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  • Milestones

    Je notais l’année dernière mon exaspération à assister aux sacro-saintes réunions de copropriétaires. Je rentre à l’instant de la cuvée 2007 qui, ma foi, c’est bien mieux déroulée que les précédentes. Peut-être est-ce dû au renouvellement de notre syndic. Une dame habile et experte veille maintenant à la destinée de notre fratrie de propriétaires. Les gueulards habituels ont peut-être hésité à donner de la corde vocale sur cette pauvre femme. Le ton était agréable, presque jovial.

    Jean-Claude Brialy est mort. J’avoue n’avoir jamais prêté grande attention à sa carrière qui me semble surtout être liée, assez anciennement, à la Nouvelle vague et au théâtre boulevardier des années soixante-dix. Mais ce soir, il est universellement regretté par les pleureuses obligées et par le milieu journalistique « « culturel » » (niveau Canal+). De lui, j’ai surtout le souvenir du barbu du Genou de Claire, le film de Rohmer tourné au bord du lac d’Annecy (en fait, j’ai surtout le souvenir de la main posé sur le genou (et donc, de tout ce que cela entraîne comme rêveries érotico-amoureuses à quinze ans)). Je l’ai croisé il y a six ou sept ans de cela dans l’île Saint-Louis où, il habitait, il me semble. Il m’avait jeté un regard tout à fait concupiscent qui m’avait un peu glacé le sang.

  • Clarté

    Nous avons eu hier l’une des plus pluvieuses journées de l’année. En altitude, il a beaucoup neigé, ce qui est assez inhabituel. Il faut remonter à 1983 pour trouver autant de neige à Chamrousse (1800m), environ 20 cm. Aujourd’hui le temps était plus clément, le soleil est revenu mais les sommets sont bien poudrés, les sapins aussi. Ce soir, le ciel était aussi clair que l’on regarde au couchant ou au levant.

  • Joao Vuvu

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    Je signale à mes aimables lecteurs, la diffusion, demain soir sur Arte à minuit moins vingt (!), de Va et vient, l’ultime chef d’œuvre de Joao César Monteiro, cinéaste lisboète un peu détraqué. Ce film est une perle d’humour, de raffinement et de polissonnerie.

  • Clafoutis aux cerises

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    L’année 2007 ne sera pas un grand cru pour les cerises. Trop de ceci ou pas assez de cela. On ne sait pas. Celles de beau-papa sont notoirement plus petites que les années précédentes. Elles arrivent juste à maturité, malgré les belles chaleurs du mois de mai (actuellement, et depuis hier soir, c’est de nouveau l’hiver : neige à 1500 mètres). Bref, nous avons ramené une belle cagette des précieux fruits. Pour éviter la perte (inévitable et rapide, les petites joufflues rouges se fanent plus vite qu’un bouquet de roses), j’ai préparé un clafoutis.

    Rien de plus facile que ce dessert. De la farine, à laquelle on ajoute des œufs battus en omelette, du sucre (pas trop ou beaucoup en fonction du murissement du fruit) et, une fois que la première pâte est formée, du lait. J’en ai mis un peu plus qu’indiqué, cela allège d’autant la liaison entre les cerises. Il est très important de faire saisir et cuire à four très chaud (240°C). Pour exalter un peu le goût, j’ai mis un petit filet de sirop de figue qui se marie très bien avec la cerise (ça change de l’éternelle cuillère de rhum ambré). Le clafoutis cuit très vite (30 à 35 minutes). Il faut sortir aussitôt et saupoudrer dessus du sucre (dans notre cas du sucre qui infuse depuis quelques mois dans la vanille ramenée de la Guadeloupe). On le sert froid (attention, il a tendance à durcir et à faire pâteux dans les réfrigérateurs trop froids) ou très légèrement tiède. Je pense qu’une petite Clairette de Die lui irait très bien.

  • Avignon - 2

    Deuxième jour à Avignon. Vaste promenade dans la ville. Divers monuments et églises. Musée Vouland.

