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Promenades

  • -9°C

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    (Près du col du Coq, Chartreuse)

  • Histoire de bêtes

    [Journée du lundi 10 novembre]

    Bien qu’elle ne soit pas très éloignée de G., la partie de la Drôme qu’on appelle « des collines » nous est mal connue. Il n’y a pas vraiment de rupture entre les paysages que l’on voit à Saint-Antoine l’Abbaye et ceux, tout aussi moelleux, de la basse vallée de l’Herbasse. Nous avons donc découvert tout ce pays par une large boucle pédestre autour du village de Montmiral. La journée commença assez mal car nous nous retrouvâmes assez vite face à une espèce de chien loup, à la mine bien menaçante, et à l’air peu engageant (bien qu’il ne nous ait jamais aboyé dessus). Bref, le départ de la promenade fut repoussé à bonnes distances de ce molosse. Bien que le chemin fût bien balisé et fort connu de tous, il nous fallait traverser certaines exploitations agricoles, dans le genre hangars en tôles dont on ne sait jamais si un fameux « chien de ferme » ne va pas jaillir de sa cachette. Ses petites angoisses, très injustifiées dans le cas présent, ne laissent guère nos nerfs en repos, ce qui est toujours bien préjudiciable à une randonnée sereine et ouverte le paysage. Le pays, pourtant, est assez beau car il domine largement la plaine de l’Isère dans un moutonnement assez harmonieux qui porte la vue jusqu’au Vercors et ses plus hauts sommets (Grande Moucherolle, Grand Veymont) que l’on voyait très nettement au-dessus du rebord occidentale du plateau. Certes les forêts sont très pauvres (bouleaux chétifs et châtaigniers gros comme le poing, de temps un beau hêtre) mais leur étalement, entre les prés et les maigres champs cultivés croulants sous les galets laissés ici au würm, donnent une assez belle harmonie à la campagne. De jolis petits ruisseaux – on ose à peine les appeler rivières - sont dispersés ça et là à travers les failles dans la pierre de molasse, très utilisée aux alentours dans les plus belles constructions du passé. La plus belle de ces ruisselles est la bien nommée Joyeuse qui coule comme elle peut en de larges (et bien peu profondes) méandres. Le déjeuner fut vraiment pris sur le pousse (sans doute le dernier pique-nique au grand air de la saison) car le vent, bien qu’il vienne du Sud, n’était pas très chaud. Au retour, nous avons jeté un œil sur l’église de Montmiral qui a été coupée en deux au XIXe siècle et affublée d’un assez triste et grotesque clocher. Heureusement, le chevet et une partie de la nef sont d’origine beaucoup plus ancienne. Armé de notre Dauphiné roman Zodiaque, nous sommes ensuite partis à la découverte de quelques unes des églises et chapelles de la région. Premier arrêt pour la chapelle Saint-Ange, à Geyssans, mais de nouveau un chien à tête de loup, au pelage fauve comme un lion nous a fait quitter précipitamment le petit cimetière qui entoure ce modeste édifice. C’est bien dommage, car nous n’avons pas eu le temps de le découvrir plus à fond (inutile de penser y entrer : toutes les édifices religieux sont depuis longtemps barricadés à double-tour). La route se poursuit jusqu’à Arthemornay où l’église Saint-Marcellin est très bien mise en valeur, parfaitement propre. Le clocher est très intéressant ainsi que le chevet, assez disparate. Il était dit que nous n’en avions pas fini avec les sales bêtes car L. fut à deux doigt de mettre le pied sur cette superbe couleuvre à collier qui se prélassait tranquillement au chaud soleil d’automne. Prochaine étape : Bathernay et son église Saint-Etienne, un peu isolée du village, en position dominante. Cette fois-ci nous avons du affronter une espèce de boule de poils noirs – peut-être un griffon – qui était très très hostile (sans doute parce qu’il eût aussi peur que nous). Bref… grand détour pour éviter le monstre à dents pointues. Nous sommes donc arrivés par le haut, en voiture, ce qui est, en définitive, le meilleur chemin pour prendre pieds devant le petit cimetière. La route qui y mène est absolument dans le vertige de la ligne de crêtes ; la vue réellement immense, encore plus dominante qu’à Montmiral. Comme le ciel était plutôt sur la pente de l’éclaircissement, c’était encore mieux. Pour en revenir à Saint-Etienne, je ne sais pas si la maison forte qui se trouve à ses côtés n’est pas plus belle que l’édifice religieux. Leur architecture se complète à merveille, le gothique répondant au roman. J’ai beaucoup aimé ces sortes d’atlantes dans la veine grotesque qui n’en finissent pas, depuis des siècles, de supporter le toit de l’église. L’intérieur est un peu trop propre pour paraître ancien ; ce qu’il est pourtant. Au final, on est toujours moins bête avec son volume Zodiaque dans la main car c’est lui qui n’oublie rien (des pierres et du temps qui passe). Au retour – il faisait déjà presque nuit – nous avons jeté un œil au mystérieux château de Crépol qui parait bien endormi mais pas du tout abandonné. Nous sommes arrivés trop tard pour prendre en photographie la grande façade occidentale de Saint-Antoine l’Abbaye sous les derniers rayons de soleil. Chouette, il faudra revenir !

