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  • M.P. 2

    « Même l’acte si simple que nous appelons « voir une personne que nous connaissons » est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l’apparence physique de l’être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l’aspect total que nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent si complètement pas gonfler les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la sonorité de la voix comme si celle-ci n’était qu’une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons. »

    Du Côté de chez Swann, Combray I, (page 25).

  • M.P. 1

    J’ai entrepris la relecture intégrale de la Recherche du Temps Perdu. J’essaierais de noter ici, au fil des mots, quelques phrases de Proust. Je reprends la pagination de l’intégrale en un volume de la collection « Quarto » de Gallimard.

    « Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles. »

    Du Côté de chez Swann, Combray I, (page 15)

  • Tel père, tel fils.

    J’ai oublié de dire, hier, que, décidemment, l’escalier installé à l’entrée de l’évêché, en 1657, sous l’épiscopat de Le Camus est magnifique. D’ailleurs le musée, dans son ensemble, est très intéressant. Il permet d’avoir une bonne idée de l’histoire Dauphiné, dont les frontières s’étendaient jadis bien au-delà de l’actuel Département de l’Isère. Le bâtiment a été très bien restauré. De nombreuses pièces ont littéralement réapparu durant les travaux, notamment ces jolies baies géminées de l’ancienne façade ou encore cette petite salle aux fenêtres ébrasées vers l’intérieur qui a conservé, jusqu’à nos jours, son plafond d’origine (la dendrochronologie indique 1250 !). La galerie des évêques est très belle. Nous rigolons toujours de voir ces deux évêques (leur nom m’échappe) du XVIe siècle, trônant côte à côte. Ils étaient père et fils…

  • Farce triste mais nécessaire

    Cérémonie des Césars. Soirée habituelle, de plus en plus insupportable parce que terriblement convenue et prévisible (larmes sèches, ode lyrique pour les intermittents, pitoyables pitreries, etc.).  La semaine dernière, j’étais prêt à écrire ici une petite note pour annoncer le triomphe assuré des Indigènes. Ouf! Les mines de nos amis Algériens (*) étaient bien déconfites, les applaudissements bien mesurés. On pouvait lire toute la morgue du monde sur leur visage incrédule. Pour attribuer le précieux César, je n’ai toujours pas compris qui votait, et dans quelles conditions. On nous dit que ce sont les « professionnels » du cinéma. Est-ce que ce vote se fait à bulletin secret ? Quelles sont les modalités ? Quoiqu’il en soit, tout ce cirque montre la propension incroyable d’un petit milieu à se glorifier, ou plutôt à s’auto glorifier devant la télévision qui est, dans le cas présent, plus qu’un miroir. C’est une formidable boite de résonnance où l’on ne sait plus qui de la télévision ou du cinéma, tient la barbichette à l’autre. Le beau film Lady Chatterley a reçu de nombreuses et méritées récompenses, y compris la belle et talentueuse Marina Hands. Du coup le film « ressort » sur tout le territoire avec cent copies neuves. Le cruel est que si deux ou trois centaines de professionnels (mettons) n’avaient pas apporté leur voix à ce film (l'année prochaine, ce seront peut-être les mêmes qui voteront pour Taxi 4), il n’aurait eu aucune chance de refaire surface et donc d’être vu par quelques milliers de spectateurs supplémentaires. J’espère que cela permettra à ceux qui ne l’ont pas vu d’aller le découvrir. Et contrairement à ce qu’affirmait un pas très fin critique « ciné » du Nouvel Observateur, ce film n’est pas que l’initiation à l’amour physique d’une femme désœuvrée. C’est avant tout une hymne à la liberté.

    (*) Le lendemain, c’est pour l’Algérie que le film Indigènes concourait aux Oscars. Sans plus de succès qu’à Paris.

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    Marina Hands
  • gris-bleu, sans passion

    En vrac. Tristes nuages, triste week-end. Hier soir, tout de même, un bien beau concert de Daniel Barenboïm : Beethoven, sonate n°32 et la délicieuse n°23 « Appassionata », douceur, sinuosité, intériorité, retrait, notes retenues (avec un court – trop court – moment de master class). Dans l’après midi, hier, nous avons eu le courage de sortir, entre deux gouttes, pour l’exposition Henriette Gröll au musée de l’ancien évêché. Belle palette de couleurs. Les visages des modèles féminins sont étonnamment semblables. Peut-être qu’il n’y a qu’un seul modèle, une femme à tous les âges de la vie. Les natures mortes sont aussi très bien composées. J’ai beaucoup aimé un plat de maquereaux, à la peau vif argentée, dans une mer de bleu.

