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Film

  • Bright Star (2 pour IE)

    Bright Star, le film de Jane Campion, est à la fois un bonheur et une déception. Dans la salle « Chaplin » du cinéma Le Club de G., le public était fourni – normal, c’est la première semaine et il faisait (très) froid dehors. Beaucoup de femmes dans la cinquantaine ou s’en approchant. Le film relate l'histoire d’amour entre le poète Anglais John Keats et sa voisine (et plus ou moins hébergeuse) Fanny Brawne, d’un rang social plus élevé. Après un départ tiède, ils tombent amoureux, Keats ne peut l’épouser (trop pauvre) et part en Italie alors qu’il est malade. Il meurt, il a 28 ans (ou 25, je ne sais plus). Fanny est inconsolable (rien d’étonnant). Le film de Campion est cinématographiquement, photographiquement très beau (images claires, cadrages parfaits, chaque détail dans le champ est réfléchi et précis). L’attention au décor est soutenu tant pour les intérieurs que les extérieurs qui sont parfaitement filmés. Contrairement à ce que j’avais lu ici ou là, la musique n’est ni lourde ni apposée comme pour appuyer la narration cinématographique. Pour tout cela, c’est un pur bonheur qui rappelle La leçon de piano. Les sentiments, le rapprochement des âmes et des corps (très chastement) est bien filmé mais un peu trop attendu (les lits contre la cloison, les lettres d’amour cachetées). Ce qui passe moins, c’est qu’à tout cela – et c’est déjà beaucoup – se mêle assez maladroitement, l’évocation de la création poétique. C’est difficilement montrable, puisqu’il faut narrer par l'image un processus éminemment personnel, intime. Et de cela, on ne sait pas grand-chose, on ne voit même rien, sinon par le truchement de la relation amoureuse. Du coup, le film hésite, traîne un peu en langueur, ne sait pas trop où il va. Personnellement, je pense que le crescendo amoureux est traité trop vite – c’est pourtant là où il y a le plus à raconter, et les variations peuvent être infinies - parce qu’il y a la suite à montrer (les temps heureux, la fin tragique). Les acteurs sont plutôt bons et crédibles, les second rôles très fins et soignés. En résumé, un bon moment qui n’atteint pas les sommets.

     

    « Étincelante étoile, constant puissè-je à ton instar »

    Étincelante étoile, constant puissè-je à ton instar
    Non pas naviguer seul dans la splendeur du haut de la nuit
    A surveiller de mes paupières pour l’éternité désunies,
    Comme de la nature l’ermite insomnieux et patient,
    Les eaux mouvantes dans le rituel de leur tâche
    D’ablution  purifiante des rivages humains de la terre,
    Ni contempler le satin du masque frais tombé
    De la neige sur les montagnes et sur les landes —
    Non, mais toujours constant, toujours inaltérable,
    Avoir pour oreiller le sein mûr de mon bel amour,
    Afin de sentir à jamais la douceur berçante de sa houle,
    Éveillé à jamais d’un trouble délicieux,
    Toujours, toujours ouïr de sa respiration le rythme tendre,
    Et vivre ainsi toujours — ou bien m’évanouir dans la mort.

     

    « Bright star ! would I were steadfast as thou art »

    Bright star ! would I were steadfast as thou art —
    Not in lone splendour hung aloft the night
    And watching, with eternal lids apart,
    Like nature’s patient, sleepless Eremite,
    The moving waters at their priestlike task
    Of pure ablution round earth’s human shores,
    Or gazing ont the new soft-fallen mask
    Of snow upon the moutains and the moors —
    No — yet still steadfast, still unchangeable,
    Pillowed upon my fair love’s ripening breast,
    To feel for ever its soft swell and fall,
    Awake for ever in a sweet unrest,
    Still, still to heart her tender-taken breath,
    And so live ever — or else swoon to death.

    (Note du traducteur : Longtemps tenu pour le dernier poème de Keats, écrit le 29 septembre 1820 où il le copia en marge de l’exemplaire de Shakespeare de son compagnon de voyage en Italie, Joseph Severn. La découverte de la transcription d’une version antérieure datée de 1819 rend cette date impossible. Mais qu’importe !) John Keats, Seul dans la splendeur, La Différence, 1990, traduit de l’anglais par Robert Davreu).

