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Musique

  • Boulez & la princesse de Clèves

    Pierre Boulez est mort. Je l’avais vu dirigé en 2007 (?) à la MC2. Son existence (et maintenant sa vie passée) mérite qu’on s’intéresse à lui. Il pourrait être cité en exemple à qui voudrait s’intéresser à la musique. Il faut à l’auditeur inculte ou ignare, mais soucieux d’en connaitre un peu plus, gravir les échelons un à un pour, un jour, apprécier la musique écrite par le Maître (Pli selon Pli, le très beau Marteau sans maître, etc.) Ce n’est pas facile, mais cela vaut la peine de vivre, comme tout le reste en matière artistique. Hier soir (à la MC2, toujours), j’ai assisté à la seconde partie du marathon théâtral de la représentation, sans exemple antérieur, à ma connaissance, de La Princesse de Clèves mise en scène par Magali Montoya. Les personnages sont joués alternativement par des femmes (sauf Madame de Clèves, jouée uniquement par Bénédicte Le Lamer). Une peintre improvise en direct sur le plateau de la représentation, tout comme un talentueux guitariste. Malgré la durée du spectacle (4 heures et 3 heures, y compris les entractes) il n’y a aucune longueur, et encore moins de langueur. Seule la pauvre Madame de Clèves meurt de langueur, et de tristesse, retirée de tous et de son cher Nemours. Texte de la folie d’aimer et d’être aimé, du mariage et de ses obligations. La performance d’acteurs (des actrices, en l’occurrence) est stupéfiante. Comment font-elles pour retenir un texte aussi long ? Mystère. La langue est, bien entendu, d’une grande pureté portée par le style le plus soyeux de notre histoire littéraire. On rêverait de parler aux femmes ainsi. L’idée de faire jouer tous les personnages par des femmes est riche. L’interprétation et la mise en scène sans chichis, centrées sur le texte sont fluides comme les larmes de la belle blonde. Il y a de purs moments de bonheur (ceux-là même où notre esprit est tout entier au théâtre, où notre médiocre vie a disparu). On est comme porté par une vague, lente et somptueuse. J’avais beaucoup aimé le texte en le lisant ; j’aurais bien du plaisir à m’y replonger (mais il y a tant et tant à lire). Toutes les actrices ont des voix d’une rare beauté, tour à tour chantante, ferme ou douce. Magali Montoya dégage un profond charisme ; on la sent meneuse de troupe, ce qui est de bon aloi pour une metteuse en scène. Plusieurs fois, j’ai senti sont regard doux et accompagnant se poser sur ses actrices. Oui, un très beau moment. Je suis toujours étonné des réactions du public. Hier soir, un bonhomme s’esclaffait à chaque réplique. Ce n’est pourtant pas une pièce cocasse ou qui donne envie de se tordre de rire. Les gens n’ont pas de surmoi, ils se comportent dehors comme ils sont devant leur téléviseur. Avant-hier, pour la première soirée, une petite peste, lycéenne ou étudiante, passait tout son temps à se tortiller sur son siège, celui-ci n’arrêtant pas de couiner. Mais son parfum était très agréable.

  • Une soirée en musique

     

    Quatuor Johannes, Seyssins, église Saint Martin, 16 octobre.

    Ce fut, comme souvent à Seyssins, un très beau moment. Peu importe que  l’andante cantabile du quatuor n°5 de l’opus 18  de Beethoven ne fut pas joué (le second violon étant indisposé), il se dégageait de ce beau programme (Haydn, opus 77 n°1 et n°3, n°5 de l’opus 18 de Beethoven) une grande énergie, un beau son et une grande harmonie. Le quatuor de Haydn est sans aucun l’un des plus beaux qui soit, que je fredonne souvent. Il redonne allant et bonheur aux jours les plus tristes. L’opus 18 de Beethoven n’est pas mon préféré mais il y a déjà de grandes idées. Bien que ces trois œuvres soient proches dans leur date d’écriture, elles correspondent assez bien à l’idée de l’avancée (inexorable) du temps en musique.

