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Richard Millet

  • Richard Millet / Solitude du Témoin - Chronique de la guerre en cours

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    « Je feuillette le dernier numéro qu’une vénérable revue littéraire consacre à l’Europe en tant que civilisation. Chaque auteur y va de son acte de foi en un destin européen évidemment post-identitaire et transnational, condamnant nos seulement les nationalistes mais aussi toute forme de patriotisme, cette dernière catégorie se révélant pire que le nationalisme, car taxée de sentimentalisme. Mais Péguy ? Vous n’y pensez pas ! Il est mort en 1914 … On croit entendre, à chaque page, marmonner une assemblée de la commission européenne à la culture prônant le rapprochement enrtre les peuples, le dialogue des civilisations, le « métissage », la « littérature monde », voire une seule « citoyenneté », les peuples d’Europe ayant en effet honte d’être eux-mêmes, comme le leur suggère un demi-siècle de Propagande. » (page 140)

  • Labeur du temps

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    "[...] l'appartement où, les yeux fermés, je pourrais me diriger comme autrefois, vers les seins de Marie, que j'ai tenus à treize ans entre mes mains déjà sûres, avec la certitude que m'était révélée le poids du monde. Je rebrousse chemin. Que découvrir entre ces murs, sinon ce que le temps a fait de mon visage ?" (p.117)

  • Deux extraits

    « On n’écrit que pour échouer à dire ce qu’eût été notre vie sans l’écriture. »

     

    « L’abstinence consentie permet d’entendre les anges battre des ailes dans l’invisible. »

     

    Richard Millet in L’Orient désert, Mercure de France (2007).

     

  • énigme

    « La beauté vultuaire, c’est celle d’autrui, jamais quelque chose qu’on ait en propre : un songe, une énigme, un fagot de réponses à quoi mettre un feu où l’on se jettera ». Richard Millet in L’Orient désert, Mercure de France (2007).

    Quelqu’un sait-il ce que veut dire cette adjectif vultuaire ?

  • Une île de mots

    « Le temps où je n’ai pas été au monde est une île de mots sur laquelle je tente inlassablement de prendre pied tout en sachant qu’on n’y sera que fantôme, l’autre côté n’étant que le royaume de la noire illusion, aucun vivant ne franchissant cette mer inconnue, sinon sous forme de métaphores qui ne sont qu’une anticipation de notre propre mort. Je me retire de ce seuil : la vie n’est pas dans la gestion plus ou moins raisonnable et heureuse de moments qui se succèdent comme des nuages, mais une série d’actes souvent obscurs, incompréhensibles à autrui, sinon à nous-mêmes, que nous passerons notre vie non pas à essayer d’éclaircir mais à en mesurer l’ombre portée sur un futur où nous ne serons plus. Nous sommes les échos de ceux qui ont depuis la nuit des temps mêlé leurs sangs ; et, autant que du sang, ce qui coule en nous est l’invisible éclat d’une puissance qui nous dépasse et qui se nomme amour, mélancolie, folie ou destin. »

    Ce court passage est tiré d'un texte inédit de Richard Millet, Petit éloge d’un solitaire, paru en Folio à deux euros et que j’ai acheté et lu aujourd’hui. Je recommande chaudement à mes lecteurs ce livre car il permet à ceux qui le découvriront une très belle entrée dans l’œuvre de ce maître du récit contemporain. On y retrouvera les thèmes qui lui sont chers, notamment ceux de la filiation et de l’histoire familiale. C’est un très bon point d’entrée avant l’immersion dans l’immense Ma vie parmi les ombres.

  • Le dernier écrivain

    Je signale la diffusion sur France Culture de la série « dix leçons sur la Littérature » enregistrée à la BnF en 2006.

    La contribution de Richard Millet à ce cycle était diffusée hier soir. Elle débute ainsi:

    « Qu’un écrivain puisse parler en son propre nom pour prononcer une leçon de littérature me semble aujourd’hui une audace extraordinaire, surtout en un lieu comme la Bibliothèque nationale (dont je m’étonne, pour des raisons que l’on comprendra par la suite, qu’il faille l’appeler à présent Bibliothèque nationale de France, oui, insister sur ce génitif en forme de singulier pléonasme) : un lieu voué aux morts, et qui d’une certaine façon en appelle à mon effacement.  Ainsi me faudrait-il signifier non pas d’où je parle, comme on disait dans les lointaines années 70, ni même d’où je viens, mais qui je suis..

    la suite ici

  • Extrait (2)

    "Le temps n'est que la somme des images présentes, passées et à venir dont nous cherchons en vain à nous constituer un visage. Nous sommes des ombres qui tentent d'épuiser dans la chair la peur qu'elles ont d'elles-mêmes, la voix, les langues, les textes n'étant que l'ombre portée du temps sur la terre où nous attendons de mourir, ayant trouvé dans le temps ce que nous réclamons à autrui, à la musique, aux grands récits: que le temps passe d'une autre façon, qu'il nous oublie, qu'il cesse de nous faire naître à chaque instant, ce temps qui s'était mis à passer tout autrement une fois Marie disparue, et depuis qu'il m'avait été donné d'apprendre, par la voix d'une fille de fermiers interprétant une chanson sentimentale, un jour de fête, à Villevaleix, que je mourrais un jour, un jour plus proche que tout ce que je pouvais imaginer, et qui devint pour moi, autant que le sens des mots ou le corps féminin, un objet de pensée quotidien, voire de chaque instant"

    Richard Millet, Ma vie parmi les ombres, (2003).