pages en tissus !). Les explications sont très brèves (comme la majorité des recettes). Pour chacune, le nom en italien est précisé. Ce livre vise à l’exhaustivité. Il est impossible de ne pas trouver une recette pour utiliser (astucieusement) les œufs-qui-trainent-dans-le-frigo. Toutes les recettes ne réclament pas d’investir massivement dans les spécialités italiennes et donc de se ruiner à l’épicerie du coin. Toutes les préparations testées par nos soins tiennent, jusqu’ici, la route. L. a noté, le 19 janvier dernier, en face de  la crema di sedano (crème de céleri), un euphorique : « délicieux ! A accompagner d’une viande.»

  • Ciel clair

    Il y a tout de même quelque chose qui cloche. Hier, alors que nous nous promenions sur les crêtes du Conex, les primevères étaient en pleines fleurs, à 1300m d’altitude, en versant est ! Pas une once de neige au sommet de la Peyrouse du Conex, à 1700m, mais un soleil radieux. Seul le vent était soutenu (et un peu frais). Ce massif du Conex, au-dessus de Notre-Dame-de-Vaulx est d’ailleurs un magnifique belvédère sur le sud grenoblois, la Chartreuse, le Taillefer, le Grand-Serre, le mur des Sarrasins, l’extrême sud de Belledonne et la profonde saignée de la Romanche mais aussi sur le plateau matheysin, le Trièves, le lac de Monteynard et, au-delà, sur la cluse de Voreppe, les Bauges, les hauts sommets de l’Oisans (après Corps, peut-être jusqu’au vieux Chaillol ?), etc. Bref, ce n’est pas rien pour un petit sommet mineur. Il se pourrait même qu’il soit le plus beau point de vue du département ; l’endroit où la vue est la moins limitée, la plus vaste; où le vide et l’air sont les plus intenses et les plus forts en émotion. Quelques photos : 1, 2, 3, 4, 5, 6.

  • Sous la neige, deux regards.

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    Les Climats, film franco-turc de et avec Nuri Bilge Ceylan (2006). Ce film est superbe. La qualité de l’image est étonnante (il a été tourné en numérique HD) : pas une trace de bruit et une acutance parfaite. La photographie est remarquable, les plans fixes sont très soignés, notamment dans le choix des cadrages avec toujours un éclairage idéal. Mention spéciale, également, pour le son qui est d’une finesse et d’une précision ahurissantes (vous vous souviendrez longtemps du bruit des lèvres tirant sur le bout de cigarette). L’histoire est celle d’un couple qui se dissout (fin de l’amour ?). Le banal (à notre époque) est traité avec une grande retenue. Le cinéma de Nuri Bilge Ceylan est peu bavard, l’émotion passe par l’image. Le film est tourné en famille puisque la propre femme du réalisateur joue avec lui (à la ville comme sur l’écran), ainsi que ses parents (dans le rôle de … ses parents). La musique est la très belle sonate Kirkpatrick 466 de Scarlatti. Un beau moment. Je m’étonne qu’un tel film n’ai pas été primé lors du dernier festival de Cannes.

  • Une île de mots

    « Le temps où je n’ai pas été au monde est une île de mots sur laquelle je tente inlassablement de prendre pied tout en sachant qu’on n’y sera que fantôme, l’autre côté n’étant que le royaume de la noire illusion, aucun vivant ne franchissant cette mer inconnue, sinon sous forme de métaphores qui ne sont qu’une anticipation de notre propre mort. Je me retire de ce seuil : la vie n’est pas dans la gestion plus ou moins raisonnable et heureuse de moments qui se succèdent comme des nuages, mais une série d’actes souvent obscurs, incompréhensibles à autrui, sinon à nous-mêmes, que nous passerons notre vie non pas à essayer d’éclaircir mais à en mesurer l’ombre portée sur un futur où nous ne serons plus. Nous sommes les échos de ceux qui ont depuis la nuit des temps mêlé leurs sangs ; et, autant que du sang, ce qui coule en nous est l’invisible éclat d’une puissance qui nous dépasse et qui se nomme amour, mélancolie, folie ou destin. »

