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Pierre Jourde

  • Consternation(s)

    Hier, en fin de matinée, un commando de deux musulmans a assassiné douze personnes au siège du journal satirique Charlie Hebdo. Peines, rages et douleurs infinis, comment cela pourrait-il être autrement ? Aussitôt des manifestations spontanées ont fleuri ici ou là dans tout le Pays. Les plus hautes autorités de l’Islam de France (sic) alors en voyage chez le pape, leur nouvel ami bienveillant, ont appelé les fidèles du prophète à se joindre aux divers cortèges. Un rapide tour des médias sociaux montre qu’il y avait bien peu de mahométans dans ces rassemblements et beaucoup de l’éternelle petite gauche pleurnicheuse et bien-pensante. Rapidement, également, un slogan sot et idiot « je suis Charlie » a fleuri un petit peu partout, se répandant à grande vitesse sur la toile (le mieux étant de l’afficher comme photographie de profil internet sur le plus de sites,  pour bien montrer sa communion en douleur insondable). Hélas, c’est une communion de non-pensée. Mais où vivent ces gens, ne lisent-ils pas les journaux, ne regardent-ils pas la télévision ? N’ont-ils pas compris que ce qui a été perpétré hier n’est que le quotidien de millions de personnes en terre d’Islam ? Communion de non-pensée, également, car au lieu de s’identifier à la victime-cible, il serait urgent de se déciller et de voir d’où vient le mal et quelle religion en est le terreau fertile. Mais surtout, pas-d’amalgame, comme le disent si bien nos hommes politiques à la mine défaite (on les comprend). Charlie Hebdo les traînait dans la boue, sans doute moins que les catholiques et les musulmans, mais ils l’adoraient, par un curieux masochisme de bon aloi qui leur a également permis de rire aux éclats (avec la foule des abrutis subjugués) devant les Guignols de Canal +. Hélas, comme ces derniers, Charlie Hebdo n'avait oublié qu’une chose : rire de lui-même et de sa bassesse. Mais c’était peut-être son ignominie qui faisait une part du génie de son génie, rare talent de la satire la plus effrénée, sans limite, ordurière, devant laquelle on rit pour satisfaire ses sens les plus bêtes et méchants, tout en jouissant d’être si bête et méchant de rire ainsi.

    Que va-t-il se passer maintenant ? Sans doute rien. Tous – journalistes, politiciens, monde de l’entreprise, sociologues appointés, etc. –  mettront une énergie colossale – ils ont de la ressource, les bougres ! – à nous convaincre que nos sens nous trompent, que l’Islam est fondamentalement une religion de paix, que les musulmans sont tous des gens de grande tolérance religieuse, etc. Ce qui est vrai, mais oui, il n’y a qu’à consulter une carte des conflits meurtriers sur notre Terre pour voir combien l’Islam n’a rien à faire là-dedans. D’autres idiots (les idiots inutiles) iront incendier des mosquées, peut-être même agresser physiquement des musulmans. Ces criminels sans cervelle détruiront dans l’œuf tout combat digne et républicain (mais ferme) contre cette religion qui sème la terreur et la mort. Les prédictions du dernier livre de Houellebecq sont peut-être bonnes. En 2020, la France et les Français seront à ce point anesthésiés (l’anesthésie aura été longue mais finalement complète) que l’élection d’un musulman modéré est peut-être possible, actée par les forces girouettes d’une classe politique muette dissoute dans un centre-gauche-droit de guimauve, sous le regard protecteur de Monseigneur, si content de se requinquer pour si peu de frais.

    Malheureusement, nous n’avons peut-être aucune autre solution que de nous soumettre, le venin étant instillé depuis longtemps dans nos veines. Il a gagné jusqu’à gâter complètement notre esprit. Au nom des valeurs qui sont les nôtres (démocratie, tolérance, respect mutuel) nous serons incapables de changer le cours des choses. La France mourra à cause de ses propres idéaux.  L’épiphénomène Front National, si tenté qu’il puisse prendre un jour une part du gâteau, nous fera perdre bien du temps pourtant si utile pour enclencher enfin la révolte. La martingale est viciée car en donnant jadis délibérément et généreusement  la nationalité française à nos enfants d’immigrés –  toujours incapable d’embrasser nos valeurs après trois générations (1000 ou plus de nos « « enfants » » combattent contre leur patrie en Syrie et en Irak) – nous nous coupons du dernier ressort à notre disposition : renvoyer ces binationaux à leur chère terre d’Islam. Aucun politicien en place ne peut le faire, soit par calcul électorale de circonstance, soit par amour sincère des mahométans. De toute façon, les traités européens sont ainsi faits, qu’une cour de justice supranationale aura tôt fait de nous remettre dans le droit chemin.

