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  • Poubelle vole

    On les avait presque oubliés ceux-là, les d’jeuns « « étudiants » » (combien de guillemets faut-il mettre ?) des pauvres universités françaises ; cette dizaine de petits fascistes (au sens premier du terme) qui, bien qu’en très grande minorité, impose leur infects désirs à une immense majorité. Rien n’y fait : les AG sont bidons, le vote des étudiants est pour la reprise mais ils e…….. tout le monde, jusqu’ici dans une relative indifférence des présidences d’université qui rechignent toujours un peu à demander l’aide de la police pour respecter l’une des plus élémentaires des libertés : celle d’étudier. Il faut dire que, pour certains marxistes arrivés au pouvoir universitaire, c’est sérieusement trahir sa classe que d’appeler le préfet pour demander de l’aide. J’ai même entendu un enseignant (mais je ne sais plus où) dire qu’il voulait une « université sans flics » ! Bref, aujourd’hui, dans notre bonne ville de Grenoble, les esprits se sont sérieusement échauffés. Le directeur de Sciences Politiques a fait le coup de poings, ce matin, devant son Institut, contre quelques dizaines de zonards à kéfiés. Quelques images ici (après la pub, vive le service public !). Le commentaire des journalistes locaux est excellent. D’ailleurs, que faisaient-ils si tôt dans le brouillard glacial d’une matinée d’hiver sans trams ni bus (grève de la SEMITAG) ? Un peu plus tard, une action « crstique» a permis de dégager (pour quelques minutes seulement, hélas) l’entrée de l’université Pierre Mendès France sous les huées des bloqueurs qui traitaient les courageux et studieux étudiants de « collabos ». Dire que ce sont les mêmes qui professeront l’Histoire à nos chères têtes blondes…

  • Mal

    J’aurais bien des choses à dire mais, comme je pressens que je vais m’énerver, je préfère travailler au flickr project. J’ai enfin terminé l’enregistrement des photos du voyage dans l’Aude au printemps 2004. Beaucoup de bons souvenirs remontent à la surface. Pour ceux que cela pourrait intéresser, c’est ici. En raccourci, une image d’une fresque (ancienne abbaye de Saint-Martin-de-Puits) qui a traversé le temps et cela me touche beaucoup. Cette inscription « mal », au-dessus de l’homme en armes, à quelque chose d’assez bouleversant, parce qu’elle est un peu simplette, très « temps sombres et barbares ».

  • La ville à pieds

     [dimanche 26 octobre 1997]

     

     

    Les bus de Frisco participent au charme de la ville, peut-être plus que le cable-car qui est une attraction à touristes, bien que le fait d’avoir conservé ce tramway tiré par un câble, soit à mettre à l’actif des franciscains, qui y sont très attachés. Les bus ont eux aussi un coté obsolète charmant en ces temps de modernisme forcé : ils sont encombrants, bruyants et donnent l’impression d’être tout droit sortis d’une mauvaise série télévisuelle. Le service est cependant remarquable avec des chauffeurs serviables et une fréquence régulière, même en ce jour dominical. J’ai utilisé l’un d’entre eux pour me rendre au Palace of Legion of Honor dans Lincoln Park, à l’extrême ouest de la ville. Ce bâtiment néoclassique est l’exacte reproduction de son homonyme parisien. Il comporte une très belle collection de peintures et de sculptures européennes. L’un des moulages du Penseur de Rodin vous accueille à l’entrée du musée. Il y a quelques choses d’un peu anachronique à se promener dans des salles remplies de tableaux des grands peintres français du XVIII ième Siècle comme Watteau, Fragonard, Nattier ou Larguillière, si loin de Paris, si loin des belles marquises et des petits maîtres. Très belle collection également de mobilier de cette époque. Le tableau qui m’a plus intrigué est le célèbre Cavalier en blanc de Frans Hals : un homme drapé dans un habit scintillant et immaculé vous regarde d’un air plein de dédain. Le sourire ou la grimace - on ne peut conclure définitivement à ce sujet - du noble personnage vous mettent en définitive mal à l’aise. Pour finir vous vous échappez en le suivant du coin de l’œil dans l’espoir vain de le prendre en défaut, mais rien n’y fait. Il ne vous reste plus qu’à aller vous consoler dans les salles réservées au oeuvres de Camille Claudel. Lors de mon passage, une très belle exposition était consacrée aux maîtres flamands et baptisée Masters of Light, Dutch Painters in Utrecht during the Golden Age. C’est toujours, pour moi, un grand plaisir d’admirer les toiles de peintres comme ter Brugghen, van Hondhorst ou Bosschaert. A quand un voyage dans les « Provinces-Unies » ?