  • Rohmer est mort

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    Rohmer est mort. Son cinéma avait le génie de nous rendre aimable le moindre badinage, de nous sortir des contingences habituelles et triviales pour nous faire rêver à un au-delà proche qui paraissait si inatteignable : celui où les relations amoureuses entre les hommes et les femmes sont placées sous le signe du verbe et de la parole. Personne n’a pris sa suite. Le futur n’en sera que plus triste.
  • Bright star (2)

    Bright Star, le film de Jane Campion, est à la fois un bonheur et une déception. Dans la salle « Chaplin » du cinéma Le Club de G., le public était fourni – normal, c’est la première semaine et il faisait (très) froid dehors. Beaucoup de femmes dans la cinquantaine ou s’en approchant. Le film relate l'histoire d’amour entre le poète Anglais John Keats et sa voisine (et plus ou moins hébergeuse) Fanny Brawne, d’un rang social plus élevé. Après un départ tiède, ils tombent amoureux, Keats ne peut l’épouser (trop pauvre) et part en Italie alors qu’il est malade. Il meurt, il a 28 ans (ou 25, je ne sais plus). Fanny est inconsolable (rien d’étonnant). Le film de Campion est cinématographiquement, photographiquement très beau (images claires, cadrages parfaits, chaque détail dans le champ est réfléchi et précis). L’attention au décor est soutenu tant pour les intérieurs que les extérieurs qui sont parfaitement filmés. Contrairement à ce que j’avais lu ici ou là, la musique n’est ni lourde ni apposée comme pour appuyer la narration cinématographique. Pour tout cela, c’est un pur bonheur qui rappelle La leçon de piano. Les sentiments, le rapprochement des âmes et des corps (très chastement) est bien filmé mais un peu trop attendu (les lits contre la cloison, les lettres d’amour cachetées). Ce qui passe moins, c’est qu’à tout cela – et c’est déjà beaucoup – se mêle assez maladroitement, l’évocation de la création poétique. C’est difficilement montrable, puisqu’il faut narrer par l'image un processus éminemment personnel, intime. Et de cela, on ne sait pas grand-chose, on ne voit même rien, sinon par le truchement de la relation amoureuse. Du coup, le film hésite, traîne un peu en langueur, ne sait pas trop où il va. Personnellement, je pense que le crescendo amoureux est traité trop vite – c’est pourtant là où il y a le plus à raconter, et les variations peuvent être infinies - parce qu’il y a la suite à montrer (les temps heureux, la fin tragique). Les acteurs sont plutôt bons et crédibles, les second rôles très fins et soignés. En résumé, un bon moment qui n’atteint pas les sommets.

  • Bright star

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    But when the melancholy fit shall fall
    Sudden from heaven like a weeping cloud,
    That fosters the droop-headed flowers all,
    And hides the green hill in an April shroud;

    [Mais quand s’abattra la Mélancolie,

    Soudaine messagère des Cieux, nuage de larmes,

    Qui abreuve les fleurs aux têtes tombantes,

    Et cache la verte colline sous un linceul d’Avril]

    (John Keats, traduction Alain Suied, Éditions Arfuyen)
  • Le bocal

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    Fish Tank film d’Andrea Arnold avec Katie Jarvis, Michael Fassbender, etc.

    Très beau film, sur la naissance au monde adulte d’une adolescente prolétarienne Anglaise. Difficulté de vivre, difficulté d’aimer (et d’être aimée), difficulté de vivre de sa passion, brûlure du désir à l’adolescence. Tous ces thèmes sont excellemment bien traités, avec une tension dramatique soutenue jusqu’au bout du film (sans happy-end, ça nous change des téléfilms mielleux). Le portrait de l’amant de la mère qui devient également, un soir de saoulerie, l’amant de la fille est très bien amené (Cf. sa veulerie post-coïtum). L’atmosphère est sinistre, la mère ne parle à sa fille que par insultes et reproches. Les adolescents (et les parents) picolent d’importance ou volent des pièces de voitures dans les casses. Et malgré tout ça, une grande humanité se dégage de l’ensemble, sans misérabilisme. Jamais –en France, du moins - on n’a aussi bien filmé les H.L.M. (la vie des pauvres, la promiscuité, l’oisiveté). Et malgré le contexte et le Pays, on est à mille lieux des maximes marxistes d’un Ken Loach. Une vraie révélation avec une actrice profondément juste, poignante quelque fois. Chaudement recommandé.