  • Mort de Gustav Leonhardt

     

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    J’apprends ce soir, avec une infinie tristesse, la mort du claveciniste, organiste et chef d’orchestre hollandais Gustav Leonhardt. Il avait quatre-vingt-trois ans. Prémonition ou pas, il se trouve que je m’étais étonné, il y a quelques jours de cela, de ne plus entendre parler de lui. Une rapide recherche sur le Réseau m’avait appris que le musicien, fatigué, annulait ses engagement pour cette année. Je l’ai entendu deux fois au concert. La première à Ambronay, au milieu des années quatre-vingt-dix, dans un programme de musique allemande (Georg Böhm et consorts). Je me souviens très bien de son infinie majesté, de sa classe (qui n’a rien à voir avec le « classe ! » des cours de lycée), notamment de cette petite mais belle pudeur qui lui faisait ranger précipitamment ses lunettes dans la poche de sa veste avant de s’incliner respectueusement devant le public. L’homme avait quelque chose de raide, de roide aurait-on écrit au temps de Bach et des Couperin. Il était, pour moi, l’image du protestant austère. Sa musique, son interprétation, autant que je puisse en juger avaient l’art si subtil et si maitrisé du métronome : le débit régulier, chaque note en temps et en heure. La seconde fois que je l’ai entendu fut au musée des Beaux-Arts à Lyon, dans la belle mais petite salle qui regroupe quelques splendeurs parmi les splendeurs des tapis orientaux. Il jouait sur l’un des clavecins « historiques » du musée. C’était sans doute au début de ce siècle. Le programme était consacré, il me semble, à Louis Couperin. Je n’oublie pas quel génial chef d’orchestre il fut (avec Harnoncourt). Leur intégrale des Cantates de Bach a voyagé avec moi (et continue) grâce, notamment à l’émission « Bach et l’Europe » de Jacques Merlet et Claude Noisette de Crozat que l’on entendait tous les dimanches matin sur France Musique, à l’heure de la messe (ou un peu avant). Sa direction de la Passion selon Saint-Matthieu reste un summum d’émotion et d’engagement qui n’a pas pris une ride. Il va nous manquer.

     

  • Nacht und Träume

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    Très beau disque, d'une pudeur et d'une justesse incroyables. La voix vient de si loin (prise de son remarquable). Un disque à offrir. 

  • Image du passé

     

    Musique en Grésivaudan, vendredi 1er juillet 2011 (Quatuor Amôn : Chostakovitch, quatuor #7 & 9, Beethoven, quatuor #8).

    Excellent concert dans l’église à la belle acoustique de l’abbé Calès à Tencin. L’audience aux cheveux bien grisonnants n’était guère fournie. J’ai bien peur que ces petits festivals soient à terme condamnés. Ils vivent de subvention des autorités départementales (peut-être) et n’attirent plus. La présidente de l’association qui l’organise a dit quelques mots pour rappeler la situation et la précarité totale d’une telle démarche, devenue sacerdoce. Les artistes, souvent jeunes et toujours talentueux, sont à défrayer de leur frais et leur cachet doit-être payé. Hélas, l’argent pour la musique (classique) manque. Elle ne manque pas pour les festivals de troisième ou quatrième zone pourvus que ceux-ci soient dans l’air du temps (multiculturels et nous promettant un monde sans frontière, sympathiques en diable*). Il n’y aura donc dans dix ou vingt ans plus personne pour aller au concert et encore moins de monde pour les organiser. Ironie du sort, le dernier bulletin du Conseil général nous livrait (à propos du prochain Festival Berlioz à la Côte St-André) le coup de poignard de la bouche de Monsieur Pascal Payen (vice-président chargé de la culture) :

    « La musique classique est perçue comme une discipline très élitiste. Qu’en pensez-vous ?

