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  • Histoire de cake (II)

    Variante de cette recette : un cake aux anchois et aux olives noires. Vraiment très bien (dommage que la salade n’ait pas tenu le coup jusqu’à la dégustation).

  • Ciel clair

    Comme prévue, la soirée a été des plus agitée, sous une énorme bourrasque qui fonçait vers nous à grande vitesse. Il y eut énormément d’éclairs intra-nuageux, et quelques uns ont touchés terre, comme celui-ci. Peu après, la grêle a été assez forte. Les fleurs du balcon sont hachées menu mais elles repousseront d’ici peu. D’autres n’ont pas eu cette chance…

  • Nuit agitée

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    Dans quelques minutes la situation sera chaude dans le Dauphiné
    (image des evènements électromagnétiques dans le ciel du sud de la France. Le rond central correspond à la Drome)

  • Il mouille sa chemise pour nous !

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    "Claire Chazal, je ne veux plus de pitbulls pédophiles qui raquettent de pauvres gens sous prétexte que la BCE ne veut pas baisser son taux directeur !"

    [Image capturée dans un reportage de TF1 lors du déplacement de notre Président en Corse, hier (où il faisait apparemment très chaud)]

  • Couleur jaune-orangé

    Curry de poulet. Recette librement inspirée de rien du tout. Découpez en morceaux des escalopes de volailles (poulet fermier, dinde libre des prés ou tout autre volatil bien en chair). Dans un récipient, mélangez la viande, un yaourt, un oignon frais coupé en rondelles. Citronnez abondamment (la clé du succès), ajoutez une cuillère à soupe d’huile d’olive, du curry (beaucoup) du cumin (un peu), du gingembre (itou), de la muscade (modérément), quelques graines de coriandre et herbes à roussir (si vous êtes allés récemment aux Antilles…). Laissez le tout au réfrigérateur une heure minimum ; trois ou quatre seraient mieux. Faites ensuite revenir la viande dans du beurre mélangé en équivalence volumique à de d’huile d’olive (à peu près). Ne vous inquiétez pas si de la « marinade » reste accrochée à la viande. Insistez tout de même un peu pour faire dorer puis rajouter le reste de la sauce à laquelle vous additionnerez un cube de bouillon de poule dissous préalablement dans un grand verre d’eau chaude. Couvrez. Portez à ébullition et baissez ensuite le feu (« y faut que ça mijote »). Le tout cuit très vite (« ça dépend de la taille des morceaux de volaille »). Avant de servir, brassez vigoureusement la sauce pour dissoudre définitivement les protéines du lait présentes dans le yaourt. On peut remplacer celui-ci par de la crème liquide (ou épaisse). Le plat va très bien avec un féculent sans saveur, qu’il rehausse heureusement (riz Oncle Ben’s, macaronis Champion) mais si on veut jouer l’originalité, on peut le servir avec de la petite lentille verte du Puy (pas trop cuite, légèrement ferme). A vous de jouer !

  • Tu ne renieras pas (I)

    « Je souhaite que, d'ici la fin de l'année, soit créé par les 27 un comité de dix à douze sages de très haut niveau, à l'image de ceux présidés par Werner, Davignon et Westendorp ou du comité Delors, pour réfléchir à cette question simple mais essentielle : " quelle Europe en 2020-2030 et pour quelles missions ? ". Les sages devraient remettre leurs conclusions et leurs propositions avant les élections européennes de juin 2009, pour permettre au Parlement nouvellement élu et à la prochaine Commission de disposer du fruit de leurs travaux, en complément du traité simplifié et du travail de rénovation des politiques de l'Union et de son cadre financier.»

    « Si cette réflexion essentielle sur l'avenir de notre Union est lancée, la France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union européenne et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années à viennent. »

    Nicolas Sarkozy, Président de la République, le 27 août 2007 devant les Ambassadeurs réunis à Paris.