  • Les derniers jours du monde

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    Je mets une photo un peu aguicheuse pour encourager les mâles réticents (et toutes les femmes qui aiment les hommes et les femmes) à voir ce film fou des frères Larrieu. Les critiques reprochent les incohérences et les personnages au profil psychologique incongrus. Mais c’est justement ça le fond du film ! C’est la fin du monde, tout sombre, seul l’amour surnage, jusqu’au grand éclair thermonucléaire final. On ne saurait rêver mieux ! La traversée de Paris des derniers Adam et Eve de l’humanité, nus comme des vers, est magnifique. La belle chanson de Léo Ferré (« ton style, c’est ton cul ») fait un très beau générique de fin. Une belle critique de Jérôme Leroy ici.

  • Entre...

    Entre les murs, film de Laurent Cantet d’après le roman de François Begaudeau.

     

    Je n’avais pas très envie de découvrir ce film, sans doute parce que les quelques images aperçues lors de la diffusion des bandes-annonces ne m’avaient pas beaucoup enthousiasmé. L’attribution surprise de la Palme d’or à Cannes, puis tout le battage médiatique bien pensant qui s’en était suivi ne m’avait pas rassuré, au contraire. Mais pour le critiquer, il fallait le voir.

    Autant le dire tout de suite, ce film est cinématographiquement très faible. Comme l’avait bien noté le critique cinématographique Luc Hernandez, qui officie sur France 3 Lyon – on espère qu’il sortira un jour de là –, le film est très drôlement filmé : les têtes sont systématiquement coupées. Problème de format entre le cinéma et la caméra numérique ? Je ne sais pas mais ça ne donne pas beaucoup d’air pour respirer entre les plans serrés sur les « petits » collégiens parisiens.

    Sur le fond, le film hésite totalement entre le documentaire et la fiction. Ce faisant il échoue totalement, dans l’un et l’autre des genres. A ne pas vouloir prendre parti, le film devient vite une tranche de vie insipide. Donc une classe, très métissée (en fait, totalement, ou presque métissée) face à un professeur (un prof, donc) jeune, un peu idéaliste, mais pas trop. Tout est dit. Pendant deux heures on suit donc paisiblement le quotidien. De temps en temps, on aperçoit quelques visions d’espoir : la salle des profs, la cour de récréation qui ressemble à une cour de prison (clin d’œil : « entre les murs »). Sur le fond, encore, on ne découvre rien que l’on ne sache déjà, si on à l’habitude de prendre le bus, le métro, de fréquenter les centres commerciaux. Cette jeunesse est à peu près hideuse, bête à en mourir, ignorante - et fier de l’être - très « premier degré », très « respect » et assez « vénère ». Et plus on avance, et plus on découvre l’abîme, la profondeur abyssale du malheur qui nous frappe déjà et qui nous frappera encore plus dans les années qui viendront. L’attitude du professeur est d’ailleurs très claire. Officiellement, on est dans un cours de français. Réellement, il s’agit surtout d’établir un discours intelligible par eux, de se faire comprendre des petits chéris, de tenter de les amener un peu (un tout petit peu) sur la voie de l’abstraction. Bien entendu, tout cela ne se fait pas sans mal. D’ailleurs, ça ne se fait pas du tout. En toile de fond, apparaissent les années de pédagogisme (« l’élève au centre du système »). Plus rien n’est transmis, ces heures de cours ne servent que de garderie, plus ou moins calmes, souvent très agitées puisque tout est prétexte aux cris et aux vociférations. Et c’est là que le film échoue, à ne pas vouloir prendre parti à ne pas vouloir (pouvoir ?) dire la voie à suivre, à montrer l’échec sans jamais appuyer là où cela fait mal (sauf, à se moquer des professeurs un peu trop attachés à la machine à café de la salle des profs et qui n’ont pas de bureau personnel pour travailler en silence). Le film se termine sur deux scènes merveilleuses (enfin !). La première, une jeune élève d’origine africaine s’approche du bureau du professeur. L’angoisse nous saisit. On imagine lui annoncer qu’elle ne sera pas au collège l’année prochaine, que son père a décidé de la marier à son cousin, au « pays ». Et bien non, elle dit simplement qu’elle n’a rien appris durant cette année : gros malaise du professeur ! La dernière, sublime, le proviseur, en cravate mais la veste à terre joue au football avec ses petits monstres (après avoir tenté d’instaurer, toute l’année, un peu d’ordre et d’autorité). Superbe vision finale : toutes les bonnes résolutions tombent devant un bon match de football, qu’il faut bien se divertir quoi, pour les gamins, c’est bien, quoi, etc.

