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  • Mille plateaux (sans rhizome)

    Journée « traversée du Vercors » par la plus belle route, celle qui attaque la montée au col de Tourniol (1145m). Un voyage sur les hauts plateaux malheureusement gâché par un nouvel orage qui, aujourd’hui, a pris tôt. Bref. Au col de Tourniol (encore un moche nom, etc. …) les nuages léchaient adroitement les falaises calcaires comme on tourmente une glace par une fin d'après-midi d’été. A Léoncel, il n’y a vraiment que l’horrible toit de taules de l’étable, en plexiglas, pour gâcher la belle ordonnance de la verte vallée. En lui tournant le dos, on admire le beau chevet de l’église. A l’intérieur, il y a cette curieuse pierre tombale, avec les larmes du regret gravées dessus, c’est touchant. Parmi les belles vues, je ne sais pas qu’elle est la plus belle entre les gorges d’Omblèze vues depuis le col de la Bataille ou la Combe Laval vue depuis le col de la Machine. Pour son anniversaire, L. a dégusté un appétissant assortiment de desserts. L’entrée était au top : mille-feuilles de foie gras poêlé et compotée de topinambours (amis touristes, allez déjeuner à l’hôtel de la forêt à Lente !). Dans les prés, c’est l’explosion floral (avec plus de quinze jours d’avance), témoin ces beaux spécimens de violatta cornuta. Demain, promis, on parle politique.

  • Atchoum

    Atmosphère de grève générale : les rues sont désertes, la campagne aussi. Où sont les grenoblois ? Hier, belle énième promenade à Côte-Rouge, le belvédère sur le Trièves, et notamment sur le Mont-Aiguille, notre fierté dauphinoise. Jolies petites fleurs (Rubamescus forestis anti-histaminicus (?)) en sous-bois, mais toujours pas de morilles (les stocks baissent dangereusement) ! Aujourd’hui, pique-nique champêtre (les pollens allergisants sont bien de sortie !) à Morette, canton de Tullins (un coup d’œil à l’église Saint-Laurent), puis visite au Grand Séchoir (à noix) de Vinay : agréable musée autour de la nuciculture. Il y a notamment une évocation des temps passés avec les soirées de mondée où les paysans extrayaient les précieux cerneaux en tapant le fruit sur une tuile avec un maillet. Et cela, lors de soirées interminables (et inoubliables) : la table – un saucisson pays -  était mise à minuit ! A l’extérieur du musée, il y a un petit arboretum (les jeunes noyers sont plantés bien trop serrés !) et une belle allée d’iris. Vendredi, après-déjeuner, nous étions à Vizille pour le tour du parc du château. Pas âme qui vive dans le fin fond des clairières réservées aux hardes de cerfs. Mais les frondaisons printanières ont déjà la lourdeur d’une fin d’été. Le dimanche précédent, L. a découvert les vastes pierriers sous les crêtes du Gerbier, entre le col de l’Arzelier et le col Vert, pas très loin de la fine lame acérée qui court jusqu’au Roc Cornafion (encore un moche nom pour une belle montagne).

  • Langue, geme

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     Ce disque de duos et de cantates de Haendel a été mon compagnon de jeunesse. Je l’écoutais en boucle au lycée, beaucoup moins depuis. L’Européen ne m’a jamais enthousiasmé, ces opéras surtout m’ennuie et toute sa musique aussi (à part les sonates pour clavecin et les concerti). Je n’ai jamais pris le temps de fouiller plus en avant, toujours arrêté par les airs d’opéra à n’en plus finir (il faudrait que je dise un mot ici, un jour, de la mémorable soirée passée à la caserne, durant mes dix mois d’ennui, avec une femme, adjudant-chef, tout en regardant l’Orféo de Monteverdi sur Arte…). Donc, ce bref enregistrement (45 minutes) de duos et de cantates solo est émouvant, d’une fraîcheur intacte (il a été enregistré en novembre 1977). Les chanteurs sont René Jacobs et Judith Nelson, remarquables. Le continuo est assuré par William Christie sur un clavecin Dowd, Wieland Kuijken au violoncelle « Andrea Amati, v. 1570 » (mais n’est-ce pas plutôt une viole ?) et Konrad Junghänel au théorbe. Amazon indique que ce CD est actuellement indisponible. Le plus beau duo est le dernier morceau du disque, Langue, geme :

    Langue, geme,

    sospira e si lagna

    colomba che chiama

    l’errante compagna.