     

    Le Palace est situé en plein cœur d’un golf que l’on devine très huppé et plein de golden boys quand on jette un œil sur les parkings à proximité. J’avais décidé, pour ce dernier jour libre à San Francisco, de me promener à pieds dans quelques uns des quartiers que je n’avais pas encore visités. Je commençais ce petit voyage par Clement St dans le quartier de Richmond. Ici réside une très importante communauté asiatique, on y trouve une multitude de restaurants exotiques et d’épiceries du soleil Levant. Pas une seule enseigne n’est écrite en américain. On découvre également çà et là des échoppes de manucures ou de produits issus de l’agriculture biologique. Tout cela frétille de vie et sent bon le rêve américain. On continue par Geary Blvd. qui est complètement vides sauf de stations service et de snack sinistres. Plus loin on traverse, vers le sud, les quartiers résidentiels de Western Addition et Fillmore. On arrive rapidement au carrefour de Market et de Divisadero. Plus loin encore, fleurissent au balcon des jolies maisons en bois de l’époque Victorienne, les premiers fanions multicolores. Pas de doutes ! On est sur Castro St., downtown de la communauté gay de San Francisco. Parcourir cette rue animée (shopping and dinning) et pleine de charmes (et accessoirement de jolis coeurs musculeux) est quelque chose d’assez rassurant sur la possibilité de vivre ses différences. Malheureusement, on n’échappe pas à l’impression un peu étouffante de ghetto : une pharmacy ou une bakery ont-elles un besoin vital d’être certifiées gay pour exister ? L’impression est la même sur Valencia St., pendant féminin de Castro St. Le célèbre magasin Good Vibrations au numéro 1210 de cette rue promet « fortune, joie et santé » à celles qui utilisent, dans leur intimité, ce qui est vendu à l’intérieur et que l’on peut décrire, pudiquement, comme étant des substituts phalliques. Donatien, le divin marquis, toujours pleins de néologismes dans la tête, appelait ces outillages « mes prestiges ». Il reste que « le » quartier de la communauté gay et lesbienne de San Francisco n’a pas érigé de statues à la gloire du dieu Priape à tous les coins de rue. L’impression est même plutôt celle d’un quartier bourgeois : les rares maisons à vendre sont très chères et de belles voitures sont parquées devant les entrées de garage. La visite se poursuit vers Dolores St., magnifique avenue plantée de palmiers à l’extrémité de la quelle figure l’un des plus vieux bâtiments de la ville : Mission Dolores, église qui a résisté depuis 1776 à tous les tremblements de terre. Un peu plus loin, sur Guerrero St. on tombe dans la même agitation que sur Clement St. : c’est le centre des communautés issues d’Amérique Latine. Les peintures murales et le chatoiement des couleurs de la foule donnent un cachet épicé à cette partie de la ville qui présente également à l’œil du visiteur des maisons très vétustes. Retour, fatigué mais heureux, en passant par South of Market.

  • Poisson d'ici

    Une petite recette, au nom ronflant, pour éblouir ma belle adorée (qui ne fut pas dupe) : filet de daurade, jus de tomates, céréales du soleil, salade de mâche aux noix du Dauphiné.

    On peut remplacer le filet de daurade par un pavé de poisson (blanc) de chez Picard (enfin, ce serait dommage). Ici, le filet est poêlé à l’unilatéral (ça aussi, c’est pour impressionner !). Le « jus de tomates » n’est pas un concentré de conserve. Il s’agit de tomates revenues dans l’huile d’olives avec deux ou trois gousses d’ail, de la poitrine de porc coupée en gros dés, un oignon, du poivre (Spirit of fire (from Alinea)), quelques graines de cumin et autant de fenouil. Le tout mijote jusqu’à destruction (presque) totale de toute structure identifiable (sauf la phase liquide). La ruse, pour avoir un aspect velouté, est de passer la décoction au chinois. Le mélange lard/poisson est divin et bien connu des gastronomes. Les céréales ne sont pas home made mais sont issus d’une préparation commerciale, pas mauvaise, mais qui « sent » un peu trop le rehausseur de goût ! Sorry

    Tout cela pour me faire pardonner d’avoir été absorbé tout le week-end par la lecture. Je n’ai pas osé lui dire que c’était un plat coréen…

  • Vent chaud au piquet de grève !

