17 juin 2008
Pas assez bigarré !

Un conte de noël, Roubaix ! Film d’Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Matthieu Amalric, etc.
En sortant du cinéma, dimanche midi, j’étais plutôt content de ce film. Il faut dire que j’ai toujours beaucoup aimé les films de Desplechin, surtout Comment je me suis disputé. Et puis, en y repensant « à froid », je me suis dit que le genre était peut-être un peu épuisé, que ces histoires de familles compliquées où tout le monde est plus ou moins hystérique, fou, alcoolique, drogué, artiste raté finissaient par devenir un peu trop systématique. En y repensant maintenant, je me dis que malgré ce côté qui peut en agacer certains, le génie de Desplechin est bien réel. Ce film, d’ailleurs, me semble bien plus léger, drôle et comique que le sujet ne le voudrait (un sujet de vie et de mort, version roulette russe). C’est peut-être d’ailleurs, le moyen de mettre un peu de distance avec la réalité. A chacun de ses films, on a l’impression d’assister à la mise en scène de sa propre vie (je veux dire la sienne, pas la notre… encore que) et que toutes ces réalisations sont l’occasion d’exorciser le passé (ou peut-être même le présent). Quoiqu’il en soit, ce cinéma d’intellectuel qui ne parle pas beaucoup de la réalité (enfin d’une certaine réalité) indispose fortement les bienpensants. Témoin, cette dame Retaillaud-Bajac dont la belle prose a été publiée sur une demi-page dans le Monde de dimanche dernier (on se demande comment le Monde, journal de référence, etc. peut consacrer une page a une pensée si mollement dans le vent qu’on entend partout, tous les jours, de Nicolas Demorand au Grand Journal de Canal+). Pour ces gens, il n’est plus possible de parler ce qui relève de l’intime, du choix personnel qui ne soit pas l’exhibition sordide d’un moi insignifiant et plat. Il faut montrer le monde tel qu’il est, aussi moche et inintéressant soit-il :
« On ne peut m'empêcher de penser qu'ayant eu à arbitrer, parmi beaucoup d'autres, entre ce film et celui de Cantet, le jury cosmopolite du Festival de Cannes a fait un choix lourd de sens, qui valorise le social plutôt que l'ego, la bigarrure plutôt que le monochrome, le politique plutôt que l'intime. Non, je veux le croire, par désir de jouer "le réel" contre "l'art" (grand styliste à sa façon, Cantet n'est pas Michael Moore). Mais parce que notre monde globalisé, en mutation rapide, secoué de revendications composites, a besoin d'un cinéma qui, plutôt que de gommer par égotisme esthétisant tout rapport de domination, en révèle les nouveaux ressorts. »
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23 mars 2008
Sète en bord de mer
La graine et le mulet, film d’Abdellatif Kechiche.
Film de très peu qui a eu beaucoup d’honneurs et d’élogieuses critiques. Je m’y suis ennuyé car le film manque totalement de rythme, la fin surtout. Par instant, je pensais être dans un documentaire à la façon de l’émission belge strip-tease. Une micro-histoire qui ouvre de nombreuses portes (sur la condition de travailleur immigré de première génération en fin d’activité, sur la famille maghrébine, sur le rôle et la place des femmes dans cette société, sur le logement des immigrés âgés dans des hôtels de peu de confort, sur la possibilité de mener à bien ses projets dans une France résumée à une suite de règlements et de contraintes, sur un vieux fond de racisme des Français de souche, sur l’habitat en HLM des immigrés, éventuellement, même, sur une certaine liberté vis-à-vis de la religion (les femmes ne sont pas voilés, les hommes boivent de l’alcool)). Hélas, chacune de ces idées est suggérée, aucune n’est traitée en profondeur. Le génie du réalisateur est de nous faire pénétrer dans cette famille, se s’y sentir chez soi en très peu d’images et de mots. C’est pour ces raisons que ce film relève du documentaire ethnologique. Le père, aurait pu être un beau personnage, si on l’avait un peu plus bavard et un peu moins renfermé. Il ne colle pas avec l’image du père de famille ; son retrait et le fatalisme désinvolte dont il est affublé ne lui vont pas. La jeune comédienne Hafsia Herzi a du cran et du bagout. Nulle doute qu’elle fera une belle carrière (pourvu qu’on lui propose d’autres rôles que ceux de garçonne à la langue bien pendue !).