  • Les pierres

    Dimanche dernier, le temps n’était pas très agréable mais nous avons tout de même réussi à sortir aux bons moments de l'après-midi, qui se font de plus en plus courts, depuis le changement d’heure. Première étape: la tombe de Messiaen à Saintt-Théoffrey, près de Laffray, sur le plateau matheysin. Je pensais à un monument plus isolé des autres tombes. Il n’en est rien, bien qu’elle soit assez originale, sans être tape à l’œil. Elle correspond assez bien, je crois, au personnage. Du cimetière, on aperçoit un peu les lacs de la Matheysine et le paysage. Mais c’est depuis la ligne de crête qui sépare le côté lac du côté Notre-Dame-de-Vaulx que la vue la plus large, immense même. Le chemin des Crêts (les biens nommés !) est très beau car la forêt (de hêtres, principalement) est souvent percée de belles vues sur l’un ou l’autre des versants. A l’extrémité de cette modeste épine dorsale, il est même possible de dominer à peu près tout et d’avoir un horizon dégagé, jusqu’à la Chartreuse et Grenoble au Nord, jusqu’à la Mure et le massif de l’Obiou au Sud, jusqu’à l’Oisans, Belledonne et la saignée de la Romanche à l’Est. Ce plateau à mi-hauteur (mais glacial l’hiver) est décidemment très tentant pour y établir ses quartiers… En redescendant vers Vizille, nous nous sommes arrêtés à l’église Saint-Firmin de Notre-Dame-de-Mésage qui est peut-être la plus belle église du département, en tout cas dans le top ten. C’est le volume, la stéréotomie - comme je crois qu’il faut dire -, qui est parfaite dans ce monument. On a l’impression d’un petit bloc homogène, aux lignes pures, à la pierre – du tuf – aussi belle de près que de loin. Le clocher est peut-être la pièce maitresse de l’ensemble ; il est bien assis sans paraître lourd ni disgracieux. C’est peut-être la grâce (de Dieu, des bâtisseurs, …) qu’il faut évoquer en admirant cette splendeur. Le volume Dauphiné roman de Zodiaque parle d’un site sublime. Je ne suis pas tout à fait de cet avis. La basse vallée de la Romanche, à Vizille, n’est pas spécialement jolie bien que le site, entourée de montagnes assez abruptes, soit intéressant (intéressant, surtout, pour celui qui ne connaît pas la montagne, les Alpes) mais l’église est à quelques mètres en contrebas de la célèbre et de funeste mémoire « descente de Laffrey », ce qui n’est pas vraiment un poste de haute solitude.

  • Promenade en brume

    Des sites que l’on aime on ne retient souvent que la première vision. C’est un fait, le site de la Grande Chartreuse (je veux dire, l’étroit vallon où se tient le monastère) est un endroit tout à fait étonnant, parfaitement unique qui, à chaque visite, n’en finit pas de me séduire. Nous pensions dimanche, en partant de bon matin, que le beau temps serait de la partie. Il n’en fut rien : nuages en bancs denses stagnants vers 1500 mètres. Et c’était bien dommage car nous étions décidés à découvrir de nouveaux horizons, surtout ceux qui s’échouent face aux terribles falaises calcaires qui dégringolent du bien nommé Grand Som. Au lieu de partir vers le haut sommet, par la dense et humide forêt qui vient mourir au Pas de la Suiffière nous avions décidé de changer de versant et d’aller découvrir les pentes plus molles qui se dressent (à l’ouest ?) entre les cols de la Ruchère et d’Arpison. Le privilège des départs matinaux est d’être à peu près seul pour parcourir les quelques centaines de mètres qui mènent du parking de la Correrie au monastère. Cette allée, bordée d’arbres vénérables et moussus, est l’une des plus belles qui soit. Si on n’avait pas peur d’être un peu fade, on dirait que c’est l’allée de la spiritualité qui mène d’un monde à l’autre. Combien de moines, d’esprits dévots ou de simples curieux sont passés ici depuis l’établissement de saint-Bruno ? Hélas, il y avait quelques dizaines de mètres derrière nous un trio de retraités, pas trop silencieux, très bavard même et pas du tout inspiré (dans le genre : « à Leclerc les pêches sont en promos », etc.). La grâce et la quiétude ne touchent pas tout le monde, on le voit. Au point que les pauvres moines ont du placarder quelques messages sur leurs vieux murs pour réclamer un peu de silence. Au retour de la promenade, en fin d’après-midi, il n’est plus possible de demander quoique ce soit : les petites cohortes touristiques jacassent tranquillement, comme si rien n’était et surtout pas la beauté simple d’un site naturel extraordinaire. La plupart d’entre eux, d’ailleurs, porte ces affreuses Tongues (Tongs ?) de plage qu’on ne s’étonne plus de voir ni là-haut ni au travail. On croise des regards vident, des yeux qui ne fouillent rien du paysage qui ne divaguent nulle part, des yeux abêtis, sans l’envie de découvrir. On se demande ce qu’ils font là.

    Bref, pour en revenir à la promenade du jour, il faut tout de même s’arrêter un peu pour admirer les bâtiments conventuels qui possèdent quelques unes des plus belles toitures du Dauphiné, dans le style si caractéristique de la tuile à écailles. Les petits bâtiments annexes, dont ce qui semble être la scierie, ne sont pas vilains non plus (le toit, la pente, l’air de toucher le sol comme le manteau de la Vierge).  Peu après, on s’enfonce dans l’épaisse forêt en suivant à peu près le thalweg. Après le réservoir d’eau (ou plutôt l’abreuvoir à bestiaux), prendre à gauche le chemin ombragé qui monte gaillardement vers le Habert du Billon, à 1300 mètres d’altitude. Ces deux bâtiments figurent dans tous les guides touristiques de la Chartreuse. C’est un honneur très légitime car ils sont très beaux dans leur utile existence (maison du berger, maison des troupeaux). Pas le temps de musarder (surtout à la limite de l’onde nuageuse), il faut rejoindre les vaches au col de la Ruchère en passant par la bizarrement nommée plaine de la Folie. Au-delà, s’enfoncer plus avant dans l’humide forêt, face à l’ouest, en contournant le dôme d’Aliénard (aliéné, folie, jamais toponymie n’a été aussi parlante). Ensuite, pour rejoindre en boucle le Habert du Billon, les engins de débardages du bois ont méchamment détérioré la piste forestière, avec leurs grosses chaînes. Nous sommes alors tombés sur deux égarés qui partaient à l’envers de leur destination, bien heureux de nous croiser pour repartir dans le bon sens. Alors que nous admirions l’abreuvoir du Habert, deux randonneuses aperçues plus en arrière de la promenade nous rejoignent. L’une a le hoquet, l’autre semble étrangère (elles parlent en anglais). Retour par l’ancienne route goudronnée en partie commune avec la piste forestière de la Chartrousette. Il est encore temps de kidnapper quelques beaux points de vue sur le monastère.