     

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    Jeune femme au kimono bleu

     

     
  • Une entrée remarquée

    Petit message pour "belle-maman" et la féliciter de son entrée, aujourd'hui même, dans le vaste espace internet.

  • clic-clac

    Mon amie J. me demandait aujourd’hui des avis pour l’achat d’un appareil photographique. Je profite de cette occasion pour livrer à la cantonade quelques idées sur le sujet.

     

    Toutes les marques (asiatiques) proposent maintenant des reflexes numériques d’excellente qualité. Ce qui les départagera sera la qualité de l’optique (de l’objectif). D’ailleurs, si le futur acquéreur a déjà un reflex, il peut éventuellement adapter l’objectif de l’ancien sur le nouveau (à vérifier, la compatibilité n’est pas automatique). Seule la focale sera différente, parce qu’un capteur numérique n’est pas encore (sauf rares et chères exceptions) à la taille d’une pellicule 24mm*36mm. Plus il y a de pixels plus chaque entité numérique (le pixel) est petit (à taille de capteur fixe) ; donc plus il y a de bruit dans l’image. En numérique, ce qui compte aussi c’est la qualité du programme qui interprète les données du capteur. Il faut donc des appareils performants là-dessus et ça reste l’apanage des grandes marques de la photo (Nikon, Canon, feu-Minolta, Pentax). Il ne faut néanmoins pas trop généralisés. Si l’amateur a plusieurs objectifs et qu’il souhaite faire à la fois du « paysage » et du champ resserré, il pourra être amené à changer d’objectif. Se pose alors le problème du nettoyage du capteur si une poussière se « colle » dessus. Quelques fabricants ont une solution d’anti poussières (généralement par ondes ultrasonores), ça peut mettre en confiance en cas de pollution involontaire. Un autre point important est l’anti-bougé (ou stabilisateur). Il en existe de deux types : numériques (à peu près inutiles car il s’agit d’un traitement logiciel qui détruit l’acutance de l’image) et mécaniques (très utiles). Le principe est d’amortir les inévitables mouvements que l’on donne à l’appareil lorsqu’on appuie sur le déclencheur. C’est un complexe système inertiel, soit au niveau du capteur, soit directement dans l’objectif. C’est extrêmement efficace et cela permet d’utiliser l’appareil en lumière peu intense sans recourir au flash et sans « flou ». Tous les systèmes d’autofocus sont maintenant ultra performants. Il devient très rare d’obtenir une photo floue … si la lumière est suffisante ! Les fabricants en font un argument de vente en multipliant le nombre de collimateurs de mesure du sujet en mouvement. Plus important est le système de mesure de lumière qui va permettre d’enregistrer les informations lumineuses dans la plage optimale du capteur. Notamment, c’est grâce au système de mesure que le couple vitesse d’obturation/valeur de diaphragme de l’objectif sera choisi de manière optimal. La plupart des sujets sont très bien traités par les mesures matricielles (le système Nikon est réputé excellent). Dans les cas difficiles (par exemple, sujets très contrastés) il est bon de pouvoir passer en mesure « centrale pondérée » ou même « spot » (un seul point de mesure).  Contrairement à ce que pensent les puristes ultra-orthodoxes, les modes préprogrammés du type « paysage », « portrait », « sport », etc. ne sont pas (toujours) des gadgets. La puissance de calcul présent dans les appareils photos numériques et la quantité vertigineuse de mémoire disponible pour stocker par défaut les meilleurs réglages font aussi parties du savoir faire du fabricant.

