Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Image du passé

     

    Musique en Grésivaudan, vendredi 1er juillet 2011 (Quatuor Amôn : Chostakovitch, quatuor #7 & 9, Beethoven, quatuor #8).

    Excellent concert dans l’église à la belle acoustique de l’abbé Calès à Tencin. L’audience aux cheveux bien grisonnants n’était guère fournie. J’ai bien peur que ces petits festivals soient à terme condamnés. Ils vivent de subvention des autorités départementales (peut-être) et n’attirent plus. La présidente de l’association qui l’organise a dit quelques mots pour rappeler la situation et la précarité totale d’une telle démarche, devenue sacerdoce. Les artistes, souvent jeunes et toujours talentueux, sont à défrayer de leur frais et leur cachet doit-être payé. Hélas, l’argent pour la musique (classique) manque. Elle ne manque pas pour les festivals de troisième ou quatrième zone pourvus que ceux-ci soient dans l’air du temps (multiculturels et nous promettant un monde sans frontière, sympathiques en diable*). Il n’y aura donc dans dix ou vingt ans plus personne pour aller au concert et encore moins de monde pour les organiser. Ironie du sort, le dernier bulletin du Conseil général nous livrait (à propos du prochain Festival Berlioz à la Côte St-André) le coup de poignard de la bouche de Monsieur Pascal Payen (vice-président chargé de la culture) :

    « La musique classique est perçue comme une discipline très élitiste. Qu’en pensez-vous ?

    « En Isère, avec le Festival Berlioz, nous prouvons le contraire. Un public de plus en plus large découvre la musique classique et notamment les jeunes. Le prix des places y est moins cher que dans les autres festivals de même importance. Et tout autour du festival, des récitals et des animations, dont beaucoup sont gratuites, dépoussièrent l’image de la musique classique. »

    Bien entendu, la musique (classique) n’a pas besoin d’être dépoussiérée, c’est la cervelle des fameux « jeunes » qui doit-être dépoussiérée. Dans ce genre de brochure départementale, on ne parle jamais de l’éducation au goût et de l’envie de découvrir, de la curiosité. Puisque les jeunes ne s’intéressent à rien de ce qui a fait jadis la culture de tout Être soucieux de sortir un peu du quotidien, autant changer la culture elle-même : rendons-la sympathique, mettons-la au niveau de ces idiots peut-être qu’elle finira par les intéresser (en short en casquette vissée sur la tête). Je l’ai déjà écrit ici : ce n’est pas le prix des places le problème. La Maison de la culture (MC2) de Grenoble propose des places à des tarifs plus qu’attractifs aux « moins de vingt-six ans » et pourtant, de jeunes, on n’en voit guère (sauf les musiciens des Ecoles de musique et les enfants des parents qui se soucient réellement de l'éducation au monde de leur progéniture). Bref, c’est peine perdue. Toute la chaîne de transmission est rouillée et tombe en ruine : les professeurs agrégés adorent feu les Rita Mitsouko ou Mika (et alors ? dit le lecteur énervé que je n’entends pas). En allant au concert, le rite social compte autant que le plaisir d’avoir plaisir. Les codes sociaux, déjà bien attaqués et oubliés de tous, se créent et se cultivent lors de ces évènements : on ne vient pas en short de plage ; si l’on doit parler, on chuchote à l’oreille de son voisin, etc. Le pire et triste, dans l’histoire, est que les autorités départementales semblent elles-mêmes bien peu intéressées par la musique classique, sauf à la marge pour vanter leurs inutiles actions.

    Du concert, je retiens que, décidemment, les quatuors de Chostakovitch sont d’une belle trempe. Je les pratique les jours d’hiver dans la voiture. Leur noirceur volcanique et débridée me plaît. Chaque phrase ouvre un horizon à parcourir. Bien entendu, s’il s’agissait de mourir demain, ce sont les quatuors de Beethoven qu’il faudrait réécouter jusqu’à la fin. Mais c’est le monument qu’on glorifie, l’origine de ce qui suivra et qui se poursuit de nos jours (une référence au passé, quelle horreur dans une époque qui n’aime que ce qu’elle a vu naitre !). Le quatuor est peut-être la forme musicale parfaite, celle qui se rapproche le plus de la conversation humaine et de la verbalisation de la pensée. Il est l’amitié incarnée.

    * voilà que Grenoble, capitale du Dauphiné, organise cette semaine deux jours de fêtes… catalanes !