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Un voyage en France

  • Ailleurs (II)

    Au rebours du Palais de Justice, il y a une belle République et aussi des pigeons dragueurs. Au mois de septembre, L. et moi étions passés bien vite dans la cathédrale Saint-André. Il y a pourtant quelques éléments intéressants, notamment ce beau buffet d’orgues, une cuve baptismale usée par le temps et une statue de Jeanne d’Arc par Bourdelle. Le musée d’Aquitaine est gratuit et désert. Hélas, la gratuité implique souvent la fin de la tranquillité. Je ne m’attendais pas à trouver une collection aussi riche et très correctement présentée pour son âge. La muséographie n’est pas toute jeune (moquette horrible, vitrine avec traces de doigts) mais tient tout à fait la comparaison avec des musées plus jeunes (et sans doute mieux dopés financièrement). Le parcours est chronologique, en s’appuyant sur les œuvres d’importance. Le fond d’antiquités romaines est très complet, parfaitement présenté et, surtout, très bien éclairé, ce qui est rare. Les pièces maîtresses sont assez connues, notamment cette belle statue d’Hercule trouvée à Bordeaux au XIXe siècle. L’époque médiévale est moins illustrée même s’il y a de très belles œuvres (j’ai un petit faible pour cette clé de voute de la Sauve-Majeure représentant le sacrifice d’Abraham). Plus loin, on peut admirer le monument funéraire de Montaigne. Je suis passé un peu vite dans les pièces de l’étage car le temps me manquait mais elles sont très intéressantes. Elles présentent divers aspects de la vie dans le bordelais et l’aquitaine au cours des âges en ce qui concerne l’agriculture, l’habitat, les industries, la vie sociale, etc.

    Déjeuner très rapide mais excellent au bistrot Le Michel’s rue du Pas-Saint-Georges (la serveuse est adorable). J’aurais bien aimé tourner un peu plus autour de la gare et de la passerelle d’Eiffel sur le fleuve mais le train n’attend pas, c’est bien connu.

  • Ailleurs (I)

    J’étais à Bordeaux les derniers jours du mois de janvier. Faut-il redire ici que cette ville m’enchante comme aucune autre ? Le jeudi, j’ai passé une grande partie de la journée à dormir dans le TGV : plus de six heures de ronrons à trois cent kilomètres par heure pour rallier la belle Gironde depuis la moche Isère (je parle des cours d’eau, mon jugement ne serait pas si tranché pour ce qui concerne les départements). Miraculeusement, je me suis réveillé alors que le soleil se fâchait avec de beaux nuages de haute altitude (dommage pour la dégoulinure de crasse sur les vitres du train). L’après-midi très agréable à professer devant de jeunes têtes blondes, attentives et studieuses. J’ai eu beaucoup de plaisir à dîner le soir avec C. et son ami O. Nous avons excellemment bien mangé au restaurant (Le plat à oreille) qui était quasi désert. J’ai promis à la patronne de rapporter la bonne nouvelle jusqu’ici (je veux dire jusqu’à Grenoble). C’est chose faite. Vraiment une soirée très agréable qui avait débutée par un petit tour nocturne de la ville qui est vraiment très belle lorsque le temps est doux et les lumières scintillent ou brillent. Je n’avais malheureusement pas pu retenir de chambre dans mon précieux hôtel Notre-Dame (des Chartrons) où j’ai jadis toujours bien dormi, dans le calme. Je ne conseille pas l’hôtel des Quatre Sœurs, où j’ai cependant passé une bonne nuit, mais c’est sans doute parce qu’il était en grande partie vide. Si l’ascenseur avait fonctionné plus souvent, cela aurait peut-être été un cauchemar (chambre contigüe à la cage du monte-étages). D’ailleurs, la chambre était minuscule et très chère pour la prestation. Le petit-déjeuner, par contre, était excellemment bon marché et très bien. Va comprendre Charles ! Personnellement, j’ai un faible pour les hôtels qui ont de belles rampes d’escalier. Celle-ci était vraiment très belle. Le lendemain, journée libre. J’en ai profité pour faire à pieds un grand arc de cercle dont le but ultime était de m’amener au musée d’Aquitaine qui n’ouvrait qu’à onze heures. Je suis ainsi retourné au Jardin public par les Quinconces (où le PS était de sortie). Un petit coup d’œil pour la statue de Montesquieu par Maggesi. Le parc était désert (sauf deux joggeuses très assidues pour maintenir la foulée). La terrasse, plus ou moins italianisante est vraiment très bien dans le décor. D’ailleurs, il faudrait passer plus de temps à arpenter les allées pour découvrir des statues d’auteurs bien oubliés (enfin, de moi) ou de mythiques héroïnes. J’ai enfin pu revoir le Palais de Justice qui m’avait beaucoup frappé en 1998, lors de ma première visite à Bordeaux. J’avais complètement oublié qu’il était imbriqué dans les parties bien restaurées du château du Hâ.

