16 juillet 2008

Chaîne du livre...

 A la demande de Mlle Elise, le résultat du cogito:

 

1) Quel(s) souvenir(s) avez-vous de votre apprentissage de la lecture ?

Aucun !

2) Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?

Oui-oui et Pagnol.

3) Aimez-vous la lecture à haute voix ?

Oui, mais je ne pratique pas.

4) Votre conte préféré ?

Aline et Valcour de Sade.

5) La meilleure adaptation d'un roman ou d'une pièce de théâtre ?

La Captive de Chantal Akerman (d’après la Prisonnière de Proust).

6) Apprenez-vous par cœur certains poèmes, répliques de théâtre, passages de roman ?

J’aimerais mais je n’ai pas assez de mémoire pour cela.

7) Avez-vous des livres ou des magazines dans vos toilettes ?

Oui, actuellement l’Empire des sens de Barthes pour les livres, Questions de femmes, Santé Magazine et Réponses photos pour les magazines.

8) Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

Oui ! Le Bord des Larmes de Renaud Camus, L’HSQ de Musil et le Complot contre l’Amérique de Roth.

9) Le poète que vous ne cesserez jamais de relire / de vous réciter ?

Relire Mallarmé, réciter Baudelaire.

10) Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?

Le plus rapidement : Pays perdu de Pierre Jourde.

Le plus lentement : l’HSQ de Musil.

11) Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?

Peu m’importe.

12) Le(s) livre(s) que vous ne rangez jamais dans votre bibliothèque et qui traîne(nt) toujours ?

Un tome des Mémoires de Saint-Simon.

13) Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?

Légèrement allongé sur le canapé, une jambe en travers de l’accoudoir.

14) Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?

Très rarement mais je corne volontiers les pages qui m’intéressent le plus.

15) Offrez-vous des livres ?

C’est mon plus grand plaisir !

16) La plus belle dédicace, que ce soit de l'auteur ou de la personne qui vous l'offrit ?

"En espérant que tu te construis du matériau à bonheur !"

17) Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)

J’ai un livre acheté d’occasion qui a très longtemps empesté le tabac. Il m’a fallu plusieurs années d’attente pour pouvoir l’ouvrir.

18) Quels sont les auteurs dont vous avez lu les œuvres intégrales ?

Saint-Simon.

19) Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?

Carnets d’un voyageur zoulou dans les banlieues en feu de Pierre Jourde.

20) Un livre qui vous a particulièrement ému ?

Les Confessions de Rousseau.

21) Le Livre qui vous a terrifié ?

Le Fouet de Martine Roffinella.

22) Le livre qui vous a fait pleurer ?

La jeune fille en bleu de Jean-Paul Goux.

23) L'avertissement / l'introduction qui vous a le plus marqué ?

« À une jeunesse respectueuse et à tous les autres qui ont le cœur pur » (Rilke, Lettres à une musicienne)

24) Le titre le plus marquant, original, décalé, astucieux ?

À l’ami qui ne pas sauvé la vie

25) Décrivez votre bibliothèque.

Pleine à craquer, peu ordonnée mais à garnir urgemment !

26) Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?

C'est encore mieux à cinquante ans de Françoise Laborde

27) L'endroit le plus insolite où vous lisez ?

Sur les hauts sommets des Alpes.

28) Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?

Histoire de ma vie de Casanova.

29) Votre livre d'art préféré ?

L’Art Roman de Marcel Durliat

30) La bibliothèque idéale ?

Celle-ci

31) L'incipit qui vous a le plus marquée ?

Incipit vita nova

32) La clausule qui vous a le plus marqué ?

« Les femmes qu’on connait d’abord chez l’entremetteuse n’intéressent pas, parce qu’elles restent invariables. » (Proust, Le Côté de Guermantes II, chapitre 2).

Je passe le témoin à Manue, Charlotte & if.

04 avril 2008

Aux libertins !

La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux de Sade, adaptation et mise en scène Christine Letailleur, avec Stanislas Nordey (Dolmancé), Valérie Lang (Madame de Saint-Ange), Charline Grand (Eugénie de Mistival), etc..

