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Blog

  • Une soirée en musique

     

    Quatuor Johannes, Seyssins, église Saint Martin, 16 octobre.

    Ce fut, comme souvent à Seyssins, un très beau moment. Peu importe que  l’andante cantabile du quatuor n°5 de l’opus 18  de Beethoven ne fut pas joué (le second violon étant indisposé), il se dégageait de ce beau programme (Haydn, opus 77 n°1 et n°3, n°5 de l’opus 18 de Beethoven) une grande énergie, un beau son et une grande harmonie. Le quatuor de Haydn est sans aucun l’un des plus beaux qui soit, que je fredonne souvent. Il redonne allant et bonheur aux jours les plus tristes. L’opus 18 de Beethoven n’est pas mon préféré mais il y a déjà de grandes idées. Bien que ces trois œuvres soient proches dans leur date d’écriture, elles correspondent assez bien à l’idée de l’avancée (inexorable) du temps en musique.

  • Bistrot-blog

    Je reprends ici les grands entretiens avec Aline Cut, commencés en 2006 et 2007.

    AC : Cher Inactuel, vous vous faites rare sur ce blog. Lassitude ?

    I : Lassitude, oui sans doute et puis le temps qui passe, le manque d’envie de répéter toujours la même rengaine, le « à quoi bon ? » qui gagne. Enfin, réjouissez-vous de me revoir en face de vous, prêt à faire valoir mon point de vue.

    AC : Je m’en réjouis, n’en doutez pas ! Le monde a bien évolué depuis notre dernier entretien. Quelle est votre réaction aux printemps de la liberté qui souffle en Afrique du Nord et dans les pays musulmans, en général.

    Je me réjouis que les peuples opprimés aient réussi à se débarrasser des tyrans qui les gouvernaient. Tout s’est passé si vite. Le monde est un peu chaos, abasourdi par la rapidité du changement et sa soudaineté. Néanmoins, tout n’est pas rose. En Lybie, rien n’est réglé. Le pays me semble plonger dans une guerre civile qui risque d’être sans fin. Passez-moi l’expression mais c’est le bordel et on ne voit pas qui organisera l’ordre et le retour au calme.

    AC : La France, l’Europe ?

    Sans doute pas, nous ne sommes pas les bienvenus, l’ambiguïté récente de notre politique ne plaide pas en notre faveur. Remarquez bien que, malgré les critiques, nous ne restons pas les bras ballants contrairement aux « pays frères » qui ne se préoccupent pas beaucoup du sort de leurs ressortissants. C’est encore à nous, malgré l’hostilité de la rue arabe, selon l’expression consacrée,  de nous occuper de tout cela. Je ne suis pas certain que cela nous ménage de meilleurs sentiments mais nous avons l’habitude d’être le dindon de la farce…

    AC : Ce changement de gouvernance génère bien de l’inquiétude.

    I : Oui et c’est justifié. On sait ce qu’on perd, on ne s’est pas ce qu’on gagne suivant l’adage bien connu. Restons optimistes ! Je ne crois pas la jeunesse de ces pays soit si différente de la nôtre. Tout compte fait, que veut-elle ? Elle a partout la même aspiration ; une belle paire de chaussures de sport et un Iphone. De Shanghai à Alger, le désir est le même : consommer tranquillement – ce qui implique d’en avoir les moyens  -  et vivre sa vie ; être soit même le centre du monde avec en bordures, deux ou trois petites préoccupations écologiques dans une universalité mondialisée, métissée dans un peuple monde transparent.

    AC : Ah ! Vos vieux thèmes…

    I : La démocratie est un grand bien ! Souhaitons leur autant de joie et de bonheur que nous de vivre dans ce merveilleux système (ce n’est pas ironique). Hélas, je ne crois pas que la démocratie est la même ici ou là. Et je ne parle même pas de la tradition démocratique et qui va être un rude challenge (pour parler la novlangue) dans des pays qui ne l’ont jamais connue. D’ailleurs, c’est l’une des questions les plus passionnantes de cette révolution. Ces pays vont-ils épouser notre modèle, en combien de temps ? Quelle sera la friction du pouvoir du Peuple et le pouvoir de Dieu ?

    AC : Vous n’êtes pas très optimiste ?

    I : Si, je le suis, car la classe politique qui gouvernera est en grande partie issue de nos modèles démocratiques et  souvent, même,  a été formée dans nos écoles, a vécu dans notre monde (occidentale). Reste le poids (le mauvais) de la tradition, de la religion, des luttes tribales, etc. Comment calquer un modèle démocratique issue d’une civilisation profondément sécularisée sur une civilisation théocratique et clanique ? Mystère, nous verrons.

