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  • Vertes prairies

    Le château de Sassenage, ou plutôt ses meubles, à moins que ce soit la Fondation chargée de veiller sur le précieux héritage de la dernière descente de l’illustrissime et prestigieuse famille éponyme, a récemment fait parler de lui. La polémique a même eu une certaine portée nationale. Le Conseil général s’est finalement réveillé en faisant sursoir à la vente de certains joyaux de la collection. Mon propos, en cette chaude soirée, n’est pas de paraphraser – pour une fois ! - à l’infini les récents évènements. Simplement, nous avons fait, il y a quinze jours de cela, une délicieuse promenade dans le parc. Il y avait longtemps que nous n’étions pas allés entre ces allées, sous les arbres vénérables (dont un au moins, vient de passer de vie à trépas). Il me semble même que le jardin – si l’on peut parler de jardin – est plutôt plus entretenu qu’il y a quelques années. Surtout, une immense prairie, savamment laissée à l’abandon, agrémentée de délicieuses coupes franches permet de divaguer à l’envie parmi ces quelques hectares. Les hérons, comme les romantiques s’y plaisent beaucoup. Malgré la densité d’habitats à proximité - avec toute la laideur que cela entraine-, le proche immédiat est plutôt joliment assorti aux bâtiments, tant le château lui-même que les communs ou les deux petits pavillons d’entrée qui sont absolument délicieux (la vigne vierge y est pour beaucoup). En réalité, à tout bien réfléchir, je n’aime pas à la folie ce château que je trouve un peu trop brut, le toit surtout, un peu disproportionné et qui n’est pas couvert de ces merveilleuses tuiles à écailles, si caractéristiques de notre belle région. Comme toutes les bâtisses de style Louis XIII, il est un peu sévère, pas très joyeux d’aspect. Néanmoins, il ne faut pas gâcher son plaisir. Le lieu est superbe bien qu’on manque de recul pour la vue car la gigantesque falaise du rebord septentrional du Vercors vient mourir à ses pieds. Cette mort a accouché d’une belle, en la personne de la merveilleuse fée Mélusine, très liée à la proche résurgence qu’on appelle Cuves de Sassenage. La divine sirène tient même les armoiries des familles Béranger et Sassenage sur le blason que l’on peut voir au-dessus de la porte d’entrée. En ce samedi de juin (alors pas très ensoleillé), c’était l’endroit parfait pour lire, rêver et s’évader du temps présent.

  • (En très respectueux salut d’une collègue post doctorante sur le départ)

    Rien, cette écume, vierge vers

    À ne désigner que la coupe;

    Telle loin se noie une troupe

    De sirènes mainte à l'envers.

     

    Nous naviguons, ô mes divers

    Amis, moi déjà sur la poupe

    Vous l'avant fastueux qui coupe

    Le flot de foudres et d'hivers;

     

    Une ivresse belle m'engage

    Sans craindre même son tangage

    De porter debout ce salut

     

    Solitude, récif, étoile

    À n'importe ce qui valut

    Le blanc souci de notre toile.

    (Salut de Stéphane Mallarmé)

  • Pas assez bigarré !

     

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    Un conte de noël, Roubaix ! Film d’Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Matthieu Amalric, etc.

    En sortant du cinéma, dimanche midi, j’étais plutôt content de ce film. Il faut dire que j’ai toujours beaucoup aimé les films de Desplechin, surtout Comment je me suis disputé. Et puis, en y repensant « à froid », je me suis dit que le genre était peut-être un peu épuisé, que ces histoires de familles compliquées où tout le monde est plus ou moins hystérique, fou, alcoolique, drogué, artiste raté finissaient par devenir un peu trop systématique. En y repensant maintenant, je me dis que malgré ce côté qui peut en agacer certains, le génie de Desplechin est bien réel. Ce film, d’ailleurs, me semble bien plus léger, drôle et comique que le sujet ne le voudrait (un sujet de vie et de mort, version roulette russe). C’est peut-être d’ailleurs, le moyen de mettre un peu de distance avec la réalité. A chacun de ses films, on a l’impression d’assister à la mise en scène de sa propre vie (je veux dire la sienne, pas la notre… encore que) et que toutes ces réalisations sont l’occasion d’exorciser le passé (ou peut-être même le présent). Quoiqu’il en soit, ce cinéma d’intellectuel qui ne parle pas beaucoup de la réalité (enfin d’une certaine réalité) indispose fortement les bienpensants. Témoin, cette dame Retaillaud-Bajac dont la belle prose a été publiée sur une demi-page dans le Monde de dimanche dernier (on se demande comment le Monde, journal de référence, etc. peut consacrer une page a une pensée si mollement dans le vent qu’on entend partout, tous les jours, de Nicolas Demorand au Grand Journal de Canal+). Pour ces gens, il n’est plus possible de parler ce qui relève de l’intime, du choix personnel qui ne soit pas l’exhibition sordide d’un moi insignifiant et plat. Il faut montrer le monde tel qu’il est, aussi moche et inintéressant soit-il :

