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Municipales 2014

  • De Polke et des municipales

    Pour la dernière fois, j’ai revu hier la belle exposition Polke au musée de Grenoble. Il y avait foule puisque l’accès est libre pour quatre jours. Il y avait même toute une ambiance de supermarché un samedi après-midi. La gratuité et le battage médiatique (à l’échelle de notre petite ville, pardon « métropole ») suffirent pour attirer tout un tas de gens qui ne viennent jamais au musée. Cette idée leur semblerait même très saugrenue. Pour faire plaisir aux édiles, il faut donc ouvrir à tout va et si possible au plus grand nombre. Dans le grand couloir central, des panneaux rappelaient ainsi combien telle ou telle exposition avait attiré du monde. Car c’est bien ce qui compte : drainer du monde pour remplir les caisses du musées – j’aimerais bien savoir combien les recettes de billetterie représente dans le budget du musée – et plus surement pour permettre à la municipalité en place de s’auto-congratuler. L’effort d’ouverture portait sur la jeunesse suivant l’adage jamais vérifié que plus on éduque tôt plus les adultes qu’ils seront, auront l’idée (l’envie ?) de revenir. Il y avait donc là tout un tas d’animations où des jeunes femmes parlaient aux enfants comme à des enfants. Ceux-ci jouaient à merveille leur rôle de bambins turbulents et indisciplinés. Les parents se réjouissaient. Qu’on puisse imaginer que le premier des apprentissages soit celui d’apprendre à garder le silence, à ne pas courir, à ne pas être « soi-même » mais d’ajuster son comportement au lieu, tout cela est maintenant saugrenu, dépassé et pour tout le dire parfaitement ringard. Il n’y a plus grand-chose de sacré dans notre quotidien, et surtout par un musée.

    Le plus troublant au sujet des journées « portes ouvertes » est que, la plupart du temps, le musée est désert (en dehors des expositions temporaires qui elles, sont toujours très fréquentées). Ce grand vide est une grande joie pour l’amateur ami du silence mais aussi une source d’angoisse. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’un jour prochain, il y aura peut-être des jours supplémentaires de fermeture, des salles closes à tour de rôle (comme c’est déjà le cas dans les grands musées parisiens). Personnellement, j’aimerais beaucoup qu’il y ait des nocturnes au musées ou, au moins, des fermetures un peu plus tardives (huit heures un soir par semaine, est-ce trop demander ?). Le coût du gardiennage est sans doute exorbitant au-delà d’un certain horaire, je n’en sais rien.

    Ces petites réflexions sont totalement hors de propos à l’heure où débute la campagne municipale. Un débat a été organisé entre les têtes de liste au sujet de la « culture ». Ce qu’il en est ressorti, c’est une lutte acharnée entre candidats pour fixer l’heure de fermeture de deux salles  de spectacle programmant des groupes de musak (que je préfère appeler musiquette ou variétés). Voilà où nous en sommes. Qu’on puisse mettre dans sa profession de foi, la volonté d’augmenter le budget municipal alloué au musée pour ses acquisitions ou au conservatoire de musique pour l’achat d’instruments de musique, que sais-je encore, c’est absolument impossible. La clientèle électorale, abrutie au plus haut point par ses propres goûts, ses propres envies, réclament « du concret » et le concret à Grenoble, c’est de repousser l’heure de fermeture de l’Ampérage. Voilà où nous en sommes. Cette goinfrerie pour l’immédiateté et la satisfaction sine die de ses petits plaisirs mettra n’importe quelle équipe municipale dans un engrenage dangereux. Pour se faire réélire, il faudra promettre et faire (ici une salle des « musiques amplifiées », là un local associatif à forte tendance communautariste, ici construire un mur pour que les tagueurs puissent saloper un peu plus la ville, etc.).  

     

    Pour en revenir à Polke, je donnerais beaucoup (et ce ne serait sans doute pas suffisant) pour acquérir ne serait-ce qu’un de ces petites panneaux « esquisses de couleur ». Les grands panneaux abstraits et très colorés me touchent plus que les œuvres liées à la Révolution française. J’aime beaucoup, en définitive, le grand triptyque du musée de Baden-Baden. Comme le dit Guy Tosatto, l’art chez Polke est tout en traversée des apparences.