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  • Ici de mille fards la traïson se déguise

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     Ici de mille fards la traïson se déguise,
    Ici mille forfaits pullulent à foison,
    Ici ne se punit l'homicide ou poison,
    Et la richesse ici par usure est acquise

    Ici les grands maisons viennent de bâtardise,
    Ici ne se croit rien sans humaine raison,
    Ici la volupté est toujours de saison,
    Et d'autant plus y plaît que moins elle est permise.

    Pense le demeurant. Si est-ce toutefois
    Qu'on garde encore ici quelque forme de lois,
    Et n'en est point du tout la justice bannie.

    Ici le grand seigneur n'achète l'action,
    Et pour priver autrui de sa possession
    N'arme son mauvais droit de force et tyrannie.

    (Du Bellay, Les Regrets, sonnet #127)

  • Histoire de bêtes

    [Journée du lundi 10 novembre]

    Bien qu’elle ne soit pas très éloignée de G., la partie de la Drôme qu’on appelle « des collines » nous est mal connue. Il n’y a pas vraiment de rupture entre les paysages que l’on voit à Saint-Antoine l’Abbaye et ceux, tout aussi moelleux, de la basse vallée de l’Herbasse. Nous avons donc découvert tout ce pays par une large boucle pédestre autour du village de Montmiral. La journée commença assez mal car nous nous retrouvâmes assez vite face à une espèce de chien loup, à la mine bien menaçante, et à l’air peu engageant (bien qu’il ne nous ait jamais aboyé dessus). Bref, le départ de la promenade fut repoussé à bonnes distances de ce molosse. Bien que le chemin fût bien balisé et fort connu de tous, il nous fallait traverser certaines exploitations agricoles, dans le genre hangars en tôles dont on ne sait jamais si un fameux « chien de ferme » ne va pas jaillir de sa cachette. Ses petites angoisses, très injustifiées dans le cas présent, ne laissent guère nos nerfs en repos, ce qui est toujours bien préjudiciable à une randonnée sereine et ouverte le paysage. Le pays, pourtant, est assez beau car il domine largement la plaine de l’Isère dans un moutonnement assez harmonieux qui porte la vue jusqu’au Vercors et ses plus hauts sommets (Grande Moucherolle, Grand Veymont) que l’on voyait très nettement au-dessus du rebord occidentale du plateau. Certes les forêts sont très pauvres (bouleaux chétifs et châtaigniers gros comme le poing, de temps un beau hêtre) mais leur étalement, entre les prés et les maigres champs cultivés croulants sous les galets laissés ici au würm, donnent une assez belle harmonie à la campagne. De jolis petits ruisseaux – on ose à peine les appeler rivières - sont dispersés ça et là à travers les failles dans la pierre de molasse, très utilisée aux alentours dans les plus belles constructions du passé. La plus belle de ces ruisselles est la bien nommée Joyeuse qui coule comme elle peut en de larges (et bien peu profondes) méandres. Le déjeuner fut vraiment pris sur le pousse (sans doute le dernier pique-nique au grand air de la saison) car le vent, bien qu’il vienne du Sud, n’était pas très chaud. Au retour, nous avons jeté un œil sur l’église de Montmiral qui a été coupée en deux au XIXe siècle et affublée d’un assez triste et grotesque clocher. Heureusement, le chevet et une partie de la nef sont d’origine beaucoup plus ancienne. Armé de notre Dauphiné roman Zodiaque, nous sommes ensuite partis à la découverte de quelques unes des églises et chapelles de la région. Premier arrêt pour la chapelle Saint-Ange, à Geyssans, mais de nouveau un chien à tête de loup, au pelage fauve comme un lion nous a fait quitter précipitamment le petit cimetière qui entoure ce modeste édifice. C’est bien dommage, car nous n’avons pas eu le temps de le découvrir plus à fond (inutile de penser y entrer : toutes les édifices religieux sont depuis longtemps barricadés à double-tour). La route se poursuit jusqu’à Arthemornay où l’église Saint-Marcellin est très bien mise en valeur, parfaitement propre. Le clocher est très intéressant ainsi que le chevet, assez disparate. Il était dit que nous n’en avions pas fini avec les sales bêtes car L. fut à deux doigt de mettre le pied sur cette superbe couleuvre à collier qui se prélassait tranquillement au chaud soleil d’automne. Prochaine étape : Bathernay et son église Saint-Etienne, un peu isolée du village, en position dominante. Cette fois-ci nous avons du affronter une espèce de boule de poils noirs – peut-être un griffon – qui était très très hostile (sans doute parce qu’il eût aussi peur que nous). Bref… grand détour pour éviter le monstre à dents pointues. Nous sommes donc arrivés par le haut, en voiture, ce qui est, en définitive, le meilleur chemin pour prendre pieds devant le petit cimetière. La route qui y mène est absolument dans le vertige de la ligne de crêtes ; la vue réellement immense, encore plus dominante qu’à Montmiral. Comme le ciel était plutôt sur la pente de l’éclaircissement, c’était encore mieux. Pour en revenir à Saint-Etienne, je ne sais pas si la maison forte qui se trouve à ses côtés n’est pas plus belle que l’édifice religieux. Leur architecture se complète à merveille, le gothique répondant au roman. J’ai beaucoup aimé ces sortes d’atlantes dans la veine grotesque qui n’en finissent pas, depuis des siècles, de supporter le toit de l’église. L’intérieur est un peu trop propre pour paraître ancien ; ce qu’il est pourtant. Au final, on est toujours moins bête avec son volume Zodiaque dans la main car c’est lui qui n’oublie rien (des pierres et du temps qui passe). Au retour – il faisait déjà presque nuit – nous avons jeté un œil au mystérieux château de Crépol qui parait bien endormi mais pas du tout abandonné. Nous sommes arrivés trop tard pour prendre en photographie la grande façade occidentale de Saint-Antoine l’Abbaye sous les derniers rayons de soleil. Chouette, il faudra revenir !