    Premier reniement sérieux qui ne m’étonne qu’à moitié puisque nous sommes bien trop engagés avec les Turcs pour repartir en arrière (hélas). Bien entendu, si la Turquie rejoint l’Europe, ce sera la fin de cette dernière. Le Président a eu un discours beaucoup plus fort contre l’Iran, ce qui annoncera sans doute un prochain reniement. Au moins, cela change de la diplomatie chiraquienne des sourires, des tapes dans le dos et du « on verra bien ».

  • Talons d'or

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    Nous avons regardé, avant-hier soir, le concert de Woodstock qu’Arte diffusait en bouquet final de sa série estivale Summer of Love. Le film est un montage d’images tournées pendant le célèbre rassemblement d’août 1969. Il peut se voir comme une ode à la musique rock-folk (encore bien marqué, malgré tout, par le blues de grand-papa) ou comme un documentaire ethnosociologique de la jeunesse américaine, anti-guerre du Vietnam et imbibée des drogues les plus diverses et variées. Derrière le cool, la musique, l’amour libre, le pacifisme de bon aloi, on peut y voir une génération profondément angoissée par le futur. La musique de ce temps là tient mille fois mieux la route que ce qui en est sorti ensuite durant des dizaines d’années (et ce n’est pas fini, le flux continue, en tombant toujours plus bas). Il y a beaucoup de sociologie à faire autour de ces rassemblements, de ces foules enjouées, de ces raouts existentiels, de ces « j’y étais » qui valent adoubement dans le groupe. Tout cela n’est pas fini, bien au contraire, puisque le commerce et le triomphe de la culture comme marchandise décupleront ensuite au centuple ce filon en or, cette veine argentifère (dans l’espoir de faire toujours plus vendre, de gadgets, de « compils », etc.). En parallèle, c’est tout un vieux monde qui s’effondre, celui des vieux américains ayant connu la seconde guerre mondiale, celui des cravates à table le dimanche, celui des dames en chapeau. Vive le bandana et les cheveux longs, la chemise à fleurs et les santiags étoilées de Jo Cocker !

  • A l'est de l'horreur

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    Ce livre à la puissance d’évocation de la Nuit d’Elie Wiesel. Il traite du goulag sous Staline, des effroyables déportations commises pour dékoulakiser la société russe à partir des années trente. Cette folie a conduit des millions de russes à la mort, en Sibérie ou dans leurs campagnes, privés de nourriture. Le texte de Grossman a été écrit de 1956 à 1963, en parallèle à l’aboutissement de Vie et destin, le chef d’œuvre de l’écrivain russe qui mourra quelques années plus tard. Ce roman met en scène deux personnages dont l’un (Ivan Grigoriévitch) est un ancien déporté et retrouve à sa sortie du goulag ( en 1954 (après la mort de Staline, donc)) son cousin Nicolas Andréiévitch, universitaire apparatchik. Le début du récit met en scène l’affaire des blouses blanches, soi-disant complot qui aurait visé à éliminer le moustachu géorgien et qui fut surtout prétexte à des procès « anticosmopolites » puis rapidement ouvertement antisémites, totalement terrifiants et tragi-comiques. Le livre se termine par une analyse du caractère de Lénine et du lien avec les mille ans de servage du peuple russe : « Il [Lénine] avait le sentiment que son pouvoir dictatorial était le garant de la pureté et de la conservation de ce à quoi il croyait, de ce qu’il avait apporté à son pays. Il était heureux d’avoir une telle puissance. Il l’identifiait à la justesse de sa cause, mais soudain il entrevit avec effroi et pour un instant que la fermeté inébranlable dont il usait envers l’influençable Russie était le signe de sa propre impuissance. Plus leur marche était pénible, plus sa main se faisait lourde. Plus la Russie se soumettait à la violence révolutionnaire et scientifique, moins il avait le pouvoir de lutter contre la force véritablement satanique du servage, du passé. » Le livre de Grossman se lit comme un résumé de l’histoire Russe de la première moitié du XXe siècle. Il vaut un long cours d’histoire, une histoire de l’horreur absolue, de l’asservissement d’un peuple par un Etat bureaucratique devenu fou à moins qu’il soit né avec l’âme funeste.