    Il y a ce soir sur notre belle région un fort épisode de foehn. Toute la journée les lenticulaires ont volé au-dessus de nos têtes. La température de l’air est montée jusqu’à 9°C à Chamrousse (1785m). Actuellement, elle est de 17,3°C à Grenoble. On se croirait au printemps ! Ce week-end, il faisait au contraire bien frisquet. Du côté des dernières montagnes du sud Jura, les arbres étaient givrés (les arbustes qui grattent aussi), la température largement négative, le froid si sec qu’il n’y a pas de buée lorsqu’on souffle (ça évite d’avoir les yeux collés par les larmes). Personne, comme il se doit, sauf un promeneur (emmailloté comme un Russe de Sibérie) et qui tente de suivre les traces d’un petit félin des hauts-plateaux. Le chien était tout de même content d’aller jeter un coup d’œil dehors.

    Ce matin, au Laboratoire, hurlements des fous de la CGT qui appellent à la lutte des classes en allant manifester avec les collègues de la SNCF et autres professeurs syndiqués à la FSU. Beurk ! Il faudrait, un jour, faire un portrait du cégétiste en robe des champs, c'est-à-dire avec une parka bleu-rouge en faux goretex, la clope pendante au bec, la gouaille railleuse et victorieuse, la faconde moulée dans le marxiste le plus nauséabond, le refus acharné de la réalité. Tout progressistes qu’ils se disent, ils refusent le changement, sont arque-boutés sur leurs privilèges de bout de chandelles. Le monde change, pas eux. Je rigole, quelque fois, de les entendre à la cantine lorsqu’ils sont tous ensembles, à se monter le bourrichon, à rêver à d’autres luttes « foutre le bordel et propager la révolution (la grande, la dernière) des traaaavailleurs de la terre entière ». Qu’ils sont risibles, ces petits drôles du passé, fort en gueule mais si courts en idées ! Me font beaucoup rire également, les bobos moelleux de l’EPIC qui m’emploie et qui, pour rien au monde ne louperaient le repas amélioré de noël, gracieusement offert par le dit-employeur, mais qui ne rougissent pas de distribuer ces tracts affreux (de ceux qui tâchent les mains et noircissent le peu d’honneur qui leur reste) en gueulant que vraiment leur situation est affreuse tout en gagnant des salaires très confortables (je n’ose même pas indiquer le salaire moyen ici, tant j’ai honte pour eux), en n’en faisant pas une si ça leur chante (bien que notre métier soit l’un des plus beaux qui soit), etc. La France, notre beau pays, si belle en son héritage de gloire et d’honneur se roule dans le drap du renoncement et de l’immobilité.

    Bon, pour parler d’autre chose, j’ai fait ce soir un cake aux fruits secs pour demain matin. Hier soir, improvisation de sept-heures du soir avec une tarte poireaux-pommes-de-terres-lardons-ail-reblochon (photos demain soir, s’il en reste !).

    Il y avait une d’interview dans le style rabat-joie d’un certain Jean-Louis Murat dans le Monde de dimanche. Il est chanteur de variétés (à ce qu’il paraît) mais il dit des choses très belles,  profondes et justes. Extraits : « Des gamins stockent 10 000 chansons sur l'ordinateur familial, après les avoir piquées sur le Net. La société, des députés, des sénateurs trouvent cela vertueux ! Or, c'est un problème moral : tu ne voleras point, apprend-on à nos enfants. En outre, ces rapines via le Net s'effectuent dans l'anonymat. […] Mais quelle liberté veut-on ? Celle de se goinfrer ? Avec des gens qui ont 20 000 titres sur leur disque dur et ne les écoutent jamais ? Cette conception ultralibéraliste, qui est au-delà de tout système politique, se résume à peu : la goinfrerie. Internet favorise cela : toujours plus de sensations, toujours plus de voyages, de pénis rallongés, toujours plus de ceci, de cela... […] La démocratisation [de la culture], c'est à l'école maternelle qu'elle doit être ancrée. Une fois les bases et l'envie acquises, chacun peut faire son choix. Par ailleurs, je ne suis pas démocrate, je suis happy few. La culture est le fait d'une minorité, d'une élite qui fait des efforts. Attention, pas une élite sociale ! La femme de ménage ou le facteur sont absolument capables de sentiment artistique […] Et là, comme disait Baudelaire, la démocratie, c'est la tyrannie des imbéciles. Sur MySpace, vous allez voir 45 000 nigauds, les 45 000 artistes ratés qui ont ouvert leur page - j'y suis aussi, parce que sinon on me vole mon nom. »

  • Labeur du temps

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    "[...] l'appartement où, les yeux fermés, je pourrais me diriger comme autrefois, vers les seins de Marie, que j'ai tenus à treize ans entre mes mains déjà sûres, avec la certitude que m'était révélée le poids du monde. Je rebrousse chemin. Que découvrir entre ces murs, sinon ce que le temps a fait de mon visage ?" (p.117)