    Un air qui me plongeait dans des rêveries (d’amour) sans fin. Hélas, j’étais déjà en retard de deux siècles (au moins) : à cette époque là, il fallait se pâmer devant Depeche Mode ou Téléphone pour passer du rêve à la réalité.

  • pignoché de mauve et d'azur

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    Edouard MANET - L’asperge
    Huile sur toile, 16.5X21.5, 1880, Musée d’Orsay, Paris

    « […] mais mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outre-mer et de rose dont l’épi, finement pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied – encore souillé pourtant du sol de leur plant – par des irisations qui ne sont pas de terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette élection de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand, toute la nuit qui suivait un dîner où j’en avais mangé, elles jouaient, dans leur farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum ». Du Côté de chez Swann, Combray, II page 103.

     
  • No surprise

    Sauf bévue de dernière minute, Nicolas Sarkozy sera donc le prochain président de la République. La soirée électorale d’hier soir était assez intéressante (dans sa nullité). Dès la prise d’antenne (de plus en plus tôt, pour ne rien dire), la messe était dite ; il n’y aurait pas de surprise. Les petites mines journalistiques étaient radieuses et souriantes : PPDA, pour cela, est à bien observer ; on sait, en le regardant, ce qui se passe en coulisses. Les regards tristes de 2002 étaient bien loin : on voyait des petites flammes poindre dans les yeux secs. Les discours d’après-résultat ont été à l’image de la campagne : idiote et imbécile. Sarkozy, très en forme, a sorti un discours rassembleur quoiqu’en dise les crypto-socialistes (ceux qui votent « à gauche », tête baissée, depuis Mitterrand, euh… sauf en 2002). Assez pugnace, très dans son style, bien huilé, etc. Avec en prime, la course poursuite dans Paris le coude à la portière (mais qui étaient les deux jeunes femmes qui l’accompagnaient ?), façon Chirac en 1995 (sauf, qu’il était élu, ce que Sarkozy n’est pas encore). En face, Mlle Royal (mais peut-être faut-il dire Madame pour une femme mère de famille…) a été fidèle à elle-même : nulle et en dessous de tout (les cryptos-socialistes lui trouvent pourtant toujours beaucoup d’à-propos). La mise en scène : sortir d’une école maternelle, pour faire la leçon aux Français… et ces longues secondes qui passent où l’on se demande si elle est bien avec nous (je veux dire, si elle est bien redescendue de sa « Ségosphère »). Tout le reste est habituel : manque de chaleur, de force de conviction, d’enthousiasme même (sourire crispé, regard dans le vague). Enfin bon, je me suis trop plaint de la politique en représentation pour, aujourd’hui, faire la fine bouche. Ce sont sur des programmes et des idées qu’on élit le meilleur candidat, pas sur des sourires ou des grimaces. Bayrou, hilare, semblait presque heureux d’en avoir fini là. Il faut dire que la suite des évènements aurait été sans doute moins drôle. Il est maintenant assis sur un tas d’or mais malheur à lui s’il se trompe de candidat : il retombera dans l’anonymat. Au mieux, ce seront quelques ministères ici ou là (et quelques députés). Il y a tout de même de bonnes nouvelles. La première est la déroute complète de l’extrême gauche, hormis le postier. Le malheur est qu’il est jeune et n’a sans doute pas fini de vitupérer. Bové a fait un énorme flop, tout comme Dominique Voynet qui sauve au moins la mise face aux chasseurs (mais de justesse). Mention spéciale à Marie-Georges Buffet qui nous délivre enfin du communisme (il aura fallu 30 ans depuis le Programme Commun…). Espérons que les électeurs iront jusqu'au bout de l’autodafé et les priveront de députés. Tous ces gens  de gôôôôche  ont beau se rallier à Mlle Royal, mais ils n’apportent rien dans le panier de la mariée, sauf leur vindicte de loosers. Le Pen est fini, place à Marine qui sera autrement plus dangereuse pour Sarkozy en 2012 que son père ne le fut cette année. Mais, c’est donc au centre que se jouera la finale du 6 mai.