    Comme que je l’indiquais plus haut, l’un des problèmes du capteur est la petitesse des pixels. Il y a d’autant moins de lumière qui entre dans le pixel que le pixel est petit (et je ne parle pas des effets de diffraction, du type fente d’Young). Ce problème de bruit n’est pas une petite affaire car il impact très fortement sur le résultat des images, notamment lorsqu’on pousse la sensibilité (quelques fois dès 200ISO). Là encore, c’est le programme d’exploitation de l’appareil qui va prendre en charge une grosse partie du travail. On trouve couramment des modes « haute sensibilité » qui permettent de réaliser des images dans des conditions de très faible luminosité sans avoir besoin d’utiliser le flash. Il existe aussi des logiciels pour « débruiter » l’image a posteriori. Cela reste du gagne-petit et c’est irréaliste de penser le faire sur toutes les photos. Maintenant, voir un peu de bruit sur l’image (à l’écran de son ordinateur) ne veut pas dire qu’une fois tirée la photo sera comme un jour de neige sur la taïga. A l’usage, on se rend compte qu’il est bien agréable de récupérer les données numériques en format « raw », c'est-à-dire brutes, sans compression dévastatrice pour la résolution et la dynamique chromatique . L’intérêt peut paraître limité au débutant. L’amateur averti en sera très content car il permet, avec les logiciels ad hoc (par exemple, l’excellent Photoshop Elements), de retravailler ses images à partir des données non compressées. On peut ainsi corriger tout un tas de paramètres comme la balance des blancs, paramètre qui n’existait pas en argentique et qui permet d’indiquer au capteur la température de couleur de la source lumineuse qui éclaire la scène ou l’objet qu’on désire photographier. Les fichiers « raw » sont très volumineux donc il faut dès le départ se procurer une carte de forte capacité et surtout qui écrit très vite les données (taux de transfert élevé). Ne pas mégotter, il faut acheter une carte de grande marque avec des garanties de robustesse. Ces offres incluent quelques fois un logiciel de récupération des données en cas d’effacement par mégarde. Si on a un budget un peu plus important, on peut investir en toute confiance dans un flash externe qui apportera un surplus de lumière généralement de meilleure qualité que le flash interne des boitiers. Cela permettra en outre d’effectuer une très bonne exposition de la scène (par exemple, chez Nikon, grâce au système de mesure 3D couplé à l’i-TTL). C’est très important car en photographie numérique les blancs (les zones fortement éclairées) ont tendance à être brûlés, c'est-à-dire que la saturation y est très forte.

    L’achat d’un appareil photo implique aussi qu’on l’a pris en main au moins une fois. Les gros doigts n’aiment guère les petits boutons des appareils modernes même si l’ergonomie est souvent remarquable. Le gros avantage d’un reflex (comparé à un appareil compact) est d’avoir une visée réflex, c'est-à-dire qu’il est possible de voir ce que le capteur enregistrera. Il ne faut pas négliger ce point, surtout pour un utilisateur qui « vient » de l’argentique et qui, donc, a été habitué à un certain confort de visée. L’écran plat au dos de l’appareil, aussi lumineux et contrasté soit-il n’est pas une aide parfaite pour cadrer avec un reflex. On me dira que le cadrage, on s’en moque puisqu’il est possible de recadrer à l’infini avec les outils logiciels. Je n’en suis pas si sûr.

    Personnellement, à l'heure actuelle, j’achèterais un Nikon (par exemple, le D40 en entrée de gamme, mais déjà très bien) ou alors le D80, plus cher mais sans doute plus créatif. Inutile de se ruer vers les appareils avec trop de pixels. Six millions c’est largement suffisant (au-delà de 10 millions, c’est de la frime ou pour imprimer en A3 et plus… donc rarement). Chez Canon, on pourra choisir un D400, dans la lignée des excellents D300 et D350 (appareils les plus représentés chez Flick). Chez Pentax, le K10D. Ne pas oublier cette règle simple : mieux vaut investir dans un objectif d’excellente qualité (ouverture numérique faible, construction mécanique soignée et robuste, moteur ultrasonore pour la reprise de la mise au point lorsque l’autofocus est dans les choux, …) que dans un boitier avec des tonnes de réglages inutiles à l’usage et des performances qu’on n’utilisera que très rarement. A quoi servent les « 10 images par seconde » pour photographier belle-maman ? Toujours garder à l’esprit, aussi, qu’un boitier se ringardise toujours plus vite qu’un objectif car la technologie de construction optique existe depuis des lustres contrairement à la technologie numérique qui, elle, ne cesse de changer (dans le sens du perfectionnement). Donc cela ne sert à rien d’acheter un boitier très cher et très perfectionné qui sera techniquement dépassé dans deux ou trois ans (au regard de la concurrence à cette date là, ce qui ne veut pas dire qu’on en sera plus satisfait pour les photos du chien ou des fleurs du jardin) et qu’on aura un mal infini à revendre: le marché de la deuxième main en numérique est très restreint et le restera tant que l’évolution technologique ne sera pas stoppée (ce qui ne sera pas le cas tant que les Bové du monde entier n'auront pas pris le pouvoir).

    Maintenant, si on pense que le reflex est trop gros, trop lourd pas adapté pour ses habitudes photographiques, on peut trouver d’excellents appareils compacts « hauts de gamme » parfaitement performants, solidement construits et qui donneront des photos satisfaisantes dans la plupart des cas. Seul les focales seront limitées (on ne trouve pas encore beaucoup de compacts disponibles dès le 28mm) et le flash un peu juste pour les grands espaces. Par exemple, les petits Panasonic Lumix, déclinés aussi pour certains chez Leica dans leur version à capteur 16/9ième, raviront les amateurs de paysage et de grands espaces. Un compact de très bonne qualité s'achète un peu moins cher que les plus cheap des reflexs d'entrée de gamme.