Le grand théâtre de la MC2 était bien rempli, hier soir, pour découvrir cette adaptation du célèbre roman de Sade, publié en 1795 sous le manteau. L’un des dialogues est archi-connu, il s’agit du texte politique intitulé Français, encore un effort si vous voulez être républicains. L’histoire est assez simple. Deux libertins (Dolmancé et Madame de Saint-Ange) donnent une leçon particulière de luxure et de vice à une jeune vierge de 15 ans, Eugénie de Mistival, fille d’une mère dévote et d’un père libertin. Tous les textes de Sade sont extrêmement théâtraux et se prêtent parfaitement aux mises en scène. D’ailleurs, le vice et la luxure sont, chez Sade, totalement des mises en scène, des représentations de l’esprit avant d’être des chevauchements de corps. L’auteur apporte toujours un grand soin à détailler les orgies, à en livrer les prémices et le déroulement, en utilisant tous les sens, notamment la vue qui, à elle-seule, génère bien des plaisirs (ou, au moins, bien des désirs et des envies). Ce texte est si foisonnant, si dense, dans la belle langue du dix-huitième siècle finissant, que l’adapter au théâtre pourrait paraître simple. Il n’en est rien ; notamment parce que le risque principal est de monter la pièce en jouant le texte. Ce serait dur, à moins de jouer une orgie devant trois ou quatre cent personnes, ce qui finirait par ne pas être bien captivant, surtout qu’on ne pourrait que difficilement suivre le texte à la lettre, puisqu’il est lui-même un énorme catalogue d’exploits et de corps qu’on ne trouvent pas si facilement... Le parti pris de la mise en scène est donc de laisser parler le texte et de jouer en face une pantalonnade, un peu bouffonne, très légère (à mesure que le texte devient de plus en plus cru), remplie de références au boudoir et à ses artifices, notamment le rideau, que l’on tire ou que l’on lève, en fonction de l’avancement de l’action. Le choix des musiques, légères (Mozart excellent et tout à fait dans le ton), est absolument en adéquation avec le sujet. Alors certes, on voit bien quelques paires de seins et de fesses mais pas de quoi fouetter un chat (à peine plus que dans Elle). On ne s’ennuie pas durant ces deux heures, on rit souvent et c’est bien là l’essentiel. Un reportage sur la mise en scène est visible ici.

18 février 2008

Démiurge agronome

 

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Alain Robbe-Grillet est mort. Pour rentrer dans l’univers de cet écrivain, cinéaste et théoricien fantasque, bougon et assez insaisissable, je signale le DVD d’entretiens (plus de six heures !) qu’il a eus avec Benoît Peeters en 2002 et dont on peut se faire une idée assez nette ici. C’est absolument passionnant même si on n’a jamais lu une ligne de celui qui disait « le seul engagement possible, pour l’écrivain, c’est la littérature ». A propos du Nouveau Roman, le livre de Jean Ricardou (Seuil, 1973, collection "Ecrivains de toujours") est très clair et passionnant car il donne de précieuses explications sur ce mouvement qui s’enferme assez vite dans un hermétisme total pour le profane. La dédicace du livre est merveilleuse : « Aux nouveaux lecteurs » ; accompagnée d’une belle formule de Boulez : « Les êtres les plus imaginatifs ont le sens de la théorie, parce qu’ils n’ont pas peur qu’elle bride leur imagination, au contraire. Mais les faibles redoutent la théorie et toute espèce de risque, comme les courants d’air. »

30 décembre 2007

Ne plus mener à rien

« Depuis, seize ou dix-sept ans avaient passé, comme nuages au ciel. Ulrich ne les regrettait pas plus qu’il n’en était fier ; arrivé en sa trente-deuxième année, il les considérait simplement avec surprise. Entre-temps, il avait vécu ici ou là, parfois aussi, brièvement, dans sa patrie, et partout il avait fait des choses estimables et d’autres inutiles. On a déjà laissé entendre qu’il était mathématicien, et il n’est pas besoin d’en dire davantage à ce sujet pour l’instant ; en effet, dans toute sa profession, pourvu qu’on l’exerce par amour et non pour de l’argent, arrive un moment où les années qui s’accumulent paraissent ne plus mener à rien. Après que ce moment eut quelque peu trainé en longueur, Ulrich se rappela qu’on accorde au pays natal le mystérieux pouvoir de rendre à la réflexion des racines et un terreau, et il s’y installa avec les sentiments d’un promeneur qui s’assied sur un banc pour l’éternité, tout en pressentant déjà qu’il ne va pas tarder à le quitter. »

Robert Musil, L’Homme sans qualité (traduction de P. Jaccottet)

06 novembre 2007

Un roman

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Un bien beau livre, qui m’a laissé rêveur et perplexe : l’histoire d’un homme, de l’amour qui tourne à la folie, l’histoire d’une famille, l’histoire d’un siècle. A lire !