  • La Vie moderne

    Ce documentaire de Raymond Depardon est une petite déception. A vrai dire, certains aspects me plaisent mais je le trouve un peu trop léger par rapport à la gravité du sujet. Ce que je n’aime pas, en particulier, c’est la parole de sociologue dont s’affuble le réalisateur pour faire parler des paysans (et surtout les plus vieux d’entre eux) qui n’ont pas envie d’ouvrir la bouche (les fameux taiseux). Je n’aime pas beaucoup ses questions incessantes, ses relances perpétuelles (On dirait Nicolas Demorand !). Il me semble que certains silences, fussent-ils dans des décors de cuisines éternellement figés dans les années cinquante, disent, émeuvent, bouleversent plus que trois mots difficilement arrachés. Pour ne pas tomber dans l’évocation « fin-du-temps-des-vieux-paysans », le réalisateur s’est attelé à interroger quelques « jeunes » mais, à mon avis, en restant à la surface des problèmes (difficulté de s’installer, difficulté d’acheter des terres), toutes choses que l’on sait déjà que trop. Il n’y a rien, malheureusement, sur l’envie de travailler (et quel labeur !) dans ces solitudes de moyenne-montagne. L’autre gros défaut du documentaire, trop court, est de ne pas assez laisser parler les images pour ce qu’elles sont. Il y n’y a pas, sauf les longs et superbes plans du début et de la fin, de véritable embrassade au pays, à la terre, à l’immensité des paysages. On ne ressent que très rarement, trop furtivement, la beauté de la pierre, l’âpreté de l’air, la limpidité des sources jaillissantes. D’ailleurs, on voit trop de forêts, pas assez de ciels et de vallons. La trilogie, qui se clôt par ce film, avait sans doute des vertus cathartiques pour le réalisateur (fils de paysans qui n’a pas repris la ferme familial, etc.). Le mérite d’un tel travail est de faire un état des lieux d’un monde dont les derniers représentants sont au bord de mourir, au propre comme au figuré. Tout un monde qui sera bientôt lointain et distant mais qui, d’ores et déjà, provoque une sourde et sombre mélancolie sur le spectateur (musique de Fauré aidant).

    A l’occasion de la sortie du film, un livre de photographies de R.B. est disponible au Seuil.

  • Les pierres

    Dimanche dernier, le temps n’était pas très agréable mais nous avons tout de même réussi à sortir aux bons moments de l'après-midi, qui se font de plus en plus courts, depuis le changement d’heure. Première étape: la tombe de Messiaen à Saintt-Théoffrey, près de Laffray, sur le plateau matheysin. Je pensais à un monument plus isolé des autres tombes. Il n’en est rien, bien qu’elle soit assez originale, sans être tape à l’œil. Elle correspond assez bien, je crois, au personnage. Du cimetière, on aperçoit un peu les lacs de la Matheysine et le paysage. Mais c’est depuis la ligne de crête qui sépare le côté lac du côté Notre-Dame-de-Vaulx que la vue la plus large, immense même. Le chemin des Crêts (les biens nommés !) est très beau car la forêt (de hêtres, principalement) est souvent percée de belles vues sur l’un ou l’autre des versants. A l’extrémité de cette modeste épine dorsale, il est même possible de dominer à peu près tout et d’avoir un horizon dégagé, jusqu’à la Chartreuse et Grenoble au Nord, jusqu’à la Mure et le massif de l’Obiou au Sud, jusqu’à l’Oisans, Belledonne et la saignée de la Romanche à l’Est. Ce plateau à mi-hauteur (mais glacial l’hiver) est décidemment très tentant pour y établir ses quartiers… En redescendant vers Vizille, nous nous sommes arrêtés à l’église Saint-Firmin de Notre-Dame-de-Mésage qui est peut-être la plus belle église du département, en tout cas dans le top ten. C’est le volume, la stéréotomie - comme je crois qu’il faut dire -, qui est parfaite dans ce monument. On a l’impression d’un petit bloc homogène, aux lignes pures, à la pierre – du tuf – aussi belle de près que de loin. Le clocher est peut-être la pièce maitresse de l’ensemble ; il est bien assis sans paraître lourd ni disgracieux. C’est peut-être la grâce (de Dieu, des bâtisseurs, …) qu’il faut évoquer en admirant cette splendeur. Le volume Dauphiné roman de Zodiaque parle d’un site sublime. Je ne suis pas tout à fait de cet avis. La basse vallée de la Romanche, à Vizille, n’est pas spécialement jolie bien que le site, entourée de montagnes assez abruptes, soit intéressant (intéressant, surtout, pour celui qui ne connaît pas la montagne, les Alpes) mais l’église est à quelques mètres en contrebas de la célèbre et de funeste mémoire « descente de Laffrey », ce qui n’est pas vraiment un poste de haute solitude.