  • Vertes prairies

    Le château de Sassenage, ou plutôt ses meubles, à moins que ce soit la Fondation chargée de veiller sur le précieux héritage de la dernière descente de l’illustrissime et prestigieuse famille éponyme, a récemment fait parler de lui. La polémique a même eu une certaine portée nationale. Le Conseil général s’est finalement réveillé en faisant sursoir à la vente de certains joyaux de la collection. Mon propos, en cette chaude soirée, n’est pas de paraphraser – pour une fois ! - à l’infini les récents évènements. Simplement, nous avons fait, il y a quinze jours de cela, une délicieuse promenade dans le parc. Il y avait longtemps que nous n’étions pas allés entre ces allées, sous les arbres vénérables (dont un au moins, vient de passer de vie à trépas). Il me semble même que le jardin – si l’on peut parler de jardin – est plutôt plus entretenu qu’il y a quelques années. Surtout, une immense prairie, savamment laissée à l’abandon, agrémentée de délicieuses coupes franches permet de divaguer à l’envie parmi ces quelques hectares. Les hérons, comme les romantiques s’y plaisent beaucoup. Malgré la densité d’habitats à proximité - avec toute la laideur que cela entraine-, le proche immédiat est plutôt joliment assorti aux bâtiments, tant le château lui-même que les communs ou les deux petits pavillons d’entrée qui sont absolument délicieux (la vigne vierge y est pour beaucoup). En réalité, à tout bien réfléchir, je n’aime pas à la folie ce château que je trouve un peu trop brut, le toit surtout, un peu disproportionné et qui n’est pas couvert de ces merveilleuses tuiles à écailles, si caractéristiques de notre belle région. Comme toutes les bâtisses de style Louis XIII, il est un peu sévère, pas très joyeux d’aspect. Néanmoins, il ne faut pas gâcher son plaisir. Le lieu est superbe bien qu’on manque de recul pour la vue car la gigantesque falaise du rebord septentrional du Vercors vient mourir à ses pieds. Cette mort a accouché d’une belle, en la personne de la merveilleuse fée Mélusine, très liée à la proche résurgence qu’on appelle Cuves de Sassenage. La divine sirène tient même les armoiries des familles Béranger et Sassenage sur le blason que l’on peut voir au-dessus de la porte d’entrée. En ce samedi de juin (alors pas très ensoleillé), c’était l’endroit parfait pour lire, rêver et s’évader du temps présent.

  • Aux belles marquises...

    « De l'autre côté de cette Seine, non loin du Marais, madame de Vintimille m'avait présenté à Méréville. Méréville était une oasis créée par le sourire d'une muse, mais d'une de ces muses que les poètes gaulois appellent les doctes fées. Ici les aventures de Blanca et Velléda furent lues devant d'élégantes générations, lesquelles s'échappant les unes des autres comme des fleurs, écoutent aujourd'hui les plaintes de mes années. » Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre XVII, chapitre 1.

    Il y a longtemps que je voulais découvrir le Domaine de Méréville car, lorsqu’on s’intéresse à l’art des jardins et au XVIIIe siècle dans sa veine finale (et les prémices du romantisme), ce nom revient sans cesse. C’est aussi parce qu’après des années d’abandon et de saccage, la Puissance publique, sous la main du Conseil général de l’Essonne a acquis les quatre-vingt dix hectares du parc ainsi que le château. Du bâtiment,  il ne reste rien sauf le toit et les murs. Il a d’ailleurs l’air d’un triste malade, pas très en forme. Dans son état actuel, il ne correspond pas à ce qu’en a connu son propriétaire le plus illustre, le marquis de Laborde, négociant et « banquier de la cour » qui finit à l’échafaud un jour d’avril 1794. Le parc a connu bien des vicissitudes : abandon, saccage et transformation en peupleraie de rapport. De nombreuses fabriques – ces petits bâtiments disséminés un peu partout dans le parc – ont été détruites mais quelques unes sauvées et remontées dans un autre joyau du département de l’Essonne : Jeurre. Actuellement, les jardins sont dans un état intermédiaire ce qui, personnellement me convient très bien, puisqu’il parait illusoire de recréer ce qui n’est plus. Si déjà, ce qui reste, dans sa forme entière ou par l’évocation de ruines est conservé et bien conservé, ce serait merveilleux. J’aime aussi les herbes hautes, le chemin à peine tracé par un sommaire débroussaillage. Le Domaine n’est que très rarement ouvert à la visite. Nous avons profité du « week-end aux jardins » pour parcourir ces belles prairies, en compagnie d’un jeune, sympathique et très enthousiaste médiateur culturel. Pour l’occasion, lui et ces collègues étaient habillés d’un large tablier rose et d’un petit chapeau, façon du grand-père des graines d’élite Clause. C’est extrêmement bobo mais ce n’était pas si mal, en définitive. Au fil de la visite, on passe devant les plus beaux restes de l’évocation : le pont des roches, la grotte derrière la laiterie, le pont vers l’île Natalie, le pont sous les enrochements où se trouvait jadis le temple de la Piété filiale (hommage d’un père à sa fille), actuellement à Jeurre. Le « monument » le plus surprenant est ce curieux potager, en réalité un enclos de murs orientés au levant. Il y a dans le parc, de beaux arbres mais aucun n’a connu l’époque bénie de Laborde : les plus vieux aurait à peine plus de cent-cinquante ans. Il y a donc, dans cette prairie de hautes herbes beaucoup d’espaces libres, de très belles vues et encore plus de perspectives. A peu près rien n’abîme l’œil sauf, à l’est, quelques vilaines maisons « milieu du XXe  siècle ». Le village, d’ailleurs, est lui aussi assez beau. Il a gardé un cachet « village de fond de vallée en bord du plateau beauceron », notamment les maisons groupées autour de la vieille halle en bois (1511). Hors ouvertures exceptionnelles, on peut visiter aux beaux jours et sur rendez-vous, le Domaine le dimanche après-midi. Il est même très facile (et très tentant) d’organiser une belle promenade d’une journée : Chamarande, Jeurre, Méréville et le Marais.

