03 novembre 2009

Penseur de notre temps

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"Il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les Musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt. A l’abri d’un rationalisme juridique et formaliste, nous nous construisons pareillement une image du monde et de la société où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse, et nous ne nous rendons pas compte que l’univers ne se compose plus des objets dont nous parlons".

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955.

20 août 2009

Un soir

Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

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17 novembre 2008

La Vie moderne

Ce documentaire de Raymond Depardon est une petite déception. A vrai dire, certains aspects me plaisent mais je le trouve un peu trop léger par rapport à la gravité du sujet. Ce que je n’aime pas, en particulier, c’est la parole de sociologue dont s’affuble le réalisateur pour faire parler des paysans (et surtout les plus vieux d’entre eux) qui n’ont pas envie d’ouvrir la bouche (les fameux taiseux). Je n’aime pas beaucoup ses questions incessantes, ses relances perpétuelles (On dirait Nicolas Demorand !). Il me semble que certains silences, fussent-ils dans des décors de cuisines éternellement figés dans les années cinquante, disent, émeuvent, bouleversent plus que trois mots difficilement arrachés. Pour ne pas tomber dans l’évocation « fin-du-temps-des-vieux-paysans », le réalisateur s’est attelé à interroger quelques « jeunes » mais, à mon avis, en restant à la surface des problèmes (difficulté de s’installer, difficulté d’acheter des terres), toutes choses que l’on sait déjà que trop. Il n’y a rien, malheureusement, sur l’envie de travailler (et quel labeur !) dans ces solitudes de moyenne-montagne. L’autre gros défaut du documentaire, trop court, est de ne pas assez laisser parler les images pour ce qu’elles sont. Il y n’y a pas, sauf les longs et superbes plans du début et de la fin, de véritable embrassade au pays, à la terre, à l’immensité des paysages. On ne ressent que très rarement, trop furtivement, la beauté de la pierre, l’âpreté de l’air, la limpidité des sources jaillissantes. D’ailleurs, on voit trop de forêts, pas assez de ciels et de vallons. La trilogie, qui se clôt par ce film, avait sans doute des vertus cathartiques pour le réalisateur (fils de paysans qui n’a pas repris la ferme familial, etc.). Le mérite d’un tel travail est de faire un état des lieux d’un monde dont les derniers représentants sont au bord de mourir, au propre comme au figuré. Tout un monde qui sera bientôt lointain et distant mais qui, d’ores et déjà, provoque une sourde et sombre mélancolie sur le spectateur (musique de Fauré aidant).

A l’occasion de la sortie du film, un livre de photographies de R.B. est disponible au Seuil.

21 juillet 2008

220 !

 

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C’est aujourd’hui le deux-cent vingtième anniversaire de la célèbre Assemblée des Trois Ordres du Dauphiné réunit dans la salle du jeu de paume du château de Vizille dont les historiens font le point de départ de la Révolution française. Cette nuit mémorable avait été précédée de la nom moins fameuse journée des Tuiles (7 juin 1788) où les grenoblois révoltés et montés sur les toits près de l’ancien collège des jésuites arrosèrent de tuiles les troupes envoyées par le gouverneur du Dauphiné. [Tableau d’Alexandre Debelle, musée de la Révolution française à Vizille]

01 avril 2008

Carnets à lire

Hier, à la Gare de Lyon, je n’ai pas eu longtemps à chercher pour trouver les Carnets de guerre de Vassilli Grossman dont Élise nous signalait récemment la parution. J’ai avalé avec énormément de plaisir la moitié du volume durant les trois heures du trajet jusqu’à Grenoble. Ce texte est à lire absolument. Il s’agit, en effet, d’un formidable rempart au pessimisme. Ce qu’a vécu le peuple russe, ce peuple de paysans et d’humbles, pris en étau entre la folie meurtrière d’Hitler et la folie idéologique et non moins meurtrière de Staline force l’admiration. Ces Carnets, parcellaires mais géniaux, serviront à Grossman de matériaux pour écrire ses grands romans à venir, notamment Vie et destin (que je n’ai toujours pas lu). Un extrait pour montrer à quel point ces hommes de peu avaient confiance dans leur dictateur malgré ses erreurs stratégiques, malgré le NKVD et malgré la bureaucratie :

« Des divisions en marche. Les visages des hommes. Des ingénieurs et des techniciens, l’artillerie, les chars. En marche jour et nuit. Des visages, encore des visages, leur sérieux, des visages de morts.