    « Pourquoi les a-ton forcés à avouer les crimes qu’ils n’avaient pas commis ? Pourquoi les a-t-on déclarés ennemis du peuple ? Pourquoi les a-t-on isolés de la vie qu’ils avaient construite et qu’ils avaient défendue dans les combats ? Il leur parut absurde d’être ravalés au niveau de ceux qu’ils avaient haïs et méprisés, qu’ils avaient eux-mêmes abattus – avec quel fanatisme et quelle férocité – comme des chiens enragés.

    « Ils se retrouvèrent dans des cellules et dans des baraquements des camps avec ceux des mencheviks qu’ils n’avaient pas achevés, avec les industriels et les propriétaires fonciers d’autrefois. Certains d’entre eux crurent qu’il y avait eu un coup d’Etat, que leur ennemis avaient pris le pouvoir et que, tout en servant de la langue et des concepts soviétiques, ils réglaient leurs comptes à ceux qui avaient conçu et bâti l’Etat soviétique.

    « Parfois, l’ancien secrétaire d’un comité de district, ennemi du peuple démasqué, et le nouveau secrétaire du même comité de district qui l’avait dénoncé, se retrouvent en prison côte à côte. Et il n’était pas rare qu’ils fussent rejoints un mois plus tard dans leur cellule par le troisième secrétaire du comité de district qui avait démasqué le second avant d’être métamorphosé à son tour en ennemi du peuple.

    « Tout se mêlait : le fracas et le bruit de ferraille des roues des convois se dirigeant vers le nord ; l’aboiement des chiens policiers ; le craquement des bottes  et des souliers des femmes sur la neige de la taïga ; le crissement des plumes des juges d’instruction ; le grincement des pelles sur la terre gelée, creusant les fosses pour les détenus morts du scorbut, morts du froid, morts d’une rupture d’anévrisme ; les voix de ceux qui, aux réunions du Parti, imploraient la clémence puis répétaient de leurs lèvres mortes, à la suite du juge d’instruction : « j’avoue que, devenu l’agent stipendié d’un réseau étranger et mû par la haine féroce de tout ce qui est soviétique, je me préparais à commettre des actes de terrorisme contre des hommes d’Etat soviétiques, que je faisais de l’espionnage au profit de… », assourdis par les pierres de Bourtyrki et de Lefortovo : neuf grammes de plomb dans la poitrine ou dans la nuque de milliers d’innocents accusés d’activités de terrorisme et d’espionnage particulièrement perverses. »

  • Tout en lumières

    Rares samedi et dimanche sous le plus beau soleil d’été. Hier, le vent était nettement moins fort que samedi, la chaleur donc beaucoup plus nette même si pas vraiment intense. Un temps parfait pour pédaler le long des berges de l’Isère, avant qu’elles ne soient investies par les rollers et piétons de retour de vacances. Nous avons poussé jusqu’à Noyarey, sous la voute ininterrompue formée par les arbres feuillus et verts comme à un début de printemps (ne parlons pas de l’herbe sur le bord du chemin). Au barrage de Saint-Egrève, il y avait toujours ce petit vent sec qui souffle au fond de la vallée, à l’endroit où elle est la moins large (effet venturi ?). Le soir, tout changea car l’orage approchait. Parce qu’il était là au bon moment (l’instant décisif des photographes ?), il nous a donné l’un des plus beaux couchers de soleil de l’année qui était aussi majestueux qu’on le regarde dans son ensemble ou dans ses parties les plus contrastées. La moitié du ciel, à cet instant, était dans le plus grand embrasement, d’une couleur orange-saumon si intense que les murs des maisons en prenaient la teinte exacte.