  • Au sommet

    Alors que Grenoble était dans la brume soufrée (« particules en suspension »), je suis parti ce matin pour une petite journée de plein air. Objectif (très modeste) : la Croix de Léat (1825m) depuis Gleyzin (partie nord du massif de Belledonne, près d’Allevard). En fait, c’est notre récente promenade dans ces parages qui m’a donné l’envie de voir de plus près (et de plus haut). Hélas, il n’y avait pas assez de neige pour chausser les raquettes depuis le parking de La Bourgeat Noire. Sous la sapinière, il restait un mélange de glace vive et de terre, ce qui rendait la montée un peu pénible. Au joli petit chalet du Bout (du monde ?) la couche devint un peu plus consistante et moins clairsemée. L’un des buts de cette promenade était de découvrir les deux sapins « Henri IV » qui aurait été plantés il y a 400 ans pour servir de mâts à notre marine royale. Ils sont superbes, leur circonférence vraiment impressionnante. Plus on monte, et plus la forêt disparaît (rien de bien nouveau). Au lieu d’attaquer en direct l’ascension de la Croix, j’ai poussé jusqu’au lac de Léat où se tient un chalet tout neuf. Arrivée au sommet, il y avait trop de brumes pour bien voir le Granier (en Chartreuse) et les Bauges dans leur ensemble. En revanche, le temps était parfait pour admirer les sommets qui ferment la vallée du Gleyzin. Et ces montagnes-là sont très belles par leurs formes acérées. Il faisait très bon au sommet, pas un souffle de vent. J’en ai profité pour avancer un peu dans l’HSQ (le silence qui régnait était parfait pour la lecture concentrée). Mais comme toujours, il faut rentrer, avec un dernier coup d’œil sur les cimes pour le plaisir.

  • Le-bout-du-monde

    Bien agréable petit week-end de fin janvier avec un air printanier, très trompeur puisque dans quelques semaines (sinon jours) il fera de nouveau froid. Nous avons profité du dimanche pour explorer la haute vallée du Bréda (ou le Haut-Bréda), c'est-à-dire la vallée profonde et très alpine qui fait saillie dans la chaine de Belledonne, à partir de la station thermal d’Allevard. Nous connaissions très mal toute cette région, ce qui est un grand tort car le coin est bien désert et fort propice aux randonnées. Toujours de la neige à 1100m, mais de chauds zéphires nous assaillaient jusqu’auprès de la cascade du Pissou, près du bien nommé Fond-de-France (et jadis proche de la frontière avec la Savoie). Au retour, parce qu’il faisait froid (tout de même), nous avons pris un délicieux chocolat au café de la Maison de la nature, joli petit chalet avec un poêle à bois et un (très) gros Saint-bernard à l’entrée !

  • Ouate-ouate

    Décidemment, la montée au « sommet-sans-nom » est LA promenade du mois de janvier. L’année dernière, déjà, c’était la classique des classiques des randonnées d’hiver. Beaucoup plus de neige, cette fois-ci. Une poudreuse désagrégée mais fine lorsqu’elle est exposée au soleil ; collante et pâteuse lorsqu’elle reçoit la fonte des branches. A pieds, sans raquettes, c’était un peu limite-limite (comme on dit). Mais avec de bonnes chaussures (merci à mes belles et efficaces Millet Explorer GTX), un bon bâton (l’un des rares que le chien C. n’a pas encore déchiqueté) et quelques coups de mollets, on finit par arriver au sommet. Grand soleil, infinie douceur des rayons qui tapent dans le dos lorsqu’on regarde vers les quatre points cardinaux, ronrons lointains venus de la cuvette grenobloise. Et toujours ce bonheur de redescendre avec les artères remplies d’oxygène !

    Toute cette neige est venue bien vite. Vendredi soir, c’était Marrakech à Grenoble ; le lendemain matin Varsovie (notez la chute des températures après minuit !):

     

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  • Dans le froid

    J’ai renoncé, vendredi, au repas de Laboratoire annuel – ce qui ne va pas avancer ma socialisation – pour randonner en Chartreuse. Il a beaucoup neigé depuis lundi; le froid en altitude est assez vif (peut-être même plus encore depuis hier). J’ai laissé la voiture au col de Porte pour monter en raquettes jusqu’au Charmant Som (1826 m), sommet mineur mais qui commande une très belle vue sur tout la partie méridionale du massif, la cuvette grenobloise et, plus loin, du Mont-Blanc au Mont-Aiguille. La couche de nuages était peu épaisse mais très dense jusqu’à 1500 m. Au-dessus, c’était merveilleux parce que très dégagé, ensoleillé et glacial. Depuis l’oratoire d’Orcival (1600 m), à la sortie de la forêt, le soleil était radieux, et presque chaud à l’abri du vent. Plus loin, la route avait complètement disparue sous l’amas de neige, avec des congères impressionnantes. Plus je montais sur l’arrête vers le sommet, et plus le vent était pénible. Les rares sapins qui survivent à cette altitude étaient givrés et les rochers pris dans la glace vive. Au sommet, je ne suis pas resté plus de cinq minutes, de peur de me solidifier aussitôt. La mer de nuages était pourtant magnifique, surtout le Grand Som et la partie nord du massif. Tout le panorama, jusqu’aux sommets de Belledonne était à couper le souffle. Au retour, le plus triste est de replonger dans la grisaille. Au col de Porte, la température était tombée à moins six degrés.

  • Mal

    J’aurais bien des choses à dire mais, comme je pressens que je vais m’énerver, je préfère travailler au flickr project. J’ai enfin terminé l’enregistrement des photos du voyage dans l’Aude au printemps 2004. Beaucoup de bons souvenirs remontent à la surface. Pour ceux que cela pourrait intéresser, c’est ici. En raccourci, une image d’une fresque (ancienne abbaye de Saint-Martin-de-Puits) qui a traversé le temps et cela me touche beaucoup. Cette inscription « mal », au-dessus de l’homme en armes, à quelque chose d’assez bouleversant, parce qu’elle est un peu simplette, très « temps sombres et barbares ».

