20 septembre 2009
Le bocal

Fish Tank film d’Andrea Arnold avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, etc.
Très beau film, sur la naissance au monde adulte d’une adolescente prolétarienne Anglaise. Difficulté de vivre, difficulté d’aimer (et d’être aimée), difficulté de vivre de sa passion, brûlure du désir à l’adolescence. Tous ces thèmes sont excellemment bien traités, avec une tension dramatique soutenue jusqu’au bout du film (sans happy-end, ça nous change des téléfilms mielleux). Le portrait de l’amant de la mère qui devient également, un soir de saoulerie, l’amant de la fille est très bien amené (Cf. sa veulerie post-coïtum). L’atmosphère est sinistre, la mère ne parle à sa fille que par insultes et reproches. Les adolescents (et les parents) picolent d’importance ou volent des pièces de voitures dans les casses. Et malgré tout ça, une grande humanité se dégage de l’ensemble, sans misérabilisme. Jamais –en France, du moins - on n’a aussi bien filmé les H.L.M. (la vie des pauvres, la promiscuité, l’oisiveté). Et malgré le contexte et le Pays, on est à mille lieux des maximes marxistes d’un Ken Loach. Une vraie révélation avec une actrice profondément juste, poignante quelque fois. Chaudement recommandé.
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01 septembre 2009
Les derniers jours du monde

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06 octobre 2008
Entre...
Entre les murs, film de Laurent Cantet d’après le roman de François Begaudeau.
Je n’avais pas très envie de découvrir ce film, sans doute parce que les quelques images aperçues lors de la diffusion des bandes-annonces ne m’avaient pas beaucoup enthousiasmé. L’attribution surprise de la Palme d’or à Cannes, puis tout le battage médiatique bien pensant qui s’en était suivi ne m’avait pas rassuré, au contraire. Mais pour le critiquer, il fallait le voir.
Autant le dire tout de suite, ce film est cinématographiquement très faible. Comme l’avait bien noté le critique cinématographique Luc Hernandez, qui officie sur France 3 Lyon – on espère qu’il sortira un jour de là –, le film est très drôlement filmé : les têtes sont systématiquement coupées. Problème de format entre le cinéma et la caméra numérique ? Je ne sais pas mais ça ne donne pas beaucoup d’air pour respirer entre les plans serrés sur les « petits » collégiens parisiens.
Sur le fond, le film hésite totalement entre le documentaire et la fiction. Ce faisant il échoue totalement, dans l’un et l’autre des genres. A ne pas vouloir prendre parti, le film devient vite une tranche de vie insipide. Donc une classe, très métissée (en fait, totalement, ou presque métissée) face à un professeur (un prof, donc) jeune, un peu idéaliste, mais pas trop. Tout est dit. Pendant deux heures on suit donc paisiblement le quotidien. De temps en temps, on aperçoit quelques visions d’espoir : la salle des profs, la cour de récréation qui ressemble à une cour de prison (clin d’œil : « entre les murs »). Sur le fond, encore, on ne découvre rien que l’on ne sache déjà, si on à l’habitude de prendre le bus, le métro, de fréquenter les centres commerciaux. Cette jeunesse est à peu près hideuse, bête à en mourir, ignorante - et fier de l’être - très « premier degré », très « respect » et assez « vénère ». Et plus on avance, et plus on découvre l’abîme, la profondeur abyssale du malheur qui nous frappe déjà et qui nous frappera encore plus dans les années qui viendront. L’attitude du professeur est d’ailleurs très claire. Officiellement, on est dans un cours de français. Réellement, il s’agit surtout d’établir un discours intelligible par eux, de se faire comprendre des petits chéris, de tenter de les amener un peu (un tout petit peu) sur la voie de l’abstraction. Bien entendu, tout cela ne se fait pas sans mal. D’ailleurs, ça ne se fait pas du tout. En toile de fond, apparaissent les années de pédagogisme (« l’élève au centre du système »). Plus rien n’est transmis, ces heures de cours ne servent que de garderie, plus ou moins calmes, souvent très agitées puisque tout est prétexte aux cris et aux vociférations. Et c’est là que le film échoue, à ne pas vouloir prendre parti à ne pas vouloir (pouvoir ?) dire la voie à suivre, à montrer l’échec sans jamais appuyer là où cela fait mal (sauf, à se moquer des professeurs un peu trop attachés à la machine à café de la salle des profs et qui n’ont pas de bureau personnel pour travailler en silence). Le film se termine sur deux scènes merveilleuses (enfin !). La première, une jeune élève d’origine africaine s’approche du bureau du professeur. L’angoisse nous saisit. On imagine lui annoncer qu’elle ne sera pas au collège l’année prochaine, que son père a décidé de la marier à son cousin, au « pays ». Et bien non, elle dit simplement qu’elle n’a rien appris durant cette année : gros malaise du professeur ! La dernière, sublime, le proviseur, en cravate mais la veste à terre joue au football avec ses petits monstres (après avoir tenté d’instaurer, toute l’année, un peu d’ordre et d’autorité). Superbe vision finale : toutes les bonnes résolutions tombent devant un bon match de football, qu’il faut bien se divertir quoi, pour les gamins, c’est bien, quoi, etc.
La touche finale, ce sera, bien sûr, l’aventure cannoise : paillettes et champagne (enfin, « pour les jambons-beurre ») avec tout le binz audio-visuel. La télé (ses stars, le maelstrom infecte de la téléréalité et des programmes débilitants) est la grande absente de ce film, au même titre que la fripe, la mode, la « marque » et leur rôle dans l’abêtissement d’une jeunesse « en perte de repère » (comme on dit à Télérama). Pourtant, on sent bien que l’Education Nationale n’est pas, à elle toute seule, responsable d’un tel désastre, qu’une masse agissante, une sorte de grand trou noir participe aussi au désastre. Que ces jeunes acteurs aient du talent dans la « tchatche », c’est certain. Qu’ils soient devenus du jour au lendemain des stars est dégoutant, parce que cela cautionne, avec un cynisme honteux, qu’il suffit d’être comme eux, d’insulter son professeur, de faire du chahut, de refuser obstinément d’apprendre quoi que ce soit pour être célébrer et encenser.
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17 juin 2008
Pas assez bigarré !