21 août 2007

A l'est de l'horreur

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Ce livre à la puissance d’évocation de la Nuit d’Elie Wiesel. Il traite du goulag sous Staline, des effroyables déportations commises pour dékoulakiser la société russe à partir des années trente. Cette folie a conduit des millions de russes à la mort, en Sibérie ou dans leurs campagnes, privés de nourriture. Le texte de Grossman a été écrit de 1956 à 1963, en parallèle à l’aboutissement de Vie et destin, le chef d’œuvre de l’écrivain russe qui mourra quelques années plus tard. Ce roman met en scène deux personnages dont l’un (Ivan Grigoriévitch) est un ancien déporté et retrouve à sa sortie du goulag ( en 1954 (après la mort de Staline, donc)) son cousin Nicolas Andréiévitch, universitaire apparatchik. Le début du récit met en scène l’affaire des blouses blanches, soi-disant complot qui aurait visé à éliminer le moustachu géorgien et qui fut surtout prétexte à des procès « anticosmopolites » puis rapidement ouvertement antisémites, totalement terrifiants et tragi-comiques. Le livre se termine par une analyse du caractère de Lénine et du lien avec les mille ans de servage du peuple russe : « Il [Lénine] avait le sentiment que son pouvoir dictatorial était le garant de la pureté et de la conservation de ce à quoi il croyait, de ce qu’il avait apporté à son pays. Il était heureux d’avoir une telle puissance. Il l’identifiait à la justesse de sa cause, mais soudain il entrevit avec effroi et pour un instant que la fermeté inébranlable dont il usait envers l’influençable Russie était le signe de sa propre impuissance. Plus leur marche était pénible, plus sa main se faisait lourde. Plus la Russie se soumettait à la violence révolutionnaire et scientifique, moins il avait le pouvoir de lutter contre la force véritablement satanique du servage, du passé. » Le livre de Grossman se lit comme un résumé de l’histoire Russe de la première moitié du XXe siècle. Il vaut un long cours d’histoire, une histoire de l’horreur absolue, de l’asservissement d’un peuple par un Etat bureaucratique devenu fou à moins qu’il soit né avec l’âme funeste.

« Pourquoi les a-ton forcés à avouer les crimes qu’ils n’avaient pas commis ? Pourquoi les a-t-on déclarés ennemis du peuple ? Pourquoi les a-t-on isolés de la vie qu’ils avaient construite et qu’ils avaient défendue dans les combats ? Il leur parut absurde d’être ravalés au niveau de ceux qu’ils avaient haïs et méprisés, qu’ils avaient eux-mêmes abattus – avec quel fanatisme et quelle férocité – comme des chiens enragés.

« Ils se retrouvèrent dans des cellules et dans des baraquements des camps avec ceux des mencheviks qu’ils n’avaient pas achevés, avec les industriels et les propriétaires fonciers d’autrefois. Certains d’entre eux crurent qu’il y avait eu un coup d’Etat, que leur ennemis avaient pris le pouvoir et que, tout en servant de la langue et des concepts soviétiques, ils réglaient leurs comptes à ceux qui avaient conçu et bâti l’Etat soviétique.

« Parfois, l’ancien secrétaire d’un comité de district, ennemi du peuple démasqué, et le nouveau secrétaire du même comité de district qui l’avait dénoncé, se retrouvent en prison côte à côte. Et il n’était pas rare qu’ils fussent rejoints un mois plus tard dans leur cellule par le troisième secrétaire du comité de district qui avait démasqué le second avant d’être métamorphosé à son tour en ennemi du peuple.