  • Provence II

    Départ dans la matinée pour le pont de la reine Jeanne, à Vilhosc, que le Guide Bleu signalait comme intéressant. Il l’est, en effet, même s’il faut avoir envie de le voir car il se trouve à l’extrémité d’une route très étroite et assez sinueuse. C’est un beau passage jeté au-dessus du vide. Les sources consultées ne s’accordent pas sur sa date de construction (du XIVe au XVIe, rien que ça !). L’histoire du pont et de sa dédicataire sont ici. Le soleil n’avait pas encore atteint ce fond de vallon reculé, les photos ne sont donc pas terribles. La destination de la journée était la vallée du Jabron, à quelques kilomètres en aval de Sisteron. Nous avons commencé par une jolie marche sous un soleil resplendissant et intense pour nous rendre au village abandonné et ruiné de Vieux-Noyers. Il est l’exemple même de l’exode rural qui a touché les parties les plus reculées de notre beau Pays ; sans doute abandonné au début du XXe siècle, les tombes les plus récentes du cimetière datent de cette période. Bizarrement, l’église (très simple : chevet plat avec trois grandes fenêtres dans le style provençal) est en contrebas du village qui s’organise autour de ce qui fut un château. Les ruines dominent deux vallons assez ouverts au regard et, par la-même, sur une grande partie de la vallée du Jabron. La maison qui a toujours le plus d’allure est ce qui fut l’auberge, avec son toit à génoises. On y trouve même un vieux poêle à bois (où est caché le livre d’or). La redescente vers le « village neuf » permet de découvrir quelques paysages à la Pagnol et un petit oratoire. Après le dernier piquenique de l’année (ici), la grande affaire fut de monter à l’assaut de la Montagne de Lure, sœur jumelle (au moins dans son aspect) du Ventoux (qu’on aperçoit d’ailleurs très bien depuis le sommet à 1826 mètres). Le panorama, notamment vers le nord, est absolument gigantesque et grandiose : toutes les Préalpes du sud, l’Obiou (?), la vallée de la Durance jusqu’à Gap (visible à l’œil nu), le pic de Bure (l’observatoire astronomique, itou), les géants de l’Oisans (La Barre des Ecrins et le Pelvoux), les hauts-sommets du Queyras. Côté sud, c’est tout aussi étendu mais moins spectaculaire car on a le soleil un peu dans les yeux : Sainte-victoire, sans doute et, peut-être, mare nostrum, tout au loin.

  • Provence I

    Nous avons fui vendredi matin la grisaille dauphinoise pour nous réfugier en Provence, à Sisteron. Comme souvent, le brouillard était présent jusqu’au col de la Croix-Haute où s’opère un net changement d’air : grand soleil et teintes automnales. Nous nous sommes arrêtés à Aspres-sur-Buëch où je passais en train lorsque j’étais enfant et que j’allais en colonie dans à Embrun. Le village est minuscule, perdu dans la plaine, loin de tout mais au carrefour de nombreuses routes. Il y a une jolie petite église, au portail un peu naïf (peut-être postérieur à la construction de la façade, en tout cas très propre). Une pierre écrite est enchâssée dans un mur. Un peu plus loin, une sorte de tour-campanile domine le village. La vue sur la vallée du Buëch est assez belle. A Sisteron, je suis souvent passé, sur la route d’Aix-en-Provence, mais je ne m’y étais jamais arrêté. Le site est  près d’un étroit défilé où coulent la Durance et où passent toutes les voies de communications routières et ferroviaires. Le monument de la ville est la fameuse citadelle qui trône sur un fin éperon rocheux. Sa construction s’étire de la période médiévale jusqu’au XIXe siècle. Vauban est passé par-là. Il a beaucoup critiqué les travaux antérieurs mais à peu modifier le site. Plus tard, la citadelle a servi de camp de prisonniers. Il a été très fortement endommagé en août 1944, lorsque les alliés bombardèrent ce point stratégique. La visite est intéressante bien qu’elle soit un peu sons (beaucoup) et lumières (pas du tout). La vue sur la montagne calcaire au-dessus du faubourg de la Baume est vraiment saisissante, surtout depuis la petite échauguette dite « du diable » qui est comme au-dessus du vide. La ville est construite aux pieds de la citadelle, protégée du vent du nord. Elle s’organise un peu comme un amphithéâtre dont les pieds baigneraient dans la Durance. Le monument le plus intéressant est la belle cathédrale Notre-Dame dont le portail à claveaux dichromiques est très beau bien que le morceau de plexiglas qui bouche la béance du tympan ne soit pas du meilleur effet. La curieuse rotonde octogonale, légèrement déportée par rapport à la base du clocher (peut-être, d’ailleurs, qu’il s’agit de la base du faitage primitif) et qui est entourée d’une succession de colonnettes, est du meilleur effet. Cet élément signe une influence lombarde, rarissime « de ce côté des Alpes » (comme dit l’excellent Guide Bleu « Provence-Alpes-Côte d’Azur »). Autour du chœur religieux, s’organise un petit lacis de rues plus ou moins sombres, qui renferme quelques beaux éléments du passé, notamment des portes de belle qualité dont celle de la maison natale du maréchal d’Ornano. Le faubourg de la Baume, sur la rive gauche de la Durance est vraiment très intéressant. S’y trouvent deux éléments majeurs du passé : la petite église Saint-Marcel et le grand ensemble des Dominicains construit à partir de 1248 sous l’impulsion de Béatrix de Savoie. Le clocher, de facture lombarde lui-aussi, est très fin et élancé. On le remarque aisément parce qu’il n’est pas dans l’axe de l’église mais de biais. Un chat joueur est venu à nous et ne nous a quitté ensuite qu’à regret  (apparemment). Il y a de très belles échappées sur la rivière depuis cette rive, notamment sur cette belle propriété qui contrôle le confluent du Buëch et de la Durance. Nos martyrs sont morts ici, aussi. Les évêques de Gap avaient une petite maison de plaisance (je n’ose pas dire de plaisirs) face à Sisteron. Il n’en reste rien sauf une baie géminée dans la façade de l’hôtel du Rocher. Bon dîner au restaurant (« Bonjour Madame-Monsieur » puis, hélas : « bonne continuation messieurs-dames ») des Becs Fins, où se rendent également Michel Galabru et Francis Perrin ! J’ai pu ainsi pu gouter aux fameux pieds et paquets à la sisteronaise, délicieux. Bonne chambre à l’hôtel du Cours, : calme et confortable.