Un conte de noël, Roubaix ! Film d’Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Matthieu Amalric, etc.
En sortant du cinéma, dimanche midi, j’étais plutôt content de ce film. Il faut dire que j’ai toujours beaucoup aimé les films de Desplechin, surtout Comment je me suis disputé. Et puis, en y repensant « à froid », je me suis dit que le genre était peut-être un peu épuisé, que ces histoires de familles compliquées où tout le monde est plus ou moins hystérique, fou, alcoolique, drogué, artiste raté finissaient par devenir un peu trop systématique. En y repensant maintenant, je me dis que malgré ce côté qui peut en agacer certains, le génie de Desplechin est bien réel. Ce film, d’ailleurs, me semble bien plus léger, drôle et comique que le sujet ne le voudrait (un sujet de vie et de mort, version roulette russe). C’est peut-être d’ailleurs, le moyen de mettre un peu de distance avec la réalité. A chacun de ses films, on a l’impression d’assister à la mise en scène de sa propre vie (je veux dire la sienne, pas la notre… encore que) et que toutes ces réalisations sont l’occasion d’exorciser le passé (ou peut-être même le présent). Quoiqu’il en soit, ce cinéma d’intellectuel qui ne parle pas beaucoup de la réalité (enfin d’une certaine réalité) indispose fortement les bienpensants. Témoin, cette dame Retaillaud-Bajac dont la belle prose a été publiée sur une demi-page dans le Monde de dimanche dernier (on se demande comment le Monde, journal de référence, etc. peut consacrer une page a une pensée si mollement dans le vent qu’on entend partout, tous les jours, de Nicolas Demorand au Grand Journal de Canal+). Pour ces gens, il n’est plus possible de parler ce qui relève de l’intime, du choix personnel qui ne soit pas l’exhibition sordide d’un moi insignifiant et plat. Il faut montrer le monde tel qu’il est, aussi moche et inintéressant soit-il :
« On ne peut m'empêcher de penser qu'ayant eu à arbitrer, parmi beaucoup d'autres, entre ce film et celui de Cantet, le jury cosmopolite du Festival de Cannes a fait un choix lourd de sens, qui valorise le social plutôt que l'ego, la bigarrure plutôt que le monochrome, le politique plutôt que l'intime. Non, je veux le croire, par désir de jouer "le réel" contre "l'art" (grand styliste à sa façon, Cantet n'est pas Michael Moore). Mais parce que notre monde globalisé, en mutation rapide, secoué de revendications composites, a besoin d'un cinéma qui, plutôt que de gommer par égotisme esthétisant tout rapport de domination, en révèle les nouveaux ressorts. »
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23 mars 2008
Sète en bord de mer
La graine et le mulet, film d’Abdellatif Kechiche.
Film de très peu qui a eu beaucoup d’honneurs et d’élogieuses critiques. Je m’y suis ennuyé car le film manque totalement de rythme, la fin surtout. Par instant, je pensais être dans un documentaire à la façon de l’émission belge strip-tease. Une micro-histoire qui ouvre de nombreuses portes (sur la condition de travailleur immigré de première génération en fin d’activité, sur la famille maghrébine, sur le rôle et la place des femmes dans cette société, sur le logement des immigrés âgés dans des hôtels de peu de confort, sur la possibilité de mener à bien ses projets dans une France résumée à une suite de règlements et de contraintes, sur un vieux fond de racisme des Français de souche, sur l’habitat en HLM des immigrés, éventuellement, même, sur une certaine liberté vis-à-vis de la religion (les femmes ne sont pas voilés, les hommes boivent de l’alcool)). Hélas, chacune de ces idées est suggérée, aucune n’est traitée en profondeur. Le génie du réalisateur est de nous faire pénétrer dans cette famille, se s’y sentir chez soi en très peu d’images et de mots. C’est pour ces raisons que ce film relève du documentaire ethnologique. Le père, aurait pu être un beau personnage, si on l’avait un peu plus bavard et un peu moins renfermé. Il ne colle pas avec l’image du père de famille ; son retrait et le fatalisme désinvolte dont il est affublé ne lui vont pas. La jeune comédienne Hafsia Herzi a du cran et du bagout. Nulle doute qu’elle fera une belle carrière (pourvu qu’on lui propose d’autres rôles que ceux de garçonne à la langue bien pendue !).