    Quoiqu’il en soit, me voilà bien dans l’expectative pour la suite des évènements…je vais commencer à découper mon carré blanc.

  • Pauvre Cardinal

    Elise Chassaing, présentatrice du journal de la Culture, sur Arte, déclarait ce soir que telle exposition de photographie se tenait actuellement au Passage de Raitze dans le Marais, à Paris. Par ailleurs, son petit haut était très bien, peut-être venu des dernières collections Chattawak.

  • La bande des trois

    La prestigieuse revue scientifique Nature publie dans son édition de cette semaine un dossier sur les élections en France. Dans ce domaine aussi, on avance à petits pas, comme si des susceptibilités devaient être ménagées…

  • Fin de partie

    [Suite de l’entretien avec Aline Cut du 20 février dernier]

    Les extrêmes éliminés, qui retenir ?

    Question délicate. Il est probable qu’une fois les « effets de bords » pris en compte (ceux-ci sont tous,  pour l’instant, sous les 5% d’intentions de vote, le FN mis à part], l’élection présidentielle se jouera entre Ségolène Royal, François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Le cas de ce dernier me semble assez étonnant. Il est profondément honni par les médias et les forces de gauche (ce qui est à peu près le même périmètre) mais il semble néanmoins assez nettement en tête des sondages (avec toutes les réserves qu’on peut avoir sur ces mesures « statistiques »). C’est tout de même étrange, non ? Dès la fin de l’année dernière, la campagne, à marche forcée, des inscriptions sur les listes électorales visait nettement, sous couvert du « plus jamais Le Pen » à embrigader les « jeunes » contre le vote Sarkozy. Or, malgré le succès des ces inscriptions en masse, les sondages sont toujours aussi radieux pour le leader de l’UMP. Bien entendu, on entend peu de voix dans les médias pour s’interroger sur ce décalage constant. Je ne suis guère surpris car la réflexivité est bien peu répandue dans ce milieu conformiste et sourd. Et si donc, il y avait aussi une France qui adhère aux idées de Sarkozy ? Est-ce que cela serait possible malgré ce vilain bonhomme, antidémocrate, haineux et j’en passe et des meilleurs.

    Vous allez donc voter pour Nicolas Sarkozy ?

    Vous plaisantez, je suppose ? Presque tout, chez cet homme m’insupporte, à commencer par son incroyable propension à se mettre en scène, à se hausser du col (au propre comme au figuré) à dire tout et son contraire. Plus généralement, je doute de sa capacité d’homme d’Etat, de sa capacité à représenter le peuple de France, surtout vis-à-vis de nos engagements extérieurs. Néanmoins, on n’oublie trop souvent de dire que l’élection se cristallise autour d’un homme (ou d’une femme). C’est un peu comme si les Français avaient besoin d’une « maman » ou d’un « papa » qui puisse les bercer le soir où le moral n’est pas bon. Ce sera sans doute l’un des grands enseignements de cette élection : cette recherche assidue d’un être qui fasse rêver (la réalité est tellement triste, il faut bien le dire). Hélas, bien des rêves ne sont pas la réalité. Le plus révélateur de ce phénomène aura été l’extraordinaire montée en puissance des demandes des groupes particuliers vis-à-vis des candidats. Ceux-ci sont à peu près tous tombés dans le piège, en répondant du tac-au-tac « si je suis élu, je vous promets… ». Mais ce n’est peut-être pas nouveau à cette élection. Ce faisant, plus personne n’est en droit ou en mesure de se sentir intégré dans une communauté nationale, ce qui inclut de mettre en réserve ses demandes particulières. Nous sommes tous amenés à nous plaindre de ceci ou de cela, c’est totalement normal de penser qu’il y a trop d’impôts, trop de chômage, pas assez de crèches, pas assez d’espaces verts, etc. Pour en revenir à Sarkozy, il est l’inconsistance même, obnubilé par l’image. Il est Narcisse en politique. Michel Onfray, lors de l’entretien qu’il a eu avec lui, a bien noté cette brisure intime, cette soif de reconnaissance. Hélas (ou heureusement), on ne devient pas président de la République pour combler ses blessures à l’âme. Cependant, il est probable qu’une fois installé, il se tasse dans le moule, comme tous ses prédécesseurs ; vous savez : les grands discours de lendemain de victoire : « je serai le président de tous les Français, etc. ». Malheureusement, s’il est élu, il aura a affronté une fronde sans doute inouïe. Le terrain est déjà bien miné, les embuscades préparées (Education Nationale en grève, SNCF a.k.a. CGT idem, etc.). Enfin, tout ceci n’est pas une raison pour ne pas voter pour lui, si on partage ses idées, ce qui n’est pas mon cas.