  • Vieille écorce

     [samedi 25 octobre 1997]

     

    Le temps toujours aussi radieux m’accompagne jusqu'à la station Powell du BART. Vingt minutes plus tard et me voici au centre de Berkeley. La ville est toujours le centre d’une importante communauté de hippies. Ce sont les enfants de ceux qui animaient les grandes luttes des années soixante qui sont maintenant assis sur les trottoirs. Telegraph Avenue est toujours le quartier des cheveux longs et des chemises en soie aux teintes criardes. Aujourd’hui la ville dans son ensemble est plus une zone pavillonnaire, où résident les étudiants, les professeurs de l’Université ainsi que les cadres distingués (fortunés ?) travaillant à San Francisco. D. et I., sa femme, résident au rez-de-chaussée d’un pavillon entouré de magnifiques pétunias violets. Après déjeuner, nous partîmes vers le nord et la côte du Pacifique. Le site de Muir woods est une zone protégée et très bien aménagée d’environ 300 ha de séquoias redwoods. Ils sont, à quelques exceptions près, les derniers représentants d’une immense forêt qui couvrait la plus grande partie de l’hémisphère nord il y a 140 millions d’années. Protégés du vent et de l’air salin par de petites collines le long de la côte, ils survivent dans une atmosphère humide et tempérée. Les plus vieux ont 1000 ans, la majorité entre 500 et 800 ans. Leur croissance est extrêmement lente mais certains atteignent 250 feet de haut. Leur écorce très foncée, presque rouge sang, est épaisse d’environ vingt centimètres et renferme de nombreux tanins qui protègent l’arbre des agressions extérieures (insectes, moisissures et .... feu de forêt). L’atmosphère qui règne dans cette forêt primitive est extrêmement surprenante. Vu la taille des arbres, peu de lumière arrive jusqu’au sol, il fait donc très frais et humide (même en plein été). Pas un bruit ne vient troubler le sentiment de quiétude qui envahit le promeneur dans ce lieu. Rien ici n’a changé depuis des siècles. Le public américain, toujours à la recherche de ses racines (ou du fantasme de ses racines), parcourt avec beaucoup de respect et sans vociférations excessives la forêt originelle. 

                Nous reprîmes la voiture pour poursuivre notre périple vers la côte. On arrive en quelques kilomètres à Stinson Beach : belle plage de sable fin faisant face au Pacifique. Malgré le soleil et la chaleur ambiante, l’eau est très froide et bien peu de baigneurs osaient s’aventurer à nager. Aux dires de mes amis, la mer était exceptionnellement calme en ce jour. La houle du large vient à l’accoutumée mourir sur le rivage avec une grande violence. Beaucoup de Californiens étaient venus ici pour passer une belle journée au bord de l’océan en famille ou en sportif. Ici, comme en ville, c’est en effet le royaume des adeptes du jogging au corps sculptural et à la tenue fluorescente. Au retour vers San Francisco, nous eûmes la chance d’assister à un magnifique coucher de soleil, les derniers rayons venant illuminés la côte déchiquetée. Une route tortueuse et panoramique (California 1) longe la côte jusque beaucoup plus au sud, Monterey et Los Angeles : un but, un désir de voyage à elle seule ?

  • Un débat

    « Nous vivons dans une confusion du juridique et du moral. La morale désormais consiste à revendiquer des droits, elle se veut directement opposable à autrui, elle a quelque chose d'infantile, elle s'empare du droit pour s'éviter l'épreuve qui est pourtant la pierre de touche de la moralité, le fait de "prendre sur soi", de se reconnaître responsable du monde. L'expérience morale, on la fait quand les choses vous atteignent, interrogent vos propres ressources éthiques. Tocqueville disait que le patriotisme est la première des vertus. Pas la plus haute, la première, celle qui déclenche toutes les autres, l'implication politique étant pour lui le moyen classique de faire échapper la morale à l'abstraction, pour qu'elle devienne exigence vécue et partagée.

    Mais c'est dans des conditions de déréliction de la politique et d'infantilisme civique que les religions doivent reconsidérer leur rôle, non pour faire régner communautairement l'ordre moral dans leurs troupeaux, si jamais elles en sont capables, mais pour rendre capables ceux qu'elles touchent d'une véritable attitude morale. Elles peuvent en effet favoriser chez ceux qui entrent dans les récits dont elles sont porteuses la confiance dans le monde, l'espérance permise à une humanité qui va à tâtons vers ce qui la dépasse.