  • Mollets raides

    Ce mercredi de l’Assomption nous a permis de faire une longue et belle promenade sur la réserve des Hauts-Plateaux du Vercors à partir du petit village de Chichilianne, blotti sous le Mont-Aiguille et séparé du Trièves par les crêtes du Platary. La montée est vraiment superbe, en deux temps. La première partie gentille et doucement pentue permet de chauffer la machine pour la seconde, relativement longue, qui conduit au pas de l’Essaure après une longue ascension sauvage dans les hêtres mêlés de pins (et infestés de ces maudites mouches et autres taons piqueurs). A certains endroits, le calcaire affleure le chemin de terre sous la forme de curieuses marches; on se croirait dans un phare de haute mer. Le contraste, lorsqu’on arrive sur le plateau est total. Il n’y a plus d’arbres mais qu’une vaste prairie, vaguement caillouteuse, et jaunie par le vent et le soleil. Le marquage, inutile et ultra abondant dans la plaine, a laissé la place à une absence totale d’indications écrites sur le plateau. Des cairns, ces tas aléatoires, sont comme les petits cailloux du Petit-Poucet, la seule chance de s’en sortir en cas de brouillard. Pas d’âmes qui vivent sur ces lieux solitaires à part un berger taciturne et quelques dizaines de moutons (qu’on fortifie au sel autour de ce bel abri de peu). On poursuit à tâtons vers le refuge de Chaumailloux tout en ne ratant pas les perspectives magnifiques qui, de temps en temps, font surface au détour du chemin. Même les chevaux semblent heureux de paître dans ces clairières à l’herbe haute. Avant de redescendre par le ravin du pas de l’Aiguille, l’Histoire rattrape le randonneur (A nos héros !). Tombée de haut très inintéressante et pierreuse à souhait ; pas étonnant que certains y laissèrent leur vie. A quatre heures du soir, il y a encore des dingos pour attaquer de face cette pente plus que raide, le soleil dans les yeux (mais aussi le vent du sud dans les cheveux). Nous croisons plus bas un drolatique personnage (sans doute un geek grenoblois) armé de son magnifique GPS mais incapable de savoir où il est (…). Les jambes lourdes, nous jetons un dernier coup d’œil au seigneur du lieu, qui n’a pas bougé d’un pouce depuis le matin. Une journée pour l’éternité.

  • Avis de recherche

    Si l’un(e) d’entre vous a connaissance d’un joli petit gite rural, hébergement dans un hôtel (tranquille et calme) ou camping avec une grande piscine quelque part entre Bayonne et la pointe du Médoc, je lui saurais gré de bien vouloir m’en informer en commentant ici-même ou en m’envoyant un mail à l’adresse indiquée sur cette page. Merci !

     

  • Histoire de cake

    Pour raviver un peu les papilles endormies, une petite recette de cake salé sur une base décrite dans une parution de Cuisine et Tradition ( ?). Il s’agit donc d’un cake de thon au pesto. Dans un saladier, mélanger 100g de farine avec un sachet de levure, trois œufs, 100 g de gruyère, 300g de miettes de thon, 3 cuillères à soupe de pesto. A cette préparation, une fois qu’elle est bien homogénéisée (e.g., lorsqu’elle tend à n’être qu’une et indivisible comme les atomes dans le De natura rerum de Lucrèce), il faut adjoindre tendrement 10cl de lait puis une cuillère de cognac. Ensuite, le tout au chaud pour environ quarante minutes à 180°C (à moduler en fonction du rendement de votre four). On le mange froid.

    Pesto home made ou tout préparé ? Le premier sera toujours meilleur mais il faut avoir les aliments pour. Belle-mamie nous a offert un vigoureux pied de basilic et on trouve toujours de belles têtes d’ail violette sur les marchés. Donc, le fait maison est possible en cette saison; néanmoins on trouve maintenant, au rayon frais ou en conserves de très correctes préparations (je n’ose pas écrire "industrielles").

    La question des variantes. Faute de thon en assez grande quantité, j’ai remplacé, une fois, une partie du gros poisson par une boîte de sardines (au citron). Belle réussite. Les gourmands étaient ravis (à moins qu’ils fussent très polis, ce qui n’est pas exclus). Moins convaincant, le colin au naturel à la place du thon : beaucoup trop fade.

    La question de l’accompagnement. Ce cake appelle un coulis de tomates. Nos cœurs étaient déchirés de l’entendre ainsi appeler ses sœurs de gourmandise.

    Ce cake, comme tout les cakes salés, est parfait pour les pique-niques, les dîners dans l'herbe au bord d'un ruisseau bouillonnant ou face à la plus belle vue du monde.