  • Vers l'ouest (VI) - Retour vers l'est (I)

    Après avoir vu une fine vipère (durant son repas de lézard) et quelques jolis arbres près du Crohot de France (plage déserte, l’immensité pour soi), nous sommes rentrés vers notre Dauphiné par les chemins de traverses (un peu). Hélas, la pluie fut notre amie pour cette journée de samedi. Bergerac est une très belle ville, éminemment médiévale dans le style maisons à pans de bois mais pas seulement. Nous avons encore très bien déjeuné, au Plat dans l’assiette, bien que fort modestement. J’ai ensuite tenu à retourner à Domme où j’ai quelques bons souvenirs de colonies de vacances, notamment un, très particulier, assez stupide, mais que j’ai retrouvé plus de vingt ans après, presque sans aucun changement, fidèle au poste (désolé, je ne peux vraiment pas en dire plus car cela concerne une personne qui si je la nommais, pourrait tomber sur cette note, etc.). Bref, à Domme, j’ai aussi perdu mon cœur comme Chet Baker disait à Copenhague « I left my heart in Copenhagen ». Cette colonie fut, en effet, comme tous les rassemblements d’adolescents, l’occasion de voir un peu ce qu’il en était des relations amoureuses (mais qu’est devenue Valérie B. ?). Dans ce beau village, pas grand-chose n’a changé puisqu’il est lyophilisé pour les touristes : toujours autant de vendeurs de charcutailles ! La vue, immense (bien qu’elle me semblait jadis bien plus vaste) était un peu gâchée par le temps misérable, indigne d'un tel promontoire. Malgré le côté « plus beau village de France », tout n’est pas moche à Domme. C’est souvent dans les détails et dans les tours un peu massives que se cachent des trésors. A Sarlat, par contre, le tourisme a fait des ravages. En 1998, l’atmosphère m’avait paru bon enfant, tranquillette, pour amateurs du patrimoine, le Guide Bleu à la main. Hélas, depuis, les marchands du Temple ont investi la place avec leurs échoppes de vin du pays, foie gras de Singapour, tissus provençaux et autres croûtes sur aquarelle. Quel gâchis (et cela doit-être bien pire au d’août) ! Tout cela assomme l’envie de tomber amoureux de la ville. Il y a toujours un bout de parasol dans le cadre. Pourtant, la ville est superbe, très restaurée depuis la fameuse loi Malraux mais qui, avec son crépis couleur soleil, nous a permis d’oublier un peu le crachin périgourdin. Il y a de très beaux monuments, célébrissimes, curieux ou moins connus. Le fidèle ami de Michel n’a pas bougé, ni la belle galerie à l’italienne de feu Monseigneur.

  • Vers l'ouest (V) - Entre-deux-Mers (II)

    [mercredi 19 septembre, suite]. Nous n’avons pas eu le temps de découvrir le château de Rauzan, sur la route de St-Emilion. C’est sans doute une erreur mais nos estomacs criaient famine. Nous avons poussé jusqu’à St-Jean-de-Blaignac qui gît paisiblement le long de la Dordogne (assez assoupie). A l’auberge St-Jean, la nourriture est aussi bonne que la vue sur la Dordogne. Restaurant désert, service aux petits oignons et plats délicieux. Même le Chef, au café, avait l’air content de lui ! Par goût des plaques commémoratives et des monuments divers et variés, nous sommes allés voir la colonne à la mémoire du général Talbot, chef des troupes anglaises à la bataille de Castillon qui marque la foin de la guerre de cent ans. Cap plein nord, ensuite, pour jeter un œil admiratif et amoureux à la belle façade d’inspiration saintongeoise de l’église St-Jean de Petit-Palais. Le décor sculpté est admirable, d’une infinie richesse. L’ensemble donne une très forte impression d’harmonie malgré certains usages un peu archaïques (ou, au moins, antiquisants). Notre empressement à rejoindre cette partie du département était lié à certain rendez-vous que nous avions pour découvrir le vignoble émilien en hélicoptère (merci Weekendesk). Ces huit minutes en l’air furent assez douces, la vue immense et claire (mais que de vignes !). A notre retour, ivres d’air et d’espace, nous nous sommes dirigés vers St-Emilion, cité livrée en grande partie aux touristes américains mais qui est d’une grande richesse patrimonial. Hélas, nous n’avons pas pu voir l’église monolithe mais nous avons eu suffisamment de temps pour admirer quelques richesses artistiques. Le cloître des Cordeliers nous a fait fort impression bien qu’une grande partie soit étayée et prête à s’effondrer (charme fou, façon ruines XIXe). La lumière, à ce moment de l’après-midi, était parfaite pour les photographies. L’église collégiale, et le cloître qui s’y rattache, sont admirables. Les coupoles, d’inspirations byzantines, sont très originales. Il y a aussi une belle peinture sur un mur du chœur (démon tentant une femme, sainte-Catherine sur la roue). Le pan de mur du palais cardinal est aussi très bien (Ah les baies géminées du dernier étage !).

