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27 février 2008
Deux expositions.
L’exposition sur l’ethnologue russo-autrichienne Eugénie Goldstern (1884-1942), qui se tient actuellement au Musée dauphinois, est très intéressante ; c’est même une très bonne surprise. Elle est divisée en deux parties assez distinctes. La première présente les travaux et les objets récoltés par la jeune femme durant sont immersion en Savoie (à Bessans) en 1913, alors qu’elle était étudiante, rompant ainsi avec une certaine tradition « d’ethnologie de cabinet ». Il s’agit d’un art assez fruste, sculpté dans le bois du pays, souvent des jouets pour enfant, très stylisés et simples (une bûche et quatre bâtonnets figurent un animal), ou des statuettes en bois polychromes représentants à la fois des saints protecteurs ou le diable croquemitaine. Tous ces objets ravivent le souvenir d’un monde absolument perdu qui ne doit avoir plus aucune sorte de réalité locale (sauf, peut-être, chez de vieilles familles bessannaises et dans les pierres qui, elles, meurent moins vite que les hommes et leurs souvenirs). La deuxième partie de l’exposition s’intéresse à la femme après ce magistral essai de socio-ethnologie qui lui a permis de rédiger sa thèse. Elle se rend ensuite en Suisse, en Italie, où elle continue son passionné travail de collecte d’objets et d’informations, laissant ainsi pour l’éternité une trace de la culture matérielle du peuple des montagnes. L’horreur nazie la rattrape à Vienne. Elle meurt à Sodibor en 1942.
La muséographie est très simple et parfaite pour le sujet. C’est tout à l’honneur du Musée dauphinois d’accueillir une telle exposition (après avoir été présentée au musée savoisien). C’est d’autant mieux que l’exposition Rester libres !, qui se tient toujours actuellement, m’avait laissé un très mauvais souvenir en mélangeant le souvenir de la Résistance (à l’occupant, durant la seconde guerre mondiale) à celui des luttes syndicales (jusqu’aux hurluberlus défilant contre la loi LRU) . Un bien triste rapprochement qui génère une réelle confusion sur la notion de liberté en mélangeant celle, suprême et la plus hautement estimable, qui touche à la survie et à la sauvegarde de valeurs essentielles, et celle, bien plus petite, qui vise à combattre des chimères au nom d’un dogmatisme d’arrière-garde.
22:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Grandeur et misère de la classe politique
« Il serait peut-être temps de comprendre que vouloir exporter de toutes pièces nos régimes démocratiques est une démarche qui aboutit presque immanquablement à l’inverse du but recherché : le rejet de la greffe démocratique. » Hubert Védrine, dans Le temps de penser, émission de LCP-AN (cité dans le supplément TV & Radio du Monde daté du dimanche 24 février).
« Savez-vous ce qu’est la tecktonik ? Une danse et de la très bonne musique. » Michel Barnier, ce soir dans la Boîte à questions de Canal +.
21:05 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
26 février 2008
Ouf, il est arrivé !

21:42 Publié dans Renaud Camus | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25 février 2008
Sans limite
Le dernier week-end de beau temps, après quinze jours de plein soleil, a été remarquable. Je suis retourné au sommet de la montagne du Sorgia, plus précisément au Crêt de la Goutte (encore un nom horrible pour une altière montagne), à 1621m de haut. C’était la première fois, depuis que je m’y rends, que le ciel était parfaitement dégagé. La montée, côté sud, était torride. Bien peu de neige, sauf une très belle congère face au nord et au vent du Jura. De ce massif, justement, on a une belle vue, en enfilade, (le Léman à droite) jusqu’au Crêt de la Neige, qui aveuglait Voltaire dans sa retraite de Ferney. Du sommet, rien qui ne gêne pour admirer tout l’arc alpin en sa bordure occidentale. La belle Jungfrau, la pointe du Cervin (à 138km) plein Est, et jusqu’à la Meije (à 145km) plein Sud. Nos trois pics de Belledonne sont bien ridicules, face à l’énorme Mont-Blanc qui fait face avec ses ouailles (l’Aiguille Verte à gauche, l’Aiguille du Midi itou, Tré la Tête à droite). Il y a tellement de sommets visibles, tant majeurs que mineurs, qu’une petite table d’orientation n’est pas de trop pour s’y retrouver. Ce point de vue est l’un des plus vastes qui soit. Il est le lieu rêvé pour construire une cabane d’ermite, battue par les vents, dans la totale solitude d’une nuit d’orage ou d’un clair de lune.