    La touche finale, ce sera, bien sûr, l’aventure cannoise : paillettes et champagne (enfin, « pour les jambons-beurre ») avec tout le binz audio-visuel. La télé (ses stars, le maelstrom infecte de la téléréalité et des programmes débilitants) est la grande absente de ce film, au même titre que la fripe, la mode, la « marque » et leur rôle dans l’abêtissement d’une jeunesse « en perte de repère » (comme on dit à Télérama). Pourtant, on sent bien que l’Education Nationale n’est pas, à elle toute seule, responsable d’un tel désastre, qu’une masse agissante, une sorte de grand trou noir participe aussi au désastre. Que ces jeunes acteurs aient du talent dans la « tchatche », c’est certain. Qu’ils soient devenus du jour au lendemain des stars est dégoutant, parce que cela cautionne, avec un cynisme honteux, qu’il suffit d’être comme eux, d’insulter son professeur, de faire du chahut, de refuser obstinément d’apprendre quoi que ce soit pour être célébrer et encenser.

     

  • Pas assez bigarré !

     

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    Un conte de noël, Roubaix ! Film d’Arnaud Desplechin avec Catherine Deneuve, Matthieu Amalric, etc.

    En sortant du cinéma, dimanche midi, j’étais plutôt content de ce film. Il faut dire que j’ai toujours beaucoup aimé les films de Desplechin, surtout Comment je me suis disputé. Et puis, en y repensant « à froid », je me suis dit que le genre était peut-être un peu épuisé, que ces histoires de familles compliquées où tout le monde est plus ou moins hystérique, fou, alcoolique, drogué, artiste raté finissaient par devenir un peu trop systématique. En y repensant maintenant, je me dis que malgré ce côté qui peut en agacer certains, le génie de Desplechin est bien réel. Ce film, d’ailleurs, me semble bien plus léger, drôle et comique que le sujet ne le voudrait (un sujet de vie et de mort, version roulette russe). C’est peut-être d’ailleurs, le moyen de mettre un peu de distance avec la réalité. A chacun de ses films, on a l’impression d’assister à la mise en scène de sa propre vie (je veux dire la sienne, pas la notre… encore que) et que toutes ces réalisations sont l’occasion d’exorciser le passé (ou peut-être même le présent). Quoiqu’il en soit, ce cinéma d’intellectuel qui ne parle pas beaucoup de la réalité (enfin d’une certaine réalité) indispose fortement les bienpensants. Témoin, cette dame Retaillaud-Bajac dont la belle prose a été publiée sur une demi-page dans le Monde de dimanche dernier (on se demande comment le Monde, journal de référence, etc. peut consacrer une page a une pensée si mollement dans le vent qu’on entend partout, tous les jours, de Nicolas Demorand au Grand Journal de Canal+). Pour ces gens, il n’est plus possible de parler ce qui relève de l’intime, du choix personnel qui ne soit pas l’exhibition sordide d’un moi insignifiant et plat. Il faut montrer le monde tel qu’il est, aussi moche et inintéressant soit-il :

    « On ne peut m'empêcher de penser qu'ayant eu à arbitrer, parmi beaucoup d'autres, entre ce film et celui de Cantet, le jury cosmopolite du Festival de Cannes a fait un choix lourd de sens, qui valorise le social plutôt que l'ego, la bigarrure plutôt que le monochrome, le politique plutôt que l'intime. Non, je veux le croire, par désir de jouer "le réel" contre "l'art" (grand styliste à sa façon, Cantet n'est pas Michael Moore). Mais parce que notre monde globalisé, en mutation rapide, secoué de revendications composites, a besoin d'un cinéma qui, plutôt que de gommer par égotisme esthétisant tout rapport de domination, en révèle les nouveaux ressorts. »

  • Sète en bord de mer

    La graine et le mulet, film d’Abdellatif Kechiche.