  • Elle(s) parle(nt) à mes yeux,

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    J.M.W Turner (? On the lake of Lucerne) - Tate, legs de l'artiste, 1856

    Vendredi dernier, je suis allé dans le nord du département pour visiter l’exposition Turner-Ravier à Morestel (entre Grenoble et Bourg-en-Bresse, à la louche). Comme j’étais en avance, j’ai poussé jusqu’à Brangues, à quelques kilomètres de là. J’ai ainsi pu découvrir le château et la tombe de Paul Claudel ; celle-ci étant au fond du parc, entourée d’un humble jardin japonais qui donne sur les contreforts du Bugey, juste au-dessus de la saignée faite par le Rhône dans son parcours vers Lyon. Le paysage est très caractéristique de ce que l’écrivain aimait : «… Puissantes ondulations de collines prosodiques, se relevant et s’abaissant comme une envolée de Cicéron, comme un ver de Virgile, comme une période de Bossuet, que ponctuent ça et là la tâche blanche d’un mur de ferme, l’humble feu maintenu à travers bien des siècles d’un groupe de foyers. Ce mouvement immobile, cette ligne de pèlerinage infini, comme elle parle à mes yeux, comme elle chante » (Eloge du Dauphiné). Brangues est également très connu pour avoir été le village natif d’Antoine Berthet, dont la malheureuse affaire inspira à Stendhal Le Rouge et le Noir : « Sous l'aile du curé de Brangues qui l'a initié au latin, Antoine Berthet, dernier fils du forgeron de Brangues, étudie dans divers séminaires, mais il en est successivement chassé pour une évidente indifférence religieuse. Entre temps, précepteur chez les Michoud de la Tour, bourgeois de Brangues, puis domestique chez le Comte de Cordon, petit noble savoyard, il connaît dans les deux cas des aventures galantes qui le font congédier. Persuadé que Madame Michoud est cause de son dernier congédiement, il décide de se venger. Un dimanche de Juillet 1827, pendant la célébration de la grand messe, il tire sur Mme Michoud avec un pistolet et retourne l'arme contre lui-même. Le meurtrier et la victime survivront à leurs blessures. Emmené par les gendarmes, via Morestel et Bourgoin, Antoine Berthet sera condamné à mort à Grenoble et guillotiné le 23 Février 1828. » (source).

                A Morestel, la maison Ravier a été restaurée avec soin au début des années quatre-vingt-dix (après des années d’abandon). Elle est le siège d’une Association dédiée au célèbre ( ?) peintre dauphinois, aquarelliste hors pair, ami de Corot et de tant d’autres. Ravier fut aussi photographe (daguerréotypes). Il traversa tout le dix-neuvième siècle (1814-1895). La Tate de Londres prête jusqu’à fin septembre une dizaine d’aquarelles de Turner qui sût si bien saisir l’eau et le ciel alors que Ravier eût le génie de lier l’air et la terre. La plupart de ses œuvres ont été peintes sur le vif près de Morestel, au bord des mares, à la lisière des bois, souvent à la tombée du jour, le moment où les éléments fusionnent si élégamment (et souvent si intensément). Le catalogue de l’exposition est disponible ici, il est richement illustré et les écrits très savants.

                Au retour, je me suis arrêté devant le monument à la mémoire de l’aviateur Pégoud, l’inventeur du looping et gloire de sa ville natale (Montferrat).

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    F.A. Ravier (Coucher de soleil sur l'étang)
  • Pise chez nous

    Nous étions bien peinés, hier, d’avoir fait un petit bout de chemin pour trouver portes closes au château de Saint-Albin-de-Vaulserre, près du Pont-de-Beauvoisin, dans l’extrême nord du département, face aux avant-postes savoyards. La place est vraiment merveilleuse car elle domine tout le plat pays. Cette bâtisse a été élevée sur une ancienne maison forte des temps moyenâgeux. On ne dira jamais assez que les seigneurs de ces âges lointains avaient bon goût en matière de belle vue. Mais l’agréable cédait sans doute le pas à l’utile et aux stratégies militaires. Le château est comme posé sur une longue terrasse. Il y a aussi, parait-il, un beau parc romantique. Tout ce pays là, que l’on découvre à peine, est très isolé, vraiment à l’abri des routes et du vacarme. L’architecture rurale est souvent en pisé, plus ou moins debout, plus ou moins effondrée ou en passe de l’être. Nous y retournerons pour les châtaignes ! Au retour, petit détour pour choisir le premier amateur de bâtons de notre future meute (enfin, pour le jour où nous aurons deux ou trois hectares de jardin).

  • Mollets raides

    Ce mercredi de l’Assomption nous a permis de faire une longue et belle promenade sur la réserve des Hauts-Plateaux du Vercors à partir du petit village de Chichilianne, blotti sous le Mont-Aiguille et séparé du Trièves par les crêtes du Platary. La montée est vraiment superbe, en deux temps. La première partie gentille et doucement pentue permet de chauffer la machine pour la seconde, relativement longue, qui conduit au pas de l’Essaure après une longue ascension sauvage dans les hêtres mêlés de pins (et infestés de ces maudites mouches et autres taons piqueurs). A certains endroits, le calcaire affleure le chemin de terre sous la forme de curieuses marches; on se croirait dans un phare de haute mer. Le contraste, lorsqu’on arrive sur le plateau est total. Il n’y a plus d’arbres mais qu’une vaste prairie, vaguement caillouteuse, et jaunie par le vent et le soleil. Le marquage, inutile et ultra abondant dans la plaine, a laissé la place à une absence totale d’indications écrites sur le plateau. Des cairns, ces tas aléatoires, sont comme les petits cailloux du Petit-Poucet, la seule chance de s’en sortir en cas de brouillard. Pas d’âmes qui vivent sur ces lieux solitaires à part un berger taciturne et quelques dizaines de moutons (qu’on fortifie au sel autour de ce bel abri de peu). On poursuit à tâtons vers le refuge de Chaumailloux tout en ne ratant pas les perspectives magnifiques qui, de temps en temps, font surface au détour du chemin. Même les chevaux semblent heureux de paître dans ces clairières à l’herbe haute. Avant de redescendre par le ravin du pas de l’Aiguille, l’Histoire rattrape le randonneur (A nos héros !). Tombée de haut très inintéressante et pierreuse à souhait ; pas étonnant que certains y laissèrent leur vie. A quatre heures du soir, il y a encore des dingos pour attaquer de face cette pente plus que raide, le soleil dans les yeux (mais aussi le vent du sud dans les cheveux). Nous croisons plus bas un drolatique personnage (sans doute un geek grenoblois) armé de son magnifique GPS mais incapable de savoir où il est (…). Les jambes lourdes, nous jetons un dernier coup d’œil au seigneur du lieu, qui n’a pas bougé d’un pouce depuis le matin. Une journée pour l’éternité.