    « En Isère, avec le Festival Berlioz, nous prouvons le contraire. Un public de plus en plus large découvre la musique classique et notamment les jeunes. Le prix des places y est moins cher que dans les autres festivals de même importance. Et tout autour du festival, des récitals et des animations, dont beaucoup sont gratuites, dépoussièrent l’image de la musique classique. »

    Bien entendu, la musique (classique) n’a pas besoin d’être dépoussiérée, c’est la cervelle des fameux « jeunes » qui doit-être dépoussiérée. Dans ce genre de brochure départementale, on ne parle jamais de l’éducation au goût et de l’envie de découvrir, de la curiosité. Puisque les jeunes ne s’intéressent à rien de ce qui a fait jadis la culture de tout Être soucieux de sortir un peu du quotidien, autant changer la culture elle-même : rendons-la sympathique, mettons-la au niveau de ces idiots peut-être qu’elle finira par les intéresser (en short en casquette vissée sur la tête). Je l’ai déjà écrit ici : ce n’est pas le prix des places le problème. La Maison de la culture (MC2) de Grenoble propose des places à des tarifs plus qu’attractifs aux « moins de vingt-six ans » et pourtant, de jeunes, on n’en voit guère (sauf les musiciens des Ecoles de musique et les enfants des parents qui se soucient réellement de l'éducation au monde de leur progéniture). Bref, c’est peine perdue. Toute la chaîne de transmission est rouillée et tombe en ruine : les professeurs agrégés adorent feu les Rita Mitsouko ou Mika (et alors ? dit le lecteur énervé que je n’entends pas). En allant au concert, le rite social compte autant que le plaisir d’avoir plaisir. Les codes sociaux, déjà bien attaqués et oubliés de tous, se créent et se cultivent lors de ces évènements : on ne vient pas en short de plage ; si l’on doit parler, on chuchote à l’oreille de son voisin, etc. Le pire et triste, dans l’histoire, est que les autorités départementales semblent elles-mêmes bien peu intéressées par la musique classique, sauf à la marge pour vanter leurs inutiles actions.

    Du concert, je retiens que, décidemment, les quatuors de Chostakovitch sont d’une belle trempe. Je les pratique les jours d’hiver dans la voiture. Leur noirceur volcanique et débridée me plaît. Chaque phrase ouvre un horizon à parcourir. Bien entendu, s’il s’agissait de mourir demain, ce sont les quatuors de Beethoven qu’il faudrait réécouter jusqu’à la fin. Mais c’est le monument qu’on glorifie, l’origine de ce qui suivra et qui se poursuit de nos jours (une référence au passé, quelle horreur dans une époque qui n’aime que ce qu’elle a vu naitre !). Le quatuor est peut-être la forme musicale parfaite, celle qui se rapproche le plus de la conversation humaine et de la verbalisation de la pensée. Il est l’amitié incarnée.

    * voilà que Grenoble, capitale du Dauphiné, organise cette semaine deux jours de fêtes… catalanes !

  • Bach or not Bach ?


    Je n'ai été que moyennement emballé hier soir à la MC2 en écoutant l'interprétation de Nicholas Angelich des Variations Goldberg. Le disque, qui vient de sortir, me plait plutôt. Etait-ce la chaleur de l'Auditorium, les tousseurs ? Les moments vifs et intenses m'ont paru agité, souvent un peu confus. Peut-être l'acoustique, le piano ? Les variations lentes et mélancoliques sont par contre très belles, traitées comme de la musique romantique mais sans excès, sans pathos. Le cycle, dans son ensemble se tient mais je ne sentais pas le Bach de l'au delà. Je pensais à une sorte de passage obligé: pièces de prestige pour concertiste chevronné et reconnu. Je dois me tromper !

    Une vidéo promotionnelle

  • Kommt,...

  • Mélancolie

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    Ici

  • Bach + Bach

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    Deux disques « Bach » (ou de transcriptions de pièces de Bach), deux femmes au piano. Les ressemblances s’arrêtent-là. Le disque de Grimaud est plus vif, tempétueux  - le concerto BMW1052 y est pour beaucoup – mais, même la chaconne de Busoni d’après la deuxième partita pour violon, défile au galop (mais sans fausses allures). Chez Queffelec, on est dans la méditation lointaine et mélancolique – trop, à mon goût – ; ça devient une marque de fabrique, un ton qu’on retrouve d’un bout à l’autre du disque. Chaque note est ultra-précise et pourtant on entend énormément l’interprétation, le sens ou la lecture personnelle de la pianiste. Ce n’est pas condamnable mais c’est un peu monotone (chaque note lente, détachée du reste). Ceci dit, cette lecture fonctionne à merveille dans l’aria des Variations Golderg nimbée d’une jolie poésie et d’une grande rigueur métronomique. La prise de son chez Grimaud est très proche. Chez Queffelec - le début du disque surtout - tout est lointain, distancié de l’auditeur. Les deux sont à écouter, bien entendu !