    Film de très peu qui a eu beaucoup d’honneurs et d’élogieuses critiques. Je m’y suis ennuyé car le film manque totalement de rythme, la fin surtout. Par instant, je pensais être dans un documentaire à la façon de l’émission belge strip-tease. Une micro-histoire qui ouvre de nombreuses portes (sur la condition de travailleur immigré de première génération en fin d’activité, sur la famille maghrébine, sur le rôle et la place des femmes dans cette société, sur le logement des immigrés âgés dans des hôtels de peu de confort, sur la possibilité de mener à bien ses projets dans une France résumée à une suite de règlements et de contraintes, sur un vieux fond de racisme des Français de souche, sur l’habitat en HLM des immigrés, éventuellement, même, sur une certaine liberté vis-à-vis de la religion (les femmes ne sont pas voilés, les hommes boivent de l’alcool)). Hélas, chacune de ces idées est suggérée, aucune n’est traitée en profondeur. Le génie du réalisateur est de nous faire pénétrer dans cette famille, se s’y sentir chez soi en très peu d’images et de mots. C’est pour ces raisons que ce film relève du documentaire ethnologique. Le père, aurait pu être un beau personnage, si on l’avait un peu plus bavard et un peu moins renfermé. Il ne colle pas avec l’image du père de famille ; son retrait et le fatalisme désinvolte dont il est affublé ne lui vont pas. La jeune comédienne Hafsia Herzi a du cran et du bagout. Nulle doute qu’elle fera une belle carrière (pourvu qu’on lui propose d’autres rôles que ceux de garçonne à la langue bien pendue !).

  • En vous disant des choses qu’on ne dit point...

    Nous avons vu samedi soir, le dernier film de Emmanuel Mouret Un baiser s’il vous plaît . C’est un petit chef d’œuvre, comme tous les films de ce réalisateur au style bavard et littéraire (on pense souvent à Rohmer). L’histoire est assez simple mais plonge rapidement dans des dilemmes moraux ou affectivo-moraux. Un petit résumé : « en déplacement à Nantes, Emilie (Julie Gayet (merveilleuse)) rencontre Gabriel (Michaël Cohen (parfait)). Séduits l’un par l’autre, mais ayant déjà chacun une vie, ils savent qu’ils ne se reverront sans doute jamais. Il aimerait l’embrasser. Elle aussi, mais une histoire l’en empêche : celle d’une femme mariée (Judith, jouée par Virginie Ledoyen) et de son meilleur ami (Nicolas interprété par le réalisateur) surpris par les effets d’un baiser. »

    Derrière ce marivaudage, se cache une belle étude morale sur l’amitié, et plus spécifiquement l’amitié amoureuse, et plus généralement sur la part de désir qu’il y a dans les amitiés entre les hommes et les femmes. Tous ces thèmes sont traités avec beaucoup de légèreté mais une grande justesse. Peut-être que je me lasse un peu du jeu du réalisateur-interprète qui est, à force, peut-être plus lourd que nécessaire (sa bouffonnerie légère est un peu lassante), mais bon. Les images sont truffées de clins d’œil, d’allusions visuelles, de mises en scène subtiles. On ne s’ennuie pas et cela offre au spectateur la possibilité de réfléchir à ses propres expériences.

    Tout cela m’a fait repenser à mes lectures passées et, plus particulièrement, à la correspondance entre Belle de Zuylen (Isabelle de Charrière, 1740-1805) et Constant d'Hermenches (1722-1785) que j’ai lue avec passion, il y a dix ans de cela. Pour mon plaisir (et j’espère pour le vôtre, également), je recopie ici un long extrait la lettre du 8-9 novembre 1764 au baron Constant d’Hermenches :