    Bon alors, si vous n’aimez pas M. Sarkozy vous voterez pour Ségolène Royal ?

    Encore moins ! Malgré mes aspirations à plus de justice sociale (ce qui ne veut pas dire un assistanat généralisé), je ne peux pas me reconnaître dans cette femme. Puisque je le notais plus haut, il s’agit d’élire une « maman » (dans le cas présent) providentielle, la dame (ou demoiselle) Royal est parfaite. « Je veux », « je vous ai compris », etc. voilà son propos. Je pense qu’un certain nombre de cadres du PS ont honte de cette arriviste, sans doute peu intelligente, n’ayant aucune vue profonde et encore moins de « désir d’avenir » comme le dit son stupide slogan. Hélas, donner son avis (négatif) sur cette personne, c’est être catalogué rapidement en atroce misogyne (les vieux réflexes années 70 ont la vie dure). D’un autre côté, je crois en beaucoup d’hommes et de femmes au PS. Ah si Strauss-Kahn avait été choisi, j’aurais sans doute moins hésité ! Lueur d’espoir, les socialistes français sont coutumiers des prises de conscience réalistes après être parvenus au pouvoir. On peut donc parier sur l’avenir mais le Parti est tout de même bien fissuré entre ceux qui s’accrochent à la vision marxisante du monde et ceux qui ont fait le choix d’un pragmatisme serein. Reste quelques âneries comme le SMIC à 1500 euros, justement raillé à droite et même chez les communistes (qui eux, doux utopistes, proposent un SMIC net à 1500 euros, seulement eux peuvent surenchérir, ils n’arriveront jamais au pouvoir, heureusement pour nos libertés fondamentales). Si Ségolène Royal gagne cette élection nous entrerons dans une période confuse faites dans un premier temps d’assistanat puis de « rigueur » (enfin assez douce). Le pays aura encore perdu cinq années. Je n’ai pas du tout aimé le petit voyage (pèlerinage) à Clichy-sous-Bois chez les proches des deux jeunes électrocutés dans la centrale EDF (vous savez, les petites victimes vilainement pourchassées par des flics fachos et assoiffés de « résultats »). Mais c’était une pose comme une autre : une journée de pêche au chalut pour récolter quelques voix de plus…D’ailleurs le personnage Ségolène Royal est tout de même un peu insaisissable. Elle ne dit pas vraiment ce qu’elle pense faire. Elle lance deux ou trois idées, attend le retour et change de sujet, ainsi de suite. Elle a profondément perturbé son Parti ce qui lui a aussi permis de ratisser plus large.

    J’ai trouvé : Bayrou !