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07 janvier 2008
En vous disant des choses qu’on ne dit point...
Nous avons vu samedi soir, le dernier film de Emmanuel Mouret Un baiser s’il vous plaît . C’est un petit chef d’œuvre, comme tous les films de ce réalisateur au style bavard et littéraire (on pense souvent à Rohmer). L’histoire est assez simple mais plonge rapidement dans des dilemmes moraux ou affectivo-moraux. Un petit résumé : « en déplacement à Nantes, Emilie (Julie Gayet (merveilleuse)) rencontre Gabriel (Michaël Cohen (parfait)). Séduits l’un par l’autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée (Judith, jouée par Virginie Ledoyen) et de son meilleur ami (Nicolas interprété par le réalisateur) surpris par les effets d’un baiser. »
Derrière ce marivaudage, se cache une belle étude morale sur l’amitié, et plus spécifiquement l’amitié amoureuse, et plus généralement sur la part de désir qu’il y a dans les amitiés entre les hommes et les femmes. Tous ces thèmes sont traités avec beaucoup de légèreté mais une grande justesse. Peut-être que je me lasse un peu du jeu du réalisateur-interprète qui est, à force, peut-être plus lourd que nécessaire (sa bouffonnerie légère est un peu lassante), mais bon. Les images sont truffées de clins d’œil, d’allusions visuelles, de mises en scène subtiles. On ne s’ennuie pas et cela offre au spectateur la possibilité de réfléchir à ses propres expériences.
Tout cela m’a fait repenser à mes lectures passées et, plus particulièrement, à la correspondance entre Belle de Zuylen (Isabelle de Charrière, 1740-1805) et Constant d'Hermenches (1722-1785) que j’ai lue avec passion, il y a dix ans de cela. Pour mon plaisir (et j’espère pour le vôtre, également), je recopie ici un long extrait la lettre du 8-9 novembre 1764 au baron Constant d’Hermenches :
« J’irai donc à La Haye, d’Hermenches, avec assez de liberté, non pas pourtant avec liberté entière, et tant mieux. Savez-vous ce que je crains ? De vous faire des agaceries indécentes, des caresses ; l’un des freins qui arrêtent les femmes voluptueuses, c’est la crainte de l’indiscrétion, et avec vous il me semble que je n’aurais rien à redouter. Si je vous donnais un baiser, me trahirez-vous ? Peut-être vous croiriez-vous obligé de dire à votre ami qu’il renonce à une femme plus capables de emportements de l’amour que de ses délicates tendresses… Je ne sais ce que vous direz, mais gardez-vous de vouloir enflammer mes sens. Vous me connaissez si bien, il y aura peu de gloire à exciter une coupable émotion, il y en aura beaucoup plus à demeurer mon sage ami, soyez même austère s’il en est besoin ; j’espère que non, que je ne donnerai pas la gloire d’un pareil triomphe, mais enfin je n’oserais répondre de moi dans une occasion unique où un homme sensuel, libertin jusqu’ici, redouté, dangereux, se trouve en possession de tous les secrets de mon cœur , de ma plus intime confiance et m’est tellement attaché que je ne puis redouter de sa part ni perfidie ni mépris. Non, puisqu’après tout ce que je vous ai dit vous ne me mépriserez pas, mes caresses ne me rendraient pas méprisable… Vous les recevriez pourtant avec un mélange de remords qui gâteraient tout le plaisir. Je ne le vous en ferai point, je l’espère, je le crois, mais j’ai voulu dire mes craintes et mes scrupules. C’est une chose étrange que l’habitude de vouloir vous faire lire mon âme. Vous me savez gré de ma sincérité, et moi j’y trouve du plaisir, je la regarde presque comme un devoir, et ce m’est une satisfaction de vous prouver combien je m’en fie à vous en vous disant des choses qu’on ne dit point. Les femmes les moins scrupuleuses ne donnent leurs faiblesses que pour un excès de sensibilité, de complaisances ; je les crois fausses ; si elles sont vraies, je les félicite. Vous êtes trop discret pour me répondre. Retirez votre main s’il m’arrivait de vouloir vous donner la mienne. Adieu. Je me couche. Adieu. »

