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Un voyage en Campanie

  • Spécial pour Nina

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    Au retour de Capri, 25 septembre 2005, 18h35. Il y a très précisément un an, jour pour jour, heure pour heure.

  • Un an, déjà !

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    Sorrente (baie de Naples), septembre 2005

  • Retour

    Retour sur le voyage en Italie. Nous avions prévu une arrivée à Naples par la mer, en empruntant la ligne metro del mare qui devait nous permettre de découvrir la ville de "l'autre côté", pour mieux en saisir l’étendue et la topographie. Hélas, en cette basse saison, les bateaux-navettes entre Sorrente et Naples sont bien peu nombreux; le départ tardif nous aurait, dans tous les cas, privé d’une journée complète de découverte. Plus prosaïquement, nous sommes donc arrivés par les grandes banlieues et l’enchevêtrement informe de routes, rails et maisons. Pour gagner du temps, et nous éviter le parcours à pieds du Corso Umberto, nous avons pris un bus qui nous a mené jusqu’à la Plazza Municipio où trône, adossé à la mer,, le Castel Nuovo et son arc de triomphe en marbre blanc célébrant la victoire des princes aragonais sur les angevins. De là, on rejoint rapidement le Théâtre San Carlo (façades en réfection) et la Galerie Umberto 1er qui est un belle œuvre architecturale, sans doute parce qu’elle est totalement intégrée dans le bâti du quartier. Un peu plus loin se dessine la Piazza del Plebiscto qui fait face au Palazzio Reale. Nous avons visité ce palais, considérablement abîmé lors de la dernière guerre mondiale, et qui servit, en partie, de cantine aux troupes américaines. Les restaurations ont ramené à la surface l’héritage des différentes dynasties ayant régnées sur Naples. La visite est très agréable. Il faudrait passer un temps plus long que celui dont nous disposions pour détailler chaque œuvre d’art présentée dans les salons historiques. C’est l’impression frappante en Italie, d’être toujours dans un musée, de se confronter en permanence à des styles artistiques différents, à une civilisation fondatrice en matière d’Art. Suite du parcours vers le fameux Château de l’Œuf, en longeant le front de mer par le petit port de Santa Lucia. Cette massive construction donne un air médiéval à l’avant port. C’est aussi un beau belvédère sur la ville. Poursuite vers la Piazza Vittoria par la via Partenope qui est un front de mer pour une alignée d’hôtels construits au dix-neuvième siècle. Nous avons déjeuné dans une assez simple mais bonne trattoria de la via Chiaia. On ne sait jamais trop ce qui va vous être servi mais les pasta al volgonce se sont révélées délicieuses. Les jambes sont déjà un peu lourdes au moment d’aborder la remontée de la via Toledo, jusqu’au musée archéologique. Et c’est bien là que la frustration a été la plus grande : le manque de temps ne nous a pas permis de découvrir ces minuscules ruelles remontant toutes vers la chartreuse San Martino. Après la visite, le retour s’est fait par la Piazza Bellini où régnait une atmosphère toute napolitaine (pour résumé: palais majestueux et bruits divers et incessants). L’arrêt au cloître de Santa Chiara fut un temps pour reprendre un peu de forces. Hélas, c’est aussi l’instant où un bel orage décida d’éclater, de sorte que le reste du parcours (via Croce vers San Lorenzo Maggiore) se fit sous une cataracte d’eau. La visite du baptistère de San Giovani in Fonte, niché dans la partie la plus ancienne du Duomo, fut une découverte. A gauche du chœur de la chapelle San Restituta, se trouve une superbe mosaïque du quatorzième siècle mais c’est dans le baptistère, qui est le reste le plus ancien de la première basilique chrétienne de Naples, que l'on’admire les somptueuses mosaïques sur fond bleu, d’inspiration orientale, de la coupole. Sous cet ensemble historique (le feuillet distribué à l’entrée insiste sur le fait que même Rome ne dispose pas d’un baptistère si ancien) a été aménagé un parcours de découverte des fondations de la chapelle. Tout cela n’est pas très lisible (par exemple, bien moins que dans la crypte du parvis de Notre-Dame à Paris) mais on peut admirer in situ des mosaïques d’époque romaine. Le Duomo est célèbre pour abriter le sang de Saint-Janvier qui, comme tous les ans, s’est liquéfié le dimanche précédant notre arrivée en Campanie, mettant ainsi ce voyage sous les meilleurs hospices.