    Cela incite réciproquement à réinterroger une laïcité dont la prétention à proposer une morale rationnelle se dissipe. Certes, la laïcité veut qu'on interpelle les religions et qu'on limite leur pouvoir en fonction de considérations civiques, mais la politique ne peut pas ignorer qu'elle aussi fait appel à ce qui en nous relève de la "foi" au sens premier, de cette confiance fondamentale qui a été notre premier contact avec la vie, dans laquelle nous sommes nés et que les grands récits religieux continuent de faire vivre en nous. »

    Paul Thibaud, lors d’un entretien (« Juifs et chrétiens, le débat ») avec Alain Finkielkraut, publié dans Le Monde daté du 11 novembre. L’intégralité est téléchargeable ici. Ce dialogue est passionnant et intellectuellement très enrichissant.

  • l'alpha et l'omega

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    PMOS (à gauche) et NMOS (à droite) d’Intel (techno 65nm)

  • En habit noir

    Suis-je bien le fils d’un pays grave,

    d’un siècle en habit noir, et qui semble

    porter le deuil de ceux qui l’ont précédé ?

    Nerval Voyage en Orient

    passage cité par Richard Millet dans Un balcon à Beyrouth.

     

     

    [En écoutant la passacaille des sonates pour violon (Monica Huggett) de Biber]

  • L'autre rive

     [vendredi 24 octobre 1997]

     

    C’était le jour du départ pour F. qui, prévoyant, préférait faire une étape sur le long chemin du retour vers Boise. Il était donc convenu de visiter Berkeley (, dites « beurk-lait », vous ne serez pas loin de la prononciation des autochtones). La renommée de l’Université, et surtout celle de ses nombreux Nobel prices, a dépassé les frontières de la west coast. On trouve donc un campus niché dans la verdure citadine sans véritable domaine propre et clos. Pour ceux qui connaissent on ne peut s’empêcher de penser à Orsay bien qu’ici le lieu soit à la dimension du pays. Sur les coteaux surplombant la ville on jouit d’une vue formidable sur la baie, c’est à dire que l’on voit tout le San Francisco invisible de Twin peaks ainsi que de Oakland, au sud, au Golden Gate à l’ouest.

    Nous devions nous séparer à Berkeley, Francis partant vers le nord et moi retournant à San Francisco par le BART. Trouver Ashby Station ne fut pas une mince affaire car aucun des plans en ma possession n’étaient assez détaillés. Un vieux clochard m’expliqua cependant le chemin qu’il me fallait prendre pour rejoindre ma destination : « eight blocks on the right then..... ». Quel dommage qu’en BART la traversée de la baie se fasse par un tunnel ! A midi, j’avais rendez-vous avec mon homonyme D., un « ami de 10 ans » que je n’avais pas revu depuis le lycée et que j’ai contacté, au milieu de l’été, grâce à Internet. Il effectuait son Service National à San Francisco, en tant que coopérant. On peut rêver pire comme situation surtout quand on travaille dans la filiale locale de son employeur français et, surtout, quand votre femme est venue avec vous en Californie. Sa société est hébergée dans un charmant petit immeuble en briques rouges en plein Financial District, au pied de la Transamerica Pyramid. Nous déjeunâmes sur la terrasse du building avec vue imprenable sur la baie. Que de bons moments passés en commun à évoquer ! Nous fîmes ensemble le tour de nos souvenirs afin d’éviter à sa femme le récit de nos turpitudes passées puisqu’il était convenu que je passerai la journée du samedi avec eux.

    Peut-on visiter une ville sans découvrir ses musées ? Non, il le faut même car chacun d’entre eux est unique et participe à l’atmosphère du lieu. Ce que l’on voit ici ne se verra pas ailleurs. C’est ce qui le différencie d’un supermarché, par exemple. Le San Francisco Museum of Modern Art (SFMoMa) est installé depuis janvier 1995 dans un bâtiment pensé par Mario Botta : une sorte de cône tronquée, dont une immense verrière est le sommet, diffuse la lumière naturelle dans les salles. C’est une réussite sur le plan de design et parfaitement intégré à coté du Yerba Buena Gardens, poumon vert du quartier de South of Market. On trouve ici un résumé complet de l’art de notre siècle, de l’impressionnisme à l’art abstrait sans oublier la photographie notamment celles, superbes et au pouvoir évocateur si fort par tant de réalisme, d’Edward Weston et d’Alfred Steiglitz. Un autre musée dans le quartier (Ansel Adams Center) est d’ailleurs uniquement consacré à la photographie créative américaine.

    Que le monde est petit ! Le soir, j’ai eu la surprise de croiser un collègue grenoblois en promenade sur Market St. Nous sommes allés, comme nous le devions en cette circonstance, boire un verre au Café de la Presse, bistrot français à deux pas du consulat, sur Grant Avenue.