    Ce court passage est tiré d'un texte inédit de Richard Millet, Petit éloge d’un solitaire, paru en Folio à deux euros et que j’ai acheté et lu aujourd’hui. Je recommande chaudement à mes lecteurs ce livre car il permet à ceux qui le découvriront une très belle entrée dans l’œuvre de ce maître du récit contemporain. On y retrouvera les thèmes qui lui sont chers, notamment ceux de la filiation et de l’histoire familiale. C’est un très bon point d’entrée avant l’immersion dans l’immense Ma vie parmi les ombres.

  • ça chauffe à la télé !

    Vendredi soir, Pascal Sevran était convoqué sur le plateau de Canal + pour s’expliquer et, surtout, s’excuser. Michel Denisot, avec son faux air de chien battu, le harcelait pour savoir si oui ou non il s’excusait (d’avoir proférer ces terribles accusations sur le comportement sexuel des noirs, responsable de leur malheur). Le pauvre Sevran n’a rien lâché (enfin, rien sur ça) mais son air de petite bête traquée faisait peine à voir. Il était seul, autour de lui tous les visages étaient figés, austères et inamicaux. Derrière lui, le public applaudissait au signal du chauffeur de salle, participant ainsi à l’exécution publique. Cette scène était dégoutante et révoltante. On se serait cru lors d’une séance d’autocritique en URSS. P.S., pour sauver la farce, multipliait les allégeances et les sourires. Il finissait par être, lui aussi,  dégoulinant.

    Catherine Matausch, hier soir au « 19/20 » de France 3 : « son taux d’alcoolémie était négatif ». Est-ce à dire que le chauffard n’avait que du sang dans les veines ?

    Toujours au « 19/20 », ce soir, un reportage sur le retour du rallye de Monte-Carlo au Burzet, joli petit village ardéchois et haut-lieu de l’épreuve avant 1997. En guise d’illustration, un journaliste de France 3 monte à bord d’une grosse BMW (banale voiture de ville) conduite à plus que vive allure par un « ex-pilote de course ». Celui-ci, au mépris du code de la route, « pilote » son monstre comme une voiture de course. La route semble ouverte normalement au trafic. Pas un mot pour déconseiller ce genre de comportement criminel. Et demain, nous verrons les mêmes journalistes la larme à l’œil nous annonçant un énième drame de la route : « le chauffard, qui roulait à vive allure a fauché deux cyclistes, etc. ». Je me suis plaint sur le site (sans doute bidon) de France 3. Il est probable que je ne recevrai aucune réponse (sauf la stupide newsletter de F3, puisque j’ai justement choisi de ne pas la recevoir, c’est qu’on va me l’envoyer d’office).

  • Du Perche (ou de la Normandie)

    Jarret de veau aux pommes. Simplissime et succulent. Achetez un beau jarret de veau chez le meilleur boucher des environs (le nôtre, c’est Claude). Faites revenir un oignon tranché avec des lardons (ou de la poitrine fumée), quelques grains de coriandre et clous de girofle, ajoutez-y le jarret de veau en le dorant sur toutes ses faces. Transférez le tout dans un plat pour le four (le mieux est une cocotte en fonte), mouillez à mi hauteur avec 10cl de fond de veau et une demi-bouteille de cidre (brut mieux que doux). Ajoutez, sur les côtés du plat, des pommes détaillées en quartiers (quatre par personne). Enfournez à 180°C pendant deux heures. Soulevez le couvercle de temps en temps pour arroser généreusement la viande de son jus. A la fin de cette première cuisson, rajoutez des pommes de terre (« pour le four ») coupées en deux dans le sens de la longueur. Fermez hermétiquement le couvercle en lutant par une pate feuilletée passée au jaune d’œuf (faut que ça dore !). Renfournez pour trente minutes supplémentaires en baissant éventuellement la température (l’ébullition doit-être légère). La cuisson est terminée lorsque la viande a pris une couleur foncée et qu’elle découvre largement l’os du jarret (c’est le critère !). Ce plat supporte parfaitement la réchauffe, vous pouvez donc le préparer le midi pour le soir. Il est primordial de découper la pâte sous le nez des invités : les senteurs doivent diffuser pour aiguiser l’appétit (attention à ne pas vous bruler lors de cette étape finale).

