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La ville à pieds

 [dimanche 26 octobre 1997]

 

 

Les bus de Frisco participent au charme de la ville, peut-être plus que le cable-car qui est une attraction à touristes, bien que le fait d’avoir conservé ce tramway tiré par un câble, soit à mettre à l’actif des franciscains, qui y sont très attachés. Les bus ont eux aussi un coté obsolète charmant en ces temps de modernisme forcé : ils sont encombrants, bruyants et donnent l’impression d’être tout droit sortis d’une mauvaise série télévisuelle. Le service est cependant remarquable avec des chauffeurs serviables et une fréquence régulière, même en ce jour dominical. J’ai utilisé l’un d’entre eux pour me rendre au Palace of Legion of Honor dans Lincoln Park, à l’extrême ouest de la ville. Ce bâtiment néoclassique est l’exacte reproduction de son homonyme parisien. Il comporte une très belle collection de peintures et de sculptures européennes. L’un des moulages du Penseur de Rodin vous accueille à l’entrée du musée. Il y a quelques choses d’un peu anachronique à se promener dans des salles remplies de tableaux des grands peintres français du XVIII ième Siècle comme Watteau, Fragonard, Nattier ou Larguillière, si loin de Paris, si loin des belles marquises et des petits maîtres. Très belle collection également de mobilier de cette époque. Le tableau qui m’a plus intrigué est le célèbre Cavalier en blanc de Frans Hals : un homme drapé dans un habit scintillant et immaculé vous regarde d’un air plein de dédain. Le sourire ou la grimace - on ne peut conclure définitivement à ce sujet - du noble personnage vous mettent en définitive mal à l’aise. Pour finir vous vous échappez en le suivant du coin de l’œil dans l’espoir vain de le prendre en défaut, mais rien n’y fait. Il ne vous reste plus qu’à aller vous consoler dans les salles réservées au oeuvres de Camille Claudel. Lors de mon passage, une très belle exposition était consacrée aux maîtres flamands et baptisée Masters of Light, Dutch Painters in Utrecht during the Golden Age. C’est toujours, pour moi, un grand plaisir d’admirer les toiles de peintres comme ter Brugghen, van Hondhorst ou Bosschaert. A quand un voyage dans les « Provinces-Unies » ?

 

Le Palace est situé en plein cœur d’un golf que l’on devine très huppé et plein de golden boys quand on jette un œil sur les parkings à proximité. J’avais décidé, pour ce dernier jour libre à San Francisco, de me promener à pieds dans quelques uns des quartiers que je n’avais pas encore visités. Je commençais ce petit voyage par Clement St dans le quartier de Richmond. Ici réside une très importante communauté asiatique, on y trouve une multitude de restaurants exotiques et d’épiceries du soleil Levant. Pas une seule enseigne n’est écrite en américain. On découvre également çà et là des échoppes de manucures ou de produits issus de l’agriculture biologique. Tout cela frétille de vie et sent bon le rêve américain. On continue par Geary Blvd. qui est complètement vides sauf de stations service et de snack sinistres. Plus loin on traverse, vers le sud, les quartiers résidentiels de Western Addition et Fillmore. On arrive rapidement au carrefour de Market et de Divisadero. Plus loin encore, fleurissent au balcon des jolies maisons en bois de l’époque Victorienne, les premiers fanions multicolores. Pas de doutes ! On est sur Castro St., downtown de la communauté gay de San Francisco. Parcourir cette rue animée (shopping and dinning) et pleine de charmes (et accessoirement de jolis coeurs musculeux) est quelque chose d’assez rassurant sur la possibilité de vivre ses différences. Malheureusement, on n’échappe pas à l’impression un peu étouffante de ghetto : une pharmacy ou une bakery ont-elles un besoin vital d’être certifiées gay pour exister ? L’impression est la même sur Valencia St., pendant féminin de Castro St. Le célèbre magasin Good Vibrations au numéro 1210 de cette rue promet « fortune, joie et santé » à celles qui utilisent, dans leur intimité, ce qui est vendu à l’intérieur et que l’on peut décrire, pudiquement, comme étant des substituts phalliques. Donatien, le divin marquis, toujours pleins de néologismes dans la tête, appelait ces outillages « mes prestiges ». Il reste que « le » quartier de la communauté gay et lesbienne de San Francisco n’a pas érigé de statues à la gloire du dieu Priape à tous les coins de rue. L’impression est même plutôt celle d’un quartier bourgeois : les rares maisons à vendre sont très chères et de belles voitures sont parquées devant les entrées de garage. La visite se poursuit vers Dolores St., magnifique avenue plantée de palmiers à l’extrémité de la quelle figure l’un des plus vieux bâtiments de la ville : Mission Dolores, église qui a résisté depuis 1776 à tous les tremblements de terre. Un peu plus loin, sur Guerrero St. on tombe dans la même agitation que sur Clement St. : c’est le centre des communautés issues d’Amérique Latine. Les peintures murales et le chatoiement des couleurs de la foule donnent un cachet épicé à cette partie de la ville qui présente également à l’œil du visiteur des maisons très vétustes. Retour, fatigué mais heureux, en passant par South of Market.

Commentaires

  • euh... personne ne dit "Frisco", à "Frisco"...

  • Bon, bon, je me suis trompé alors. Sorry.
    D.

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