  • à Vincennes

    Depuis le 17 mai de cette année, il est de nouveau possible de visiter le donjon du château de Vincennes. Les restaurations auront pris des mois, peut-être des années. Et encore, la sainte-Chapelle est toujours fermée, les voutes de la nef étant en cours de consolidation. Les vitraux, endommagés par la tempête de noël 1999, ont été refaits en grande partie. Bâtiment Monum oblige, on ne vous accorde aucune ristourne sur le prix de la visite. Le tarif est de sept-euros cinquante pour parcourir deux étages du donjon. Les salles supérieures sont fermées à la visite (« pour raison de sécurité »). En réalité, il semble trop compliqué d’organiser un circuit temporaire de visite (un guide et quelques personnes à heure fixe). Il ne faut pas trop déranger ces dames et messieurs veillant à notre visite, affairés dans leurs mots-croisés ou à brailler dans leur talkie-walkie « tu manges à quelle heure, toi ? ». Autre point qui (me) fâche, cette transformation lente du patrimoine en « son et lumières ». On ne sait pas trop pourquoi un film expliquant la construction de la place passe en boucle dans une salle du donjon. Pièce dont la beauté se suffit largement à elle-même et qui n’a pas besoin de musiques de fond sonore. « Qu’est-ce t’as vu à Vincennes, toi ? Ben, un super film sur un écran plat, trop grand, quoi ?! A part ça ? et le magasin de souvenir, trop cool ! ». Bon, sérieusement, le donjon, son châtelet d’entrée (où l’on voit la pièce où Charles V étudiait plutôt que de guerroyer) et la chemise sont des éléments architecturaux majeurs, très proprement restaurés. La pierre est superbe. Le donjon est une construction assez complexe avec ses tourelles d’angles qui ne sont pas de simples passage d’escaliers (enfin, pas tous) mais furent utilisées comme salle du trésor royale ou, plus tard, cellules de prisonniers durant les dernières décennies de la royauté. Le plus émouvant, est la présence de lambris en bois « de la Baltique » datés de la construction du bâtiment (débuté sous Philippe VI de Valois). Les deux grandes pièces que l’on visite sont pourvues d’un impressionnant pilier central, un peu dans le style du château de Queribus, en pays cathares, mais infiniment plus travaillé pour la décoration (résidence royale oblige). Quelques graffitis et peintures réalisés par les « hôtes » de la prison royale sont encore présents sur les murs. On visite au rez-de-chaussée la cellule de Sade où l’écrivain a fait divers séjour, le premier en 1763, le second de 1777 à 1784 où il croisa Mirabeau. Les deux hommes écrivirent de très belles lettres (Sade à son épouse) durant leur détention au donjon. Ils se sont d’ailleurs « croisés », sans s’apprécier :

    « Plusieurs scélérats, connus de la France par des crimes horribles, et pour qui une prison perpétuelle est une grâce que toute la bonté du souverain pour leurs familles a eu peine à leur accorder, plusieurs scélérats de cette espèce, dis-je, sont dans forts où ils jouissent de toute leur fortune, où ils ont une société très agréable, et toutes les ressources possibles contre le mal-être et l’ennui inséparable d’une vie enfermée. […] Le marquis de Sade, condamné deux fois au supplice, et la seconde fois à être rompu vif ; le marquis de Sade, exécuté en effigie ; le marquis de Sade, dont les complices subalternes sont morts sur la roue, dont les forfaits étonnent les scélérats même les plus consommés, le marquis de Sade est colonel, vit dans le monde, a recouvré sa liberté, et en jouit, à moins que quelques nouvelle atrocité ne la lui ait ravie… ». (A M. Lenoir, le 1er janvier 1778).

    Mirabeau avait le nez fin car Sade sera réincarcéré à Vincennes du 7 septembre 1778 au 29 février 1784, date à laquelle il sera transféré à la Bastille (affaire des « petites filles » de La Coste).

    Les lettres de Sade sont beaucoup plus intéressantes. S’y dessine un portrait de l’homme tout à fait surprenant, à la fois violent et outré contre sa femme et ses geôliers, puis rêveur en pensant à son ancêtre, la belle Laure de Noves, muse de Pétrarque ; quelque fois très drôle dans la débauche :

    « Oui, je suis libertin, je l’avoue ; j’ai conçu tout ce qu’on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n’ai sûrement pas fait tout ce que j’ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. » (20 février 1781)

    « Il était environ minuit. Je venais de m’endormir, ses Mémoires à la main. Tout d’un coup, elle m’a apparu…Je la voyais. L’horreur du tombeau n’avait pas point altéré l’éclat de ses charmes, et ses yeux avaient encore autant de feux que quand Pétrarque les célébraient. » (17 février 1779)

    « Nous étant transportés audit hôtel de Danemark, à la réquisition de Marie-Magdeleine Cordier, femme Montreuil, nous avons fait trousser ladite Pélagie du Chauffour, sa fille, et ayant examiné avec les soins requis, nous avons reconnu ladite du Chauffour bien et dûment pourvue de deux fesses blanches, fort belles et fort intactes. Nous avons approché et faits approcher nos recors [officiers de justice subalternes] aussi près que nous dudit membre […] et n’ayant comme nous observé que des parties saines, nous avons délivré le présent acte pour servir en ce que de droit, voulant bien, au surplus, pour la dite montre, accorder à la dite Pélagie du Chauffour, d’être agrégée au Tribunal et prise à l’avenir sous notre protection. Signé Jean-Baptiste Le Noir, lanternier de Paris et protecteur-né des bordels de la capitale et avant lieu. » (avant le 18 juin 1783)

    L’autre hôte célèbre est Diderot que Rousseau alla visiter (à l’époque où Rousseau ne s’était pas encore fâché avec l’ensemble du genre humain). De cette visite (1749), reste « l’illumination de Vincennes » qui permit à Rousseau de répondre à la question de l’Académie de Dijon (« Si le rétablissement des sciences et des arts…»).