  • en yx...

    Sonnet allégorique de lui-même (version de 1868)

     

    La Nuit approbatrice allume les onyx
    De ses ongles au pur Crime, lampadophore,
    Du Soir aboli par le vespéral Phoenix
    De qui la cendre n'a de cinéraire amphore

    Sur les consoles, en le noir Salon : nul ptyx,
    Insolite vaisseau d'inanité sonore,
    Car le Maître est allé puiser de l'eau du Styx
    Avec tous ses objets dont le Rêve s'honore.

    Et selon la croisée au Nord vacante, un or
    Néfaste incite pour son beau cadre une rixe
    Faite d'un dieu que croit emporter une nixe

    En l'obscurcissement de la glace, décor
    De l'abscence, sinon que sur la glace encor
    De scintillations le septuor se fixe.

     

    Une version autographe mais non publiée du vivant de Mallarmé est ici, pour les graphologues.

  • En hommage

    Le père noël, dans son infinie bonté, m’a bien gâté le mois dernier. Je voudrai dire un mot ici du magnifique volume l’art roman aux éditions Citadelles et Mazenod. Ce livre épais est de loin le plus cher de notre modeste bibliothèque. Je constate qu’il est aussi en passe de devenir mon plus cher d’entre tous. Les longues heures passées dans la grisaille parisienne m’ont permis de lire presque intégralement le texte érudit et sublime de Marcel Durliat. Par une triste coïncidence, l’historien d’art vient de mourir à l’âge de 89 ans. La qualité du volume est, comme il se doit, remarquable. Le soin apporté aux prises de vues se matérialise parfaitement dans les impressions en pleine page. Ainsi, rarement visages sculptés auront été aussi bien photographiés. On voit, au-delà de l’image, le grain de la pierre. C’est le souhait enfin réalisé de tous les photographes : outrepasser le rendu en deux dimensions pour donner, dans l’espace reconstitué, la représentation du volume. Mais c’est aussi le cas pour la plastique architectonique ou les joyaux de l’orfèvrerie. Le texte fourmille de détails. Son grand mérite est le soin apporté à l’argumentaire dans une vision globale. Les formes d’expression artistique (de la construction des églises à l’art des émaux en passant par l'art de la fresque murale) sont vues comme étant articulées les unes aux autres. Ce texte n’est pas un résumé de théories et de dogmes. L’auteur avance et explique ses arguments avec force et conviction, notamment au sujet du problème de la datation et des styles. L’épais livre se termine par une géographie de la « romanie », ouvrant ainsi quelques pistes miraculeuses pour la rêverie et le désir de la découverte. A quand un voyage en Saintonge romane ?

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    Christ de Chadenac (Haute-Loire), bois polychrome - Musée National du Moyen-Age, Paris