    Nuit assez médiocre à l’hôtel Saint-Roch. Le site internet et les photos présentées nous ont un peu induit en erreur. La chambre était bien défraichie, pas du tout bon marché bien que l’accueil soit agréable. Deuxième jour consacré à une découverte de la ville, à pieds. Le quartier le plus intéressant est, à mon sens, toute la partie de la cité nichée derrière le palais des Papes : grosso modo entre la rue Banasterie et la place des Carmes. Il y a là de beaux immeubles de toute l’époque moderne et ancienne, des ruelles fleuries et des cours ensoleillées, derrière les lourds portails. Dans le domaine religieux, la maison des pénitents noirs de la miséricorde est très belle mais l’intérieur impossible à découvrir lors de notre passage. Bien entendu, il faut toujours garder le nez en l’air pour ne pas louper le modelé du soleil matinal sur le crépi, ni les innombrables mascarons qui décorent les façades des édifices patriciens. Plus loin, encore, la rue des teinturiers est intéressante car elle épouse plus ou moins le cours de la Sorgue. A son extrémité se dressent quelques pans de mur du couvent des Cordeliers où la belle Laure de Noves, égérie de Pétrarque et illustre aïeule de la famille Sade, aurait été inhumée en 1348. Le couvent des Célestins, pas très loin de la caserne Hautpoul vient d’être rafraichie en grande partie. C’est un bel ensemble, notamment un beau portail XVIIe encore sous la crasse du temps (et des suies des combustibles fossiles). Halte, avant midi, au musée Lapidaire (dépendance du musée Calvet (pas visité, faute de temps)) installé dans l’ancienne chapelle du lycée des Jésuites, rue de la République. La façade est véritablement très belle mais on manque un peu de recul pour l’admirer bien qu’elle soit légèrement désaxée par rapport à l’axe de la rue. L’édifice est une nef unique : « […] la conception architecturale avec les lignes de force convergeant vers le sanctuaire, la large nef, traduit les principales directives du concile de Trente : exégèse et prédication » (document de la ville d’Avignon). Les divers objets présentés à l’intérieur couvrent l’antiquité grecque et romaine ainsi l’Egypte des pharaons. Il y a des pièces  remarquables et en grand nombre. J’ai beaucoup aimé cette petite stèle à l’enfant (Grèce) certains masques de Tragiques posés sur de très beaux sarcophages de l’antiquité tardive. Bon, les vases grecques sont aussi très bien, mais je m’y intéresse moins. Nous avons déjeuné sur une petite place au chevet de l’église Saint-Didier (bel exemple du gothique dit méridional). A l’intérieur, dans la chapelle Notre-Dame-de-Compassion, trône un retable en marbre peint et doré, commandé par le Roi René dans le dernier quart du XVe siècle à Francesco Laurana pour l’église des Célestins. Les visages sont assez expressifs. Pour terminer la journée, nous nous sommes rendus au musée Vouland du nom du collectionneur avignonnais qui consacra sa fortune (issue de ses activités dans l’industrie agroalimentaire) à réunir dans l’hôtel de Villeneuve-Esclapon (néo Louis XV) une collection autour des arts décoratifs (un peu à la manière des Camondo, Jacquemart-André ou Cognacq-Jay). Les objets sont très bien mis en valeur. Le lieu est calme (à peu près personne ne visite ce genre de palais) et extrêmement évocateur (on se croit rapidement propriétaire du lieu…). Il y a notamment de très beaux et rares meubles du XVIIIe siècle. Dans le chœur de l’église Saint-Agricol, il y a un beau tableau par le peintre provençal Simon de Châlons (l’Assomption) dont les couleurs sont éclatantes (je pense qu’il a dû être restauré récemment). Pour terminer la journée, je vais découvrir la collection en Avignon du marchand d’art Yvon Lambert. Elle est installée dans l’hôtel de Caumont entre la rue Violette et le boulevard Raspail. S’y tenait une exposition autour de Cézanne.

  • Sous la pluie

    Enfin, l’orage est arrivé. Toute la journée nous étions sous un immense cumulonimbus, presque immobile, dont on pouvait voir distinctement les frontières, celles qui marquent le bleu du ciel clair du blanc de l’éclair. Il est venu par le sud. Il a longé le Vercors. Il a sauté l’Isère; pour mourir sur la Chartreuse. Trois ou quatre photos de ces beaux instants.

  • A nos illusions

    La mélancolie
    Berce de doux chants
    Mon cœur qui s'oublie
    Aux soleils couchants.