  • En hommage

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    Saraband sur Arte, mercredi 8 août 2007 à 20h45

  • En l'air

    Nous étions samedi dernier au meeting aérien organisé sur l’aéroport du Bourget-du-Lac pour le vingtième anniversaire de « Technolac », une zone industrielle high-tech née du retrait de l’armée de l’air. Jolie petite fête, noyée sous le soleil, avec un cadre vraiment exceptionnel pour les démonstrations aériennes. Quelques vieux avions de la seconde guerre mondiale (Yak, Mitsubishi « zéro » et le célèbre Vough Corsair (celui des Têtes Brulées)). Petits avions mais gros moteurs au son tout à fait mélodieux. Ils sont l’évolution ultime du chasseur à hélices avant l’arrivée des réacteurs. Cette étape était représentée par un beau chasseur Vampire, premier avion à réaction équipant les forces françaises. Le plus bel avion, au son grave et puissant (il suffit de fermer les yeux pour se croire quelque part au-dessus de l’atlantique en route vers l’Amérique du Sud), le Super Constellation « Breitling », l’un des rares exemplaires encore en vol. Il est lourd, lent mais tellement rétro ! Egalement, quelques belles prestations de diverses patrouilles acrobatiques. Les deux plus belles sont la patrouille Breitling qui vole sur des avions d’entrainement Albatros, extrêmement rapides et manœuvrables et la célèbre patrouille de France dont on ne se lasse pas des prestations réglées au millimètre. Pour tous les amoureux (ou celles et ceux qui aspirent à le devenir, ce beau cœur à 600km/h).

  • à Vincennes

    Depuis le 17 mai de cette année, il est de nouveau possible de visiter le donjon du château de Vincennes. Les restaurations auront pris des mois, peut-être des années. Et encore, la sainte-Chapelle est toujours fermée, les voutes de la nef étant en cours de consolidation. Les vitraux, endommagés par la tempête de noël 1999, ont été refaits en grande partie. Bâtiment Monum oblige, on ne vous accorde aucune ristourne sur le prix de la visite. Le tarif est de sept-euros cinquante pour parcourir deux étages du donjon. Les salles supérieures sont fermées à la visite (« pour raison de sécurité »). En réalité, il semble trop compliqué d’organiser un circuit temporaire de visite (un guide et quelques personnes à heure fixe). Il ne faut pas trop déranger ces dames et messieurs veillant à notre visite, affairés dans leurs mots-croisés ou à brailler dans leur talkie-walkie « tu manges à quelle heure, toi ? ». Autre point qui (me) fâche, cette transformation lente du patrimoine en « son et lumières ». On ne sait pas trop pourquoi un film expliquant la construction de la place passe en boucle dans une salle du donjon. Pièce dont la beauté se suffit largement à elle-même et qui n’a pas besoin de musiques de fond sonore. « Qu’est-ce t’as vu à Vincennes, toi ? Ben, un super film sur un écran plat, trop grand, quoi ?! A part ça ? et le magasin de souvenir, trop cool ! ». Bon, sérieusement, le donjon, son châtelet d’entrée (où l’on voit la pièce où Charles V étudiait plutôt que de guerroyer) et la chemise sont des éléments architecturaux majeurs, très proprement restaurés. La pierre est superbe. Le donjon est une construction assez complexe avec ses tourelles d’angles qui ne sont pas de simples passage d’escaliers (enfin, pas tous) mais furent utilisées comme salle du trésor royale ou, plus tard, cellules de prisonniers durant les dernières décennies de la royauté. Le plus émouvant, est la présence de lambris en bois « de la Baltique » datés de la construction du bâtiment (débuté sous Philippe VI de Valois). Les deux grandes pièces que l’on visite sont pourvues d’un impressionnant pilier central, un peu dans le style du château de Queribus, en pays cathares, mais infiniment plus travaillé pour la décoration (résidence royale oblige). Quelques graffitis et peintures réalisés par les « hôtes » de la prison royale sont encore présents sur les murs. On visite au rez-de-chaussée la cellule de Sade où l’écrivain a fait divers séjour, le premier en 1763, le second de 1777 à 1784 où il croisa Mirabeau. Les deux hommes écrivirent de très belles lettres (Sade à son épouse) durant leur détention au donjon. Ils se sont d’ailleurs « croisés », sans s’apprécier :