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17 décembre 2007
Histoires au ralenti

My blueberry nights, film de Wong Kar-Wai
Est-il possible qu’un cinéma, le cinéma d’un réalisateur asiatique adulé, transposé dans un univers occidental soit aussi fade ? Hélas oui, et c’est une déception. Le film n’est pas mauvais ; il est même génialement filmé, toujours aussi fluide, sensuel en utilisant, néanmoins, les ficelles bien connues, caractéristiques même de son art, de son style : ralentis, accélération, cadrage moelleux, choix des musiques (excellentes car on échappe aux mélopées endormantes de Norah Johnes). L’histoire qui parcourt ce bref moment de cinéma est un peu insipide : l’éternel amour/désamour, à différents stades de l’aventure douloureuse entre les hommes et les femmes. La chanteuse américaine semble être un peu désemparée (gros yeux, regards globuleux et air interloqué), bien que son rôle soit central : elle lie et délie les gens entre eux. Il faut bien un ciment pour donner corps à ces histoires parallèles. Jude Law est très bien en tenancier de gargote, drôle, gentil et aimant. Mention spéciale à la mèche de la belle brune Rachel Weisz (voir la photo ci-dessus).
20:46 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
01 novembre 2007
Rien vu

Mélo coréen, ce film ne m’a pas vraiment convaincu. Il traîne en longueur, peut-être parce que son actrice en fait un peu trop et que le scénario est hésitant : découverte de Dieu (ou au moins de la religion chrétienne) puis rejet, images de la folie d’une mère qui perd son fils dans une ville qui a vu naitre son mari (mort, lui aussi). Pour moi, ce film est bien peu asiatique. On pourrait plaquer le scénario dans une atmosphère occidentale, on obtiendrait les mêmes effets. Mais peut-être que je n’ai pas, actuellement, la tête à sentir le génie d’une œuvre si unanimement encensée.
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06 août 2007
En hommage

Saraband sur Arte, mercredi 8 août 2007 à 20h45
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02 juillet 2007
Y-Y

Edward Yang, le réalisateur Taïwanais de Yi-Yi (film éblouissant) est mort vendredi dernier à 59 ans.
20:19 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
29 mai 2007
Joao Vuvu

Je signale à mes aimables lecteurs, la diffusion, demain soir sur Arte à minuit moins vingt (!), de Va et vient, l’ultime chef d’œuvre de Joao César Monteiro, cinéaste lisboète un peu détraqué. Ce film est une perle d’humour, de raffinement et de polissonnerie.
19:36 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
03 mai 2007
La belle Corée

Le Vieux Jardin, film coréen de Im Sang-soo (2006). Très beau film qui manie avec un grand art le génie du récit et la fluidité du passage d’un temps à l’autre (réalité et souvenirs s’entremêlent avec beaucoup de souplesse). L’histoire tire un peu sur le mélo, surtout vers la fin, lorsque l’ancien leader étudiant retrouve la fille qu’il a eue avec la femme qui l’a caché lors de cavale. Les paysages sont très bien filmés ; tous ces films coréens donnent envie de découvrir ce pays de montagnes et d’eau. A voir avant qu’il ne soit trop tard…
16:44 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
05 avril 2007
Années 80
Je me suis ennuyé en regardant Les témoins, le dernier film d’André Téchniné (d’habitude mieux inspiré, Cf. Les voleurs, son meilleur film, à mon avis). Rarement, j’avais l’impression d’être en 1984. Il y a des erreurs de reconstitution, il suffit de regarder certaines voitures qui circulent dans les rues. A part Sami Bouajila – excellent et crédible – j’ai trouvé les autres acteurs sur la réserve, pas très inspirés. Le film est mal construit. Le thème central - le sida à ses prémices – est traité sous trop d’angles : la lutte initiale de la maladie et le peu d’informations disponibles, mais aussi la vie d’un couple dont la femme est écrivain (et qui écrit l’histoire que son mari, policier et bisexuel vit (ou a récemment vécu) avec un jeune provincial homosexuel de fraîche date « monté à Paris »). Emmanuelle Béart ne me semble pas très crédible, son ton et son jeu ne vont pas bien dans le décor. Vient se greffer là-dessus, l’aspect médical incarné par un Michel Blanc, sous la blouse d’un professeur de médecine, et ami des protagonistes du drame. En définitive, le film et son scénario s’épuisent dans des dérivatifs (notamment l’histoire de la sœur du jeune homme, chanteuse d’opéra) alors qu’il y aurait eu un sillon complet à creuser (beaucoup plus en profondeur) sur les rapports humains à l’époque où cette terrible maladie tuait comme la peste, sans que personne n’en connaisse l’origine.
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