    « On ne peut m'empêcher de penser qu'ayant eu à arbitrer, parmi beaucoup d'autres, entre ce film et celui de Cantet, le jury cosmopolite du Festival de Cannes a fait un choix lourd de sens, qui valorise le social plutôt que l'ego, la bigarrure plutôt que le monochrome, le politique plutôt que l'intime. Non, je veux le croire, par désir de jouer "le réel" contre "l'art" (grand styliste à sa façon, Cantet n'est pas Michael Moore). Mais parce que notre monde globalisé, en mutation rapide, secoué de revendications composites, a besoin d'un cinéma qui, plutôt que de gommer par égotisme esthétisant tout rapport de domination, en révèle les nouveaux ressorts. »

  • Fin de saison

    MC2 : Stravinski/Kapustin/Beethoven, Quatuor Artemis (le 22 mai) ; Haydn, Sept Dernières Paroles du Christ, Quatuor Rosamunde (9 juin).

    Hier soir, c’était pour moi le dernier concert de la saison 2007/2008 de la Maison de la Culture (MC2) de Grenoble. La note finale ne m’a beaucoup émue car ces Dernières Paroles, en version pour quatuor, me semblent d’une très grande faiblesse. A aucun moment, sauf pendant telle ou telle petite phrase qui dure à peine cinq seconde, l’émotion n’apparaît (encore moins ne transparaît). Haydn a, il me semble, fait beaucoup mieux dans le genre du quatuor. Dans cette œuvre, on retrouve sans arrêt les petites pirouettes mélodiques qui, peut-être, pouvaient (jadis) émouvoir une dame pieuse mais à notre époque, ce n’est guère possible. Le ton général est monocorde, même pas triste bien qu’on parle d’adagio grave et cantabile (le second). C’est le ton un peu résigné d’une commande à honorer dont on ne sait pas trop comment s’en débarrasser. Les membres du Quatuor Rosamunde ont donné pourtant une très belle interprétation de ces pièces avec un son très beau, vaste sans aucune sensation d’effort ni de gêne. C’était donc une belle réussite… malgré la musique. Ce concert était à suivre par la version pour orchestre que je n’ai pas pu suivre. Peut-être qu’elle m’aurait réconcilié avec Haydn…

    Le 22 mai, le Quatuor Artemis s’attaquait à un répertoire autrement plus fort dans le registre du beau et de l’émotion. Avant de jouer la pièce de Kapustin, le violoncelliste Anja Lechner a longuement expliqué qui était ce musicien russe contemporain, assez peu connu en Europe de l’ouest. Son quatuor opus 88 n’est pas déplaisant, très jazzistique dans son atmosphère. C’est une pièce agréable à entendre, légère et quelques fois (pas souvent) un peu plus grave. Mais, je pense qu’elle ne s’élève pas à des hauteurs stratosphériques dans l’échelle du génie musicale. Surtout, lorsqu’on l’entend entre des œuvres de Stravinski (notamment le Concertino pour quatuor à cordes) et deux quatuors (et lesquels !) de Beethoven (opus 130 & Grande Fugue op. 133). De ce programme fort divers, les Artemis se sont très bien tirés en donnant une belle interprétation, généreuse et personnelle.

    Le programme de la saison 2009 est arrivé dans les boîtes à la lettres et sur le site internet de la Maison. Le choix sera encore difficile…

  • Aux belles marquises...

    « De l'autre côté de cette Seine, non loin du Marais, madame de Vintimille m'avait présenté à Méréville. Méréville était une oasis créée par le sourire d'une muse, mais d'une de ces muses que les poètes gaulois appellent les doctes fées. Ici les aventures de Blanca et Velléda furent lues devant d'élégantes générations, lesquelles s'échappant les unes des autres comme des fleurs, écoutent aujourd'hui les plaintes de mes années. » Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre XVII, chapitre 1.

