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  • Bistrot-blog

    Je reprends ici les grands entretiens avec Aline Cut, commencés en 2006 et 2007.

    AC : Cher Inactuel, vous vous faites rare sur ce blog. Lassitude ?

    I : Lassitude, oui sans doute et puis le temps qui passe, le manque d’envie de répéter toujours la même rengaine, le « à quoi bon ? » qui gagne. Enfin, réjouissez-vous de me revoir en face de vous, prêt à faire valoir mon point de vue.

    AC : Je m’en réjouis, n’en doutez pas ! Le monde a bien évolué depuis notre dernier entretien. Quelle est votre réaction aux printemps de la liberté qui souffle en Afrique du Nord et dans les pays musulmans, en général.

    Je me réjouis que les peuples opprimés aient réussi à se débarrasser des tyrans qui les gouvernaient. Tout s’est passé si vite. Le monde est un peu chaos, abasourdi par la rapidité du changement et sa soudaineté. Néanmoins, tout n’est pas rose. En Lybie, rien n’est réglé. Le pays me semble plonger dans une guerre civile qui risque d’être sans fin. Passez-moi l’expression mais c’est le bordel et on ne voit pas qui organisera l’ordre et le retour au calme.

    AC : La France, l’Europe ?

    Sans doute pas, nous ne sommes pas les bienvenus, l’ambiguïté récente de notre politique ne plaide pas en notre faveur. Remarquez bien que, malgré les critiques, nous ne restons pas les bras ballants contrairement aux « pays frères » qui ne se préoccupent pas beaucoup du sort de leurs ressortissants. C’est encore à nous, malgré l’hostilité de la rue arabe, selon l’expression consacrée,  de nous occuper de tout cela. Je ne suis pas certain que cela nous ménage de meilleurs sentiments mais nous avons l’habitude d’être le dindon de la farce…

    AC : Ce changement de gouvernance génère bien de l’inquiétude.

    I : Oui et c’est justifié. On sait ce qu’on perd, on ne s’est pas ce qu’on gagne suivant l’adage bien connu. Restons optimistes ! Je ne crois pas la jeunesse de ces pays soit si différente de la nôtre. Tout compte fait, que veut-elle ? Elle a partout la même aspiration ; une belle paire de chaussures de sport et un Iphone. De Shanghai à Alger, le désir est le même : consommer tranquillement – ce qui implique d’en avoir les moyens  -  et vivre sa vie ; être soit même le centre du monde avec en bordures, deux ou trois petites préoccupations écologiques dans une universalité mondialisée, métissée dans un peuple monde transparent.

    AC : Ah ! Vos vieux thèmes…

    I : La démocratie est un grand bien ! Souhaitons leur autant de joie et de bonheur que nous de vivre dans ce merveilleux système (ce n’est pas ironique). Hélas, je ne crois pas que la démocratie est la même ici ou là. Et je ne parle même pas de la tradition démocratique et qui va être un rude challenge (pour parler la novlangue) dans des pays qui ne l’ont jamais connue. D’ailleurs, c’est l’une des questions les plus passionnantes de cette révolution. Ces pays vont-ils épouser notre modèle, en combien de temps ? Quelle sera la friction du pouvoir du Peuple et le pouvoir de Dieu ?

    AC : Vous n’êtes pas très optimiste ?

    I : Si, je le suis, car la classe politique qui gouvernera est en grande partie issue de nos modèles démocratiques et  souvent, même,  a été formée dans nos écoles, a vécu dans notre monde (occidentale). Reste le poids (le mauvais) de la tradition, de la religion, des luttes tribales, etc. Comment calquer un modèle démocratique issue d’une civilisation profondément sécularisée sur une civilisation théocratique et clanique ? Mystère, nous verrons.

    AC : Sans parler de la corruption, à tous les étages.

    I : Oui ! Et ce sera le plus dur à vaincre. Ces révolutions tombent au plus mauvais moment vu l’état de l’économie mondiale. De quoi vivre pour ces peuples, sans autres ressources que le tourisme et la manne pétrolière ? Les Chinois, viendront peut-être les sauver en dépeçant le cadavre…

    AC : Chine très absente pour l’instant…

    I : Et elle le restera puisqu’en interne, le black-out règne. Il n’y a pour elle aucun intérêt à créer du désir parmi sa jeunesse. Je note au passage combien le manque de démocratie en Chine arrange tout le monde (dans la civilisation de l’IPhone pour tous). Une révolution là-bas et ce serait toute la planète qui verserait dans le désastre ! La Chine s’occupera de l’Afrique du Nord comme elle s’occupe du reste de l’Afrique aujourd’hui : comme débouché de ses produits et comme réserve à matière première.

    AC : Pensez-vous que ces révolutions modifieront les équilibres migratoires ?

    Probablement. Du côté de Lampedusa ou de Vintimille, on en est déjà persuadé. Kadhafi était d’une aide précieuse (brutale et sauvage, suivant son penchant) pour réguler les flux en provenance d’Afrique. On ne lui a pas acheté cette faveur à vil prix. Il a beau jeu, maintenant, « d’ouvrir les vannes », sans doute aussi parce qu’il ne contrôle plus rien sur ce point précis (comme sur d’autres). Hélas, nous autres, pauvres Européens insouciants n’avons rien de prêt pour répondre à cet afflux. Chaque pays se retourne fébrilement sur son territoire. On ne peut pas demander à l’Italie d’accueillir tout ce beau monde « en attendant que ». Le flux n’est pas prêt de se tarir. Il faut prendre des décisions courageuses et ne pas permettre à cette immigration de prendre pieds sur le sol européen pour deux raisons essentielles : i) nous avons déjà du mal à éponger les vagues précédentes (avec toutes les difficultés qui y sont associées), ii) la situation du marché de l’emploi ne nous permet plus de fournir du travail à tous.  Il faut donc fermement et courageusement dire « non, ça suffit ». Ce soir, j’entendais de jeunes Tunisiens, arrêtés à la frontière italienne dire « on est parti parce qu’en Tunisie, il y a des pillages et plus de police ». Ce n’est pas un argument recevable ! On ne peut pas quitter son pays alors que l’espace des libertés s’élargit, que tout est à reconstruire ! Bien entendu, il ne s’agit pas de les rejeter à la mer mais d’aider leur pays vers la voie qui est la nôtre. Hélas, si on les aide, on nous traite d’ingérence, de France-Afrique et de France-Total. Si on ne fait rien, on nous traite d’horribles êtres sans cœur ! Encore une fois, demandons au Chinois ce qu’ils font ! Je note – ou plutôt, je relève à nouveau – combien cette parole d’opposition et de contrition vient d’une partie de notre Peuple, ces Français nourrit de la haine de soi qui n’ont que le mot métissage et immigration à la bouche. C’est l’un des évènements les plus déterminants de ces trente dernières années. Comment une partie importante de notre Nation a versé dans le parti pro-immigration ? Pourquoi cette masse informe s’est rassemblée autour de ce thème ? La sociologie ne s’est pas emparée de cette belle question. C’est bien dommage ! Nous en rediscuterons.