    Au château de Vincennes trône également un fort bel ensemble signé Le Vau, architecte de Louis XIV, qui construisit deux pavillons (« de la reine » et « du roi ») sur la vieille enceinte de Charles V. Château neuf et château vieux sont séparés par un beau portique. De nos jours, ces bâtiments renferment les archives de l’Armée où les jeunes historien(ne)s aiment à fouiner.

    Il est très intéressant de faire le tour du quadrilatère royal de Vincennes. On y découvre aussi quelques monuments touchant comme celui à la mémoire du duc d’Enghien, fusillé sur ordre de Napoléon, ou bien la plaque littéraro-historique en souvenir de l’évasion du duc de Beaufort.

  • Piqué au vif de la beauté

    Jeudi 27 juillet. Vercors, Pas des Bachassons*, plaine de Queyrie, Réserve naturelle des Hauts-Plateaux, pas du Fouillet.

    Très belle randonnée, parfaite pour se refaire la santé après une semaine passée à Paris, dans le brouillard automnal, la fraîcheur et l’état dépressif. La promenade débute au pied du Mont-Aiguille sous sa face la plus menaçante, celle qui donne des torticolis. La montée vers le pas des Bachassons est, tout d’abord, très douce, presque débonnaire. Comme toujours, c’est mauvais signe. A la sortie du bois, on tombe dans le pierrier infernal du ravin des Serres et Maupas. Il n’en finit pas d’être pénible car plus on avance et plus les pierres roulent sous les chaussures (au demeurant toujours parfaites). Je dois en plus me battre contre des nuées de taons, bourdons et mouches voraces. L’un(e) réussira à me piquer au plat du tibia (à l’endroit où la chair est la plus dure et sans doute la moins bonne). Aussitôt, un joli petit filet de sang dévale vers la chaussette. Je pense mourir vider de mon sang le long d’un chemin peu fréquenté, oublié de tous (dire que je viens de jeter une publicité d’Assurance-vie !). Heureusement, il suffit de se retourner vers le vide pour être conquis par la beauté pure (au pays des montagnes bleues). Au Pas des Bachassons (investi par les Allemands lors des combats du Vercors en 1944), c’est la grande ivresse ; les endorphines coulent dans les veines : on en a fini avec la montée. Juste après, s’ouvre la vue immense sur la plaine de la Queyrie et, au-delà, vers Die et le sommet des Trois Becs. Deux curiosités sur cette belle étendue nue et moutonnée : l’arbre dit taillé (en fait un fier solitaire (le veinard)) et la carrière de calcaire (à 1600m d’altitude !) datant de l’époque romaine. Les derniers blocs débités attendent encore d’être portés vers la vallée. Pour le retour, pas d’autres solutions que de boucler par les Haut-Plateaux et la Réserve Naturelle (chouette !). Le chemin rejoint le GR91 à la cabane de Pré Peyret pour filer vers la bergerie de Grande Cabane, au pied du Grand Veymont (2341m), point culminant du massif. Pour conclure, il faut remonter longuement, en faux plat, vers le Pas des Chattons et venir mourir (enfin presque) au Pas du Fouillet, où une jolie marmotte guettait ma chute vers le fond du ravin. L’endroit est vraiment « engagé » (comme disent les vieux loups de montagne) : le gravier est glissant, le chemin insignifiant entre le rocher et le vide. Dire qu’il faut encore affronter les insectes au fond du ravin avant de retrouver la fraicheur du bois du Petit Mont !

    * Les Bachassons sont les troncs d’arbre évidés qui servent à recueillir l’eau dans les alpages pour le bétail. L’eau est rare sur le plateau karstique.

  • Trois jours d'été

    Week-end studieux veut dire chez nous autres, grenoblois, un week-end de détente à la montagne. Samedi matin, courte randonnée (500m de dénivellé positif) pour tester mes nouvelles chaussures de randonnée. Traditionnellement, l’usage veut que je monte à la Dent de Crolles, un fameux sommet près de chez nous, pour baptiser ces pantoufles d’altitude. Le temps était parfait, bien que le vent très fort au sommet (et il ne faisait pas chaud sous les rafales de vent du sud). Pas un chat, j’ai croisé les montées de touristes au retour, un peu au-dessous du pas de l’Oeille, du nom de ce curieux rocher qui a résisté aux tempêtes et à l’érosion. Au sommet, la vue est l’une des plus belles de Chartreuse, immensément vaste et sans limite. Bon, les chaussures sont très bien, le chaussant précis, coque pas trop rigide, technicité du laçage et bonne protection du dessus de pieds. Le lendemain, petite montée au-dessus de la station plus ou moins à l’abandon de Saint-Honoré, au-dessus de la Mure. La moitié des bâtiments est en ruine ; on se croirait dans une station soviétique à la fin des années quatre-vingts. La vue, là-haut, est gigantesque, face au Vercors, le Trièves, etc. Petit vent frais (encore) mais grosse chaleur dans la cuvette. Avant le feu d’artifice (pas mal) de samedi soir, nous avons eu le temps de faire quelques minutes de vélo, dans la ville déserte, immobile et lasse, après un apéritif de fin de journée. Une petite pensée pour nos héros ; à l’heure du sarkozysme cyclo-polnarevien, il ne faut pas les oublier.

    Ce faisant, les vacances approchent : une petite semaine à Paris pour fouler les blés couchés et humer l’odeur des chaumes.