    Outre les sites des grandes marques sus citées, on trouvera quelques tests et comparatifs sur des sites spécialisés, comme celui-ci (mon préféré), ou alors celui-là ou bien . Attention aux sites de revente et autres comparateurs de prix qui ne font que recopier les fiches techniques des fabricants (avec tout le bavardage commercial qui va avec). Je profite de cette note pour indiquer le très intéressant blog de Sébastien avec de bien belles images.

    Hope this help !

  • Mais où donc allaient-ils (2)?

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    Choisissez la route, maintenez le cap, passez d’une radiobalise à l’autre mais attention aux collisions  (Cf. la page 2) dans "l'espace aérien supérieur" !

     

  • Au coin du feu (2)

    Aline Cut : Je reprends aujourd’hui contact avec vous pour étoffer le contenu de notre premier entretien. Plusieurs mois se sont passés. Où en êtes-vous de votre aventure dans la blogosphère ?

    I : A peu près au même point, bien que j’ai l’impression d’avoir beaucoup avancé. Disons que j’ai parcouru du chemin sans avoir le sentiment d’être parti bien loin.

    Actualité oblige, de nombreux bloggeurs évoquent l’élection présidentielle. Vous semblez assez distant de cet évènement, pourtant décisif pour l’avenir de notre pays, non ?

    Hum, ce qui me parait décisif, c’est plutôt l’élection des députés qui suivra l’élection présidentielle. Je n’ai pas renoncé à parler de l’une et de l’autre. Mais chaque chose en son temps. Il me semble qu’on est dans le « tour de chauffe » pour prendre une métaphore issue de la course automobile. Pour l’instant, il n’y a ni débat ni confrontation des points de vue. On est dans l’ère de la communication, de la petite phrase, des chiffres à peu près invérifiables, dans la surenchère démagogique du tout et du n’importe quoi. Pour ce qui est du chapitre économique lisez, par exemple, l’interview de l’économiste Patrick Artus.

    C’est d’ailleurs ce qui semble caractériser le mieux cette élection : le triomphe de la communication.

    Un triomphe insensé, oui, sans doute. Néanmoins, vous remarquerez que les médias vivent en ce moment un sale moment. Entre M. Bayrou qui ose s’attaquer à la sacro-sainte maison TF1 et les articles alarmistes des journalistes politiques (CF. l’article de Raphaëlle Bacquée dans le Monde de ce week-end) sur leur perte d’influence au profit de cet espèce de grouillement (ou bruit) médiatique qui se manifeste à chacune des paroles des candidats. Je ne m’en réjouis pas car c’est le signe d’un profond malaise. Les médias, dans leur ensemble paient aussi leurs aveuglements et leurs compromissions. Comme je l’ai toujours pensé, le journalisme est victime de ses journalistes. J’ai l'envie de leur dire : faite votre métier correctement, informez-nous de manière objective, rapportez nous des sources, mettez nous devant les yeux (ou les oreilles) des informations fiables et cessez de nous bassiner avec vos états d’âmes et vos velléités de devenir le dernier éditorialiste reconnu-du-Tout-Paris! Certaines chaînes, comme celles du groupe Canal + sont devenues les vitrines abjectes de la vulgate molle et lénifiante. Cet amer constat ouvre d’ailleurs d’autres chapitres du grand récit de la misère de notre pays. Regardez comment chaque soir, Michel Denisot et ses collègues passent sans aucun problème de l’interview d’un politicien à la promo tranquille du dernier CD du rappeur à la mode. Effrayant, non ?

    Pourtant, certains candidats ont déjà donné de grands meetings. Un certain rassemblement de forces semble s’organiser…

    A qui pensez-vous ?

    Je ne sais pas, par exemple Ségolène Royal a animé une grande réunion dans votre ville, Grenoble.

    En effet, il y a eu un grand raout mais il me semble que c’était plus un énième débat participatif qu’un véritable meeting électoral. D’ailleurs, rien de bien neuf n’est sorti de cette réunion où les minorités visibles et invisibles ont pu jouer leur rôle, celui d’éternels quémandeurs et rédacteurs de cahiers de doléances. La candidate du parti socialiste avait d’ailleurs des réponses à leur donner, pour aller dans leur sens. Le balai était bien réglé. Nous sommes vraiment entrés dans un nouveau règne de la démocratie. Pour les élus, il ne s’agit plus d’assurer la cohésion nationale en luttant contre les particularismes et les communautés (d’origine, de pensée, de religion, …) mais, au contraire, de répondre, en priorité, à ceux-ci ; au risque, d’ailleurs, de monter les gens les uns contre les autres. Cette dérive est très inquiétante. Bien entendu, S.R. n’est pas la seule à se livrer à ce jeu dangereux. Tous les candidats le font, peu ou prou.