    Voilà, il n’y a plus qu’à aimer tant que nous le pouvons les nôtres, profiter de nos derniers bons moment, ne plus penser que la France du futur sera la terre que nos ancêtres ont bâti si patiemment, élevant notre civilisation au plus haut.

    Postface : j’ai été bouleversé par l’intervention de Jeannette Bougrab, ce soir, sur le plateau du journal de TF1 (face à un infâme journaliste)

    Postface 2,  la superbe chronique de Pierre Jourde : http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/archive/2015/01/07/les-salauds-absolus-552076.html

     

  • La rébellion n'est pas un contenu

    « On ne se « rebelle » jamais contre rien, la rébellion est vide, puisqu'elle est précisément devenue le fin mot de l'ordre culturel établi, l'étiquette qui fait vendre. La rébellion n'est pas un contenu, c'est une attitude comme disent les journalistes de mode, c'est-à-dire un accessoire commercial comme un autre, un grigri décoratif. Un machin destiné à rendre désirable pour les « jeunes » les produits de l'industrie culturelle*. La novlangue l'a emporté : les mots disent le contraire de leur sens. Le conformisme s'appelle rébellion. Les Inrockuptibles, c'est exactement cela. Cette « rébellion », c'est à dire cette illusion destinée à rendre plus sexy un total acquiescement aux valeurs dominantes, Les Inrockuptibles en est le parfait représentant. »

    in La banque, c’est rebelle (Pierre Jourde)

    * Personnellement, j’aurais écrit « industrie du divertissement ».

  • Ce n'est pas en France !

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    L'histoire des petites victimes belges en Nubie. A lire absolument. En plus, c'est excellent pour l'entrainement cérébral.

  • Douleur intime

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    J’avais beaucoup aimé le roman de Pierre Jourde (Festins secrets) paru l’année dernière. Le dernier m’a également beaucoup plu ; sans doute pas pour les mêmes raisons. Ce livre brasse plusieurs thèmes mais ce qui me parait central, outre l’amour, est la relation au temps et la mélancolie du narrateur. Celui-ci, enfant, tombe amoureux d’une enfant de son âge (Sylvie), sa voisine qui habite dans une villa du bord de mer. C’est l'un des beaux instants du livre: le récit, pudique mais ample de l’amour entre enfants. C’est peut-être après ces sentiments purs que nous courrons toute notre vie, que nous recherchons à reproduire une fois devenu adulte. Hélas, pour le narrateur, cet instant de l’enfance ne se clôt pas. Il retrouve plus tard Sylvie mais une sorte de malentendu s’installe entre eux. Malentendu qui trouve également sa source dans la présence de Bruno, un ami rencontré à Saint-Savin, la ville du bord de mer de son enfance. Sylvie, le narrateur et Bruno forment un temps un trio avant que le malaise ne s’installe. Je ne veux pas tout raconter ici sinon dire que se mêle également à la narration la douloureuse expérience de Denise, une amie médecin du narrateur. Les quatre voix, par-delà le récit, dialoguent et se répondent. L’histoire des uns trouve sa source dans celle des autres. Attaché à ce roman psychologique, se greffe, plus que dans Festins Secrets, un thème supplémentaire sous la forme d’un formidable (et très drôle) chapitre décrivant un infernal petit bout de choux, l’un de ces infernales enfants de notre époque à qui les parents passent tout et bien pire encore. Pour conclure, je voudrais juste recopier ici un passage du livre ; une phrase qui me semble importante : « Voilà pourquoi, une seconde fois, je suis retourné à Saint-Savin. Non plus dans l’espoir de revenir à ce qui m’avait illuminé, mais, je crois, dans un remâchement mélancolique de moi-même. Peut-être aussi parce que, souffrant de l’absence d’épaisseur de mon existence, que je tentais de compenser par le recours à ces symboles de vie enfin rendue au concret que sont le vin et les nourritures, j’ai voulu dans ce mouvement de retour vers l’inabouti, définitivement l’irréaliser. J’ai cherché, en me mêlant aux fantômes, à devenir un fantôme. »

    Lien vers la page consacré à ce livre chez son éditeur.