    Bayrou me pose un grave problème, je vais l’expliquer. Tout d’abord, il a très adroitement joué le début de campagne en se plaçant sous la pose victimaire (attitude qui a beaucoup de succès en ce moment).  En attaquant les médias, il a brisé un petit tabou. Nos amis journalistes, au lieu de le battent froid, ont redoublé d’allégeance (sans doute pour s’acheter une bonne mine de représentation (ils adorent), à peu de frais). On peut dire, sans trop de tromper, qu’ils ont « fait » Bayrou qui sans tout ce battage serait resté très bas dans les sondages (disons à 10%, l’électorat de l’UDF). Il a ensuite très bien manœuvré sur « les Français veulent du changement, je l’incarne, au-delà du classique affrontement gauche-droite ». Malheureusement, Bayrou pense (ou a pensé) que les partis (e.g. les députés de gauche, notamment) prendraient la perche. Ce n’est pas si sûr, bien que des gens raisonnables, comme Rocard aient compris l’appel. Les autres suivront difficilement car cela revient à manger son chapeau. Pas de majorité, pas de parlement, pas de gouvernement : un coup dans l’eau. Ce qui m’embête le plus, c’est que son programme est tiède, un vrai programme de centriste, pour le coup. Il a une ossature que les deux autres n’ont pas, notamment vis-à-vis de la crédibilité de la France à l’étranger. Il a une petite touche de lettré qui n’est pas déplaisante (malgré ses incessants et pénibles redoublement du sujet « les Français y z’ont ») surtout face à la concurrence (Sarkozy et Johnny, Miss Royale et Diam’s). Bon, en y réfléchissant, ces propositions ne sont pas toutes débiles. Il y a une recherche constante du consensus dans son programme avec quelques stupidité saugrenues, comme la suppression de l’ENA, à l’heure même où il est urgent de renforcer cette élite qui tient la France en faisant tourner les rouages de l’Etat. Son seul aveuglement manifeste concerne les banlieues, l’immigration et les questions de sécurité. Mais dans la période qui est la notre actuellement, il n’est pas bon de dire des vérités qui dérangent. Il y a toujours un Thuram pour vous le rappeler.

    Pour terminer cette revue, je recopie ici les paroles du général de Gaulle, prononcé le 7 novembre 1962 :

    « Celui a qui notre Constitution confère la tâche très lourde d’être vraiment le chef de l’Etat en aura, après moi, l’obligation et le possibilité grâce au mandat qu’il recevra de la nation. Ainsi devra demeurer cet élément capital de permanence et de solidité que comportent nos institutions, je veux dire la présence au sommet de la République d’une tête qui puisse en être une. »

  • m & r

    « Il [Pierre Stasse, 20 ans, étudiant à Sciences Po Paris] écrit tous les jours. L’envie lui en est venue en découvrant Marguerite Dumas et Stefan Zweig à l’âge de 13 ans. » in Le Monde 2 n°165 du samedi 14 avril 2007 pour le texte « Souvent, je lui ai fait l’amour » gagnant du 4ième Concours de nouvelles de Sciences Po.

    Duras ou Mireille ?

  • Grand air

    Le week-end a été merveilleux, un soleil et une chaleur vraiment inhabituelles pour cette période (propos pas très originaux, je sais). Un samedi à gambader parmi les derniers névés de la réserve naturelle du Haut-Jura pour guetter les premiers beaux nuages convectifs. Celui-ci n’était pas mal mais il n’a pas duré très longtemps ; il est parti à peu près aussi vite qu’il est né. Le lendemain, hier, plus de vent mais toujours ce grand air qui fait se sentir heureux et serein. Le jaune manteau de jonquilles qui recouvre les prairies d’altitude n’y est sans doute pas pour rien. En sus : du repos, du sommeil et de bonnes lectures.

  • Talent, amour & aubépines

    « Nous sommes très long à reconnaître dans la physionomie particulière d’un nouvel écrivain le modèle qui porte le nom de « grand talent » dans notre musée des idées générales. Justement parce que cette physionomie est nouvelle nous ne la trouvons pas tout à fait ressemblante à ce que nous appelons talent. Nous disons plutôt originalité, charme, délicatesse, force ; et puis un jour nous nous rendons compte que c’est justement tout cela le talent. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 86

     

    « Et toujours le charme de toutes les idées que faisaient naître en moi les cathédrales, le charme des coteaux d’Ile-de-France et des plaines de Normandie faisait refluer ses reflets sur l’image que je me formais de Mlle Swann : c’était être tout près à l’aimer. Que nous croyions qu’un être participe à une vie inconnue où son amour nous ferait pénétrer, c’est de tout ce qu’exige l’amour pour naître, ce à quoi il tient le plus, et qui lui fait faire bon marché du reste. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 87

     