21:18 Publié dans Cieux | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
21 février 2008
L'homme transparent
« Le Grand-écrivain, en effet, n’est pas simplement un écrivain qui gagne beaucoup d’argent. Il n’est pas du tout nécessaire que ce soit lui qui ait écrit « le livre le plus lu de l’année », ou du moins ; il suffit qu’il ne trouve rien à redire à cette sorte d’évaluation. Il siège dans tous les jurys, signe tous les manifestes, écrit toutes les préfaces, prononce tous les discours d’anniversaire, donne son opinion sur tous les évènements importants et se voit appelé partout où il s’agit de célébrer les résultats obtenus dans tel ou tel domaine. Le Grand-écrivain, en effet, dans toutes ses activités, ne représente jamais l’ensemble de la Nation, mais seulement sa section la plus avancée, la grande élite au moment précis où elle va devenir la majorité, et cela l’entoure d’une excitation intellectuelle durable. »
Robert Musil, HSQ, deuxième partie « toujours la même histoire », chapitre 95 : « Le Grand-écrivain, vu de dos », page 540.
Tout ce chapitre me fait penser à un seul de nos contemporains : Philippe Sollers !
21:13 Publié dans HSQ | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
19 février 2008
Belledonne en bannière
21:36 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
18 février 2008
Démiurge agronome

Alain Robbe-Grillet est mort. Pour rentrer dans l’univers de cet écrivain, cinéaste et théoricien fantasque, bougon et assez insaisissable, je signale le DVD d’entretiens (plus de six heures !) qu’il a eus avec Benoît Peeters en 2002 et dont on peut se faire une idée assez nette ici. C’est absolument passionnant même si on n’a jamais lu une ligne de celui qui disait « le seul engagement possible, pour l’écrivain, c’est la littérature ». A propos du Nouveau Roman, le livre de Jean Ricardou (Seuil, 1973, collection "Ecrivains de toujours") est très clair et passionnant car il donne de précieuses explications sur ce mouvement qui s’enferme assez vite dans un hermétisme total pour le profane. La dédicace du livre est merveilleuse : « Aux nouveaux lecteurs » ; accompagnée d’une belle formule de Boulez : « Les êtres les plus imaginatifs ont le sens de la théorie, parce qu’ils n’ont pas peur qu’elle bride leur imagination, au contraire. Mais les faibles redoutent la théorie et toute espèce de risque, comme les courants d’air. »
21:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
15 février 2008
Pour que la flamme s’éteigne (II) !
Mauvais hasard du calendrier, c’est ce soir le match d’ouverture du Stade des Alpes qui balafre le seul poumon vert de Grenoble, le parc Paul Mistral. Officiellement, bien sûr, il a au contraire ouvert le chemin vers les berges de l’Isère. Quelle folie que ce monstre qui aura couté quatre-vingt dix millions d’euros à la Métro (donc à nous). Le devis initial était de quarante millions d’euros. On aura beau jeu de dire que c’est à cause de l’obstruction systématique des écologistes que la facture est aussi lourde (annulations du permis de construire, recours administratifs, etc.). Mais ce sont tout de même eux qui ont failli faire capoter le projet. Rendons leur hommage, pour une fois. Hélas, les gugusses, bobos en polaire et crasseux à chiens, qui se sont attachés dans les arbres en 2003 n’ont guère apporté de sérieux à cette juste cause. On pouvait se passer de stade à Grenoble (et dans toute son agglomération) mais quitte à le construire, autant le faire dans les « quartiers » de Saint-Martin d’Hères là ou se trouve son public naturel, plutôt qu’en pleine ville. Il faudra donc vivre avec. J’en suis triste car toujours nous aurons cette horreur sous les yeux (déjà qu’il faut se farcir la monstrueuse mairie … cadeau de J.O. de 1968). Michel Destot n’est pas un mauvais maire. De bonne chose ont été réalisées durant ses deux mandats, notamment pour le développement des transports en commun. Le moindre n’est pas de nous avoir évités, pour de nombreuses années, le retour de l’équipe Carignon ou de sa descendance locale, largement discréditée. Comme tous les socialistes, il est un peu aveuglé par ses idées, notamment sur le blanc-seing spontané qu’il donne « aux quartiers » et à leurs habitants en sortant bien facilement la ritournelle des pauvres gens horriblement discriminés, etc (vous savez, ceux qui se promènent en Nike dernier cri avec le Nokia N95 à la main). Néanmoins, j’ai bien des soucis pour me décider à voter pour lui aux prochaines élections, à cause de stade principalement et de l’hystérie sur les J.O. de 2018 en général. Il n’y aura pas de grande surprise ; tous les sondages le donnent largement gagnant face au jeune UMP Sans Nicolas qui porte mal son nom puisqu’il est dans l’ost du président, ce qui suffit, dans le climat actuel, à lui faire perdre la dernière de ses minces chances.