    AC : Sans parler de la corruption, à tous les étages.

    I : Oui ! Et ce sera le plus dur à vaincre. Ces révolutions tombent au plus mauvais moment vu l’état de l’économie mondiale. De quoi vivre pour ces peuples, sans autres ressources que le tourisme et la manne pétrolière ? Les Chinois, viendront peut-être les sauver en dépeçant le cadavre…

    AC : Chine très absente pour l’instant…

    I : Et elle le restera puisqu’en interne, le black-out règne. Il n’y a pour elle aucun intérêt à créer du désir parmi sa jeunesse. Je note au passage combien le manque de démocratie en Chine arrange tout le monde (dans la civilisation de l’IPhone pour tous). Une révolution là-bas et ce serait toute la planète qui verserait dans le désastre ! La Chine s’occupera de l’Afrique du Nord comme elle s’occupe du reste de l’Afrique aujourd’hui : comme débouché de ses produits et comme réserve à matière première.

    AC : Pensez-vous que ces révolutions modifieront les équilibres migratoires ?

    Probablement. Du côté de Lampedusa ou de Vintimille, on en est déjà persuadé. Kadhafi était d’une aide précieuse (brutale et sauvage, suivant son penchant) pour réguler les flux en provenance d’Afrique. On ne lui a pas acheté cette faveur à vil prix. Il a beau jeu, maintenant, « d’ouvrir les vannes », sans doute aussi parce qu’il ne contrôle plus rien sur ce point précis (comme sur d’autres). Hélas, nous autres, pauvres Européens insouciants n’avons rien de prêt pour répondre à cet afflux. Chaque pays se retourne fébrilement sur son territoire. On ne peut pas demander à l’Italie d’accueillir tout ce beau monde « en attendant que ». Le flux n’est pas prêt de se tarir. Il faut prendre des décisions courageuses et ne pas permettre à cette immigration de prendre pieds sur le sol européen pour deux raisons essentielles : i) nous avons déjà du mal à éponger les vagues précédentes (avec toutes les difficultés qui y sont associées), ii) la situation du marché de l’emploi ne nous permet plus de fournir du travail à tous.  Il faut donc fermement et courageusement dire « non, ça suffit ». Ce soir, j’entendais de jeunes Tunisiens, arrêtés à la frontière italienne dire « on est parti parce qu’en Tunisie, il y a des pillages et plus de police ». Ce n’est pas un argument recevable ! On ne peut pas quitter son pays alors que l’espace des libertés s’élargit, que tout est à reconstruire ! Bien entendu, il ne s’agit pas de les rejeter à la mer mais d’aider leur pays vers la voie qui est la nôtre. Hélas, si on les aide, on nous traite d’ingérence, de France-Afrique et de France-Total. Si on ne fait rien, on nous traite d’horribles êtres sans cœur ! Encore une fois, demandons au Chinois ce qu’ils font ! Je note – ou plutôt, je relève à nouveau – combien cette parole d’opposition et de contrition vient d’une partie de notre Peuple, ces Français nourrit de la haine de soi qui n’ont que le mot métissage et immigration à la bouche. C’est l’un des évènements les plus déterminants de ces trente dernières années. Comment une partie importante de notre Nation a versé dans le parti pro-immigration ? Pourquoi cette masse informe s’est rassemblée autour de ce thème ? La sociologie ne s’est pas emparée de cette belle question. C’est bien dommage ! Nous en rediscuterons.

  • Débile...

    C'est un peu fou, mais je me suis aperçu que lorsque j'enregistrais des notes à partir de Firefox, on ne les voyait pas sur Internet Explorer (8). Très confus, tout ça. Je n'ai pas le temps de me pencher sur les détails donc les deux dernières sont doublées. Mes excuses aux amis du renard à queue courbée...

  • Une de plus

    Et voilà, c’est fini, le bon temps, les jours tranquilles devant le thé fumant, les livres qu’on feuillette négligemment, en prenant son temps, les bons petits plats qui se mitonnent (presque) tout seuls. Les vacances ont du bon, le travail aussi, sans doute ou peut-être. Bonne année à tous !

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    (Vercors, hier)

     

  • 501, etc.