  • Vers l'ouest (IV) - Bordeaux (II) - Entre-deux-Mers (I)

    J’aurais pu mettre, l’autre jour, une photo du portail de Saint-Seurin, qui n’est pas si moche. Pas très loin du Café Gourmant ; il y a ce curieux Théâtre français, en rénovation et muré. Avant de rejoindre le « vieux Bordeaux », petit passage près du fleuve et du pont de Pierre. Au rebours, la place de la Bourse, très belle, ouverte et symétrique avec cette fontaine des trois grâces. Un peu plus loin, le plus beau balcon sur trompe de la ville, pas très loin de la place du Parlement. Petit tour vers les grosses tours, qui m’ont semblé infiniment plus nettoyées qu’en 1998. Nous avons pris un cocktail place Camille Jullian, chez une dame charmante, pas très loin de la maison natale de Mauriac et encore plus près de la maison dite de Jeanne de Lartigue dont j’aime beaucoup les fines nervures venant du balcon et qui tombent sur le pilier central. A notre retour, le soleil avait bien tourné dans le ciel et le château Peixotto avait changé d’allure.

    Le lendemain, grand parcours dans l’Entre-deux-Mers en commençant par l’abbaye de la Sauve-Majeur, sur la route vers Bergerac (grosso modo), pas très loin de Saint-Emilion. Ces ruines sont admirables. Elles trônent au-dessus du village en regardant loin vers les vignes ou vers la forêt. Les chapiteaux de l’abside et du transept sont très beaux, magnifiquement conservés ou restaurés. Je crois qu’ils sont célèbres, surtout pour les animaux fantastiques qui y sont figurés. Il y a aussi de nombreuses scènes historiées comme cet Adam et Eve chassés du Paradis, la médiation de Daniel ou le sacrifice d’Abraham. Le plus étonnant est cette méditation d’Hérodiade couplée à l’histoire de saint Jean-Baptiste et aux personnages imbriqués les uns dans les autres, et pourtant la lisibilité est excellente. Du cloître de l’abbaye, il ne reste rien sauf une évocation de l’ancienne salle capitulaire. On peut très librement faire le tour du chevet et admirer les modillons de monstres fabuleux ou grotesques. Tous ne sont pas les originaux ; certains sont aux Etats-Unis. Du très haut clocher, on a une vue admirable sur le chœur du sanctuaire. Le monastère eut jadis un prestige très important (visite d’Aliénor et de Thomas Becket en 1155). Son histoire, notamment la fondation du temporel est connu par deux cartulaires compilés à la fin du XIIIe et actuellement à la bibliothèque municipale de Bordeaux. Au cours de ses siècles fastes (les deux premiers), l’abbaye eut des possessions dans l’Entre-deux-Mers (bien entendu) et partout dans la France capétienne, jusqu’à Orléans et les Flandres. Puis, comme souvent, le déclin fut lent mais irréversible pour aboutir au démantèlement complet à la Révolution. Il existe à la fin du parcours de visite, un petit musée lapidaire doté d’assez belles sculptures notamment des clés de voutes admirables. Durant notre visite il y avait un groupe d’élèves allemands, apparemment pas très intéressés par toutes ces splendeurs.

    Pour continuer sur la lancée, nous avons improvisé un petit parcours « portails romans », bien aidés en cela par le fidèle Guide Bleu. Tous ces édifices et la qualité de la sculpture qu’on y trouve contraste étonnamment avec la tranquillité qui y règne à notre époque (villages de vignerons). Donc ce furent successivement Courpiac, Faleyras, Cessac et Bellefond qui furent visités. Pas le temps, hélas, pour Blasimont dont j’aime beaucoup le nom.

  • Vers l'ouest (III) - Bordeaux (I)