    « Plusieurs scélérats, connus de la France par des crimes horribles, et pour qui une prison perpétuelle est une grâce que toute la bonté du souverain pour leurs familles a eu peine à leur accorder, plusieurs scélérats de cette espèce, dis-je, sont dans forts où ils jouissent de toute leur fortune, où ils ont une société très agréable, et toutes les ressources possibles contre le mal-être et l’ennui inséparable d’une vie enfermée. […] Le marquis de Sade, condamné deux fois au supplice, et la seconde fois à être rompu vif ; le marquis de Sade, exécuté en effigie ; le marquis de Sade, dont les complices subalternes sont morts sur la roue, dont les forfaits étonnent les scélérats même les plus consommés, le marquis de Sade est colonel, vit dans le monde, a recouvré sa liberté, et en jouit, à moins que quelques nouvelle atrocité ne la lui ait ravie… ». (A M. Lenoir, le 1er janvier 1778).

    Mirabeau avait le nez fin car Sade sera réincarcéré à Vincennes du 7 septembre 1778 au 29 février 1784, date à laquelle il sera transféré à la Bastille (affaire des « petites filles » de La Coste).

    Les lettres de Sade sont beaucoup plus intéressantes. S’y dessine un portrait de l’homme tout à fait surprenant, à la fois violent et outré contre sa femme et ses geôliers, puis rêveur en pensant à son ancêtre, la belle Laure de Noves, muse de Pétrarque ; quelque fois très drôle dans la débauche :

    « Oui, je suis libertin, je l’avoue ; j’ai conçu tout ce qu’on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n’ai sûrement pas fait tout ce que j’ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. » (20 février 1781)

    « Il était environ minuit. Je venais de m’endormir, ses Mémoires à la main. Tout d’un coup, elle m’a apparu…Je la voyais. L’horreur du tombeau n’avait pas point altéré l’éclat de ses charmes, et ses yeux avaient encore autant de feux que quand Pétrarque les célébraient. » (17 février 1779)

    « Nous étant transportés audit hôtel de Danemark, à la réquisition de Marie-Magdeleine Cordier, femme Montreuil, nous avons fait trousser ladite Pélagie du Chauffour, sa fille, et ayant examiné avec les soins requis, nous avons reconnu ladite du Chauffour bien et dûment pourvue de deux fesses blanches, fort belles et fort intactes. Nous avons approché et faits approcher nos recors [officiers de justice subalternes] aussi près que nous dudit membre […] et n’ayant comme nous observé que des parties saines, nous avons délivré le présent acte pour servir en ce que de droit, voulant bien, au surplus, pour la dite montre, accorder à la dite Pélagie du Chauffour, d’être agrégée au Tribunal et prise à l’avenir sous notre protection. Signé Jean-Baptiste Le Noir, lanternier de Paris et protecteur-né des bordels de la capitale et avant lieu. » (avant le 18 juin 1783)

    L’autre hôte célèbre est Diderot que Rousseau alla visiter (à l’époque où Rousseau ne s’était pas encore fâché avec l’ensemble du genre humain). De cette visite (1749), reste « l’illumination de Vincennes » qui permit à Rousseau de répondre à la question de l’Académie de Dijon (« Si le rétablissement des sciences et des arts…»).

    Au château de Vincennes trône également un fort bel ensemble signé Le Vau, architecte de Louis XIV, qui construisit deux pavillons (« de la reine » et « du roi ») sur la vieille enceinte de Charles V. Château neuf et château vieux sont séparés par un beau portique. De nos jours, ces bâtiments renferment les archives de l’Armée où les jeunes historien(ne)s aiment à fouiner.

    Il est très intéressant de faire le tour du quadrilatère royal de Vincennes. On y découvre aussi quelques monuments touchant comme celui à la mémoire du duc d’Enghien, fusillé sur ordre de Napoléon, ou bien la plaque littéraro-historique en souvenir de l’évasion du duc de Beaufort.