  • Romantisme lacustre

    Nous avons donc profité du mariage en Suisse pour parcourir quelques lieux inconnus. Plutôt que de prendre la route directe par le pays de Gex, nous avons remonté à rebrousse-poil le Jura français en parcourant de bout en bout la très sauvage vallée de la Valserine. C’est un long cordon de prés et de forêts ; la route est presque droite et chemine longuement à mi hauteur jusqu’à Lelex et Mijoux (mais si). Au col de la Faucille, la vue est immense. Le Mont-Blanc paraît tout proche (la perspective est trompeuse) et toute la partie sud du lac Léman est visible (et au-delà encore). A Divonne-les-Bains, la vie semble endormie (Casino oblige). Il y avait tout de même une très belle fenêtre que j’ajoute à ma collection. Nous avons eu le temps de visiter le château de Coppet (en Suisse, donc) qui est une petite merveille, surtout par ce qu’il représente dans l’histoire des Lumières (ou du début du XIXe siècle). Il a été acheté par banquier genevois Necker, futur ministre de Louis XVI. Sa fille, Madame de Staël, est au moins aussi célèbre que son père. Elle a été exilée par Napoléon. Nombreux furent ceux qui vinrent dans ce château, comme Madame Récamier, maitresse de Châteaubriant. Les propriétaires actuels descendent (par les femmes) de Madame de Staël. Ils sont d’'Haussonville et alliés à la famille de Broglie (celle qui donna le physicien, académicien et prix Nobel (1929) Louis de Broglie). Le château est une bâtisse du XVIIe siècle sur une vieille maison forte détruite par les Bernois lors de leur guerre contre les Vaudois. Le lieu est très beau (j’aime beaucoup les toits). Je n’aime pas beaucoup la couleur du crépi (qui tend au rosé) mais j’adore le principe de la double cour (cour d’honneur / cour privée). Personnellement, les communs, notamment la belle écurie, me suffiraient amplement. L’intérieur du château se visite, guidé par de charmantes et très érudites dames. Les nombreuses pièces regorgent de souvenirs, tableaux, mobiliers de maitres et autres tapisseries. Il y a un beau portrait de Rousseau (en arménien). Madame de Staël l’aimait beaucoup. Un peu en contrebas du château, il est possible de se rendre jusqu’aux rives du lac, à l’embarcadère des navettes fluviales, d’où la vue est immense, calme et reposante, jusqu’au jet d’eau de Genève, et au-delà vers la montagne du Salève.

  • Hautes plaines

    Les prévisions météorologiques étaient pourtant rassurantes mais nous nous sommes pris hier sur la tête une bonne ondée. Heureusement, la promenade dans le Vercors était terminée. Nous étions affalés à une table de café lorsque les premières gouttes sont arrivées au sol. Très jolie randonnée, vers le belvédère du Révoulat, au-dessus de la plaine de la Chapelle-en-Vercors. La vue est assez intéressante car elle est vertigineuse au-dessus des Grands Goulets et très vaste sur les hauts plateaux, du col du Rousset aux montagnes de Villard-de-Lans. Nous avons fait de belles rencontres, témoins ce lys martagon, si rare. J’aime beaucoup les paysages de plaines en montagnes. C’est la pleine saison des foins, les prairies sont encore très vertes, l’herbe abondante et ondulante au vent, les chemins creux et secrets (entre deux rangées d’acacias). Nous avons ensuite un peu trainé, sur les petites routes, vers les plus beaux lieux de la terre, à la recherche de la maison idéale.

  • Avignon-3

    (Samedi de l’Ascension). Villeneuve-lès-Avignon, Tour Philippe-le-Bel, Fort Saint-André, jardins de l’Abbaye, Chartreuse. Mont Ventoux.

    Nuit à l’Hôtel Médiéval qui figurait en bonne place dans le guide Michelin. Notre chambre est exigüe, pas très récente et située sous un escalier de bois qui conduit à des soupentes aménagées en chambres. Malgré nos craintes, le sommeil fut assez bon, en tout cas calme. Il faut indiquer à l’accueil dès le soir précédent l’heure à laquelle on souhaite prendre son petit déjeuner, ce qui gâche un peu l’idée d’être en vacances. Au milieu du bâtiment, trône un très bel escalier (combien de chambres pourrait-on aménager dans un tel espace vide (d’espace mais pas de sens) ?). De Villeneuve-lès-Avignon, j’avais encore moins de souvenirs que d’Avignon. La tour dite de Philippe-le-Bel m’était totalement inconnue. Elle ressemble un peu (au moins dans sa situation) à la tour dite Philippe de Valois le long du Rhône, face à Vienne. En réalité, elle est beaucoup mieux conservée (peut-être un peu trop) et de son sommet on jouit d’une très belle et vaste vue sur Avignon, le fleuve puissant, le Ventoux et divers massifs en direction de Marseille et Aix. Les arcs brisés, dans les étages, font très « gothique d’Île-de-France » avec quelques traces d’anciennes peintures. Nous nous sommes ensuite rendus au fort Saint-André dont le châtelet a du en impressionner plus d’un dans le passé. En fait, ma mémoire brouillée me faisait confondre les jardins de l’Abbaye bénédictine de Saint-André (située dans les murs éponymes) et ceux de la Chartreuse Pontificale du Val de Bénédiction (située plus bas, près du village). J’ai très bien reconnu les arrangements à l’italienne des parterres de buis de la première et, surtout, la belle terrasse aérienne sur les voutes grandioses érigées au XVIIIe par les mauristes. Nous avons beaucoup flâné entre les oliviers et devant les nénuphars (calme olympien, belle lumière sur les hautes fenêtres et fantasme de finir ses jours ici). A midi, excellent petit repas (imprévu, très « salade méditerranéenne », ne manquaient que les cigales) à l’Hôtel de l’atelier, dans une arrière cour. Ensuite, nous sommes allés voir la Chartreuse du val de Bénédiction qui n’a pas changée (depuis mon passage en 1988). Les chaises (façon cathèdres maçonniques) sont toujours là, la nef éventrée de l’église aussi (et le mur du jubé, et les cellules des bons pères). Par contre, je ne me souvenais pas d’une chapelle et de ses belles fresques du XIVe. Très bel et ancien bâti dans le village avec des arcs brisés un peu partout, plus ou moins incrustés dans les constructions postérieures et qui resurgissent ici ou là à l’occasion des ravalements. Nous sommes rentrés par Carpentras et le Ventoux, que L. ne connaissait pas de si près, le doux mont fut escaladé par le côté sud. Au sommet, grand calme (pour une fois !). Deux inédits d’Avignon : 1 & 2. Pour les amateurs de chèvrefeuille : le plus beau admiré durant ce week-end de l’Ascension.