  • Quand on arrive en ville

    Samedi soir, en compagnie des H., nous avons testé le tout nouveau restaurant Pignol qui vient d’ouvrir dans l’ancien couvent Sainte-Cécile, ex-théâtre le Rio, et futur quartier général des éditions Glénat. Nous étions parmi les tous premiers car le lieu avait été inauguré la veille ou l’avant-veille. Il est bien entendu qu’on ne devrait jamais aller dans un restaurant le lendemain de l’ouverture puisque, par définition, tout n’est pas réglé : ni le service, ni la restauration. Ce n’était pas si catastrophique mais ce n’est pas l’expérience culinaire du siècle (enfin, le siècle est encore long). Le cadre est agréable ; tout à fait dans la veine pseudo moderne et un peu froid qui a court actuellement : peu de couleur, du noir, des gris anthracites, des tables en tôle, etc. Côté assiette, ce n’est pas la révolution gastronomique. Le rapport qualité-prix n’est pas extraordinaire et on à l’impression d’avoir vu (et gouté) mille fois ces petites décoctions en amuse-bouches. L’assaisonnement de la crème d’ortie n’était pas bon (trop fort), idem pour la moule aux échalottes ( ?) qui reste trop longtemps en bouche (pour rester poli). Une petite tranche de foie gras, pour suivre, assez mesquine mais au goût assez bien placé (L. dit qu’il était trop fade mais je croix qu’on s’est trop habitué à mettre des tonnes d’épices sur le foie gras). La volaille de Bresse (bizarrement servie avec sa peau tannée) était parfaite en consistance (comme quoi, d’avoir de bons produits), la sauce trop crémeuse, légèrement écœurante surtout avec l’amidon des pâtes : il y a des mélanges à éviter ! Les morilles n’étaient là qu’en prétexte, comme souvent. Dessert un peu cartonneux mais pas trop sucré (ouf !). La crème a brulé longtemps mais, du coup, elle apparaissait à moitié liquide, tendance grumeaux, lorsqu’il fallait se la mettre en bouche. C’était peut-être l’effet recherché ? Il y avait beaucoup de sociologie à faire ce soir là : toute la bonne bourgeoisie locale s’était donnée rendez-vous pour voir et goûter, dire « on était parmi les premiers ». Il y avait, notamment, un homme qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Houellebecq (incroyable), quelques vagues connaissances (G. est vraiment la plus petite ville de province de France !). Cette partie de l’ancien couvent a été très fortement restaurée. Je ne suis pas fou des appliques murales pour l’éclairage mais les pots (pour les arbustes) dans la petite cours, côté rue de l’Alma, donnent une jolie lumière. Bref, il faudra revenir dans ce bel endroit lorsqu’il aura atteint sa vitesse de croisière, qu’un peu plus de plats seront disponibles au choix (idem pour la carte des vins, mais notre Saint-Joseph n’était pas mal du tout).

    Pour bien terminer la soirée, nous sommes allés au cinéma voir Appaloosa, un western de réalisation contemporaine, qui se veut revisiter les codes du genre. C’est un grand échec ! On ne s’ennuie pas mais on ne voit pas où est la nouveauté. Il y a bien une petite once d’ironie, de clin d’œil au passé mais cela ne va jamais très loin : l’histoire, la mise en scène, les décors sont on-ne-peut-plus convenus. Les acteurs ne sont pas spécialement mauvais, c’est déjà ça !

  • Trop tard...

    J’étais un peu triste de découvrir, jeudi soir, que David Grimal donnait, le soir même, un récital Bach à Seyssins (banlieue huppée de Grenoble, fief de Didier Migaud). Il était trop tard pour s’y rendre, peut-être même pour trouver une place. J’étais déçu pour trois raisons : i) j’aime beaucoup ce musicien : son interprétation de la sonate en la majeur de Franck (avec George Pludermacher) fait partie de mes disques préférés que je réécoute toujours avec beaucoup de plaisir ; ii) je ne connais pas son enregistrement des sonates et partitas pour violon, œuvres majeures que je chérie, iii) l’église Saint-Martin de Seyssins est l’une des plus belles églises du département, à l’éblouissante simplicité et dotée d’une excellente acoustique. Mince !