    « Quand au moment de quitter l’église, je m’agenouillai devant l’autel, je sentis d’un coup, ne me relevant, s’échapper des aubépines une odeur amère et douces d’amandes, et je remarquais alors sur les fleurs de petites places plus blondes, sous lesquelles je me figurai que devait être cachée cette odeur comme sous les parties gratinées le goût d’une frangipane ou sous les taches de rousseur celui des joues de Mlle Vinteuil. Malgré la silencieuse mobilité des aubépines, cette intermittente odeur était comme le murmure de leur vie intense dont l’autel vibrait ainsi qu’une haie agreste visitée par de vivantes antennes, auxquelles on pensait en voyant certaines étamines presque rousses qui semblaient avoir gardé la virulence printanière, le pouvoir irritant, d’insectes aujourd’hui métamorphosés en fleurs. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 97-98

  • Deux photographes

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    © Jacques Damez,  « G2 » - 1994,  Format 69cm*69cm – Galerie Le Réverbère, Lyon

    Le musée Géo-Charles d’Echirolles, en collaboration avec la galerie lyonnaise Le Réverbère, présente jusqu’au 29 avril la série Tombées des nues du photographe Jacques Damez (né en 1959). Excellente exposition qui s’intéresse à l’humain derrière le modèle. Plans serrés, chaires molles et poils dans un velouté de nuances de gris. Comme si le grain de la peau et celui de la pellicule se répondaient. Certaines photographies m’ont fait penser à quelques grands nus d’Edouard Weston.

    Je profite de cette occasion pour signaler le petit livre du peintre (et photographe) Bernard Dufour, publié aux éditions de la Musardine. Il s’intitule « Mes modèles, Femmes nues à l’atelier ». L’artiste y raconte (et montre) le travail photographique sur le nu qu’il mène depuis 1958 : « En inscrivant, je révèle ». On ne saurait mieux dire!

  • Côte isèroise

    Après l’avoir longtemps évoqué, nous avons enfin pu nous promener sur le plateau de Larina, à Hières-sur-Amby, à l’extrême nord du département de l’Isère, face au Rhône et au département de l’Ain, à une portée de vue de la centrale nucléaire du Bugey. Une belle randonnée consiste à effectuer le tour du plateau avant de visiter les fouilles mises à jour il y a une quinzaine d’années. Il s’agit d’une occupation de l’antiquité tardive et du haut moyen-âge, principalement sous la forme d’un habitat rural (villa romaine puis bâtiment en torchis) et d’une petite nécropole associée à une église des tous premiers temps chrétiens. On y voit des tombes entourées de lauzes. Toute cette partie du département, rattachée au canton de Crémieu, est connue pour les maisons fortes qui y subsistent encore de nos jours. Leur érection est à dater de l’époque des incessantes guerres delphino-savoyardes bien que la plupart soient assez tardives (XIVe) et furent profondément modifiées au cours des siècles suivants. La promenade nous a permis de découvrir l’altier nid d’aigle de Brotel sur une falaise du val d’Amby. Personnellement, mes préférés sont le château du Cingle à Verna et le château de Verna … à Verna. Ils sont tous les deux adossés à la belle falaise calcaire, appelée « côte » qui court face à l’immense plaine alluviale du Rhône. La vue, au couchant, court, par temps clair, de Lyon aux Dombes, et peut-être même au-delà. Au retour, nous nous sommes arrêtés à Crémieu, célèbre pour sa halle d’époque médiévale. Nous en avons profité pour visiter une nouvelle fois la ville, excellemment bien conservée mais peut-être un peu trop proprette. La belle porte des Augustins est intéressante, surtout ses vantaux de bois (XVIIe). Bu un délicieux chocolat chaud (cacao amer) au salon de thé L'Essentiel qui se veut également galerie d’art. Au retour, un extraordinaire cumulonimbus barre la route des Alpes. A Grenoble, c’est le déluge.