    Mais, n’est-ce pas la vie de la démocratie ? Qu’enfin le peuple puisse avoir le droit au chapitre ?

    Aline, sérieusement, ne croyez vous pas que la démocratie élective soit, à ce point, à genoux ?

    Je ne sais pas. C’est votre point de vue qui m’intéresse !

    Tout n’est pas à jeter dans ce qu’on appelle la « démocratie participative ». Notamment, je trouve l’idée de jury citoyen intéressante, sur le principe, bien que l’intitulé me fasse dresser les cheveux sur la tête (si on songe aux gouvernement de la Terreur en 93, mais on en est loin). Malheureusement, je crains que ce soit difficile à de non-spécialistes de juger de l’efficacité, de l’utilité ou de la justesse des lois. Notamment, parce qu’ils auront difficilement les moyens techniques de juger de manière indépendante les données qui leurs seront présentées. C’est le rôle du Parlement de contrôler l’Exécutif. On pourrait commencer, pour clarifier le fonctionnement législatif, dans un préambule de la loi, d’indiquer le but visé. La loi n’étant ensuite qu’une liste de mesures techniques pour atteindre un objectif défini « noir sur blanc ». On pourrait aussi inclure, directement dans le cadre de la loi, les moyens de vérifier de sa juste exécution et de ses résultats. Je conçois très bien qu’une juridiction supérieure, par exemple sur le modèle de  la Cour des Comptes, s’occupe de vérifier ces points. Malheureusement, à chaque changement de majorité, les politiciens sont soumis (ou se soumettent) à une frénésie législative qui, si elle leur permet de mettre en œuvre les options pour lesquelles ils ont été élus, piétine trop souvent l’ouvrage du passé, que celui-ci ait été bénéfique ou non. Cet avis personnel est peut-être injuste et serait éventuellement remis en cause par les faits et une étude un plus fouillée que mon sentiment particulier. Dans l’esprit de S.R. le jury citoyen me semble surtout un gage donné à ceux qui se défient de la représentation nationale. L’idée n’est pas vraiment de contrôler mais de jeter le doute. C’est une mesure qui pourrait d’ailleurs lui être fatale si, par malheur, ses promesses ne se concrétisent pas en actes. A elle de montrer, si elle est élue, que sa majorité législative (si elle l’obtient) ne votera que des lois nécessaires et justement appliquées. Nous verrons.

    Quelles sont, à votre avis, les grandes fractures qui divisent la société française ?

    Hum, vaste programme. Je ne peux parler ici que de ce qui me semble le plus net. En matière économique, ce qui doit-être la première préoccupation des Français, la France semble partagée entre les tenants d’un libéralisme plus ou moins réfréné et les supporters d’une économie planifiée. J’attends toujours les propositions alternatives à l’une ou l’autre. Bien que ce soit une catastrophe dans biens des domaines, l’économie est mondiale (« mondialisée »), les flux financiers vont et viennent librement. Faisons-en notre parti, cessons de rêver aux utopies qui toutes finissent dans le caniveau. La France, vue de l’intérieur ou de l’extérieur, est comme un paquebot attaché à un quai alors que les autres nations ont déjà pris le large. Allons de l’avant, n’ayons pas peur, secouons nous !

    Au final, avez-vous fait votre choix ?

    Non, j’en suis toujours à faire des non-choix. A prendre un peu de ceci ou de cela, ici ou là. Hélas, le vote, cette délégation forte de pouvoir, ne va qu’à une seule personne. J’élimine rapidement les extrémistes de la gauche révolutionnaire. Michel Onfray – peu suspect d’être de droite !- rappelait récemment sur son blog comment et combien de fois le PCF avait trahi ses troupes. C’est aussi pour cela que je ne partage pas du tout les propos d’Alain Finkielkraut qui déclare (à écouter, d’un bout à l’autre dans une intéressante interview) avoir un temps pensé voter pour Dominique Voynet (avant que celle-ci ne retombe dans les outrances habituelles de sa famille politique). Néanmoins, l’écologie au sens de la préservation de notre planète est l’enjeu central de notre avenir. Tout le monde en convient et je m’y associe avec toute la force du peu de portée de ma voix. J’élimine tout aussi facilement Le Pen et de Villiers qui se sont enfermés dans un message à sens unique et stérile. Hélas, les problèmes qu’ils dénoncent ne sont pas tous nos problèmes. On ne verra jamais en eux les dépositaires du pouvoir du peuple. Ils n’ont aucune sorte de grandeur, ils n’ont pas de vision, ils sont comme des souris claquemurées entre leur quatre murs et qui cherchent à sortir du piège qu’ils construisent pourtant patiemment autour d’eux. Jean-Marie Le Pen reste une bête politique, très à l’aise dans son expression, peu susceptible d’être décontenancé, c’est un verbal, un tribun. Je conçois qu’il fasse peur. Le rejet de ses idées, en bloc, par la frange éclairée de l’électorat à conduit à une catastrophe en mettant en avant une réaction (pardon, un progressisme) toute aussi absolu et fou, un autre communisme. Encore une fois, ce ne sont pas les idées qui ont progressé mais la bêtise, le plus petit dénominateur commun, les valeurs toutes faites, les phrases creuses et consensuelles, le verbiage indolent, en défintive le bruit, l’écho lointain d’une folie inouïe.