  • En hausse...non, en baisse...non,

    Est-ce bien dans les prérogatives de l’Etat d’informer les citoyens du prix du carburant aux pompes à essence en créant un site internet dédié ? Pour ma part, je pense que non. En économie libre (capitaliste, pour faire plaisir au tintin postier), c’est le marché (l’offre et la demande) qui fixe les prix. Heureusement, nous ne sommes pas en URSS dans les années cinquante : ce n’est pas l’Etat qui fixe le prix des carburants. Il fixe seulement le montant des taxes perçues à la vente. Il n’y a donc aucune motivation pour lui à organiser un tel recensement (qui serait, dans le cas d’un marché bloqué, une vérification du blocage des prix), surtout que le moyen choisi ne permet pas une pleine information des citoyens (quid de ceux qui ne surfent pas ?). Si l’Etat veut à tout prix faire connaître le prix des carburants, il doit employer tous les moyens nécessaires pour diffuser cette information : par la presse, les médias (achats publicitaires) voire un document envoyé régulièrement à tous les citoyens de ce pays. On voit le gouffre financier qu’engendrerait une telle mesure ! Ou alors l’Etat – qui, dans ce cas là, serait en sacrée déliquescence – doit aussi nous informer du prix du yaourt à bifidus, du kilo d’oranges maltaises (un régal !), de l’Efferalgan 1000mg, etc. On l’a compris, ce site sur le prix des carburants n’est qu’une réaction un peu enfantine d’un Etat désespéré qui cherche à faire accroire qu’il s’occupe sérieusement de la hausse incessante du prix des carburants en montant, en deux clics-trois-mouvements, une base de données (même pas mise à jour par ses services compétents, heureusement que la DGCCRF existe…). Tout cela est un peu pitoyable, en tout cas bien risible. Il aurait simplement pu encourager (imposer, si ce mot là existe encore dans le vocabulaire « enarquien ») aux pétroliers de se fédérer et de mettre à la disposition des consommateurs une liste de prix mise à jour à chaque variation. C’était amplement suffisant.

  • Ecrire dans le tourbillon

    Je n'ai lu, à cet instant, qu'une centaine de pages du dernier opus de Dantec, mais j'ai déjà l'impression d'être passé dans un hachoir à viandes. Si vous pensez que la Littérature ne peut plus rien pour vous, lisez au moins ça :

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  • Trois cas !

    Saddam Hussein est mort, pendu, le jour de l’Aïd. Plus que de la tristesse pour le tyran infect qu’il fut, c’est le dégoût qui transcrit le mieux ce qu’on ressent à cette fin en catimini. Les Américains, qui ont à leurs bottes le gouvernement irakien (qu’ils ont mis en place), commettent ainsi une bourde de plus. Comment ensuite parler de démocratisation, d’Etat de droit et tout le tintouin lorsqu’on pend un homme alors que l’instruction du procès de tous ses crimes est loin d’être terminée ? Décidemment, cette administration Bush est bien aussi bête qu’elle en a l’air. L’Irak se dirige donc tout droit vers la guerre civile la plus totale. Chiites contre sunnites. Les kurdes n’ayant pas dit leur dernier mot. On va tranquillement vers une partition du pays : chiites avec les Iraniens  et Kurdes dans un grand Kurdistan ( ?). Reste à voir si un troisième état (au milieu des deux autres) est viable. Que deviendra le pays lorsque les Américains auront quitté les lieux ? Un énorme champ de ruines où rien ne sera à reconstruire. Il n’y aura d’ailleurs peut-être plus personne pour reconstruire quoi que ce soit.