  • Une journée

    Réveil matinal, sur un rêve de passeport pour aller au Japon. Je demande à des gens dans une très grande salle (beaucoup de bruits et de curieux) si une carte d’identité suffit. On me répond qu’il faut en plus un papier spécifique et signé par l’ambassadeur. A L., on lui dit qu’avec sa version de carte d’identité, il n’y aura aucun problème. Qui croire ? Pas le temps de trancher, je me réveille sur ce dilemme. Courses au marché chez « mignonne et mignon ». Premières fraises de l’année (midi de la France, garigettes, excellentes). Déjeuner rapide (restes d’hier soir, dont bocal de haricots verts de beau-papa et belle-maman). Promenade au Moucherotte. Très beau temps mais un peu de brume, dommage pour la vue. Enfin, ce n’était pas si mal. Encore un peu de neige au-dessus de 1700m mais pas assez pour chausser les raquettes. Montée en tee-shirt, descente en petite laine (marque Quechua) mais pas de vent. Croiser quelques couples d’étudiants ou jeunes adultes, tous très souriants et bien polis. En ai profité pour tester les bâtons de randonnées offert pas L. à noël : très légers (carbone) et souples : ils renvoient bien le terrain et filtrent les chocs. En redescendant, sur la route de Saint-Nizier, derrière une vieille Citroën BX, modèle « Image » qui « sent » le diesel à plein nez. J’écoute un disque de quatuors de Brahms, que je n’avais pas écouté depuis des mois (et qui trainait dans la voiture). Excellente musique qui me met de bonne humeur. Douche au retour ; une banane et un thé en sachet, arôme « citron » Twinings (médiocre mais L. a cassé la théière mardi dernier…). Le jour même, je lui avais offert un bouquet de roses. Dîner ce soir au Bombay (2ième fois) : toujours très bon, copieux etc. Sur le chemin du retour, j’aperçois J.C.C, un thésard du laboratoire. Le thermomètre de la voiture indique 20°C. Je tape cette note (sans carré de chocolat, je suis puni). L. regarde un documentaire (« Géo ») sur la vieillesse légendaire des habitants d’Okinawa, au Japon. La boucle est bouclée.

  • Génie génétique

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    19/20 de France 3, ce soir.

    Un cas rare d'hermaphrodisme ?

  • Deux Passions

    Vendredi saint oblige, les mélomanes auront le choix demain soir, sur les ondes modulées en fréquence, entre deux Passions de Bach. France Musique retransmettra, à huit heures du soir, en direct depuis la Philharmonie d’Essen, la Saint-Matthieu donnée par le Rias Kammerchoir et l’Akademie für Alte Musik Berlin. Une heure plus tard, Radio Classique diffusera la Saint-Jean dans la version enregistrée en 1967 par le Concertgebouw d’Amsterdam sous la direction d’Eugen Jochum avec le ténor Ernst Haeflinger (qui vient de mourir) dans le rôle de l’évangéliste. J’en profite pour signaler l’existence d’un double DVD des deux Passions disponible chez Brilliant Classics et commercialisé en France par Abeille Musique, entre autre. Très petit budget pour l’amateur, possibilité d’écouter chacune de ces monumentales œuvres sans avoir à changer de disques ; ce ne sont sans aucun doute pas les interprétations les plus inoubliables mais elles ne sont tout de même pas trop mal - elles manquent, à mon avis, de dramatisme - avec le King’s College Choir de Cambridge et quelques interprètes favorablement connus : Emma Kirkby, Catherine Bott, Paul Agnew, Stephen Varcoe, …

  • Années 80

    Je me suis  ennuyé en regardant Les témoins, le dernier film d’André Téchniné (d’habitude mieux inspiré,  Cf. Les voleurs, son meilleur film, à mon avis). Rarement, j’avais l’impression d’être en 1984. Il y a des erreurs de reconstitution, il suffit de regarder certaines voitures qui circulent dans les rues. A part Sami Bouajila – excellent et crédible – j’ai trouvé les autres acteurs sur la réserve, pas très inspirés. Le film est mal construit. Le thème central - le sida à ses prémices – est traité sous trop d’angles : la lutte initiale de la maladie et le peu d’informations disponibles, mais aussi la vie d’un couple dont la femme est écrivain (et qui écrit l’histoire que son mari, policier et bisexuel vit (ou a récemment vécu) avec un jeune provincial homosexuel de fraîche date « monté à Paris »). Emmanuelle Béart ne me semble pas très crédible, son ton et son jeu ne vont pas bien dans le décor. Vient se greffer là-dessus, l’aspect médical incarné par un Michel Blanc, sous la blouse d’un professeur de médecine, et ami des protagonistes du drame. En définitive, le film et son scénario s’épuisent dans des dérivatifs (notamment l’histoire de la sœur du jeune homme, chanteuse d’opéra) alors qu’il y aurait eu un sillon complet à creuser (beaucoup plus en profondeur) sur les rapports humains à l’époque où cette terrible maladie tuait comme la peste, sans que personne n’en connaisse l’origine.