    … à suivre.

  • Trou noir

    Un livre bouleversant. Ce qu’il décrit est insoutenable et pourtant il faut le lire, le relire, toujours et encore, pour ne jamais oublier.

     

    « Avions-nous jamais pensé à cette conséquence d’une horreur mois visible, moins frappante que d’autres abominations, - la pire de toutes, pourtant, pour nous qui possédons la foi : la mort de Dieu dans cette âme d’enfant qui découvre d’un seul coup le mal absolu ? » extrait de la préface de François Mauriac.

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  • Ciels, ciels.

    Une journée qui se termine mieux qu’elle n’avait commencé. Ce matin, nous avions les restes de la fameuse tempête « explosive » ; ce soir nous avons un des ces ciels qui fait que les couchers de soleil, ici, sont si beaux. Peu importe qu’on regarde vers la dernière lumière ou vers le fond du tableau.

  • S'il faut-être d'accord avec Tapie...!

    « Elle a été ministre, députée, elle est présidente de région, et elle ne sait pas de quoi souffrent les gens? Mais on ne construit pas la France de l'avenir en faisant le tour des cafés du commerce, en réunissant deux cents à trois cents pékins dans un préau pour leur demander quels sont leurs problèmes. Ces débats participatifs, c'est le contraire de ce que réclament les gens en souffrance, ils veulent des réponses, des solutions. »

    Bernard Tapie, hier, dans Le Monde.

     

  • "changer pour convaincre"

    Je signale à mes lecteurs de la corporation, un très intéressant article (« point de vue ») sur le CNRS publié par le Monde le 1er février dernier et qui m’avait échappé (heureusement qu’il existe de bonnes boîtes noires). Les critiques formulées sur le fonctionnement interne me semblent assez justes. Je ne partage pas l’avis de l’auteur sur l’ANR qui me parait-être, au contraire, un appel d’air pour le dynamisme et contre les carcans internes au CNRS. Néanmoins, le système d’évaluation des projets n’est actuellement sans doute pas parfait. Je profite de cet article pour indiquer le rapport (passionnant) de l’Inspection générale des finances sur la « valorisation de la Recherche ». Il est un peu long mais lève de vraies pistes pour dynamiser le système (qui en a bien besoin). C’est accessoirement un document intéressant pour comprendre le fonctionnement et les rouages de la haute Administration. Ainsi, en annexes, figurent les réponses des différentes directions générales des ministères consultées sur le rapport.

  • Mauvaise langue

    Alors que je pensais que mon message « d’opinion négative » (comme dit France 3) tomberait dans une zone désertée de la banlieue internétique de l’infra cosmos (hum, je me mets à parler comme Dantec), je viens de recevoir un joli accusé de réception :

    « Bonjour,

    Vous avez exprimé votre mécontentement concernant les reportages "Le rallye revient: retour à Burzet" et "Polémique autour du projet installation magasins d'usine "le village des alpes" diffusés les 15 et 16 janvier dernier dans l'édition 19/20 Alpes. Je vous remercie de votre intérêt pour les journaux télévisés de France 3 Rhône-Alpes Auvergne. J'ai transmis votre message à l'équipe de la rédaction de France 3 Alpes afin qu'elle en prenne connaissance. Toute l'équipe vous adresse ses amitiés et vous souhaite d'excellents moments en compagnie des programmes de France 3. Bien cordialement, Amandine B. France 3 Rhône-Alpes Auvergne Service téléspectateurs »

    Pas mal, non ? Je ne pense pas que la chance me sourira à nouveau. Il est probable que cette transmission vers la rédaction alpine tombera dans un vrai, durable et profond néant.

  • Muss es sein? Es muss sein!

    Concert du Quatuor Léonice ( ?), feu quatuor Esteves au musée Hébert, la Tronche.