    «  J’irai donc à La Haye, d’Hermenches, avec assez de liberté, non pas pourtant avec liberté entière, et tant mieux. Savez-vous ce que je crains ? De vous faire des agaceries indécentes, des caresses ; l’un des freins qui arrêtent les femmes voluptueuses, c’est la crainte de l’indiscrétion, et avec vous il me semble que je n’aurais rien à redouter. Si je vous donnais un baiser, me trahirez-vous ? Peut-être vous croiriez-vous obligé de dire à votre ami qu’il renonce à une femme plus capables de emportements de l’amour que de ses délicates tendresses… Je ne sais ce que vous direz, mais gardez-vous de vouloir enflammer mes sens. Vous me connaissez si bien, il y aura peu de gloire à exciter une coupable émotion, il y en aura beaucoup plus à demeurer mon sage ami, soyez même austère s’il en est besoin ; j’espère que non, que je ne donnerai pas la gloire d’un pareil triomphe, mais enfin je n’oserais répondre de moi dans une occasion unique où un homme sensuel, libertin jusqu’ici, redouté, dangereux, se trouve en possession de tous les secrets de mon cœur , de ma plus intime confiance et m’est tellement attaché que je ne puis redouter de sa part ni perfidie ni mépris. Non, puisqu’après tout ce que je vous ai dit vous ne me mépriserez pas, mes caresses ne me rendraient pas méprisable… Vous les recevriez pourtant avec un mélange de remords qui gâteraient tout le plaisir. Je ne le vous en ferai point, je l’espère, je le crois, mais j’ai voulu dire mes craintes et mes scrupules. C’est une chose étrange que l’habitude de vouloir vous faire lire mon âme. Vous me savez gré de ma sincérité, et moi j’y trouve du plaisir, je la regarde presque comme un devoir, et ce m’est une satisfaction de vous prouver combien je m’en fie à vous en vous disant des choses qu’on ne dit point. Les femmes les moins scrupuleuses ne donnent leurs faiblesses que pour un excès de sensibilité, de complaisances ; je les crois fausses ; si elles sont vraies, je les félicite. Vous êtes trop discret pour me répondre. Retirez votre main s’il m’arrivait de vouloir vous donner la mienne. Adieu. Je me couche. Adieu. »

     

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  • Histoires au ralenti

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    My blueberry nights, film de Wong Kar-Wai

     Est-il possible qu’un cinéma, le cinéma d’un réalisateur asiatique adulé, transposé dans un univers occidental soit aussi fade ? Hélas oui, et c’est une déception. Le film n’est pas mauvais ; il est même génialement filmé, toujours aussi fluide, sensuel en utilisant, néanmoins, les ficelles bien connues, caractéristiques même de son art, de son style : ralentis, accélération, cadrage moelleux, choix des musiques (excellentes car on échappe aux mélopées endormantes de Norah Johnes). L’histoire qui parcourt ce bref moment de cinéma est un peu insipide : l’éternel amour/désamour, à différents stades de l’aventure douloureuse entre les hommes et les femmes. La chanteuse américaine semble être un peu désemparée (gros yeux, regards globuleux et air interloqué), bien que son rôle soit central : elle lie et délie les gens entre eux. Il faut bien un ciment pour donner corps à ces histoires parallèles. Jude Law est très bien en tenancier de gargote, drôle, gentil et aimant. Mention spéciale à la mèche de la belle brune Rachel Weisz (voir la photo ci-dessus).

  • Rien vu

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    Mélo coréen, ce film ne m’a pas vraiment convaincu. Il traîne en longueur, peut-être parce que son actrice en fait un peu trop et que le scénario est hésitant : découverte de Dieu (ou au moins de la religion chrétienne) puis rejet, images de la folie d’une mère qui perd son fils dans une ville qui a vu naitre son mari (mort, lui aussi). Pour moi, ce film est bien peu asiatique. On pourrait plaquer le scénario dans une atmosphère occidentale, on obtiendrait les mêmes effets. Mais peut-être que je n’ai pas, actuellement, la tête à sentir le génie d’une œuvre si unanimement encensée.

  • En hommage

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    Saraband sur Arte, mercredi 8 août 2007 à 20h45

  • Y-Y

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    Edward Yang, le réalisateur Taïwanais de Yi-Yi (film éblouissant) est mort vendredi dernier à 59 ans.

