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Deux publics...

Sociologie télévisuelle. Les émissions de télévision consacrées à la décoration semblent être devenues un excellent filon. Elles apportent de l’audience et donc de l’argent aux chaînes. Je voudrais simplement comparer ici deux approches totalement différentes, notamment vis-à-vis des publics visés. Sur France 5 est présentée, chaque semaine, l’émission Questions Maison dont la forme a assez peu évoluée, il me semble, depuis son lancement. Le format inclut la visite d’une maison (plus rarement d’un appartement) appartenant à un hôte (généralement architectes, grands bourgeois, ou riches bobos parisiens). C’est le fil conducteur. Entre cette visite, un peu statique (on passe d’une pièce à l’autre en découvrant les astuces décorations), sont présentés de courts reportages ayants attrait, soit à des métiers liés à la décoration (notamment dans une approche d’artisanat d’art), soit de nouveaux matériaux, textures et autres astuces diverses et variées. A la fin de l’émission, figure le fameux « S.O.S maison » où un architecte vient en aide à des télespectateurs pour aménager leur intérieur. Généralement, il s’agit de « gagner de la place » ou rendre habitable une pièce tarabiscotée. Les « demandeurs » sont souvent de jeunes urbains, sans enfants ou bien en très bas âge. Découvrir l’intérieur de ces gens dit bien entendu beaucoup sur ce qu’ils sont et d’où ils viennent (je parle d’un point de vue sociologique). Il n’est pas rare de découvrir des intérieurs cossus, quelques fois meublés avec goût et où trônent une petite bibliothèque et, souvent, quelques livres d’art négligemment jetés sur une table basse. Ces marqueurs sont les derniers reliefs d’un certain niveau culturel (ou tout du moins, d’un peu de Culture). Sur M6, changement de décor, l’émission D&Co est animée tambour battant par une dame Valérie Damidot, nettement moins policée que son homologue du Service Public. Les candidats au changement sont, eux aussi, d’un tout autre monde. Plus rurbains qu’urbains, ce sont des couples avec enfants ou adolescents. Ils habitent volontiers dans de petits pavillons bon marché de lointaines banlieues. Le fond de l’émission est différent, puisqu’elle vise à tout refaire, partant ainsi du principe que ce qui était là avant ne convenait pas, était inadapté, voire moche, vilain ou encore démodé (c’est bien souvent le cas). Cette émission, comme tout ce qui se diffuse sur M6, est un spectacle d’où la mise en scène bien réglée. Ce show s’appuie sur deux incontournables : la musique rythmée et le récit en voix-off d’un journaliste qui nous raconte ce que nous voyons : « Les Dupont n’étaient pas satisfaits de leur intérieur, M6 et ses partenaires ont décidé de les aider à changer de vie ! ». Ce dernier point est particulièrement agaçant et participe de manière latente, mais très appuyée, à une débilisation du spectateur. Plus la peine de prendre le temps de réfléchir à ce que nous voyons puisque une voix nous dit ce qu’il faut comprendre. Ce qui me gêne le plus dans cette émission est le ton plus que péremptoire que prend l’animatrice pour commander à ses hôtes (qui participent au chantier) ou pour leur montrer telle ou telle astuce. Souvent, même, les sexes sont dressés les uns contre les autres (les hommes n’ont pas de goût mais sont forts pour les travaux de force, aux femmes sont réservées les touches finales et la décoration fine). En conclusion, on peut dire que chacune des chaines choisit et traite son audience à sa manière en ayant bien soin que le public participant soit à l’image du public regardant.

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