    Il est jeune ou moins jeune, petit ou grand. Elle est brune ou châtain, quelque fois blonde, rarement rousse. L’une aime les brumes matinales, l’autre les animaux en cage, les deux ne sont pas sans qualité. Il lit volontiers Proust au jardin entouré de ses chiens. Elle adore les madeleines, surtout celles qu’elle réalise de ses mains. Aucun photoélectron ne lui résiste. Les doubles-croches sont sa passion. Il aime les concerts dans les villes du sud et les morceaux de verres cerclés de plomb, la statuaire tympanique, aussi. Il est le maître de la Z-RAM. Elle a longtemps tapoté de l’oscillateur harmonique. Deux sont saintongeoises (ou presque). Une (au moins) est l’amie poétesse des vertes collines et des hérons cendrés, son génie se voit aussi dans ses dessins. Un, le croisé qui porte sa croix dans son nom, commente toujours à l’envers avec son humour à rebours. Pas une interprétation d’une rareté d’un catalogue épuisé ne lui échappe. Du Berry, il philosophe en compagnie de Dieu. Deux ou trois, au moins, maitrisent les effets de canaux-courts et le DIBL. Deux, pas plus, se sont déjà saouler au saké plus que de raison. Il lit Télérama chaque semaine avec passion et vote Ségo. Ses bretelles lui vont bien, surtout avec un verre de Chablis à la main. Il y a peut-être aussi, bien qu’elles se fassent plus rares, un docteur en pharmacie et une demoiselle de l’IEP. Elle archive sans cesse, sans douter une minute qu’elle professera un jour. Le diamant enfoui est son nouveau dada. Entre deux concerts, il élève ses lutins. Il est entouré d’une pléiade d’Italiens et n’en finit pas de compter ses nodules. La moitié est marxiste, l’autre vote à droite (séparation équitable de la ligne de partage des eaux). Trois ou quatre lisent le maitre de la préciosité du temps (j’espère que les autres le liront un jour !). Il est un peu d’ici, sa femme surtout, au pied du saint-Obiou. Elle nous parle des saintes parce que c’en est une. Deux sont girondins.

    Amis lecteurs, je vous devais bien cette note !

  • (En très respectueux salut d’une collègue post doctorante sur le départ)

    Rien, cette écume, vierge vers

    À ne désigner que la coupe;

    Telle loin se noie une troupe

    De sirènes mainte à l'envers.

     

    Nous naviguons, ô mes divers

    Amis, moi déjà sur la poupe

    Vous l'avant fastueux qui coupe

    Le flot de foudres et d'hivers;

     

    Une ivresse belle m'engage

    Sans craindre même son tangage

    De porter debout ce salut

     

    Solitude, récif, étoile

    À n'importe ce qui valut

    Le blanc souci de notre toile.

    (Salut de Stéphane Mallarmé)

  • ça veut tout dire !

    L., l’autre jour : « on s’émulsionne mutuellement » (lapsus culinaire sur l’émulation)

     

  • Clic-clac

    Je signale aux Parisiens que les Rencontres photographiques du Xe auront lieu du 16 octobre au 30 novembre 2007 dans divers lieux de l’arrondissement (galeries, bibliothèques,…). Courez-y vite !

     

  • Deux ans

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    Deux ans de blog (minute pour minute). Je lève enfin le voile; l'année prochaine, je montre le bas...

  • Le questionnaire à la c... (merci if !)

    1. Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la ligne 4
    « Je me demande si le meilleur plaisir, avec F., n’est pas celui d’après le plaisir : quand ses mains, ses doigts, l’extrémité de ses doigts, vont et viennent sur tout mon corps, avec une science qui parait distraite, une négligente application » (Vigiles, Journal 1987 ; Renaud Camus)

    2. Sans vérifier, quelle heure est-il ? 7pm.

    3. Vérifiez gagné ! 

    4. Que portez-vous ? Un pull Woolmark.

    5. Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ? Quelque chose au fond de moi.

    6. Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ? Le souffle de l’air dans la V.M.C.

    7. Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?  Ce matin, je suis sorti de moi. 

    8. Avez-vous rêvé cette nuit ? Probablement.

    9. Quand avez-vous ri la dernière fois ? Aujourd’hui.

    10. Qu'y a-t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ? Des photos et des tableaux. 

    11. Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
    La paix intérieure. 

    12. Quel est le dernier film que vous ayez vu ? Lady Chatterley.

    13. Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ? Oui, le crépuscule. 

    14. Que pensez-vous de ce questionnaire ?  Rien de bon !

    15. Dites-nous quelque chose de vous que nous ne savons pas encore. L’annulation de la composante à oméga de la force induite par les charges en regard est obtenue par l’application d’une tension continue. 