  • Outre-Atlantique

    « Nos deux peuples ont traversé dans leur histoire les plus grandes épreuves que l’on peut connaître. A Yorktown, à Omaha Beach, et aujourd’hui en Afghanistan, notre destin est commun, c’est celui de deux peuples libres qui croient dans la liberté, qui veulent la liberté et qui défendent la liberté […] Dans mon pays, il y a des milliers de croix blanches. Avec des hommes qui ne connaissaient pas la France, qui sont venus mourir en France. Je veux vous dire que chaque fois qu’un soldat américain meurt dans le monde, je pense moi, à ce que l’armée d’Amérique a fait pour la France. »

    Extraits du discours de Nicolas Sarkozy prononcé lors du dîner offert par M. Georges W. BUSH, Président des Etats-Unis d'Amérique et Mme Laura BUSH, le 6 novembre 2007 à la Maison Blanche.

  • Un roman

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    Un bien beau livre, qui m’a laissé rêveur et perplexe : l’histoire d’un homme, de l’amour qui tourne à la folie, l’histoire d’une famille, l’histoire d’un siècle. A lire !

  • Une loi scélérate !

    Je ne sais pas vous (tournure sympathique) mais je suis actuellement harcelé de messages électroniques sur ma messagerie professionnelle provenant de collègues bien intentionnés, pétitionnaires aguerris qui n’ont de cesse de vouloir me faire réagir à cette affreux projet de loi adopté par l’assemblée nationale le 23 octobre dernier « relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile ». Il s’agit du projet n°47 de loi (assez joliment dite « petite loi ») que l’on peut lire ici. La pétition du jour est celle-ci. Outre que les noms qui y figurent (par exemple, ceux de MM. Aounit, Sopo) ne me donnent absolument pas envie d’y ajouter le mien, je trouve que le délire le plus féroce règne actuellement autour de ce texte (ou d’une partie de ce texte). Ses opposants, qu’actuellement rien n’arrête puisqu’ils n’hésitent pas à parler de rafle pour une reconduite à la frontière en application de la loi), nous parlent au sujet de cette loi de « flicage », de statistiques au faciès, etc. Lorsqu’on lit le passage incriminé de la loi, on découvre que l’article 20 (alinéa 1) concerne: « Les traitements nécessaires à la conduite d’études sur la mesure de la diversité des origines des personnes, de la discrimination et de l’intégration […].La présentation des résultats du traitement de données ne peut en aucun cas permettre l’identification directe ou indirecte des personnes concernées. » ne pourront se faire que dans le cadre de la loi informatique et liberté et que cela ne concernera (alinéa 3) que « Les traitements statistiques réalisés par les services producteurs d’informations statistiques définis par un décret en Conseil d’État dans le respect de la loi n° 51-711 du 7 juin 1951 sur l’obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques, après avis du Conseil national de l’information statistique et dans les conditions prévues à l’article 25 de la présente loi. » En résumé, ces statistiques « ethniques » ne seront menées que par les organismes publics (INED, …) en application de la loi informatique et libertés. Quel projet affreux ! Il faut dire, qu’à l’INED, tout le monde n’est pas du même avis. Il y a des pétitionnaires et il y a des gens qui s’inquiètent de l’aveuglement français sur le sujet (on peut lire ici un avis intéressant). D’ailleurs, l’alinéa 1 ne précise pas que ces statistiques serviront d’emblée à « fliquer » les gens d’origine étrangère mais, également, à « mesurer la discrimination » que subisse ces mêmes personnes. Verrons-nous fleurir, dans quelques années et sous l’influence du génial CRAN, une pétition invitant à mettre en œuvre sans attendre le décret d’application de cette loi puisqu’on sait bien que tout étranger en France subit d’affreuses discriminations (c’est quasi obligatoire, notre pays est raciste !), peu importe qu’ici ou là on voit beaucoup d’étrangers (ou de Français d’origine étrangère) dans nos prisons condamnés pour des délits bien réels et qu’on oublie, nous autres racistes, de nous poser la question qui fâche : pourquoi sont-ils si nombreux derrière les barreaux ? D’ailleurs, on le voit (on n’est pas aveugle, tout de même) mais on ne le sait pas parce c’est interdit de savoir (« pas de statistiques ethniques ! »)

    En résumé, avec des appels comme celui-ci, débiles, malvenus, jouant sur des peurs imaginaires (nous vivons dans une démocratie forte, vivante et véhémente (la preuve !), pas dans une dictature), c’est tout un mécanisme qui se met en place visant à défier le pouvoir en place, pouvoir peut-être détestable aux yeux de certains, mais élu par une majorité de Française et de Français.