    [mardi 18 septembre]. Une journée à Bordeaux. Décidemment, la plus belle ville de France ! J’avais gardé de ma visite en 1998, le souvenir d’une ville terne et tristounette. Je ne sais pas si c’est l’arrivée du tram où si c’est l’idée que la ville a changé pour l’arrivée du tram qui a fini de me convaincre que, décidemment, Bordeaux était devenue une perle lumineuse. Déjà, l’hiver dernier, dans la froidure du mois de décembre, avec toutes ces lumières, ces façades pales fraichement nettoyées… Bref, nous avons fait une visite au pas de course, en passant trop vite près de l’admirable et en oubliant (peut-être) le sublime. Parking près de Peixotto, un bien beau château de Talence dans la lointaine banlieue de la capitale girondine. Le parcours en tram, jusqu’aux Chartrons permet de se faire une bonne idée des transformations tout en traversant ces îlots d’immeubles à deux étages, si bien construits en cette pierre claire et admirable. C’est vraiment sa blancheur, la noblesse qui s’en dégage qui donnent à cette ville son écrin pour capter la belle lumière du ciel. Première halte au Jardin Public qui n’a pas changé, surtout ce long mur-orangerie qui sépare jardin anglais ( ?) et jardin botanique. Les sculptures de Bernar Venet y sont très bien, peut-être mieux que sur la place de la Comédie (où elles passent un peu pour être du mobilier promotionnel de Decaux (enfin, j’exagère un peu)). Se déploie, un peu plus loin, tout un quartier lointain et calme, près du Palais Gallien, ruines sublimes qui nous ont fait forte impression, parce qu’elles tiennent debout enchâssées dans un habitat postérieur. Saint-Seurin est admirable, bien que chaque période de l’histoire y ait laissé sa trace, heureuse ou malheureuse. Au XIXe, le tympan du Jugement dernier (XIIIe) sous le porche Renaissance a été restauré (un peu trop peut-être). Le même siècle, en rajoutant une façade, a sans doute permis de sauver les témoignages laissés par des siècles lointains (les chapiteaux du Sacrifice d’Abraham-Tombeau de Sain-Seurin et les remplois romains). L’intérieur est intéressant, surtout le beau tombeau du saint et la célèbre chaire épiscopale (XVe). Petit arrêt gastronomique au Café Gourmand sur la place des Grands Hommes, défigurée par l’espèce de marché couvert construit en son centre, ce qui détruit (à tout jamais) l’harmonie architectonique du lieu. Au C.G., donc, on mange correctement et même de manière assez recherchée (la charlotte de magret de canard, originale et savoureuse, bien que les légumes in-situ soient un peu froids, ce qui est peut-être l’effet recherché). Le verre de Graves est encore dans ma mémoire (au meilleur endroit de mes synapses, malgré qu’il ait dû en détruire quelques centaines (soyons optimistes)). Il y avait à côté de nous : a) un quatuor de cadres dynamiques (cravates, golf le dimanche, du style à aller voir les filles de joie avant de rentrer à la maison…). Pour l’heure, leur préoccupation était le rugby : grande théorie de jeu, voix gueulardes (et donc très désagréable, surtout lorsqu’on s’efforce soi-même de parler bas pour ne pas gêner la compagnie). A notre gauche, b) trio de messieurs très bien habillés, grands bourgeois, hommes d’affaires, négociants en vins, agents immobiliers (de l’immobilier d’exception, comme on dit). c) Derrière L. : un homme et deux femmes (middle âge, soins esthétiques, colorations noir-jais, etc.). Il payera la note (elles fument beaucoup). Ils boivent du rosé (drôle d’idée à Bordeaux !). Serveuses jeunes et gentilles, un peu perdues dans les plats (vous avez demandé l’addition ? Non, on attend notre charlotte de magret !). En bref, un restaurant qui a fini de se persuader de sa réputation.

  • Vers l'ouest (II)

    L’autoroute A89, qui relie presque complètement Clermont à Bordeaux (ne manquent que quelques dizaines de kilomètres qui seront ouverts au trafic l’année prochaine), est très vallonnée et sinueuse. On est en permanence entre 600 et 1000 mètres d’altitude, parmi les forêts obscures et les vaches limousines. En fait, elle est surtout belle entre l’Auvergne et Tulle. Nous avons fait un petit arrêt sur l’aire de la Corrèze où trône une gigantesque croix de Lorraine, de plusieurs tonnes, réalisée en acier patiné et rouillé (un peu comme les œuvres de Richard Serra). Le temps étant toujours magnifique (et propice aux visites agréables), nous avons quitté la voie de haute vitesse vers Mussidan, après Périgueux, pour découvrir le château de Montréal, à Issac. Ce domaine est l’un des plus beaux que je connaisse. Il est chargé d’histoire et souvent de la très grande histoire (le Montréal de nos amis québécois vient d’ici). Il mélange les époques (remparts médiévaux, façades de la première Renaissance ou Classique, souterrains dans des grottes naturelles, chapelle Renaissance avec l’épine du Christ prise sur le corps de Talbot à la bataille de Castillon (fin de la guerre de Cent Ans), etc.). Les jardins sont classés. J’aime beaucoup cette terrasse comme scène pour admirer, chaque soir d’été, le coucher du soleil. Peut-être que ce simple bâtiment agricole suffirait à rendre heureux pour le reste de ses jours.

    [16, 17 septembre. Dans les Landes, au bord de l’océan et dans une réserve naturelle].

    Le bord de l’océan est toujours aussi beau, quasi désert à cette époque de l’année. La dune lutte toujours contre le vent et le travail de sape de la mer. Nous sommes dans le royaume du silence qui s’allie avec la monotonie de la forêt pour créer un sentiment de grande sérénité chez le visiteur allochtone (et peut-être même chez les autochtones). Le département de la Gironde entretient une vaste réserve naturelle autour de l’étang de Cousseau, petite étendue d’eau (150 ha) entre les deux géants que sont les lacs de Carcans-Hourtin et de Lacanau. Le lieu est un havre de paix pour les oiseaux qui y séjournent. Les échappées sur le lac et son marais sont très nombreuses. La nature est peu entretenue, on croise de vieux-beaux, plus très vaillants mais au torse encore altier. A cette époque de l'année, dès qu’on repasse dans l’aride et sablonneuse lande, les fleurs sont en pleine floraison et spécialement la bruyère qui a meilleure mine ici que devant les tombes de nos cimetières en hiver.