    Paul Verlaine, Poèmes Saturniens (paysages tristes) 

  • Interlude en morale

    A Grenoble, l’ancien maire Alain Carignon se présente aux élections législatives. A l’échelle locale, cette candidature fait des remous. Au premier chef, dans son propre parti où Richard Cazenave, député sortant, n’a pas été adoubé par les hautes instances de l’UMP. Il vient même d’en être exclu par Jean-Claude Gaudin. Les deux membres de la majorité présidentielle se présenteront donc face à face dans la première circonscription de l’Isère. La candidate socialiste Geneviève Fioraso a donc de bonnes chances d’être élue, à moins que les électeurs transcendent les divisions de la droite, ce qui n’est pas certain car les haines semblent féroces entre les uns et les autres. Alain Carignon n’est pas un personnage inconnu. En 1983 il a « pris » la ville au nez et à la barbe des socialistes. S’en suivirent de radieuses années où l’élu du peuple (puis ministre du gouvernement Chirac) commis quelques méfaits, ces actes délictueux ayant été depuis jugés et Alain Carignon condamné en première instance comme en appel et en cassation. Pour ceux que ça intéresse (attention aux vertiges), on peut suivre une intéressante chronologie des frasques de notre homme compilée par une association locale « non à Carignon » (peut-être une officine sous-marine de la majorité municipale sortante, mais peu importe les faits sont là, les attendus aussi). Hier, le philosophe Bernard-Henri Lévy apportait son soutien à son ami.

    Ce cas est assez intéressant car il ouvre la question toujours ouverte qui est de savoir si on est blanchi de ses fautes après avoir été condamné et payé sa dette à la société (ici peines de prison et lourdes amendes). Je pense que non. Les actions frauduleuses engagent non seulement la morale publique de l’élu mais aussi la morale personnelle de l’homme. Comment, ensuite, oser se représenter devant le peuple souverain ? Les arguments de BHL (en résumé « il a payé pour tous les autres ») n’est pas une justification intelligente ni recevable. Ce n’est parce qu’Alain Carignon a été condamné que tous les élus de cette époque ont commis les mêmes faits (heureusement !). Si on fait un holdup dans une banque, qu’on est pris, jugé et condamné, qu’on purge sa peine alors on est quitte vis-à-vis de la société. Lorsqu’on sollicite de nouveau un mandat électif qu’on a jadis trahi, c’est tout autre chose.

  • Cité des Papes

    Avignon. Jeudi de l’Ascension. Palais des Papes. Musée du petit Palais.

    D’Avignon, j’avais un souvenir un peu lointain, de la fin des années 80, de quelques jours très chauds du mois d’août, de platanes et d’ombre, de zonards jongleurs et de joueurs de flûte de pan estampillés Pérou sur la place de l’Horloge. Autant dire, que je n’avais rien vu, entendu ni compris. Certes, il y a bien aussi cette immense façade du palais des Papes sur le parvis, ces créneaux à n’en plus finir, ce bloc massif en petit appareil qui fait si peu palais des descendants de Saint-Pierre mais plutôt château disparate d’un (puissant) roitelet du delta du Rhône. A notre époque, il y a encore tout cela, bien que la saison présente ne soit sans doute pas le déferlement du mois de juillet. Et pourtant, nous y sommes déjà, dans cette ville touristique où les retraités américains déambulent par groupe le long de la rue de la République, où les couples allemands s’attroupent à six heures-et-demi du soir devant les panneaux promotionnels des gargotes de la place de l’Horloge.

    Pour visiter le palais, il y a foule, la foule des parcours obligés et des circuits all included. Audioguide quasi obligatoire – la préposée s’étonne que nous n’en voulions pas. Les premières salles sont consacrées à l’histoire du monument (palais vieux et palais neuf). On déambule d’une pièce à l’autre. Il n’est pas toujours facile de lire l’histoire du lieu tant elle paraît si peu linéaire mais heurtée comme le fut cette désertion de Rome. Les infrastructures pour les représentations du festival sont ancrées à demeure dans la cour d’honneur (sauf dans la cour du cloître). C’est bien dommage, on aimerait faire le tour un peu plus à son aise. Dans certaines pièces (chapelle Saint-Jean), de très belles fresques du XIVe sont encore sur les murs (Matteo Giovannetti, peintre officiel de Clément V). En parcourant toutes ces salles d’apparats ou réservées aux fonctionnaires papaux, on voyage dans une administration pléthorique, au protocole complexe et raffiné (le camérier du pape avait une chambre presque aussi belle que son maître, et ne parlons pas du Grand Tinel ou salle des Festins). Les plus beaux vaisseaux sont les plus grands : la chapelle pontificale, immense avec ses cinquante-deux mètres de long ou, au-dessous, la salle de la Grande Audience, audacieuse et plus élancée que la salle des gardes à la Conciergerie de Paris. Il y a aussi cette curieuse chambre des cerfs aux peintures sur un refrain de saisons dans les champs (chasse au faucon). Du toit ou des remparts façon chemin de ronde, la vue est un peu décevante. On admire mal une petite moitié de la ville, pas beaucoup mieux le fleuve puissant mais très bien nos temps modernes, notamment cette immense pont construit pour le train à grande vitesse. En fait, on voit très bien Avignon de l’autre bord, du royaume de France et tout particulièrement du haut de la tour dite Philippe-le-Bel à Villeneuve.