    Sur le « cas » Georges Frêche. Le petit roi de la Septimanie a commis l’irréparable en osant s’attaquer à l’équipe de France de football, cœur de l’intouchable en 2006, en indiquant qu’il y avait plus de joueurs noirs dans cette équipe que leur représentation dans l’ensemble de la population française (je résume, en substance). Nous avons entendu cette information alors que nous étions sur les jolies routes de Guadeloupe. Je me souviens très nettement que le journaliste de Radio Caraïbes ( ?) avait terminé la retranscription de cette information en citant la petite phrase finale de G.F. : « … c’est parce que les (joueurs) blancs sont nuls ». Cette partie du propos de notre homme fut ensuite systématiquement et méthodiquement oubliée par les journalistes et autres commentateurs éclairés du frêchisme. Lever de bouclier, cris d’orfraie, invectives, rien ne lui fut épargné (sauf, d’ailleurs, au parti socialiste qui tarde, bizarrement, à le « sanctionner »). L’homme, décidemment, était allé trop loin. Il avait osé dire ce qui est évident (visuellement, ontologiquement, sociologiquement) mais qui est totalement indicible en société politiquement correcte, surtout depuis que cette équipe de France est brandit à droite comme à gauche comme le symbole absolu, l’oriflamme de l’intégration réussie, du modèle à suivre pour les enfants d’immigrés (et spécialement ceux issus de notre ancienne empire colonial). Malheureusement si une petite centaine ( ?) de joueur arrive à vivre de ce sport, en professionnels, combien croupissent dans la misère et les précarités (qui doivent conduire à bien des excès en matière de dopage) ? Ce n’est donc pas vraiment un modèle à proposer à des générations entières alors qu’une infime minorité arrivera au graal (contrats de publicité avec Danone, Adidas, Carrefour, visite quasi présidentielle en Algérie, …). Le point positif est peut-être de leur inculquer le goût de l’effort et du travail (puisque ce n’est plus l’Ecole qui le peut) bien que, les spécialistes, entre eux (à la cantine !) parlent souvent de génie, de dons innés et pas beaucoup d’entrainement de longue haleine.

    Sur les propos, plus anciens, tenus lors d’une altercation avec les harkis, j’ai l’impression que notre bonhomme était surtout ulcéré que ces Messieurs aillent aussi se plaindre (et donc quémander du soutien) à ses opposants de l’UMP (ou de droite, en général). Sa réaction de « vous êtes des sous-hommes, vous n’avez donc aucune dignité » me parait être la réaction du suzerain à ses vassaux félons: comment, vous osez demander la protection d’un autre alors que, c’est moi, traditionnellement, qui vous materne (avec en retour, bien entendu, promesses de vote en ma faveur aux prochaines élections) ? On touche ici à l’un des problèmes de la régionalisation et de la décentralisation. En donnant de plus en plus de pouvoir à des édiles locaux, on permet, si on a quelques dispositions à la mégalomanie, la création de véritables petits potentats, de principautés dirigés d’une main de fer par un leader un peu trop maximo. Tout le monde reconnaît que G.F. a beaucoup de réussites à son actif, que son bilan n’est plutôt pas mauvais malgré une certaine dérive autocratique et une propension affirmée à développer une caste d’affidés et d’obligés. Une récente émission d’Arrêt sur images, sur France 5, analysait très finement les méthodes du Montpelliérain. Notamment, on assistait à une scène sidérante où le tout puissant houspillait vertement son chargé de communication un peu trop timoré et lui attribuait, de facto, des sommes considérables pour une campagne de publicité visant à promouvoir le dynamisme de sa Région, etc.

    Sur le cas Pascal Sevran. J’ai, depuis l’enfance, une antipathie spontanée pour ce personnage. Sans doute parce qu’il faisait partie d’un certain fond sonore chez ma grand-mère, les tristes après-midi d’hiver, au début des années 80. Je n’ai aucune envie de me battre pour « l’exception culturelle » à la française lorsqu’on inclut dedans les activités de divertissement et la musique de variétés dont P.S. est l’un des principaux relais à la télévision (thème à développer dans une prochaine note). Ses récents propos sur la « bite des noirs », responsable, selon lui, de la misère de tout un continent sont pénibles car ils désignent et montrent du doigt une population parmi d’autres ayant le même comportement. Hélas, personne ne peut nier que la surpopulation et spécifiquement la multiplication des naissances soient, contrairement aux coutumes et usages locaux (beaucoup d’enfants= plus de chance de nourrir la famille), totalement funestes à l’avenir des pays les plus défavorisés. C’est ce qu’ont parfaitement compris les Chinois, il y a bien des décennies de cela. On ne peut pas appeler aux stérilisations forcées (ce que P.S. n’a pas fait, d’ailleurs) car ce serait là totalement abject en allant contre la possibilité, pour chaque individu, de disposer de soi, y compris dans sa volonté ou non d’engendrer. Encore une fois, seule l’éducation permettra de changer les comportements de masse (me voilà un peu marxiste, mais bon...). Ce qui était (peut-être) valable en système auto-suffisant, jadis, ne l’est plus maintenant. Reste que notre ami Sevran a été gibier facile à viser pour les chasseurs à l’affût toute l’année (CRAN, MRAP, Libé, …). L’excellente (décidemment !) émission Arrêt sur images rappelait que le volume du journal de notre homme où sont écrits les propos si incriminés a paru début janvier et que, depuis, personne n’avait bronché. C’est sans doute que P.S. n’intéresse pas grand monde dans le milieu journalistico-littérairo-pipolo. Je ne peux tout de même pas m’en plaindre !