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07 janvier 2008
En vous disant des choses qu’on ne dit point...
Nous avons vu samedi soir, le dernier film de Emmanuel Mouret Un baiser s’il vous plaît . C’est un petit chef d’œuvre, comme tous les films de ce réalisateur au style bavard et littéraire (on pense souvent à Rohmer). L’histoire est assez simple mais plonge rapidement dans des dilemmes moraux ou affectivo-moraux. Un petit résumé : « en déplacement à Nantes, Emilie (Julie Gayet (merveilleuse)) rencontre Gabriel (Michaël Cohen (parfait)). Séduits l’un par l’autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée (Judith, jouée par Virginie Ledoyen) et de son meilleur ami (Nicolas interprété par le réalisateur) surpris par les effets d’un baiser. »
Derrière ce marivaudage, se cache une belle étude morale sur l’amitié, et plus spécifiquement l’amitié amoureuse, et plus généralement sur la part de désir qu’il y a dans les amitiés entre les hommes et les femmes. Tous ces thèmes sont traités avec beaucoup de légèreté mais une grande justesse. Peut-être que je me lasse un peu du jeu du réalisateur-interprète qui est, à force, peut-être plus lourd que nécessaire (sa bouffonnerie légère est un peu lassante), mais bon. Les images sont truffées de clins d’œil, d’allusions visuelles, de mises en scène subtiles. On ne s’ennuie pas et cela offre au spectateur la possibilité de réfléchir à ses propres expériences.
Tout cela m’a fait repenser à mes lectures passées et, plus particulièrement, à la correspondance entre Belle de Zuylen (Isabelle de Charrière, 1740-1805) et Constant d'Hermenches (1722-1785) que j’ai lue avec passion, il y a dix ans de cela. Pour mon plaisir (et j’espère pour le vôtre, également), je recopie ici un long extrait la lettre du 8-9 novembre 1764 au baron Constant d’Hermenches :
« J’irai donc à La Haye, d’Hermenches, avec assez de liberté, non pas pourtant avec liberté entière, et tant mieux. Savez-vous ce que je crains ? De vous faire des agaceries indécentes, des caresses ; l’un des freins qui arrêtent les femmes voluptueuses, c’est la crainte de l’indiscrétion, et avec vous il me semble que je n’aurais rien à redouter. Si je vous donnais un baiser, me trahirez-vous ? Peut-être vous croiriez-vous obligé de dire à votre ami qu’il renonce à une femme plus capables de emportements de l’amour que de ses délicates tendresses… Je ne sais ce que vous direz, mais gardez-vous de vouloir enflammer mes sens. Vous me connaissez si bien, il y aura peu de gloire à exciter une coupable émotion, il y en aura beaucoup plus à demeurer mon sage ami, soyez même austère s’il en est besoin ; j’espère que non, que je ne donnerai pas la gloire d’un pareil triomphe, mais enfin je n’oserais répondre de moi dans une occasion unique où un homme sensuel, libertin jusqu’ici, redouté, dangereux, se trouve en possession de tous les secrets de mon cœur , de ma plus intime confiance et m’est tellement attaché que je ne puis redouter de sa part ni perfidie ni mépris. Non, puisqu’après tout ce que je vous ai dit vous ne me mépriserez pas, mes caresses ne me rendraient pas méprisable… Vous les recevriez pourtant avec un mélange de remords qui gâteraient tout le plaisir. Je ne le vous en ferai point, je l’espère, je le crois, mais j’ai voulu dire mes craintes et mes scrupules. C’est une chose étrange que l’habitude de vouloir vous faire lire mon âme. Vous me savez gré de ma sincérité, et moi j’y trouve du plaisir, je la regarde presque comme un devoir, et ce m’est une satisfaction de vous prouver combien je m’en fie à vous en vous disant des choses qu’on ne dit point. Les femmes les moins scrupuleuses ne donnent leurs faiblesses que pour un excès de sensibilité, de complaisances ; je les crois fausses ; si elles sont vraies, je les félicite. Vous êtes trop discret pour me répondre. Retirez votre main s’il m’arrivait de vouloir vous donner la mienne. Adieu. Je me couche. Adieu. »

