Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Talent, amour & aubépines

« Nous sommes très long à reconnaître dans la physionomie particulière d’un nouvel écrivain le modèle qui porte le nom de « grand talent » dans notre musée des idées générales. Justement parce que cette physionomie est nouvelle nous ne la trouvons pas tout à fait ressemblante à ce que nous appelons talent. Nous disons plutôt originalité, charme, délicatesse, force ; et puis un jour nous nous rendons compte que c’est justement tout cela le talent. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 86

 

« Et toujours le charme de toutes les idées que faisaient naître en moi les cathédrales, le charme des coteaux d’Ile-de-France et des plaines de Normandie faisait refluer ses reflets sur l’image que je me formais de Mlle Swann : c’était être tout près à l’aimer. Que nous croyions qu’un être participe à une vie inconnue où son amour nous ferait pénétrer, c’est de tout ce qu’exige l’amour pour naître, ce à quoi il tient le plus, et qui lui fait faire bon marché du reste. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 87

 

« Quand au moment de quitter l’église, je m’agenouillai devant l’autel, je sentis d’un coup, ne me relevant, s’échapper des aubépines une odeur amère et douces d’amandes, et je remarquais alors sur les fleurs de petites places plus blondes, sous lesquelles je me figurai que devait être cachée cette odeur comme sous les parties gratinées le goût d’une frangipane ou sous les taches de rousseur celui des joues de Mlle Vinteuil. Malgré la silencieuse mobilité des aubépines, cette intermittente odeur était comme le murmure de leur vie intense dont l’autel vibrait ainsi qu’une haie agreste visitée par de vivantes antennes, auxquelles on pensait en voyant certaines étamines presque rousses qui semblaient avoir gardé la virulence printanière, le pouvoir irritant, d’insectes aujourd’hui métamorphosés en fleurs. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 97-98

Les commentaires sont fermés.