  • Un petit col tricolore (rions un peu)

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    Audrey Pulvar, Meilleure Ouvrier de France 2007, catégorie "Journaliste télevisuel"

    [ce soir, au "19/20", édition nationale de France 3]

  • Bien au chaud

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    L'actrice Ha Yeo-jin

    Le temps peu engageant de ces derniers jours nous a permis de visionner un DVD qui traînait depuis quelques mois dans les tiroirs. Il s’agit de Printemps, été, automne, hiver... et printemps du réalisateur Kim Ki-duk, cadeau (payant) que nous avons eu, il y a quelques mois, avec un exemplaire du journal le Monde. C’est un très beau film, profondément apaisant. Vous trouverez les détails ici. Il est le réalisateur des Locataires, film que j’ai vu en 2006 mais aussi de l’Île, autre chef d’œuvre (bien que plus gore). Tous ces films ont en commun un sens du temps qui passe par la maitrise de la lenteur. La photographie est très soignée, lisse mais jamais mièvre. Elle sert parfaitement l’histoire. Les suppléants du DVD sont des plus limités. On a juste une conférence en coréen (heureusement traduite) où les acteurs (non professionnels) sont extrêmement timides et gênés à parler. [L. vient de mettre le deuxième mouvement du Quatuor Américain de Dvořák par les Talich, ne vous étonnez pas si vous voyez des larmes perlées entre ces lignes]. Le réalisateur est lui aussi peu bavard et réservé. Le film est une métaphore sur les âges de la vie et sur la sagesse du bouddhisme. Les dialogues sont réduits à leur plus simple expression. Le geste et la méditation parlent plus que les mots. Pour les besoins du film, un temple a été reconstruit sur un lac isolé dans la montagne. [snif, snif !]. Les paysages, qui suivent, eux aussi, le rythme des saisons, sont d’une beauté étonnante. En résumé, ce film est le dépaysement même. Je crois que seul le cinéma sud-asiatique atteint à ce point cette capacité d’évocation et d’arrachement à soi.

    Autre DVD, une redécouverte celui-ci, le film de Manuel de Oliveira, Je rentre à la maison, avec Michel Piccoli dans l’un de ses rôles les plus émouvants. C’est l’histoire d’un vieil acteur qui perd dans un accident de la route sa femme et ses enfants. Seul lui reste son petit fils qui habite avec lui dans une grande maison bourgeoise. Le spectateur est dans une pièce de théâtre, au propre comme au figuré. La vie de cet homme bascule, théâtralement et métaphoriquement. L’histoire est poignante mais filmée avec une grâce et une légèreté parfaitement maitrisées. Contrairement à d’autres films de M.O. (comme, par exemple, le génial Principe de l’incertitude), ce n’est absolument pas un film bavard où le jargon emporte tout. Ce DVD est inclus dans un coffret de trois, offert par belle-maman pour Noël (merci !).