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17 décembre 2007
Histoires au ralenti

My blueberry nights, film de Wong Kar-Wai
Est-il possible qu’un cinéma, le cinéma d’un réalisateur asiatique adulé, transposé dans un univers occidental soit aussi fade ? Hélas oui, et c’est une déception. Le film n’est pas mauvais ; il est même génialement filmé, toujours aussi fluide, sensuel en utilisant, néanmoins, les ficelles bien connues, caractéristiques même de son art, de son style : ralentis, accélération, cadrage moelleux, choix des musiques (excellentes car on échappe aux mélopées endormantes de Norah Johnes). L’histoire qui parcourt ce bref moment de cinéma est un peu insipide : l’éternel amour/désamour, à différents stades de l’aventure douloureuse entre les hommes et les femmes. La chanteuse américaine semble être un peu désemparée (gros yeux, regards globuleux et air interloqué), bien que son rôle soit central : elle lie et délie les gens entre eux. Il faut bien un ciment pour donner corps à ces histoires parallèles. Jude Law est très bien en tenancier de gargote, drôle, gentil et aimant. Mention spéciale à la mèche de la belle brune Rachel Weisz (voir la photo ci-dessus).
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01 novembre 2007
Rien vu

Mélo coréen, ce film ne m’a pas vraiment convaincu. Il traîne en longueur, peut-être parce que son actrice en fait un peu trop et que le scénario est hésitant : découverte de Dieu (ou au moins de la religion chrétienne) puis rejet, images de la folie d’une mère qui perd son fils dans une ville qui a vu naitre son mari (mort, lui aussi). Pour moi, ce film est bien peu asiatique. On pourrait plaquer le scénario dans une atmosphère occidentale, on obtiendrait les mêmes effets. Mais peut-être que je n’ai pas, actuellement, la tête à sentir le génie d’une œuvre si unanimement encensée.
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06 août 2007
En hommage

Saraband sur Arte, mercredi 8 août 2007 à 20h45
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02 juillet 2007
Y-Y

Edward Yang, le réalisateur Taïwanais de Yi-Yi (film éblouissant) est mort vendredi dernier à 59 ans.
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