    Au petit palais, il n’y a plus personne pour la visite. Et pourtant, le bâtiment est en l’état (ou presque) des années 1364-1365 quand Anglic Grimoard, évêque d’Avignon et frère du pape Urbain V le fit construire. Il est maintenant un très vaste musée consacré à la peinture italienne du XIIIe au XVIe. Les deux premières salles sont consacrées à la sculpture avignonnaise de la période romane (histoire de Job). Un peu plus loin, repose l’étonnant transi du cardinal Jean de Lagrange (mort en 1402), ancien ministre de Charles VI. Et tout le reste : Sienne, Rome et Florence en peintures sur bois avec un peu de Byzance.

  • sur le pont...

    A cette heure, je n’ai pas eu le temps et la liberté d’esprit nécessaires pour débuter le compte-rendu de notre week-end à Avignon. Pour ceux qui s’intéressent aux photographies, elles sont ici (je retourne à 2046 sur Arte).

  • Un autre horizon

     

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    Mountains IV (2006)

    Vendredi dernier, lors de ma visite à la collection d'Yvon Lambert en Avignon (pour l'exposition temporaire "Il faut rendre à Cézanne..."), j'ai découvert le travail de Clifford Ross intitulé Mountains. Il s'agit de photographies très grand format présentant le même paysage du Royaume-Uni pris à différentes saisons.

  • Anniversaire

    "Schubertiade": vingtième anniversaire de Musée en musique, samedi 12 mai 2007, auditorium de la MC2 Grenoble.

    C’était une excellente initiative de marquer cet anniversaire par un grand concert au Cargo, en le consacrant intégralement à Schubert. L’auditorium était comble malgré la durée du programme (plus de trois heures de concert). Malgré tout, plus la soirée allait en avançant et plus le public allait en se clairsemant. Deux entractes et petits-fours n’ont pas suffit à capter l’attention jusqu’au bout. Pour débuter, récital du pianiste Eric Ferrand N’Kaoua avec la sonate en si bémol et divers impromptus et transcriptions de Liszt. Rien de bien passionnant pour moi mais excellente entrée en matière. Le deuxième moment musical fut autrement plus important et intéressant : quintette en ut majeur ou quintet à deux violoncelles par le Quatuor Manfred et Marc Coppey. Une interprétation vraiment étourdissante d’une œuvre magnifique que j’écoute souvent. Les deux premiers mouvements, plus lents, plus tendus sont assez dissemblables aux deux suivants, tout aussi tourmentés mais dans une veine assez différente. Le dernier concert était le Voyage d’hiver par le ténor Christoph Genz qui remplaçait au pied levé son frère Stephan, malade. Interprétation plus juvénile que celle que j’écoute habituellement avec une grande précision dans la diction, le souci de rendre intelligible ce qui est chanté. De bout en bout, les 24 lieder sont déclamés et joués avec une grande ferveur, le chanteur dans le creux du piano (très bel accompagnement d’Eric Schneider) en « jouant » le texte avec une grande retenue mais beaucoup de justesse. Un excellent concert où, magie de l’informatique du système d’attribution des places, j’étais idéalement placé, au premier rang, très près des musiciens. Lors du quintet, notamment, il était passionnant de suivre les regards et la connivence entre les musiciens. Moment un peu gâché par l’espèce de folle à mes côtés qui, durant les moments les plus intenses, jouait avec son programme, oscillait ses pieds au rythme de la musique, aspirait bruyamment un morceau de viande de son repas de la veille coincé dans son dentier, etc.