    Récital au musée Hébert, dans la grande salle du rez-de-chaussée qui présente notamment quelques études italiennes que le peintre a réalisées à Rome. Salle archi comble, je suis une sorte de strapontin léger et moderne, du genre de petit trépied que les retraités emmènent en promenade. Beaucoup de têtes blanches, justement. La première partie est le K.575 de Mozart. En seconde, le dernier quatuor de Beethoven (n°16, op. 135). La confrontation ne tourne pas à l’avantage du petit génie Autrichien, surtout face au monument que constitue le chef d’œuvre de l’Allemand (deux ans avant sa mort). Le son et la justesse sont excellents. J’en profite, pendant tout le concert, pour détailler à loisir la vue sur Belledonne, le Taillefer et le Grand Serre. C’est toujours dans les nobles maisons comme celle-ci qu’on entend les plus beaux moments musicaux ; preuve que belles pierres et belle musique font souvent bon ménage.

  • Nuages/salade maison/femme française.

    Douceur, douceur et quelques nuages. Déjeuner à la Ciboulette, agréable restaurant qui a ouvert à côté de la gare, en septembre dernier. Excellent, cuisine simple et de très bon goût. Le rapport qualité-prix est imbattable ! Film pas terrible, à cet instant, sur Arte, mais avec la très belle Anne Brochet. La jeune quarantaine lui va très bien. Son visage est toujours aussi beau qu’à l’époque de Tous les matins du monde. Un petit air de Ségolène, non ?

    medium_anne_brochet.jpg

     

     
  • Souvenir d'adolescence

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    Caspar David Friedrich (1774-1840)

    En bateau, 1818-1820
    Huile sur toile - 71 x 56 cm
    Saint-Petersbourg, Musée de l'Ermitage

  • Un procès

    Tout mon soutien à l’équipe de Charlie Hebdo pour l’infect procès que les islamistes français lui ont intenté; affaire qui se jugeait/plaidait aujourd’hui. Je n’ai aucune estime pour ce journal satyrique qui traîne complaisamment dans la boue l’ensemble de la Représentation Nationale et qui oublie, toujours aussi consciencieusement, de se moquer de lui-même et de ce qui ne peut plus faire débat en France (par exemple, du génie extraordinaire de Jamel Debbouze). Mais passons. Les dérives terroristes d’une partie significative des fidèles de l’Islam, il faut être aveugle et de très mauvaise foi pour les nier. Il y a pas de semaine où un Palestinien ne tente de se faire exploser en Israël, il n’y a pas un jour ou des Irakiens tuent d’autres Irakiens (au nom de l’Islam, d’ailleurs). On pourrait multiplier les exemples à l’infini. L’argument fallacieux (dont j'ignore s’il provient de l’exégèse commune) qui voudrait qu’on ne représente pas le prophète des musulmans ne tient que pour eux. Je ne vois pas ce qui obligerait les athées, chrétiens et autres hindouistes à se plier à ce soi-disant commandement divin, au nom de quoi ? La mascarade derrière tout ce tintamarre est probablement que le CFCM ou l’UOIF sont débordés par la base, infiniment moins complaisante et conciliante que ses représentants installés dans la notabilité. Le message de soutien envoyé lors de l’audience par N. Sarkozy est risqué car il prend tacitement le parti de s’aliéner une bonne partie de l’électorat musulman. Il en profite pour faire un beau croc-en-jambe à sa gauche, elle qui se croit toujours dépositaire du gardiennage du temple lorsqu’il s’agit de liberté d’expression.

  • Deux publics...

