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  • Sarabande, etc.

    J’avais noté, l’autre jour, ma déception de n’avoir pu assister au concert de David Grimal à Seyssins. En réalité, la manifestation n’avait pas eu lieu pour une raison que j’ignore. Hier soir, je n’ai donc pas manqué ma seconde chance et je me suis joint à la très modeste assemblée – à peine cinquante personnes, ce qui est une honte pour un interprète de ce calibre – qui assistait à ce très beau moment musical. Bon, l’église était glaciale mais bien plus chaude que le vent du Nord accompagné des derniers flocons qui soufflait dehors. Et puis, la belle musique réchauffe le corps (après avoir échauffé l’esprit). Comment dire qu’on a beaucoup aimé, que certains passages – surtout les plus lents, ceux où l’archet vient, comme une plume, frotter avec une infinie délicatesse les cordes (bourrée de la partita n° 1) – sont absolument inouïs ? L’ensemble n’atteint peut-être pas l’intensité métronomique et canoniale de l’interprétation de Nathan Milstein (que je préfère entres toutes) mais réserve une lecture passionnante et infiniment personnelle de ces pièces passionnantes (pour les détails, les inflexions et les changements de rythme). Ce qui est sûr, c’est qu’on oublie ses soucis quotidiens, notamment de savoir si on a éteint le gaz et ce maudit caillou dans sa chaussure droite. Quand on en arrive là - notamment, lors des longues et inoubliables minutes de la célèbre chaconne de la deuxième partita -, c’est que la musique lumineuse a atteint le point le plus profond de notre hippocampe.

  • Neige molle

    Ce week-end, de misérables petits Jeux de neige furent organisés par la municipalité grenobloise pour amadouer le Comité olympique français (sous-chapitre « J.O. 2018 »). On nage dans le gigantisme et la mégalomanie la plus horrible. Un immense tremplin a donc été construit dans le seul poumon vert de la ville de Grenoble, le parc Paul Mistral récemment défiguré par un stade de football (le sport de masse, déjà). Neige à gogo amenée à grand renfort de camions express des stations de ski avoisinantes et complétée de production locale (canons à poudre). Heureusement, le temps était plutôt doux ce week-end, donc le snowpark s’est vite transformé en bourbier. Trois jours après l’évènement, les tas de neige grisâtre n’en finissent pas de fondre. Et quelle tristesse de voir ces petits citadins tournés comme des lapins en cage sur une petite piste dérisoire de neige à demi-fondue. Quelle tristesse surtout de les voir ici alors qu’ils sont entourés des plus belles montagnes qui soient. D’ailleurs, ils n’y sont que trop souvent, sur ces belles montagnes, pour assouvir leur petit plaisir égoïste de skieur au mépris de la montagne (la vraie, celle qui reste sauvage et inaccessible). Il n’y a plus de distance entre l’ici et l’ailleurs (comme ces temples modernes remplis de neige de culture en plein désert). Malheureusement, l’opposition à ces délires mégalomaniaques n’est pas très digne et son mélange des genres (« contre le flicage que seraient ces JO. de 2018 ») signe un peu trop son appartenance à la limite la plus à gauche de la gauche, tendance nihiliste et « zonards à chiens ». Rien de bien sérieux, donc. D’ailleurs la contre manifestation sera festive (bien entendu !) et sonore (bah oui !). Et puis, vendredi soir – ou plutôt samedi, à trois heures du matin, réveil en sursaut : boum-boum dans la cuvette grenobloise, une monstrueuse sono hurle depuis la Bastille sa rage aux dormeurs. Une soirée électro-je-sais-plus-quoi a été associée à « l’évènement » Jeux de neige. Décidemment, les sponsors – toujours les mêmes, ceux de l’abêtissement le plus vil (téléphone portable, lecteurs mp3) – pourront être contents : maxi impact et maxi public. Ce réveil matinal – impossible de retrouver la sérénité, noyé dans un train d’ondes basse fréquence – sera l’occasion d’un beau rêve : Rameau (ou Marin Marais ou Boismortier) diffusé à plein poumons depuis la montagne du Rachais (qui porte la Bastille). On imagine déjà les sopranos de RESF, tendance SNEPSUP : « mais c’est absolument insupportable d’imposer votre musique de vieux à des gens qui viennent d’ailleurs et dont ce n’est pas la culture… ».