  • Joao Vuvu

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    Je signale à mes aimables lecteurs, la diffusion, demain soir sur Arte à minuit moins vingt (!), de Va et vient, l’ultime chef d’œuvre de Joao César Monteiro, cinéaste lisboète un peu détraqué. Ce film est une perle d’humour, de raffinement et de polissonnerie.

  • La belle Corée

     

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    Le Vieux Jardin, film coréen de Im Sang-soo (2006). Très beau film qui manie avec un grand art le génie du récit et la fluidité du passage d’un temps à l’autre (réalité et souvenirs s’entremêlent avec beaucoup de souplesse). L’histoire tire un peu sur le mélo, surtout vers la fin, lorsque l’ancien leader étudiant retrouve la fille qu’il a eue avec la femme qui l’a caché lors de cavale. Les paysages sont très bien filmés ; tous ces films coréens donnent envie de découvrir ce pays de montagnes et d’eau. A voir avant qu’il ne soit trop tard…

  • Années 80

    Je me suis  ennuyé en regardant Les témoins, le dernier film d’André Téchniné (d’habitude mieux inspiré,  Cf. Les voleurs, son meilleur film, à mon avis). Rarement, j’avais l’impression d’être en 1984. Il y a des erreurs de reconstitution, il suffit de regarder certaines voitures qui circulent dans les rues. A part Sami Bouajila – excellent et crédible – j’ai trouvé les autres acteurs sur la réserve, pas très inspirés. Le film est mal construit. Le thème central - le sida à ses prémices – est traité sous trop d’angles : la lutte initiale de la maladie et le peu d’informations disponibles, mais aussi la vie d’un couple dont la femme est écrivain (et qui écrit l’histoire que son mari, policier et bisexuel vit (ou a récemment vécu) avec un jeune provincial homosexuel de fraîche date « monté à Paris »). Emmanuelle Béart ne me semble pas très crédible, son ton et son jeu ne vont pas bien dans le décor. Vient se greffer là-dessus, l’aspect médical incarné par un Michel Blanc, sous la blouse d’un professeur de médecine, et ami des protagonistes du drame. En définitive, le film et son scénario s’épuisent dans des dérivatifs (notamment l’histoire de la sœur du jeune homme, chanteuse d’opéra) alors qu’il y aurait eu un sillon complet à creuser (beaucoup plus en profondeur) sur les rapports humains à l’époque où cette terrible maladie tuait comme la peste, sans que personne n’en connaisse l’origine.

  • Das ist für mich ! (*)

    Grande salle du Club bien remplie, hier soir, pour la Vie des autres, le film dont 99% des spectateurs l’ayant vu se disent satisfaits (c’est le slogan d’une publicité en demi-page que je lis tous les jours dans le Monde). La bande annonce ne m’avait pas vraiment emballée. Ce film est intéressant. Pour ne pas dévoiler l’intrigue, on peut la résumer simplement comme une chronique des dernières années du régime communiste en Allemagne de l’Est, sous l’angle de l’un de ses pires travers : l’étroite surveillance menée par la Stasi (police de la sécurité de l’Etat) sur les Allemands de l’Est. Le film montre le lent retournement qui s’opère dans la tête d’un zélé officier de cette sinistre institution alors qu’il est chargé de la surveillance d’un intellectuel (auteur de pièces de théâtre). A mon sens, la première partie du film est trop longue, trop diluée. La dernière et courte période montrant l’après chute du mur est traitée avec trop de rapidité. Il aurait été intéressant de montrer comment ceux qui avaient espionné pour le compte du Parti se trouvent ensuite confrontés à leurs victimes, au-delà de l’ouverture des fichiers de la Stasi. La reconstitution historique est très pointilleuse, notamment les détails sont traités avec beaucoup de justesse (papier-peints défraichis chez le sinistre et peu souriant officier qui consacre toute son existence à surveiller ses concitoyens; intérieurs des intellectuels berlinois). La dimension principale du film est centrée autour de l’humain, notamment autour des thèmes de la dénonciation et du repentir. Voilà un film qui devrait faire réfléchir les zélés supporters, comme le sieur Ramonet du Monde Diplomatique, de Castro et de son anti-démocratique régime.

     

    (*) "C'est pour moi", dernière phrase prononcée dans le film. Allez le voir pour en savoir plus.