    Sur le fond, on sait très bien que notre président ne vit que dans l’agitation et spécialement dans l’agitation du chiffon rouge (avant de passer à autre chose, pour guérir sa mégalomanie rédemptrice). Les reconduites à la frontière et toutes ces lettres circulaires envoyées aux préfets ne sont que de la poudre aux yeux. Les projets de M. Sarkozy ne sont pas de mettre un frein à l’immigration mais de laisser faire (puisqu’il n’y a rien d’autres à faire que de laisser faire vu que le débat sur le sujet est absolument tabou, l’idée même que puissent exister des divergences sur ce sujet étant le tabou des tabous).

  • Provence II

    Départ dans la matinée pour le pont de la reine Jeanne, à Vilhosc, que le Guide Bleu signalait comme intéressant. Il l’est, en effet, même s’il faut avoir envie de le voir car il se trouve à l’extrémité d’une route très étroite et assez sinueuse. C’est un beau passage jeté au-dessus du vide. Les sources consultées ne s’accordent pas sur sa date de construction (du XIVe au XVIe, rien que ça !). L’histoire du pont et de sa dédicataire sont ici. Le soleil n’avait pas encore atteint ce fond de vallon reculé, les photos ne sont donc pas terribles. La destination de la journée était la vallée du Jabron, à quelques kilomètres en aval de Sisteron. Nous avons commencé par une jolie marche sous un soleil resplendissant et intense pour nous rendre au village abandonné et ruiné de Vieux-Noyers. Il est l’exemple même de l’exode rural qui a touché les parties les plus reculées de notre beau Pays ; sans doute abandonné au début du XXe siècle, les tombes les plus récentes du cimetière datent de cette période. Bizarrement, l’église (très simple : chevet plat avec trois grandes fenêtres dans le style provençal) est en contrebas du village qui s’organise autour de ce qui fut un château. Les ruines dominent deux vallons assez ouverts au regard et, par la-même, sur une grande partie de la vallée du Jabron. La maison qui a toujours le plus d’allure est ce qui fut l’auberge, avec son toit à génoises. On y trouve même un vieux poêle à bois (où est caché le livre d’or). La redescente vers le « village neuf » permet de découvrir quelques paysages à la Pagnol et un petit oratoire. Après le dernier piquenique de l’année (ici), la grande affaire fut de monter à l’assaut de la Montagne de Lure, sœur jumelle (au moins dans son aspect) du Ventoux (qu’on aperçoit d’ailleurs très bien depuis le sommet à 1826 mètres). Le panorama, notamment vers le nord, est absolument gigantesque et grandiose : toutes les Préalpes du sud, l’Obiou (?), la vallée de la Durance jusqu’à Gap (visible à l’œil nu), le pic de Bure (l’observatoire astronomique, itou), les géants de l’Oisans (La Barre des Ecrins et le Pelvoux), les hauts-sommets du Queyras. Côté sud, c’est tout aussi étendu mais moins spectaculaire car on a le soleil un peu dans les yeux : Sainte-victoire, sans doute et, peut-être, mare nostrum, tout au loin.