« Tout se mêlait : le fracas et le bruit de ferraille des roues des convois se dirigeant vers le nord ; l’aboiement des chiens policiers ; le craquement des bottes  et des souliers des femmes sur la neige de la taïga ; le crissement des plumes des juges d’instruction ; le grincement des pelles sur la terre gelée, creusant les fosses pour les détenus morts du scorbut, morts du froid, morts d’une rupture d’anévrisme ; les voix de ceux qui, aux réunions du Parti, imploraient la clémence puis répétaient de leurs lèvres mortes, à la suite du juge d’instruction : « j’avoue que, devenu l’agent stipendié d’un réseau étranger et mû par la haine féroce de tout ce qui est soviétique, je me préparais à commettre des actes de terrorisme contre des hommes d’Etat soviétiques, que je faisais de l’espionnage au profit de… », assourdis par les pierres de Bourtyrki et de Lefortovo : neuf grammes de plomb dans la poitrine ou dans la nuque de milliers d’innocents accusés d’activités de terrorisme et d’espionnage particulièrement perverses. »

09 mai 2007

Au pied du lit

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Montélimar, Hôtel Sphinx, chambre n°3, lundi 7 mai 2007

10 avril 2007

Deux photographes

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© Jacques Damez,  « G2 » - 1994,  Format 69cm*69cm – Galerie Le Réverbère, Lyon

Le musée Géo-Charles d’Echirolles, en collaboration avec la galerie lyonnaise Le Réverbère, présente jusqu’au 29 avril la série Tombées des nues du photographe Jacques Damez (né en 1959). Excellente exposition qui s’intéresse à l’humain derrière le modèle. Plans serrés, chaires molles et poils dans un velouté de nuances de gris. Comme si le grain de la peau et celui de la pellicule se répondaient. Certaines photographies m’ont fait penser à quelques grands nus d’Edouard Weston.

Je profite de cette occasion pour signaler le petit livre du peintre (et photographe) Bernard Dufour, publié aux éditions de la Musardine. Il s’intitule « Mes modèles, Femmes nues à l’atelier ». L’artiste y raconte (et montre) le travail photographique sur le nu qu’il mène depuis 1958 : « En inscrivant, je révèle ». On ne saurait mieux dire!

25 mars 2007

Derniers jours

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Derniers jours de l’exposition Stendhal à Grenoble, sous titrée « la révolte et les rêves ». La visite n’est pas inintéressante mais assez parcellaire. C’est un résumé de la vie du célèbre grenoblois (qui n’aimait pas sa ville natale). Malgré la richesse des fonds de la bibliothèque municipale, il y a très peu d’originaux exposés et beaucoup trop de copies. Il y a tout de même quelques documents intéressants, notamment les lettres manuscrites (difficiles à lire) et des souvenirs personnels (la liste des femmes aimées, avec leurs initiales). De Stendhal, on peut aimer sans réserve le promeneur dans Rome ou les carnets du touriste en France. Une petite visite de l’exposition ici.

10 janvier 2007

En hommage

Le père noël, dans son infinie bonté, m’a bien gâté le mois dernier. Je voudrai dire un mot ici du magnifique volume l’art roman aux éditions Citadelles et Mazenod. Ce livre épais est de loin le plus cher de notre modeste bibliothèque. Je constate qu’il est aussi en passe de devenir mon plus cher d’entre tous. Les longues heures passées dans la grisaille parisienne m’ont permis de lire presque intégralement le texte érudit et sublime de Marcel Durliat. Par une triste coïncidence, l’historien d’art vient de mourir à l’âge de 89 ans. La qualité du volume est, comme il se doit, remarquable. Le soin apporté aux prises de vues se matérialise parfaitement dans les impressions en pleine page. Ainsi, rarement visages sculptés auront été aussi bien photographiés. On voit, au-delà de l’image, le grain de la pierre. C’est le souhait enfin réalisé de tous les photographes : outrepasser le rendu en deux dimensions pour donner, dans l’espace reconstitué, la représentation du volume. Mais c’est aussi le cas pour la plastique architectonique ou les joyaux de l’orfèvrerie. Le texte fourmille de détails. Son grand mérite est le soin apporté à l’argumentaire dans une vision globale. Les formes d’expression artistique (de la construction des églises à l’art des émaux en passant par l'art de la fresque murale) sont vues comme étant articulées les unes aux autres. Ce texte n’est pas un résumé de théories et de dogmes. L’auteur avance et explique ses arguments avec force et conviction, notamment au sujet du problème de la datation et des styles. L’épais livre se termine par une géographie de la « romanie », ouvrant ainsi quelques pistes miraculeuses pour la rêverie et le désir de la découverte. A quand un voyage en Saintonge romane ?

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Christ de Chadenac (Haute-Loire), bois polychrome - Musée National du Moyen-Age, Paris

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