  • Farce triste mais nécessaire

    Cérémonie des Césars. Soirée habituelle, de plus en plus insupportable parce que terriblement convenue et prévisible (larmes sèches, ode lyrique pour les intermittents, pitoyables pitreries, etc.).  La semaine dernière, j’étais prêt à écrire ici une petite note pour annoncer le triomphe assuré des Indigènes. Ouf! Les mines de nos amis Algériens (*) étaient bien déconfites, les applaudissements bien mesurés. On pouvait lire toute la morgue du monde sur leur visage incrédule. Pour attribuer le précieux César, je n’ai toujours pas compris qui votait, et dans quelles conditions. On nous dit que ce sont les « professionnels » du cinéma. Est-ce que ce vote se fait à bulletin secret ? Quelles sont les modalités ? Quoiqu’il en soit, tout ce cirque montre la propension incroyable d’un petit milieu à se glorifier, ou plutôt à s’auto glorifier devant la télévision qui est, dans le cas présent, plus qu’un miroir. C’est une formidable boite de résonnance où l’on ne sait plus qui de la télévision ou du cinéma, tient la barbichette à l’autre. Le beau film Lady Chatterley a reçu de nombreuses et méritées récompenses, y compris la belle et talentueuse Marina Hands. Du coup le film « ressort » sur tout le territoire avec cent copies neuves. Le cruel est que si deux ou trois centaines de professionnels (mettons) n’avaient pas apporté leur voix à ce film (l'année prochaine, ce seront peut-être les mêmes qui voteront pour Taxi 4), il n’aurait eu aucune chance de refaire surface et donc d’être vu par quelques milliers de spectateurs supplémentaires. J’espère que cela permettra à ceux qui ne l’ont pas vu d’aller le découvrir. Et contrairement à ce qu’affirmait un pas très fin critique « ciné » du Nouvel Observateur, ce film n’est pas que l’initiation à l’amour physique d’une femme désœuvrée. C’est avant tout une hymne à la liberté.

    (*) Le lendemain, c’est pour l’Algérie que le film Indigènes concourait aux Oscars. Sans plus de succès qu’à Paris.

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    Marina Hands
  • Au fond du vallon

    Le Grand Silence. Film allemand de Philip Gröning (2006). Film ou documentaire ? Le résultat échappe aux deux genres. C’est une longue succession de plans fixes, sans ordre apparemment sinon de suivre les saisons (à peu près). Le sujet est la vie monacale des hommes qui ont choisi de vivre au couvent de la Grande Chartreuse, en suivant la règle de Saint-Bruno. Le silence règne, sauf les dimanches où la parole est libérée. Tout le reste du temps,  les moines ne se parlent pas ; ils s’écrivent, si besoin, sur de petits bouts de papier. Les cellules sont en bois, les poêles sont d’un autre âge, comme les murs. Tout semble être ici à l’identique depuis des siècles (au moins depuis la dernière reconstruction, suite au dernier incendie). Vie d’un autre âge, vie pour l’au-delà. Du film, se dégage parfaitement l’ambiance du lieu, celle d’un désert, d’un endroit reculé. Je l’ai déjà dit ici mais de ce coin de Chartreuse se dégage véritablement une sensation mystérieuse. Il faut y être pour la ressentir. J’ai bien aimé ce travail cinématographique, car il montre l’envers du décor. L’intérieur d’un lieu clos, d’un sanctuaire parfaitement reculé du monde. Techniquement et artistiquement, je suis moins emballé. Certaines scènes sont visiblement tournées en mauvaise caméra numérique (j’ose espérer que ce n’est pas un geste artistique). Le rendu et le résultat sont quelques fois assez mauvais. A trop pixélisé, on finit par perdre toute l’âme de ce qui est filmé (ce qui est bien dommage dans le cas présent). D’autres plans (tournés sur pellicule ?) sont eux somptueux, les lumières sont souvent très belles, très expressives ; elles donnent de magnifiques modelés à la bure immaculée des moines. Ce film est long, lancinant comme un psaume mais ce n’est pas un film qui « vrille les nerfs » comme l’a délicatement écrit un chroniqueur du Petit Bulletin, « l’hebdo gratuit des spectacles et du cinéma » de Grenoble et, accessoirement, excellent réceptacle à pelures de légumes.