21:10 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
14 février 2008
Pour qu’enfin la flamme s’éteigne !
Le mardi 6 février, la bonne ville de Grenoble (enfin, son maire et quelques nostalgiques (« 28000 personnes, plus de1/6ième de la population »)) ont fêté en très grandes pompes le quarantième anniversaire des Jeux Olympiques (1968). Cette triste date a donné lieu à une débauche de superlatifs, de larmes au coin de l’œil et surtout, de délires visant à affermir la candidature de la ville (mais, plus largement sans doute, de la région allant de Gap à Genève) aux J.O. de 2018. C’est une très triste nouvelle puisque, non seulement l’idéal olympique est largement trahi par la réalité de foires commerciales que sont devenues ces manifestations, mais l’organisation de tels évènements coûtent une fortune (dans un pays qui n’est guère riche), sont l’occasion de dévastations sans nom, notamment dans les derniers lieux où la nature règne seule. Je veux bien sûr parler de la montagne qui depuis des années a été et continue d’être dévastée par des constructions hideuses, des pylônes à demeure et où règne un gâchis monumental d’eau pour les canons à neige. Mais tous ces arguments n’effraient guère les enthousiastes ! Ils ont de leur côté l’argument massue : tout ceci créera des emplois ! Le développement économique est devenu la parade imparable pour faire taire les mauvais-coucheurs. Peu importe que le réchauffement climatique rende bien aléatoire le retour sur investissement. Un maire, un président de région, savent bien qu’obtenir les J.O., c’est mettre un sacré coup d’accélérateur pour remettre un territoire au niveau puisque, pour un tel évènement, l’argent pleut du ciel: l’Etat, et l’exécutif en général, sont bien trop heureux d’être sur la photo de l’inauguration : « rien de cela n’aurait été possible sans l’effort des collectivités locales et des services de l’Etat. Je tiens à les en remercier ». La petite phrase est toute prête. Qui la prononcera en 2018 au pied du TGV (Téléphérique à Grande Vitesse) qui reliera Grenoble à l’Alpe d’Huez en moins de vingt minutes ?
Nous, habitants de Grenoble et de sa région, demandons instamment aux élus du peuple de suspendre toutes les démarches officielles et officieuses visant à poser la candidature de la ville ou de la région aux Jeux Olympiques d’hiver 2018, attendu que ceux-ci seront sources de maux inouïes, qu’ils finiront de dévaster l’une des dernières parties du territoire national où la densité humaine est faible et, doit, en ce sens, être préservée de tous développements économico-touristiques. Que, d’autre part, l’olympisme moderne, par sa référence permanente aux valeurs marchandes les plus viles, ne correspond plus aux idéaux qui ont prévalu à sa renaissance à la fin du XIXe siècle.
19:55 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12 février 2008
Jardin secret
Petite concession au modernisme, un peu loin des quatuors de Beethoven, mais très bien (dans une toute autre catégorie, bien plus basse sur l’échelle des valeurs, sans doute), le dernier album de Radiohead est une très belle réussite qui ravit le fan que je suis depuis que la jeune L. m’a fait découvrir, il y a quelques années de cela, ce groupe mythique. On y retrouve les mélodies planantes et la richesse des ornementations musicales. La lente et douce mélopée Nude (« Don’t get any big ideas/ they’re not gonna happen/you’re paint yourself white/and fill up with noise/ they’ll be missing ») a tout pour devenir un tube planétaire. Elle me donne envie de revivre un été en colonies de vacances, en slowant sur ce rythme infiniment nonchalant.

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