  • long WE

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    Long week-end qui nous permettra de découvrir une célèbre ville du sud de la France, très proche de ce bâtiment. Celle ou celui (Charlotte est hors concours) qui trouvera notre destination ainsi que le roi de France associé à cette tour gagnera un cadeau surprise...

  • Obscurité

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    « Le ciel s’obscurcit de nos yeux qui s’enténèbrent »

    Michel Chaillou, Le sentiment géographique,

    Gallimard, 1976

  • Turbulences

    Alors que nous étions, hier, en promenade sur cette petite Laponie de l’Oisans (ou plutôt, cette petite Laponie du Dauphiné), c'est-à-dire sur le plateau mi-pierres mi prairies qui s’étend au pied du Taillefer - montagne qui porte bien son nom - le vent s’est mis à souffler avec une violence inhabituelle. C’était un vent du sud qui allait jusqu’à malmener les nuages, les malaxant comme les petits morceaux de pâte sous le rouleau des pâtissiers. Au pas de l’Envious (de l’Envieux ?), un peu au-dessus de deux mille mètres, les rafales nous secouaient comme des pruniers. Sur l’Oisans, majestueux, unique et massif, tel qu’on le voit depuis ce belvédère qui n’en est pas un, les nuages s’amassaient comme des mouches au-dessus du vinaigre. Et tout autour du lac Fourchu, ce n’était pas encore la foule des grands jours, celle des dimanches ensoleillés d’été, des pique-niques familiaux et des jeux de cerf-volant. La neige n’avait pas dit son dernier mot ; à l’heure où j’écris ces lignes, la situation doit-être bien pire encore : il a neigé tout la journée au-dessus de 1500 mètres, le blanc manteau est revenu, pour quelques heures, le temps que le soleil reprenne le dessus, et puis ce seront les petits crocus blancs comme neige...

  • Les lilas

    « Quand on voulait aller du côté de Méséglise, on sortait (pas trop tôt et même si le ciel était couvert, parce que la promenade n’était pas bien longue et n’entraînait pas trop) comme pour aller n’importe où, par la grande porte de la maison de ma tante sur la rue du Saint-Esprit. On était salué par l’armurier, on jetait ses lettres à la boîte, on disait en passant à Théodore, de la part de Françoise, qu’elle n’avait plus d’huile ou de café, et l’on sortait de la ville par le chemin qui passait le long de la barrière blanche du parc de M. Swann. Avant d’y arriver, nous rencontrions, venue au-devant des étrangers, l’odeur de ses lilas. Eux-mêmes, d’entre les petits cœurs verts et frais de leurs feuilles, levaient curieusement au-dessus de la barrière du parc leurs panaches de plumes mauves ou blanches que lustrait, même à l’ombre, le soleil où elles avaient baigné. Quelques-uns, à demi cachés par la petite maison en tuiles appelée maison des Archers, où logeait le gardien, dépassaient son pignon gothique de leur rose minaret. Les Nymphes du printemps eussent semblé vulgaires, auprès de ces jeunes houris qui gardaient dans ce jardin français les tons vifs et purs des miniatures de la Perse. Malgré mon désir d’enlacer leur taille souple et d’attirer à moi les boucles étoilées de leur tête odorante, nous passions sans nous arrêter, […] ».

    Du Côté de chez Swann, Combray, II page 114.

  • A nos ciels d'été

    Et de qui aima une image,

    Le regard a beau désirer,

    La voix demeure brisée,

    La parole est pleine de cendres.

     

    Yves Bonnefoy, Une Pierre (La Vie errante), 1993.