    16. Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ? L. 

    17. Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ? L.

    18. Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ? Non.  

    19. Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
    Ite missa est.  

    20. Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ? Les épines des roses. 

    21. Aimez-vous danser ? Non. 

    22. Georges Bush ? Quarante troisième Président des États-Unis d’Amérique.

    23. Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ? Le début de Macbeth de Roman Polanski, hier soir, sur Arte.

    24. Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ? Ceux qui en auront envie.

  • Tour d'horizon

    Pour la première année de ce blog, je recopie ici l’entretien que j’ai eu, par mails interposés, avec la journaliste Aline Cut. Cette interview a été intégrée – si j’ai bien compris – dans le numéro « 0 » de la revue Communication et Modernités éditée par la maison Etudes et Perspectives (Brive-la-Gaillarde). A ce jour, le projet semble à peu près tombé à l’eau. Je me sens donc libre et vous le livre dans son intégralité.

    CB : « Inactuel », drôle de nom pour un blog. D’où vient-il ?

    I : Je pourrai vous dire qu’il vient de loin mais ce serait mentir, à demi. Disons que c’est à peu près le seul mot que j’avais en tête au moment de sa création. Une recherche rapide m’a permis de vérifier que le nom n’était pas encore celui d’un blog. Il s’est donc naturellement imposé, de et par lui-même. Je ne le trouve pas très drôle.

    Est-il le qualificatif qui vous va le mieux ?

    Je ne sais pas. Je ne crois pas que ce soit à moi de le dire. Si je suis ici, à répondre à vos questions, c’est que je ne suis guère inactuel, non ?

    Oui, sans doute. D’où vous vient l’idée de tenir un blog ?

    Question difficile. C’est, je crois, le prolongement naturel de ce que j’écrivais – pour moi – depuis quelques années : des fragments éparts, presque quotidiens ; des impressions, une tentative de saisir un certain air du temps. Disons que la technique est arrivée au bon moment pour répondre à un certain besoin personnel : consigner quelques lignes sans soucis particulier pour la forme, tout en pouvant inclure quelques photos. Et puis, comme beaucoup d’autres « bloggeurs », j’ai lu un très grand nombre de blogues, certains tout à fait remarquables, d’une grande qualité… je me suis pris au jeu et lancé dans l’aventure. Il y a eu aussi l’envie, au retour d’un voyage particulièrement marquant, de parler de cette expérience, de partager une découverte ou, au moins, d’essayer de trier en moi quelques souvenirs.

    Vous sentez-vous intégrer dans une communauté de bloggeurs ?

    Non, pas vraiment. Un nosologue du blogue trouverait sans doute que mes « favoris internet » disent beaucoup sur ma communauté d’appartenance… mais je ne crois pas en être. La blogosphère est une école de modestie. Je le redis, on trouve de très bons sites qui ramènent à la raison si, comme moi, on a tendance à la perdre un peu vite.

    Qu’est-ce qui vous intéresse dans les blogs des autres ?

    Sans doute ce que je ne trouve pas chez moi. J’aime beaucoup les sites très spécialisés dans tel ou tel domaine qui m’intéresse mais que je maîtrise peu, voire pas du tout. J’ai toujours une grande tendresse pour les gens qui ont des opinions assez opposées aux miennes, voire orthogonales. Je suis assez bonne poire et je lis des tonnes de récits souvent stupides, inintéressants… des vies minuscules. Sans doute parce qu’ils me rappellent la mienne.

    Quels sont, dans votre blog, les thèmes qui vous semblent prépondérants ?

    On peut faire un tri rapide avec les catégories des notes. Je crois que cela donne un aperçu assez net de l’ensemble.

    C'est-à-dire ?

    En premier lieu, « l’air du temps » - un peu fourre-tout – mais qui me permet de placer à la fois les petites agaceries du quotidien et les modes qui vont et qui viennent. C’est un peu le squelette de l’ensemble. Mais je m’aperçois que je dois ainsi passer pour un terrible râleur, un vieux radoteur. A cette catégorie, on peut raccrocher la petite dominante « du journalisme » qui est aussi l’un de mes dadas. Le deuxième a pour trait la promenade, souvent presque une divagation ; le lien avec la nature, ici, à Grenoble, dans sa forme montagnarde, qui est un point clé. A cela on peut rajouter quelques entrées sur la littérature et quelques écrivains que j’apprécie énormément. Mais ces notes les servent sans doute assez peu. Je suis bien incapable d’écrire des commentaires et encore moins des critiques valables. C’est, pour moi, comme un mur très haut à franchir. Autant rien n’écrire si cela ne les sert pas. D’ailleurs, lorsqu’un texte me touche énormément, je deviens assez vite « taiseux » comme sont les personnages des textes de Richard Millet, écrivain que j’admire beaucoup. Il y a comme une sorte d’étouffement. C’est un processus très intime, pour le coup. Je me méfie toujours des gens qui vous disent « oulala, ce bouquin, c’est extraordinaire ! ». Généralement, ça me glace l’envie de le lire… sauf s’ils sont des amis très proches.