  • Day is gone

    Concert du trio de Brad Mehldau, samedi 28 mars à la MC2. Mine un peu terne, sourire rare, pantalon trop petit et trop court, le pianiste a néanmoins donné un très beau concert pour la clôture du festival de jazz de Grenoble, édition 2009. Il y avait foule dans le Grand Théâtre mais l’Auditorium aurait été mieux adapté. Un concert (Dusapin) était programmé de longue date dans ce dernier. J’avais même pris une place. Mais le grand art contemporain ou la fine fleur du trio jazz, il fallait choisir. Du monde, donc, et de la jeunesse surtout (avec une belle queue de distribution vers les téléramistes). Belle machine que ce groupe qui joue comme il respire avec un grand souffle : du lyrisme sans petitesse. Toujours de grandes idées, portées bien haut. Jeff Ballard à la batterie est très bien, (moins boom-boom que Rossi ?) avec un style et un son très caractéristique. Grenadier, parfait comme d’habitude. Des compositions connues, d’autres un peu moins et cinq bis pour atteindre les deux heures de concert. Joie de jouer, plaisir de l’écoute. Grâce à M. et ses tics de groupie fiévreuse, nous étions excellemment bien placée, en position stratégique : un œil sur la main gauche (et laquelle !) de Brad, l’autre sur les doigts coulissants et agiles de Larry, le troisième sur les balais soyeux de Jeff. L’ère Radiohead semble révolue. La foule, soupirante et anxieuse attendait Exit music for a film. Elle n’aura droit qu’à une très belle version de Still crazy after all this years.

  • Sarabande, etc.

    J’avais noté, l’autre jour, ma déception de n’avoir pu assister au concert de David Grimal à Seyssins. En réalité, la manifestation n’avait pas eu lieu pour une raison que j’ignore. Hier soir, je n’ai donc pas manqué ma seconde chance et je me suis joint à la très modeste assemblée – à peine cinquante personnes, ce qui est une honte pour un interprète de ce calibre – qui assistait à ce très beau moment musical. Bon, l’église était glaciale mais bien plus chaude que le vent du Nord accompagné des derniers flocons qui soufflait dehors. Et puis, la belle musique réchauffe le corps (après avoir échauffé l’esprit). Comment dire qu’on a beaucoup aimé, que certains passages – surtout les plus lents, ceux où l’archet vient, comme une plume, frotter avec une infinie délicatesse les cordes (bourrée de la partita n° 1) – sont absolument inouïs ? L’ensemble n’atteint peut-être pas l’intensité métronomique et canoniale de l’interprétation de Nathan Milstein (que je préfère entres toutes) mais réserve une lecture passionnante et infiniment personnelle de ces pièces passionnantes (pour les détails, les inflexions et les changements de rythme). Ce qui est sûr, c’est qu’on oublie ses soucis quotidiens, notamment de savoir si on a éteint le gaz et ce maudit caillou dans sa chaussure droite. Quand on en arrive là - notamment, lors des longues et inoubliables minutes de la célèbre chaconne de la deuxième partita -, c’est que la musique lumineuse a atteint le point le plus profond de notre hippocampe.

  • Trop tard...

    J’étais un peu triste de découvrir, jeudi soir, que David Grimal donnait, le soir même, un récital Bach à Seyssins (banlieue huppée de Grenoble, fief de Didier Migaud). Il était trop tard pour s’y rendre, peut-être même pour trouver une place. J’étais déçu pour trois raisons : i) j’aime beaucoup ce musicien : son interprétation de la sonate en la majeur de Franck (avec George Pludermacher) fait partie de mes disques préférés que je réécoute toujours avec beaucoup de plaisir ; ii) je ne connais pas son enregistrement des sonates et partitas pour violon, œuvres majeures que je chérie, iii) l’église Saint-Martin de Seyssins est l’une des plus belles églises du département, à l’éblouissante simplicité et dotée d’une excellente acoustique. Mince !