  • Trésors enfouis

    Pompéi est le passage obligé lorsqu’on séjourne en Campanie. Le site est plus vaste que je ne l’imaginais. Une fois la cohue dépassée, il y a moyen de s’isoler. Faire la part des choses entre, les murs reconstruits et ce qui est dans le jus, n’est pas toujours facile mais le lieu est préservé, somme toute assez calme et distant au monde qui l’entoure (heureusement !). De nombreuses maisons sont fermées à la visite car s’y déroulent des travaux d’entretiens ou de réhabilitations. Ainsi, il nous fut impossible de visiter le célèbre Lupanar, encore moins la maison des Vetii. La Villa des Mystères vaut le détour même si c’est surtout la célèbre fresque qui nous conduit jusque là. Cette œuvre est dans son ensemble assez bien conservée, les visages des personnages très énigmatiques (pour ne rien dire de l’intrigue qui se joue sur les dix panneaux formant les quatre côtés d’une pièce rectangulaire). Je pense qu’il faut être sur place pour comprendre le titanesque chantier qui a présidé à la découverte puis à la sortie de terre de ces trésors enfouis. Il ne faut pas oublier, également, que ce fut un cimetière de fait pour les malheureux qui se trouvaient là lors de l’éruption de l’an 79. Le moulage d’un corps recroquevillé, que l’on peut voir dans une remise, près du Forum, nous le rappelle.
     La véritable découverte archéologique de ce voyage fut, sans aucun doute, la visite de la Villa de Poppée, seconde femme de Néron, à Oplontis, c'est-à-dire un peu avant Pompéi lorsqu’on vient de Naples. Le site est nettement sous le niveau du sol actuel, et une sorte de coupe stratigraphique dans le jardin montre bien l’épaisseur de vomi volcanique qu’il fut nécessaire de dégager pour mettre à jour ces beautés. Car cette Villa, dans son agencement de maison patricienne, fait beaucoup pour nous faire aimer le génie architectural et, surtout, décoratif des romains. L’habitation s’organise autour de grands salons de réception, de pièces plus intimes et, même, de quartiers réservés aux esclaves. L’état de préservation est surprenant, la fraîcheur de certaines fresques étonnante avec un goût du détail et de l’aménagement porté à un haut niveau, témoin ces petits animaux délicatement peints sur un mur d’une zone de passage, a priori sans intérêt pour le regard. Je m’étonne que si peu d’architectes, si peu d’artistes contemporains ne s’inspirent plus de l’héritage romain. Il y aurait bien des villas à imaginer autour d’un péristyle ou d’un triclinium.
    Au Musée Archéologique de Naples, situé tout en haut de la via Toledo, il est possible d’admirer quelques jolies mosaïques extraites des scavi d’Herculanum ou de Pompéi. Ne sont montrées ici que des pièces de choix, assez peu nombreuses, mais toutes admirables au premier rang desquelles la célèbre bataille d’Alexandre. On peut aussi, en se faisant inscrire préalablement, visiter le célèbre Cabinet Secreto regroupant quelques fresques ou autres sculptures assez peu chastes. Ce décorum du petit papier à demander benoîtement à l’entrée du musée ainsi que le gardien derrière la grille de l’enfer font très légèrement surannés. Le musée – peut-être à l’imitation détestable de certains musées parisiens – n’ouvre en permanence que la moitié de ses salles, de sorte qu’il est toujours pénible de parcourir un lieu à demi-fermé. Dans une arrière salle, à laquelle on accède par une charmante cour, est regroupée une belle collection de statues gréco-romaines issues de la collection Farnèse. Tout occupé à photographier l’enlèvement de Proserpine, j’ai oublié de saluer le célèbre Taureau.

  • Reprise...

    Aujourd’hui le temps est nettement au mauvais ; la pluie est soutenue et, à cinq cents mètres d’altitude, nous sommes au cœur du nuage, sans espoir, à cette heure tardive, de voir poindre un rayon de soleil. La 7ième symphonie de Bruckner, dans l’interprétation de Herreweghe que j’écoute tout en écrivant ces lignes, va assez bien avec l’humeur du temps qu’il fait. Je ne suis pas un fan éperdu de Bruckner. C’est pour moi une musique de situation. Autant dire qu’il faut que les conditions au moment de l’écoute doivent être parfaites, c'est-à-dire s’accorder à merveille au lieu, au temps, à l’heure et, plus que tout, à mon humeur. En cet instant, tout est pour le mieux.