  • Vers l'ouest (I)

    [samedi 15 septembre : Grenoble-Bordeaux avec une étape à Thiers].

    Bien qu’étant partis tôt de Grenoble, nous n’avons pas pu éviter les bouchons des bretelles d’autoroute de la vallée du Rhône. A tel point qu’il nous fallut partir vers le sud, jusqu’à Vienne, pour échapper à l’agonie du surplace. S’en suit une petite route sinueuse, assez jolie, pour rattraper la voie monstrueuse entre Saint-Etienne et Lyon. Je ne connais pas de lieu plus horrible, moche, de non-paysage où tout semble laid, difforme, obscure, industriel et zone commerciale de banlieue. A Saint-Etienne (la ville aux « sept collines »), ça ne s’arrange pas vraiment, heureusement il fait nuit (un voile noir sur la misère). Etape dans un joli petit hôtel de Thiers, propret et bien tenu bien que la patronne ne soit guère souriante (dommage). Le lendemain, nous avons donc filé plein ouest à travers la pleine de la Limagne jusqu’à Clermont où l’on butte (littéralement) sur la chaîne des Puys et spécialement sur le Puy-de-Dôme. Cette conurbation-ci n’est guère plus reluisante que celles du département de la Loire, notamment l’imbrication des villes (Chamalières, Royat, Clermont) fait que l’on ne sait jamais trop où l’on se trouve. Pas vu la direction des Garnaudes… Dans un curieux basculement, l’arrivée sur le plateau (plus ou moins) relance l’amour de l’Auvergne (ou plutôt, comme toujours, relance l’idée de l’amour de l’Auvergne, inscrite dans quelques vagues souvenirs d’un séjour étant enfant). A Orcival, nous nous sommes arrêtés visiter le château de Cordès (XVe) qui est très beau, bien qu’il appartint au « style nougat » que nous n’aimons pas beaucoup (peut-être à tord). Les jardins, de part et d’autre de l’allée centrale, en contrebas des deux parterres sont très intéressants (attribués à Le Nôtre), notamment parce qu’y subsiste une séculaire charmille. L’avant scène, séparée par un petit châtelet d’opérette (XVIIe) est très bien venue comme un miroir-écrin pour le massif ensemble d’habitation. Dans la chapelle se trouve le très remarquable gisant en marbre de Carrare d'Yves II d'Allègre, compagnon de Bayard mort à Ravenne en 1512. Il est l’aïeul du Maréchal d’Allègre dont parle Saint-Simon. Le château est meublé en abondance et de toutes les époques. A Cordès, en définitive, j’aime beaucoup le calme, les prés et le retirement. Orcival est surtout connu pour la magnifique Basilique Notre-Dame (premières années du XIIe), aux toits de lauzes (actuellement en réfection), à la belle pierre noire et à l’intérieur sobre et harmonieux. Le parcours autour du chœur, en empruntant le large déambulatoire permet de contempler la sainte du lieu. Tout le bâtiment respire le plus bel art roman, massif mais spirituel, un peu austère bien que quelques chapiteaux soient richement sculptés.

  • Spécial pour E.D.

    Retour sur le quatrième et le cinquième jour de notre voyage en France, au mois de mai.

    Départ de Conques. Arrêt au pont romain sur le Dourdou. Le sol de la rivière est très rouge, on dirait de l’ocre du Lubéron. L’arche est très pure, le dessin parfait. Direction Rodez par la départementale 901. Les beaux villages se succèdent. Arrêt à Rodez. Tour rapide de la ville avec son immense cathédrale gothique perchée au sommet. Vieille ville quelconque, ville de faubourgs sans fin. Magnifique prunus en fleurs dans le jardin de l’évêché ( ?). Nous repartons vers l’autoroute A75 par la nationale 88, en partie le long de l’Aveyron. Nous déjeunons un peu en retrait de la route, après un petit village où trône un très beau château (Montrozier ?). Plein sud à partir de Séverac-le-Château. Nous passons sur le célèbre viaduc de Millau. On a surtout une belle vue sur l’ouvrage à quelques kilomètres, avant de l’atteindre. L. conduit, la pente est assez soutenue le long du tablier. Descente de « trompe-la-mort » vers Lodève : la plaine héraultaise s’ouvre à nous. Le trajet m’a paru bien rapide. Nous arrivons à l’hôtel Villa (Frontignan). Tout ce pays est hideux (citernes pétrolières, grues de port). Petit tour à la plage des Aresquiers. La chaleur n’est pas très marquée, la plage en grande partie de galets. Sur les conseils de l’hôtelier nous dînons à « la Rascasse », l’un des innombrables restaurants à touche-touche et donnant sur un bras de mer du port de Sète :[2 menus « decouverte » à 16 euros. Both : 2 muscats en apéritif ; L. : friture + moules à la sétoise+île flottante ; D. : salade de poulpe à l’aïoli + cassolette de filet de rascasse (vendue pour de la lotte, ou l’inverse) + glace au chocolat (on ne se refait pas !), merci l'agenda !]. Retour le lendemain sous la pluie qui nous prend à Orange et ne nous quittera plus jusqu’à Grenoble.