    Il y a aussi la musique et les concerts, non ?

    En effet. N’étant pas du tout musicien, c’est un sujet très glissant où il m’est possible d’écrire des énormités qui finissent de me discréditer aux yeux des puristes ou des spécialistes. J’y vais donc sur la pente du vécu – le témoignage est si à la mode ! -  et principalement de l’émotion, du plaisir ou du déplaisir que j’ai pu ressentir.

    Pensez-vous qu’il soit possible de tout écrire dans un blog ?

    Cela dépend surtout ce que l’on veut y mettre. Il y a de très bon blog – je veux dire des blogs qui m’intéressent énormément – et qui sont de véritables journaux intimes ; des histoires à ciels ouverts que tout à chacun peut lire, dans le rôle du voyeur. C’est quelques fois étrange et très dérangeant, dans le sens où un certain malaise peut s’installer. Certains bloggeurs arrivent à rester sur le fil du rasoir, à dire énormément avec une économie de moyens – souvent dans une forme épurée, d’ailleurs – que leur texte devient un très beau journal intime. D’autres ne nous cachent rien de leur sexualité ou de leur amoralité au regard de la morale commune du moment, de leurs vices, de leurs perversions, etc. C’est ainsi. Je crois que l’acte d’écrire, je veux dire l’acte d’écrire lorsqu’on sait qu’on sera lu n’est pas anodin. J’enfonce une porte ouverte mais il est indéniable que l’écriture « visible » ne sera jamais l’écriture dans le livre d’écolier qu’on cache sous son matelas. Paradoxalement, il est maintenant possible d’être totalement anonyme et d’écrire « sur la toile » des choses tout à fait invraisemblables, impossibles à coucher sur le papier, avec ce risque d’être lu par un ami, un proche. A contrario, cela donne aussi des bouts de blogs abominables où tout le fiel de la terre est jeté en pâture à la compagnie. C’est imbuvable. Mais peut-être que pour ces diaristes là, Inactuel est un type imbuvable… restons lucide.

    Vous semblez très attiré par les nuages. La seule entrée qui figure dans vos liens renvoie à quelques uns de vos clichés de cieux, orages, soleil couchant.

    Oui, les nuages par leur forme infinie et qui jamais ne se reproduisent tels qu’ils sont à l’instant sont un sujet de fort intérêt pour moi. Malheureusement la photographie – enfin, les miennes – ne parvient que très partiellement à reproduire ce que je ressens à ce moment là. J’ai toujours en tête un coin de ciel, au sud-est, éclairé par un beau soleil au seuil de sa mort quotidienne. J’y vois des nuages floconneux que soulignent un ciel bleu pâle, des teintes virant à l’orange. Ce que j’appelle sans doute improprement un ciel à la Vermeer. A ce moment là, je ne peux que penser aux soleils mouillés de l’invitation au voyage de Baudelaire et, au-delà, à la belle mélodie du musicien Henri Duparc. Et ces chants me renvoient à ma première découverte de Duparc, à l’instant précis où l’on m’a offert ce disque… à mes écoutes ultérieures, aux personnes qui étaient présentes à ce moment là, etc. Je crois que c’est sans fin. Certains sont complètement portés vers l’avenir et n’ont pas de relation avec le passé. Ce n’est pas mon cas. Je ne suis pas dans la nostalgie mais dans l’amour du temps passé, sans tristesse ni aucune rancœur. C’est aussi pour cela que m’intéresse beaucoup chez les gens que je croise, leur histoire, le lieu d’où il vienne, et donc, éventuellement, son histoire par rapport à mes propres souvenirs de cet endroit. Par exemple, j’ai deux amies qui sont originaires ou vivent près de la Rochelle. J’y suis allé jeune enfant et n’y jamais remis les pieds depuis. Et pourtant, lorsque je pense à la Rochelle, j’ajoute à mes très lointains souvenirs – une plage infinie et un très lointain phare, une fête foraine – le souvenir que j’ai de ces deux amies, les bons moments passés ensemble, etc. Tout cela forme quelque chose d’assez indescriptible. Mais cela n’a absolument rien d’extraordinaire, dans le fond. Quelques fois ces sortes de synesthésies sont un peu problématiques, elles m’empêchent de vivre l’instant. Mais c’est ainsi.