  • Musique analytique

    Turangalîla-Symphonie de Messiaen par l’orchestre national de Lyon, direction Jun Märkl, Takashi Harada (ondes Martenot), Pierre-Laurent Aimard (piano).

     

    Il y avait du monde (et que du beau…), vendredi soir au Cargo, pour écouter la gigantesque symphonie de Messiaen. Certaines œuvres ne seront jamais correctement retranscrites sur un système audio ; celle-ci plus que tout autres ! En effet, comment faire passer le gigantisme de l’effectif (100 musiciens) entre deux haut-parleurs ? Le nombre n’induit pas le massacre sonore, bien au contraire. Il est tout à fait aisé de saisir et d’entendre chaque détail, chaque coup d’archet ; aucune précipitation, aucun crépitement mais une diversité et une fulgurance qui laissent pantois. Il y a beaucoup d’idées dans ces dix mouvements, beaucoup trop pour moi, en tout cas. C’est peut-être ce qui déçoit un peu. Il n’y a jamais de grande vague (romantique ?) qui emporte tout dans son passage. On entend des milliers de morceaux de phrases, morcelées qui brillent et scintillent dans l’univers sonore. Le piano a le beau rôle, celui donné au solo brillant quelques fois répétitif et martelant, quelque fois fougueux et imprévisible. Les ondes Martenot sont d’une discrétion ébouriffante dans le tumulte des cuivres mais elles tissent une atmosphère sonore toute à fait envoutante, presque sidérante. Ce Messiaen là, reste donc d’une presque totale obscurité pour moi.

     

  • 499 !

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    Tous les ans à la même période, j’éprouve le besoin immarcescible d’écouter du jazz alors que l’hiver, bizarrement est la saison du classique. Cette année, encore, le début juillet est marqué par la redécouverte des vieilles connaissances. Et cela commence toujours par de très adorés albums ou de très ignorés sujets qui, à leur première écoute, ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable. L’album de ce mois de juillet est donc en passe de devenir The out-of-towers du trio de Keith Jarrett enregistré le 28 juillet 2001 à Munich. Deux morceaux, surtout, surnagent parmi l’excellent : : la composition éponyme (à moins que ce soit le titre de l’album qui soit éponyme), un excellent blues, interminable et parfaitement ficelé et le très romantique It’s all in the game que L. trouve être une musique d’ascenseur, ce qui est bien injuste, je trouve. Avec bien peu de notes et très peu d’effets du piano solo, une très grande émotion est diffusée ; en tout cas un grand iceberg flottant pour nourrir un taedium vitae naissant (ou déjà bien mûr). Comment ne pas penser à l’amour en écoutant cette longue phrase mélodique ? Je recommande très chaudement cet album du Trio même si ce n’est peut-être pas le meilleur (encore que) : le double-CD Tribute de 1987 reste le summum, notamment la prise de son est extraordinaire : on se croirait quelque fois entre une cymbale et une dent d’ivoire.

    [les liens sont un peu étranges, ils tombent au Japon, mais on peut écouter chaque morceau dans son intégralité]

  • Fin de saison

    MC2 : Stravinski/Kapustin/Beethoven, Quatuor Artemis (le 22 mai) ; Haydn, Sept Dernières Paroles du Christ, Quatuor Rosamunde (9 juin).

    Hier soir, c’était pour moi le dernier concert de la saison 2007/2008 de la Maison de la Culture (MC2) de Grenoble. La note finale ne m’a beaucoup émue car ces Dernières Paroles, en version pour quatuor, me semblent d’une très grande faiblesse. A aucun moment, sauf pendant telle ou telle petite phrase qui dure à peine cinq seconde, l’émotion n’apparaît (encore moins ne transparaît). Haydn a, il me semble, fait beaucoup mieux dans le genre du quatuor. Dans cette œuvre, on retrouve sans arrêt les petites pirouettes mélodiques qui, peut-être, pouvaient (jadis) émouvoir une dame pieuse mais à notre époque, ce n’est guère possible. Le ton général est monocorde, même pas triste bien qu’on parle d’adagio grave et cantabile (le second). C’est le ton un peu résigné d’une commande à honorer dont on ne sait pas trop comment s’en débarrasser. Les membres du Quatuor Rosamunde ont donné pourtant une très belle interprétation de ces pièces avec un son très beau, vaste sans aucune sensation d’effort ni de gêne. C’était donc une belle réussite… malgré la musique. Ce concert était à suivre par la version pour orchestre que je n’ai pas pu suivre. Peut-être qu’elle m’aurait réconcilié avec Haydn…