  • Deuxième jour

    Le Puy-Château de Polignac- Bains-Monistrol-d’Allier-Saugues-Saint-Alban-sur-Limagnole-Aumont-Aubrac


    Au petit déjeuner, nous attendait un magnifique bouquet de lilas blancs, fraichement coupés et qui embaumaient les alentours. Ces fleurs, avec la flagrance suave qui s’échappe des grosses grappes de glycines, sont peut-être la plus belle image du printemps : une période éruptive, où la moindre senteur devient capiteuse. C’est l’idée même de l’amour : un amour physique au firmament des émotions humaines. Avant de quitter le Puy, rapide visite au musée Crozatier qui mériterait, pourtant, quelques heures. Le rez-de-chaussée regroupe un bel espace lapidaire, où l’on découvre de beaux chapiteaux romans (comme si on n’en avait déjà pas vu de somptueux en se promenant dans la cathédrale !). La muséographie est obsolète, les circonstances de telle ou telle découverte sont peu explicites. Il n’y a pas beaucoup d’informations sur les pièces en elles-mêmes, au moins sont-elles regroupées par époque. Mais peut-être faut-il avoir simplement l’œil sur l’art et oublier tout le reste :  se laisser uniquement séduire par le frustre d’un visage gravé dans la pierre il y neuf ou dix siècles de cela. A l’étage, quelques jolis tableaux et autres pièces de broderies dont le Puy est un centre renommé. Sous les toits, magnifiques collections de minéraux et  éléments de géologie, ainsi que de très nombreuses vitrines présentant des animaux empaillés.A quelques kilomètres du Puy se dresse, au sommet d’une ancienne cheminée volcanique, la forteresse de Polignac, berceau d’une des plus vieilles et glorieuses familles de France. Il subsiste quelques éléments du château médiéval (basse-cour, courtines défensives, un bel assommoir sur les remparts). La pièce maitresse est un puissant et fier donjon. C’est une coquille vide : les étages ont disparu, seules subsistent les cheminées. Il est possible d’accéder à la terrasse sommitale d’où l’on jouit d’une belle vue (mais qui n’est pas extraordinaire). Il y a très peu d’explications pour le visiteur sur le monument. La généalogie des Polignac est par contre assez largement détaillée. Cette maison est bien connue au XIX et XXe siècle, notamment, pour son amour des arts, la musique en premier lieu. Le prince Rainier, avant d’épouser une Grimaldi, était né Polignac.Curieuse petite église que celle de Sainte-Foy à Bains. La pierre volcanique sombre est mélangée avec un grès rouge dit « grès de Beyssac ». Le plus bel élément est un curieux porche aux fins tores ciselés surmontés de trois arcatures aveugles. Pique-nique un peu au-dessus du village, sur un point de vue tout à fait intéressant sur le Velay : champs méticuleusement ordonnancés dans un canevas de haies. Les bois de conifères sont réservés au sommet de petits monts : aucune place exploitable n’est oubliée ; à chaque chose son meilleur lieu. Un peu avant Monistrol d’Allier, nous avons poussé vers la petite chapelle de Rochegude, posée au-dessus du vide des gorges de l’Allier, à proximité d’une vieille tour circulaire. L’intérieur est minuscule, d’un art roman tout simple, sans ouverture, comme un écrin pour le divin. Jusqu’à Saugues, la route est à peu près parallèle au célèbre GR 65, le chemin de Compostelle dans son parcours entre le Puy et Conques. En cette saison, les pèlerins sont déjà nombreux. La plupart sont des baby-boomers, souvent assez bien équipés (veste Goretex plutôt que chasuble  de chanvre). A Saugues, une curieuse Tour des Anglais dont nous n’avons pas pu savoir grand-chose. C’est visiblement un élément défensif d’époque médiéval (magnifiques mâchicoulis) et larges corbeaux qui lui donnent l’aspect d’une tête (carrée) hérissée de piquants. Il devait sans doute s’agir d’un refuge pour les habitants du village pendant la guerre de cent ans. A ses pieds, se tient un petit musée (dans le genre attrape-touristes en sandalettes) sur la bête du Gévaudan. A Saint-Alban-sur-Limagnole, le paysage change à peu près au moment où l’on passe de la Haute-Loire à la Lozère. Le ciel, l’air et la terre se font plus désertiques. On monte à l’assaut des terres arides et ventées. Nous sommes arrivés trop tard pour visiter le château de Saint-Alban, qui renferme de nos jours l’office de tourisme (le terme syndicat d’initiative à définitivement été banni du vocabulaire touristique !). Il y a un très beau portail XVIIe qui nous a fait penser à celui du château de Vizille : tout en bossage et à fronton interrompu (le bronze en relief de Lesdiguières en moins). Seule la pierre change, ici un beau tuf ( ?) légèrement rouge. Ces contrées-ci, signent d’ailleurs le passage du volcanisme au granite. C’en est fini des sols rouges et des scories échappées des volcans en furie, place aux puissances tranquilles (la force tranquille de Mitterrand en 1988 ?). Le château de Saint-Alban est, de nos jours, un hôpital (CHS). Sur un bâtiment construit au XIXe, est apposée une plaque rappelant le passage de Paul Eluard pendant l’hiver 43-44.Arrivée à Aumont-Aubrac et installation à l’hôtel Prouhèze, maison de caractère (vieille demeure bourgeoise construite au XIXe). Mademoiselle Alice et Monsieur André nous avaient offert la nuit d’hôtel et le dîner gastronomique au restaurant étoilé (*) de l’hôtel. Très agréable repas (« La papillotte de coquilles St Jacques, au foie gras de canard et au Sauternes, légumes juste étuvés / Pigeonneau : l’aile poêlée et la cuisse en pâté chaud : jus vinaigré et hachis de champignons / L’assiette des desserts (Prétentaine, suprême au chocolat, parfait au pralin ») arrosé d’un délicieux vin blanc languedocien. Le service était admirable : discret, précis, juste et courtois. Un excellent moment qui permet d’apprécier les saveurs pour ce qu’elles sont, sans chichi ni effet de manche.