  • Au pied du lit

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    Montélimar, Hôtel Sphinx, chambre n°3, lundi 7 mai 2007

  • Aux marges du Dauphiné

    Week-end d’élection ne veut pas dire week-end de farniente. Armés de nos bonnes chaussures, nous avons profité de ces quatre jours pour pousser un peu plus loin notre découverte du Dauphiné. Cette fois-ci, ce sont les marges méridionales qui nous accueillent : Montélimar et ses alentours. Dimanche, belle mais longue randonnée entre le vieux village d’Allan (perché au dessus de la plaine du Rhône et abandonné depuis quelques décennies) et le château de Rochefort-en-Valdaine, tout aussi désert et exposé au violent mistral. Restent debout un donjon quadrangulaire et quelques pans de murs plus ou moins robustes. Un peu plus loin, trône une jolie chapelle, d’origine médiévale mais d’aspect assez moderne. Accompagnée de son vieux cimetière et de quelques cyprès, l’évocation renvoie à toute une mythologie provençale en carte postale. Enfin bon, le maquis et les forêts sont sauvages, la végétation vraiment surprenante dans sa diversité et un peu exubérante dans sa floraison (fleurs d’acacias au parfum capiteux). Nous avons dormi à Montélimar, à l’Hôtel Sphinx. La nuit fut vraiment excellente dans une chambre très haute sous plafond, aux beaux parquets craquants (« un hôtel particulier du XVIIe »). Le calme, en définitive, était peut-être lié à l’absence quasi complète de clients et donc à l’absence des inévitables gênes auditives (portes qui claquent, conversations bruyantes qui voyagent d’une chambre à l’autre, gueulantes de télévision, etc.). Après avoir appris que Nicolas Sarkozy serait notre prochain président de la République, nous nous sommes mis en quête d’un restaurant. Nous avons un peu hésité à nous rendre à la Maison Carrée, qui semble être une honnête maison où tout tourne assez rond. Mais notre mauvais génie nous à pousser vers le Café des Allées, dans le genre brasserie du dimanche soir, un genre à fuir !

    Le lendemain – hier – promenade dans Montélimar, au charme assez diffus, jamais bien intense. La ville est assez sale, je veux dire qu’il n’y a aucun ordonnancement un peu concerté. Certaines bâtisses sont assez belles (comme ce bel exemple (dite maison « Diane de Poitiers ») datant de la première Renaissance (1492)), judicieusement crépies et/ou entretenues, d’autres sont franchement à l’abandon (avec ces horribles compresseurs de climatisation qui fleurissent jusqu’aux plus belles façades). Le château (des Adhémar) est, lui, plus attrayant. Il n’est pas beaucoup mis en valeur ; on arrive là un peu par hasard, bien que ce soit un lieu d’exposition d’art contemporain assez réputé (au moins à l’échelle du département). En parcourant le chemin de ronde, on a une belle vue sur le palatium, le logis seigneurial, un bâtiment rectangulaire composé de deux grandes pièces superposées (dont l’aula supérieure). Le plus beau geste architectural est, face au soleil couchant et à la ville, cette belle enfilade de fenêtres en plein-cintre séparées par de gracieuses colonnettes, richement décorées (bon, ce sont des copies, les originaux sont la salle d’accueil). Le guide Dauphiné Roman de Zodiaque indique au sujet de ce décor : « Le château de Montélimar […] présente une façade de parade, hautaine, somptueuse et colorée, visible de loin, de la ville et des voies de passage traditionnelles qui parcouraient cette partie de la vallée du Rhône ». On est donc dans l’ostentation la plus pure.

    Pour rejoindre le départ de notre seconde randonnée (Marsanne), nous avons parcouru par les chemins de traverse, tout un pays un peu abandonné au-delà de l’autoroute du « soleil » et de la ligne TGV. A Saint-Marcel-lès-Sauzet, il y a une très belle église romane (classée dès 1846) mais qui est en grands travaux de restauration. Nous n’avons pas pu découvrir l’intérieur mais les ouvriers très spécialisés s’activaient sur les peintures du chœur : « Un des intérêts majeurs de cette église réside en fait dans la décoration somptueuse qui couvre la totalité de l’épiderme des culs-de-four des absidioles, malheureusement masqué en partie par des couches accumulées de lait de chaux » (ibid.). Marsanne est protégé du mistral par le massif forestier sur lequel il s’adosse et qui culmine au col de la Grande Limite. De cette position, la vue vers le sud est assez impressionnante, surtout parce qu’elle dégage un espace pur, sans brisure ni chancre industriel (contrairement à la vue depuis les hautes tours du château de Montélimar, qui commande une misère de HLM et d’entrepôts). Notre promenade parcourt en grande partie un taillis de buis, parmi les plus remarquables que nous connaissions, notamment par sa densité et son ampleur. Au retour, petit arrêt au vieux village et à sa belle église Saint-Félix (fin XIIe) adossée à un beau clocher-tour.