    Le 22 mai, le Quatuor Artemis s’attaquait à un répertoire autrement plus fort dans le registre du beau et de l’émotion. Avant de jouer la pièce de Kapustin, le violoncelliste Anja Lechner a longuement expliqué qui était ce musicien russe contemporain, assez peu connu en Europe de l’ouest. Son quatuor opus 88 n’est pas déplaisant, très jazzistique dans son atmosphère. C’est une pièce agréable à entendre, légère et quelques fois (pas souvent) un peu plus grave. Mais, je pense qu’elle ne s’élève pas à des hauteurs stratosphériques dans l’échelle du génie musicale. Surtout, lorsqu’on l’entend entre des œuvres de Stravinski (notamment le Concertino pour quatuor à cordes) et deux quatuors (et lesquels !) de Beethoven (opus 130 & Grande Fugue op. 133). De ce programme fort divers, les Artemis se sont très bien tirés en donnant une belle interprétation, généreuse et personnelle.

    Le programme de la saison 2009 est arrivé dans les boîtes à la lettres et sur le site internet de la Maison. Le choix sera encore difficile…

  • 80 !

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    80 ans, le génie conserve !

  • Ou bien

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    Judith Jáuregui

    Dimanche 17 août 2008 à 16h00 au Théâtre Forbin

    (Grieg / Mompou / Rachmaninov)

    L’été n’est pas encore là mais les brochures des Festivals sont déjà dans les boîtes aux lettres. Ce soir, au retour d’une dure journée de labeur (rien de bien fructueux, en plus) c’était la Roque d’Anthéron. Le programme est, comme tous les ans, assez alléchant. D’un autre côté, les concerts sont retransmis par France Musique – j’espère que ce sera encore le cas cette année. Alors, prendre le risque de se retrouver près d’un tourneur (bruyant) de programme ou siroter tranquillement sa tisane en regardant le coucher de soleil tout en étant stéréophiquement dans l’ambiance ? Autre proposition enthousiasmante mais à l’autre bout de la France : le Festival de Saintes. Des cigales sous les platanes ou une Saintonge romane ?

  • Grande classe

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    Un peu par hasard, l’autre jour, alors que je flânais à la FNAC entre les piles de livres consacrés à Mai 68, les têtes de gondoles dédiées aux pléthoriques œuvres de Salomé et les doubles albums d’André Rieu (la FNAC « agitateurs d’idées » ou de « curiosités », je ne sais plus), je suis tombé sur une nouveauté : les partitas de Bach interprétées par Murray Perahia. Si j’avais à recommander un CD de musique pour clavier du maître, je pense que ce serait celui-là. La musique y coule vraiment de source, dans un rythme inégalable, une fluidité parfaite, sans soucis de briller ni de marquer sa touche. La prise de son est remarquable, le son très onctueux. Offrez-vous le !

  • Tharaud-mania

    Le bel Alexandre donnait hier soir un concert dans l’auditorium de la MC2. Au programme : Chopin. Une première partie de Valses et en seconde les 24 Préludes. Son art de pianiste est si fin, qu’il donne aux plates valses une densité qu’elles non pas (je veux dire, que je ne saisis pas). Les Préludes, ce sont bien d’autres choses sur l’échelle du génie en musique. Ces pièces sont extrêmement fortes, elles ouvrent et livrent à l’auditeur autant d’énigmes que de plaisirs plus immédiats. La foule, immense, à double bosse dans la pyramide des âges (la première vers 20 ans, la seconde vers 60), était conquise dès la première note. Je note que beaucoup des fans sont des femmes. Il faut dire qu’il a belle allure dans sa chemise sombre. Deux bis : le premier la Sicilienne du Concerto italien de Bach et le second La marche des sauvages des Indes Galantes. Le premier, infiniment plus subtile et intense que la plus part des Valses de Chopin, enfonce un peu trop la comparaison pour l’ami de George Sand.