Le prolétaire du Dombass Liakhov, soldat du bataillon d’infanterie motorisée de la brigade des chars, a écrit au commandement avant l’attaque : « Transmettez au camarade Staline que je donnerai ma vie pour la patrie, pour lui, et que je ne le regretterai pas le moins du monde. Si je disposais de cinq vies, je les donnerais sans hésiter toutes les cinq pour lui, tellement cet homme m’est précieux. »

[Chap. 14 « les combats de septembre [1942] », page 215]

15 janvier 2008

Qu'au désarroi batte un cœur

Es ist Zeit, daß man weiß

Es is Zeit, daß der Stein sich zu blühen bequemt,

Dass der Unrast ein Hertz schlägt.

Es ist Zeit, daß es Zeit wird.

Es ist Zeit.

Il est temps que l’on sache!

Il est temps que la pierre consente à fleurir,

qu’au désarroi batte un cœur.

Il est temps qu’il soit temps.

Il est temps.

 

Paul Celan

Corona in Pavot et Mémoire (1952)

08 novembre 2007

En habit noir

Suis-je bien le fils d’un pays grave,

d’un siècle en habit noir, et qui semble

porter le deuil de ceux qui l’ont précédé ?

Nerval Voyage en Orient

passage cité par Richard Millet dans Un balcon à Beyrouth.

 

 

[En écoutant la passacaille des sonates pour violon (Monica Huggett) de Biber]

01 novembre 2007

Ici et là-haut

C’était tout de même une belle journée d’automne pour l’enterrement d’un vieux sang français, aristocratique en diable (ou du moins, faisant mine de l’être). Un curé, jeune et chauve (comme il se doit). Un rituel de messe rigide et suranné où les paroles glissent sur nous (faute d’être très assidus en ces lieux). Un encensoir, une musique de circonstances mais si peu enrichissante. Plus j’y pense et plus je me dis qu’il faut bien réfléchir à sa propre fin et ne pas hésiter à choisir ce qu’on aime dans le monde des vivants pour être accompagner de l’autre côté : le Requiem de Fauré (que j’ai réentendu, partiellement, ce matin même, sur France Musique), celui de Dusapin, le De Profundis de Vincent Paulet, une ou deux douzaines de mouvements de quatuor de Beethoven ou de Schubert, quelques chants douloureux de la Passion par Bach et, surtout, peu de paroles (ou des paroles de peu), pas de souvenirs ni d’affreux témoignages (ceux-là même qu’on a jamais reçus de son vivant), encore moins de fleurs sur la noirceur d’une pierre de lave ou la dureté d’un schiste des hautes montagnes. Merci ! Comme dit si bien Hector Obalk à la fin de ses critiques d’art diffusées par Arte.  

04 octobre 2007

O Dieu! je vous appelle, aydez à ma vertu

A cette heure-ci, les enfants sont couchés. Je peux donc mettre ici un lien vers un sonnet de Malherbe assez bien enlevé…

 

28 septembre 2007

Mort en automne

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"L'alpiniste René Desmaison est mort à l'âge de 77 ans, vendredi 28 septembre, selon sa maison d'édition, Hoëbeke. Figure mythique de l'alpinisme français, René Desmaison a acquis un palmarès impressionnant, totalisant près d'un millier d'ascensions, dont 114 premières, dans les Alpes, l'Himalaya et les Andes. A la fin des années 1950, il a contribué à lancer le grand alpinisme hivernal, grimpant notamment lors de la première de la face ouest des Drus, de la face nord de l'Olan ou du pilier central du Freney, dans les Alpes. En 1966, il s'est illustré en sauvant deux alpinistes allemands coincés dans les Alpes, mais a été ensuite radié par la Compagnie des guides de Chamonix pour avoir réalisé un reportage pour Paris Match au cours du sauvetage."
(Le Monde)

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