    Il y a longtemps que je voulais découvrir le Domaine de Méréville car, lorsqu’on s’intéresse à l’art des jardins et au XVIIIe siècle dans sa veine finale (et les prémices du romantisme), ce nom revient sans cesse. C’est aussi parce qu’après des années d’abandon et de saccage, la Puissance publique, sous la main du Conseil général de l’Essonne a acquis les quatre-vingt dix hectares du parc ainsi que le château. Du bâtiment,  il ne reste rien sauf le toit et les murs. Il a d’ailleurs l’air d’un triste malade, pas très en forme. Dans son état actuel, il ne correspond pas à ce qu’en a connu son propriétaire le plus illustre, le marquis de Laborde, négociant et « banquier de la cour » qui finit à l’échafaud un jour d’avril 1794. Le parc a connu bien des vicissitudes : abandon, saccage et transformation en peupleraie de rapport. De nombreuses fabriques – ces petits bâtiments disséminés un peu partout dans le parc – ont été détruites mais quelques unes sauvées et remontées dans un autre joyau du département de l’Essonne : Jeurre. Actuellement, les jardins sont dans un état intermédiaire ce qui, personnellement me convient très bien, puisqu’il parait illusoire de recréer ce qui n’est plus. Si déjà, ce qui reste, dans sa forme entière ou par l’évocation de ruines est conservé et bien conservé, ce serait merveilleux. J’aime aussi les herbes hautes, le chemin à peine tracé par un sommaire débroussaillage. Le Domaine n’est que très rarement ouvert à la visite. Nous avons profité du « week-end aux jardins » pour parcourir ces belles prairies, en compagnie d’un jeune, sympathique et très enthousiaste médiateur culturel. Pour l’occasion, lui et ces collègues étaient habillés d’un large tablier rose et d’un petit chapeau, façon du grand-père des graines d’élite Clause. C’est extrêmement bobo mais ce n’était pas si mal, en définitive. Au fil de la visite, on passe devant les plus beaux restes de l’évocation : le pont des roches, la grotte derrière la laiterie, le pont vers l’île Natalie, le pont sous les enrochements où se trouvait jadis le temple de la Piété filiale (hommage d’un père à sa fille), actuellement à Jeurre. Le « monument » le plus surprenant est ce curieux potager, en réalité un enclos de murs orientés au levant. Il y a dans le parc, de beaux arbres mais aucun n’a connu l’époque bénie de Laborde : les plus vieux aurait à peine plus de cent-cinquante ans. Il y a donc, dans cette prairie de hautes herbes beaucoup d’espaces libres, de très belles vues et encore plus de perspectives. A peu près rien n’abîme l’œil sauf, à l’est, quelques vilaines maisons « milieu du XXe  siècle ». Le village, d’ailleurs, est lui aussi assez beau. Il a gardé un cachet « village de fond de vallée en bord du plateau beauceron », notamment les maisons groupées autour de la vieille halle en bois (1511). Hors ouvertures exceptionnelles, on peut visiter aux beaux jours et sur rendez-vous, le Domaine le dimanche après-midi. Il est même très facile (et très tentant) d’organiser une belle promenade d’une journée : Chamarande, Jeurre, Méréville et le Marais.

  • Promenade avec l'art

    Quelques jours après avoir vu l’exposition Promenade de Richard Serra dans le cadre de  l’évènement artistique annuel Monumenta au Grand Palais, je n’arrive pas à me prononcer ni dans un sens ni dans un autre. J’ai aimé l’œuvre en elle-même mais je ne suis pas certain qu’elle soit faite pour la vaste nef. Malgré ses dimensions assez extraordinaires - chaque plaque d’acier mesure dix-sept mètres de haut et pèse soixante-quinze tonnes ! – je ne la trouve pas particulièrement à l’aise dans cette espace gigantesque, trop grand, trop haut. Les cinq plaques sont installées selon le grand axe du bâtiment, à égale distance les unes des autres, savamment inclinées pour générer des jeux de perspectives et accroître encore sous certains angles de vue – s’il en était besoin - la pesanteur de leur masse. On prend autant de plaisir à voir qu’à se promener, ce qui implique que cette œuvre dialogue avec le visiteur ; ce n’est pas la moindre de ses qualités. Il est d’ailleurs surprenant de voir combien les gens tournent et cherchent, jamais satisfaits d’un angle ou d’une perspective. Le bâtiment, sur cet ensemble, apporte une coquille protectrice, une lumière absolument admirable sur des plaques sombres, rugueuses et brutes. Il est bien dommage que l’accès aux coursives de l’étage ne soit pas autorisé, pour varier encore plus les plaisirs. On peut voir les plaques du haut du tortueux escalier d’acier mais on ne découvre alors que des tranches, relativement fines et transparentes ce qui ajoute encore un point de vue et surtout l’autre dimension : le massif est devenue léger comme une feuille de papier. On peut voir ces plaques rectangulaires comme une antithèse du jeu des arcatures qui porte la verrière et la coupole ; une sorte de retour à la forme architecturale primitive, plus de cent ans après la construction du bâtiment qui fut à la pointe de la technique de son temps. D’un autre côté, c’est aussi un hommage de l’acier à l’acier. Des médiateurs culturels aident le visiteur – ceux qui le désirent – à comprendre la démarche de l’artiste. Un petit guide a également été édité pour l’occasion avec un texte très intéressant d’Alfred Pacquement illustré par des images d’œuvres antérieures de Richard Serra. En parallèle à l’installation du Grand Palais, la superbe Clara-Clara datant de 1983 a été réinstallée pour l’occasion au Jardin des Tuileries dans la perspective de la place de la Concorde. Cette œuvre fut la première réalisation de l’artiste à être en courbe et conique.