    Nous avons effectué, il y a peu, un magnifique séjour dans la baie de Naples. C’était une découverte et une très bonne et agréable surprise. Il y a des voyages qu’on oublie rapidement, il y a surtout ceux qui se gravent profondément en nous. Et le meilleur moyen de faire la part des choses est, en ce qui me concerne, d’évaluer le niveau de nostalgie au retour. Et cela se mesure à l’aune du vague à l’âme, au point où votre esprit est restez là-bas alors que votre corps est déjà ici. Mercredi dernier, jour de reprise d’activités, le baromètre, n’était pas très haut ; l’esprit en tout cas ailleurs, sans doute dans les brumes de la baie ou occuper à scruter les développements nuageux sur le Vésuve.

    [Ici, changement de disque, pour le De Profundis de Vincent Paulet dans l’interprétation du chœur de chambre Les Eléments dirigé par Joël Suhubiette. Le troisième mouvement Speravit anima mea est merveilleux, d’une intensité solaire, d’un entraînement vers le sublime parfaitement réussi. Il me fait songer au Requiem de Pascal Dusapin, dans une veine assez différente, il est vrai].

    [Et même changement de jour, lundi 3 octobre, la soupe, au loin, se prépare].

    Le site de Sorrente, notre camp de base pour ce séjour, est admirablement situé en ceci qu’il occupe une position stratégique d’eucentricité. Depuis le rivage on peut ainsi admirer la baie dans son grand déploiement : d’Ischia, la grande île, jusqu’à la presqu’île sorrentine, non sans être passer du regard à Naples puis au Vésuve. Sorrente est encore richement pourvue de villas, la plupart en bord de mer, et qui sont maintenant des hôtels plus ou moins somptueux. Le cadre serait idyllique si la circulation automobile n’y était pas à ce point effrayante d’intensité sonore. Mais ce ne sont pas tellement les voitures qui dérangent mais ces pétaradants scooters dégageant une fumée acre. On se demande presque si l’air urbain n’est pas plus pollué que nos grandes métropoles. Apparemment non : les crépis ne portent pas ces sombres balafres si caractéristiques des suies et autres microparticules. On peut toujours trouver un peu de calme, ici ou là, pour flâner parmi les orangeraies et les citronniers mais, tôt ou tard, il faudra affronter cette nuisance. Le déchaînement de circulation atteint un pic en fin de journée, où des chevauchées de scooters s’organisent un peu partout, apparemment sans but précis, sinon « de prendre l’air ». Reste que Sorrente vaut sans doute un détour bien que l’extrême terminaison de la presqu’île, telle qu’elle nous est apparue, vue de la mer, lors de notre périple vers Positano, semble réserver des trésors cachés: un littoral bien moins construit, une côte plus désertique mais également plus sauvage.

    Positano, justement, regorge de touristes, tout spécialement anglo-saxons, même si le rush estival parait être un peu dépassé. Le cadre n’est pas vilain, les maisons, d’architecture assez banale, mais empilées les unes sur les autres et la communion intense de la montagne et de la mer finissent par faire un bel ensemble même si un peu trop carte postale. C’est sans doute au second degré qu’il faut ici porter son regard. En revanche, inoubliable est le retour vers S., au coucher du soleil, lorsque l’embarcation passe à mi distance de la côte et de Capri, pour ensuite foncer droit vers le Vésuve. Ce joli mont à la propriété assez remarquable d’accrocher facilement à son sommet quelques nuages, et ceci, dès le matin. Le paysage ou ce qu’il faut bien appeler la beauté de la vue, s’en trouve tout de suite dynamisé car cette verticalité rompt un peu la douce monotonie de l’horizontalité du rivage. D’ailleurs, la forme même du volcan est admirable. De Pompéi ou de Torre del Greco ont observe très bien ce cône à double inclinaison, aux pentes verdoyantes puis plus minérales, qui stationne comme un phare au fond de la baie.

    Comme tout les villes ayant vocation de métropole régionale, Naples est rongée par le déploiement incontrôlé de banlieues, toujours plus étendues et hideuses. Mais de cette enchevêtrement de maisons laides (petits immeubles à deux ou trois étages pour la plupart) naît une assez simple unité, quelque chose de caractéristique au pays. Certes, il n’y a pas de quoi s’extasier mais le parcours en train (circumvesuviana) donne un aperçu assez juste de cette urbanisation incontrôlée, d’autant plus que les habitations sont extrêmement près des voies. Le linge qui sèche au balcon est une caractéristique du lieu, à en devenir sa signature obligée. Là aussi, on n’est pas loin du souvenir de carte postale, de passage obligé pour la mémoire. C’est aussi, un peu, l’illustration du danger à lire les guides de voyages avant son départ. L’essentiel à oublier, souvent le plus insignifiant mais le plus visible, nous est balisé et expliqué à loisir. Ce faisant, on se restreint à ne repérer que le « premier ordre » en oubliant tout le détour, cette somme de détails qui finit par faire un tout.