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HSQ

  • L'homme transparent

    « Le Grand-écrivain, en effet, n’est pas simplement un écrivain qui gagne beaucoup d’argent. Il n’est pas du tout nécessaire que ce soit lui qui ait écrit « le livre le plus lu de l’année », ou du moins ; il suffit qu’il ne trouve rien à redire à cette sorte d’évaluation. Il siège dans tous les jurys, signe tous les manifestes, écrit toutes les préfaces, prononce tous les discours d’anniversaire, donne son opinion sur tous les évènements importants et se voit appelé partout où il s’agit de célébrer les résultats obtenus dans tel ou tel domaine. Le Grand-écrivain, en effet, dans toutes ses activités, ne représente jamais l’ensemble de la Nation, mais seulement sa section la plus avancée, la grande élite au moment précis où elle va devenir la majorité, et cela l’entoure d’une excitation intellectuelle durable. »

    Robert Musil, HSQ, deuxième partie « toujours la même histoire », chapitre 95 : « Le Grand-écrivain, vu de dos », page 540.

    Tout ce chapitre me fait penser à un seul de nos contemporains : Philippe Sollers !

  • L'humus même de la vie

    « Un beau jour, quoique nous soyons tous nés révolutionnaires, on s’aperçoit qu’un homme simplement brave, quelle que soit la valeur de son intelligence, un homme gai, courageux, fidèle, sur lequel on peut compter, est non seulement pour nous l’occasion d’une extraordinaire jouissance, mais encore l’humus même de la vie. C’est là, j’en conviens, une sagesse ancestrale, mais elle marque le passage décisif du goût du jeune homme, naturellement tourné vers l’exotisme, au goût de l’homme mûr. »

    Robert Musil, HSQ, deuxième partie « toujours la même histoire », chapitre 76 : « Le comte Leinsdorf se montre réservé », page 407.

  • Le creuset où le destin nous coule

    « Qu’est qu’une âme ? Il est facile de la définir négativement : c’est très exactement cela en nous qui se rétracte quand nous entendons parler de séries algébriques. Mais positivement ? Il semble que cela réussisse à échapper à tous les efforts faits pour la saisir.

    […] Il était également possible que cette source profonde, en Diotime, fût définie plus justement comme un élément de recueillement, de tendresse, de dévotion et de bonté qui n’avait jamais trouvé à s’épanouir et avait pris, dans le creuset où le destin nous coule, la forme ridicule de son idéalisme. Peut-être était-ce simple fantaisie ; peut-être l’intuition de ce travail instinctif et végétatif qui se poursuit quotidiennement sous l’enveloppe du corps au-dessus de laquelle nous considère le regard inspiré d’une belle femme ; peut-être vivait-elle simplement parfois de ces heures indéfinissables où les sensations semblaient plus élevées que d’habitude, où l’ambition et la volonté faisaient silence, où une légère ivresse, une petite plénitude l’envahissaient, où ses pensées même si elles ne s’attachaient qu’à un sujet infime, tournaient le dos à la surface et s’enfonçaient dans les profondeurs ; et les évènements du monde, alors, étaient lointains comme le vacarme qui s’élève au-delà du mur d’un jardin. »

    Robert Musil, HSQ, deuxième partie « toujours la même histoire », chapitre 25 : « Souffrances d’une âme mariée »

    Proust en Autriche ?