    C’est aussi que cela que aimez Saint-Simon ?

    Oui et non. Chez Saint-Simon, ce que j’aime avant tout ce sont, bien entendu, ses Mémoires. Je les aime pour le monde qu’elles nous décrivent mais aussi et surtout pour le style, la langue, les barbarismes, les formules désuètes à notre époque. On a peut-être trop négligé également son talent pour le récit. Son texte n’est pas qu’un bottin mondain, loin de là. Il peut aussi être un formidable moment d’histoire – profondément subjectif – mais passionnant. Prenez, par exemple, la chute des bâtards de Louis XIV pendant la Régence de Philippe d’Orléans. C’est un moment de notre histoire, sans doute insignifiant au regard des bouleversements et des tragédies qui se sont déroulés ensuite. Mais Saint-Simon nous décrit par le plus grand détail, avec le plus grand souci de précision la cérémonie du lit de justice en présence du petit roi Louis XV. Ce récit là est inouï, même si la vengeance de Saint-Simon est aussi son moteur. J’aime tout autant l’auteur qui, chez lui, écrit deux ou trois vilaines sur untel ou untel. J’aime les portraits posthumes écrits au vitriol, j’aime en quelque sorte tout ce qui fait saillie dans le cours du texte.

    Passons à l’aspect formel de votre blog. La plateforme que vous avez choisie n’est pas réputée pour être la plus up to date. Pensez-vous en changer ? Quels sont les choix qui ont présidé à l’organisation de vos listes, etc.

    Comme je vous l’ai dit, je me soucie assez peu de la forme. Mon hébergeur fournit un menu simplissime qui me va parfaitement. J’admire, bien entendu, les possibilités techniques d’autres plateformes et, surtout, ce que peuvent en faire des internautes talentueux. Pour ce qui est des listes, je suppose que vous évoquez les listes de livres, de compact-disques et de films. Je ne les ai pas ou peu modifiées depuis le début. A l’origine, il me semblait important de les faire figurer, guidé que j’étais par la lecture de blogues où ces sortes de favoris là disent tout de suite à qui on a affaire, je veux dire sociologiquement, intellectuellement, etc. A bien réfléchir, c’est sans doute inutile et bien vaniteux : un moyen de s’isoler un peu ou bien, dans le meilleur des cas, de se définir avec peu de mots.

    Il y a aussi cette catégorie, « Arbres », elle ne semble pas liée au reste

    Détrompez-vous ! Dans mon esprit, elle est sous partie importante d’une entité plus vaste, celle de la promenade. Par atavisme familial, le bois a toujours été présent dans ma vie. J’ai une grande passion pour les forêts profondes, plus particulièrement de feuillus. J’aime aussi la vieille souche pourrie, l’arbre foudroyé ou l’arbrisseau sous la futaie. Les parcs, l’aménagement des paysages font également parties de mes préoccupations, quasi quotidienne (au moins en rêveries sans fin). Mais à côté de l’arbre, il pourrait y avoir une catégorie « sentiers », une autre pour « points de vue ». L’un de mes projets, et qui sans doute le restera, est d’écrire un petit guide des points de vue du département que j’habite : l’Isère. Un opuscule dont la plus grande partie serait de décrire des paysages, des vues et les sensations qui vont avec. Il y a vraiment des moments uniques, prenez les derniers rayons d’un soleil d’été au sortir d’une forêt détrempée - mettons – quoi de plus beau ?

    Notre entretien touche à sa fin. Qu’auriez-vous à rajouter ?

    Ecoutez, je ne sais pas…par exemple… ces quelques lignes du philosophe allemand Karl Gottlob Schelle : « Quand on fait le compte de ses années de vie, on s’aperçoit que, même dans le meilleur des cas, on en a à peine vécu la moitié : si vivre c’est effectivement agir et prendre conscience de son existence par la sensibilité, la pensée et l’action. »

  • Anniversaire

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    Vive les pâtes alphabet ! Et merci à tous les lecteurs connus et inconnus.