  • l'espèce d'écran diapré...

    « Dans l’espèce d’écran diapré d’états différents que, tandis que je lisais, déployait simultanément ma conscience, et qui allaient à des aspirations les plus profondément cachées en moi-même jusqu’à la vision tout extérieure de l’horizon que j’avais, au bout du jardin, sous les yeux, ce qu’il y avait d’abord en moi, de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c’était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 74

     

    « Car si on a la sensation d’être toujours entouré de son âme, ce n’est pas d’une prison immobile ; plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l’extérieur, avec une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique qui n’est pas écho du dehors mais retentissement d’une vibration interne. On cherche à retrouver dans les choses, devenues par là précieuses, le reflet que notre âme a projeté sur elles, on est déçu en constatant qu’elles semblent dépourvues dans la nature, du charme qu’elles devaient, dans notre pensée, au voisinage de certaines pensées ; parfois on convertit toutes les forces de cette âme en habileté, en splendeur pour agir sur des êtres dont nous sentons bien qu’ils sont situées en dehors de nous et que nous ne les atteindrons jamais. » Du Côté de chez Swann, Combray, II page 76-77.

  • Poisson(s) d'avril au Monde ?

    « Diam’s […] dit l’essentiel sur la question électorale en milieu de concert : éviter le retour du « gros porc au deuxième tour », toujours possible, se méfier des démagos, qui rime avec… (répétition en boucle d’un vers de la Boulette : « Y a comme un goût de démé-démago dans la bouche de Sarko ».) […] Une forêt de bras levés pour accompagner le chant : «  Et si on est des citoyens, alors aux armes la jeunesse, /Ma France à moi leur tiendra tête, jusqu’à ce qu’ils nous respectent » […] Elle parvient à faire refleurir les flammes de briquets, bizarrement mêlés aux téléphones portables allumés que brandissent des bras collégiens. C’est beau ». Véronique Mortaigne in « Diam’s allume un zénith adolescent », Le Monde daté du dimanche 1er – lundi 2 avril 2007.

    Hélas, les paroles de « Ma France à moi » ne sont pas aussi belles que Madame Mortaigne veut bien nous le faire croire. L’intégralité ici.

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    « Les vapeurs électorales provoquent d'étranges pertes de mémoire. Qui se souvient du cycle de violences urbaines sans précédent, survenu en novembre 2005, qui a fait trembler le sommet de l'Etat ? Des milliers de voitures incendiées, des affrontements avec les forces de l'ordre jusqu'au bout de la nuit ? […] Les manifestations contre la loi Fillon sur l'école en 2005, puis celles contre le CPE en février-mars 2006, ont donné lieu à d'autres débordements, cousins des événements de la gare du Nord. Des centaines d'émeutiers, originaires de quartiers sensibles, ont parasité les cortèges en agressant les lycéens et les étudiants, voire en affrontant les forces de l'ordre. Paris la bourgeoise, la protégée, découvrait à ses fenêtres ce que les habitants des quartiers savaient depuis longtemps : on peut frapper fort, et à plusieurs, pour un simple portable. […] Mais, en aucun cas, cette mutation de la police n'éteindrait, comme par enchantement, la violence urbaine. Le courage politique consisterait à tenir les deux bouts : analyser la délinquance telle qu'elle est, dans sa crudité, tout en retrouvant de la sérénité dans l'action policière. Bref, de la proximité les yeux ouverts, sans naïveté ». Piotr Smolar in « L’irruption de la violence urbaine à Paris », Le Monde daté du dimanche 1er – lundi 2 avril 2007.

    Enfin quelqu’un de lucide au Monde ?