  • Provence I

    Nous avons fui vendredi matin la grisaille dauphinoise pour nous réfugier en Provence, à Sisteron. Comme souvent, le brouillard était présent jusqu’au col de la Croix-Haute où s’opère un net changement d’air : grand soleil et teintes automnales. Nous nous sommes arrêtés à Aspres-sur-Buëch où je passais en train lorsque j’étais enfant et que j’allais en colonie dans à Embrun. Le village est minuscule, perdu dans la plaine, loin de tout mais au carrefour de nombreuses routes. Il y a une jolie petite église, au portail un peu naïf (peut-être postérieur à la construction de la façade, en tout cas très propre). Une pierre écrite est enchâssée dans un mur. Un peu plus loin, une sorte de tour-campanile domine le village. La vue sur la vallée du Buëch est assez belle. A Sisteron, je suis souvent passé, sur la route d’Aix-en-Provence, mais je ne m’y étais jamais arrêté. Le site est  près d’un étroit défilé où coulent la Durance et où passent toutes les voies de communications routières et ferroviaires. Le monument de la ville est la fameuse citadelle qui trône sur un fin éperon rocheux. Sa construction s’étire de la période médiévale jusqu’au XIXe siècle. Vauban est passé par-là. Il a beaucoup critiqué les travaux antérieurs mais à peu modifier le site. Plus tard, la citadelle a servi de camp de prisonniers. Il a été très fortement endommagé en août 1944, lorsque les alliés bombardèrent ce point stratégique. La visite est intéressante bien qu’elle soit un peu sons (beaucoup) et lumières (pas du tout). La vue sur la montagne calcaire au-dessus du faubourg de la Baume est vraiment saisissante, surtout depuis la petite échauguette dite « du diable » qui est comme au-dessus du vide. La ville est construite aux pieds de la citadelle, protégée du vent du nord. Elle s’organise un peu comme un amphithéâtre dont les pieds baigneraient dans la Durance. Le monument le plus intéressant est la belle cathédrale Notre-Dame dont le portail à claveaux dichromiques est très beau bien que le morceau de plexiglas qui bouche la béance du tympan ne soit pas du meilleur effet. La curieuse rotonde octogonale, légèrement déportée par rapport à la base du clocher (peut-être, d’ailleurs, qu’il s’agit de la base du faitage primitif) et qui est entourée d’une succession de colonnettes, est du meilleur effet. Cet élément signe une influence lombarde, rarissime « de ce côté des Alpes » (comme dit l’excellent Guide Bleu « Provence-Alpes-Côte d’Azur »). Autour du chœur religieux, s’organise un petit lacis de rues plus ou moins sombres, qui renferme quelques beaux éléments du passé, notamment des portes de belle qualité dont celle de la maison natale du maréchal d’Ornano. Le faubourg de la Baume, sur la rive gauche de la Durance est vraiment très intéressant. S’y trouvent deux éléments majeurs du passé : la petite église Saint-Marcel et le grand ensemble des Dominicains construit à partir de 1248 sous l’impulsion de Béatrix de Savoie. Le clocher, de facture lombarde lui-aussi, est très fin et élancé. On le remarque aisément parce qu’il n’est pas dans l’axe de l’église mais de biais. Un chat joueur est venu à nous et ne nous a quitté ensuite qu’à regret  (apparemment). Il y a de très belles échappées sur la rivière depuis cette rive, notamment sur cette belle propriété qui contrôle le confluent du Buëch et de la Durance. Nos martyrs sont morts ici, aussi. Les évêques de Gap avaient une petite maison de plaisance (je n’ose pas dire de plaisirs) face à Sisteron. Il n’en reste rien sauf une baie géminée dans la façade de l’hôtel du Rocher. Bon dîner au restaurant (« Bonjour Madame-Monsieur » puis, hélas : « bonne continuation messieurs-dames ») des Becs Fins, où se rendent également Michel Galabru et Francis Perrin ! J’ai pu ainsi pu gouter aux fameux pieds et paquets à la sisteronaise, délicieux. Bonne chambre à l’hôtel du Cours, : calme et confortable.

  • Ici et là-haut

    C’était tout de même une belle journée d’automne pour l’enterrement d’un vieux sang français, aristocratique en diable (ou du moins, faisant mine de l’être). Un curé, jeune et chauve (comme il se doit). Un rituel de messe rigide et suranné où les paroles glissent sur nous (faute d’être très assidus en ces lieux). Un encensoir, une musique de circonstances mais si peu enrichissante. Plus j’y pense et plus je me dis qu’il faut bien réfléchir à sa propre fin et ne pas hésiter à choisir ce qu’on aime dans le monde des vivants pour être accompagner de l’autre côté : le Requiem de Fauré (que j’ai réentendu, partiellement, ce matin même, sur France Musique), celui de Dusapin, le De Profundis de Vincent Paulet, une ou deux douzaines de mouvements de quatuor de Beethoven ou de Schubert, quelques chants douloureux de la Passion par Bach et, surtout, peu de paroles (ou des paroles de peu), pas de souvenirs ni d’affreux témoignages (ceux-là même qu’on a jamais reçus de son vivant), encore moins de fleurs sur la noirceur d’une pierre de lave ou la dureté d’un schiste des hautes montagnes. Merci ! Comme dit si bien Hector Obalk à la fin de ses critiques d’art diffusées par Arte.  

  • ça veut tout dire !

    L., l’autre jour : « on s’émulsionne mutuellement » (lapsus culinaire sur l’émulation)

     

  • Rien vu

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    Mélo coréen, ce film ne m’a pas vraiment convaincu. Il traîne en longueur, peut-être parce que son actrice en fait un peu trop et que le scénario est hésitant : découverte de Dieu (ou au moins de la religion chrétienne) puis rejet, images de la folie d’une mère qui perd son fils dans une ville qui a vu naitre son mari (mort, lui aussi). Pour moi, ce film est bien peu asiatique. On pourrait plaquer le scénario dans une atmosphère occidentale, on obtiendrait les mêmes effets. Mais peut-être que je n’ai pas, actuellement, la tête à sentir le génie d’une œuvre si unanimement encensée.