    Sociologie télévisuelle. Les émissions de télévision consacrées à la décoration semblent être devenues un excellent filon. Elles apportent de l’audience et donc de l’argent aux chaînes. Je voudrais simplement comparer ici deux approches totalement différentes, notamment vis-à-vis des publics visés. Sur France 5 est présentée, chaque semaine, l’émission Questions Maison dont la forme a assez peu évoluée, il me semble, depuis son lancement. Le format inclut la visite d’une maison (plus rarement d’un appartement) appartenant à un hôte (généralement architectes, grands bourgeois, ou riches bobos parisiens). C’est le fil conducteur. Entre cette visite, un peu statique (on passe d’une pièce à l’autre en découvrant les astuces décorations), sont présentés de courts reportages ayants attrait, soit à des métiers liés à la décoration (notamment dans une approche d’artisanat d’art), soit de nouveaux matériaux, textures et autres astuces diverses et variées. A la fin de l’émission, figure le fameux « S.O.S maison » où un architecte vient en aide à des télespectateurs pour aménager leur intérieur. Généralement, il s’agit de « gagner de la place » ou rendre habitable une pièce tarabiscotée. Les « demandeurs » sont souvent de jeunes urbains, sans enfants ou bien en très bas âge. Découvrir l’intérieur de ces gens dit bien entendu beaucoup sur ce qu’ils sont et d’où ils viennent (je parle d’un point de vue sociologique). Il n’est pas rare de découvrir des intérieurs cossus, quelques fois meublés avec goût et où trônent une petite bibliothèque et, souvent, quelques livres d’art négligemment jetés sur une table basse. Ces marqueurs sont les derniers reliefs d’un certain niveau culturel (ou tout du moins, d’un peu de Culture). Sur M6, changement de décor, l’émission D&Co est animée tambour battant par une dame Valérie Damidot, nettement moins policée que son homologue du Service Public. Les candidats au changement sont, eux aussi, d’un tout autre monde. Plus rurbains qu’urbains, ce sont des couples avec enfants ou adolescents. Ils habitent volontiers dans de petits pavillons bon marché de lointaines banlieues. Le fond de l’émission est différent, puisqu’elle vise à tout refaire, partant ainsi du principe que ce qui était là avant ne convenait pas, était inadapté, voire moche, vilain ou encore démodé (c’est bien souvent le cas). Cette émission, comme tout ce qui se diffuse sur M6, est un spectacle d’où la mise en scène bien réglée. Ce show s’appuie sur deux incontournables : la musique rythmée et le récit en voix-off d’un journaliste qui nous raconte ce que nous voyons : « Les Dupont n’étaient pas satisfaits de leur intérieur, M6 et ses partenaires ont décidé de les aider à changer de vie ! ». Ce dernier point est particulièrement agaçant et participe de manière latente, mais très appuyée, à une débilisation du spectateur. Plus la peine de prendre le temps de réfléchir à ce que nous voyons puisque une voix nous dit ce qu’il faut comprendre. Ce qui me gêne le plus dans cette émission est le ton plus que péremptoire que prend l’animatrice pour commander à ses hôtes (qui participent au chantier) ou pour leur montrer telle ou telle astuce. Souvent, même, les sexes sont dressés les uns contre les autres (les hommes n’ont pas de goût mais sont forts pour les travaux de force, aux femmes sont réservées les touches finales et la décoration fine). En conclusion, on peut dire que chacune des chaines choisit et traite son audience à sa manière en ayant bien soin que le public participant soit à l’image du public regardant.

  • plat d'(Ancien) r(R)égime

    Hachis Parmentier. Le hachis Parmentier est le fils légitime du pot-au-feu. Il a le rôle ingrat d’avoir comme ingrédients les restes d’un autre plat. C’est le type même du service sans honneur, fait de rognures et de bouts épars. Il n’est pas possible de le louper tant la recette est facile. Prenez donc ce qui vous reste de votre pot-au-feu de la veille. Surtout, n’enlevez pas le gras des morceaux de viandes ; ce sera l’un des ingrédients indispensables à la réussite du plat. Dans un hachoir à viandes, mélangez le bœuf, quelques échalotes et une à deux gousses d’ail. Donnez simplement une ou deux longues impulsions. Il est important que les morceaux gardent un peu de dignité – je veux dire un peu de tenue – sinon, il s’agira de l’un des ces infâmes plats dont les cantiniers de l’Education Nationale se sont fait une spécialité. Faites revenir ce mélange dans un peu d’huile d’olive jusqu’à ce que les échalotes transpirent. Ajoutez au cours de la cuisson un peu de bouillon conservé de la veille pour mouiller la viande (rien de pire qu’un hachis trop sec). En parallèle, hacher les pommes de terres du pot-au-feu ou, si les gourmands les ont déjà toutes dévorées, faites-en cuire de nouvelles dans le bouillon du p-a-f. Faites une purée avec ces pommes de terre. Si des carottes ou quelques morceaux de céleri rave restent de la veille, il est tout à fait possible de les adjoindre aux p-d-t pour donner un peu de couleur. Je ne suis pas partisan de rajouter, pour ce plat, de la crème ou du lait dans la purée. C’est le gras de la viande qui doit donner l’onctuosité. Dans un contenant pour le four, déposez la moitié de la purée puis la viande, le tout recouvert du reste de purée. Saupoudrez abondamment de la chapelure sur cette préparation. Si vous n’en avez pas, râpez une ou deux biscottes ou des « pains suédois » ou du pain rassis. Enfournez à four très chaud et laissez le plat suffisamment longtemps. Il est important que ce plat soit servi brulant et, notamment que la fine couche de chapelure est eu le temps de durcir. Découpez « à la cuillère » et servez en accompagnement d’une salade. Ce plat est un peu l’antithèse du principe de Lavoisier : « Rien ne se perd, tout se crée. »