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    Bains, église Sainte Foy, 3 mai 2006, 11h59

  • Premier jour

    Grenoble-Rives-Beaurepaire-Chanas-Annonay-Yssingeaux-Le Puy-en-Velay
                Ligne directe pour le Puy, sans passer par Valence et Lamastre. La route jusqu’à la vallée du Rhône nous est bien connue : traversée de la plaine de Bièvre, à peu près jusqu’à Salaise-sur-Sanne. Ensuite, nationale sinueuse pour Annonay que nous n’avons pas beaucoup aimé (géographie compliquée, patrimoine industriel « fin de règne » et face noire des maisons), mais nous ne nous sommes pas arrêtés pour être conquis. Au-delà, la route remonte la verdoyante vallée de la Cance pour déboucher sur le plateau ardéchois à Saint-Bonnet-le-froid (passés devant l’Auberge des Cimes, le célébrissime et très étoilé restaurant de Régis Marcon). Nous avons pique-niqué dans un pré, à l’orée de l’un de ces innombrables bois de conifères que recèle  cette région. Deux petites biches nous ont souhaité la bienvenue. Après Yssingeaux, le paysage change et se fait plus auvergnat, les monts s’arrondissent. Un peu avant le Puy, on devine au loin le massif du Meygal, à quelques kilomètres au nord du Mézenc et du Gerbier-de-Jonc.
                Installation au Dyke Hôtel, sur l’une des rues les plus bruyantes du Puy. Visite de la ville et montée vers la cathédrale. La majestueuse face ouest est surprenante, tant parce qu’elle semble prête à s’écrouler d’un instant à l’autre sur le pentu escalier installé à ses pieds, qu’à cause de l’appariement des pierres de la façade et les jeux de couleurs qui en naissent et qui donnent un caractère étrange et, pour tout dire, étranger à l’ensemble. En continuant par degrés sous le porche, on peut voir les deux portes latérales en bois de cèdres du XIIe siècle, recouvertes de caractères coufiques dont l’une représente l’enfance du Christ. Un peu plus haut, il est possible d’admirer les fresques murales de la même époque dont une Transfiguration (mur sud) dans un style byzantin et d’autres représentations, notamment sur l’intrados d’une arcade. Cette partie a été nettoyée et restaurée ces dernières années. Avant de franchir la porte dorée (qui donne accès à un escalier souterrain menant directement à la nef), un dernier regard vers la ville montre la déclivité du lieu, et les efforts qui ont du être entrepris pour contrer la pente. Dans la nef également, les restaurations récentes ont permis de rétablir une partie du badigeon des murs, notamment pour les coupoles sommitales octogonales voutées en cul-de-four, d’un beau jaune qui s’allie merveilleusement avec la couleur très foncée de la pierre employée (les joints clairs participent également à l’effet architectonique en donnant un net délinéament à l’agencement de l’appareil). Les coupoles reposent sur de fines colonnes jumelées (24 par travée) dont certaines ont encore leur fin décor peint bicolore en forme de chevrons. La cathédrale a été fortement rénovée/retouchée/rebâtie au XIXe siècle. Il n’est donc pas toujours facile de lire la construction. L’abside nord accueille depuis 1998 la mystérieuse et miraculeuse « Pierre des fièves » censée apaisée les pires maux. Il s’agit d’une pierre de lave du pays, usée depuis des temps immémoriaux par les pèlerins s’allongeant dessus. Nombreuses peintures d’époque romane dans le transept (côté cloitre) dont un saint Michel terrassant le dragon (réputé être la plus grande peinture de cette époque conservée en France : 5,5m de haut) et un martyr de sainte Catherine (clairement identifiée sous la roue). On sort de la cathédrale par le porche Saint-Jean (entrée des princes – tout à côté est mentionné un Hôtel des Dauphins du Viennois – et des évêques), en passant une curieuse porte toujours recouverte, de nos jours, par une peau de porc, à l’aspect pour le moins ancien et usé).        
                Le cloitre est très intéressant, bien qu’il ait été passablement réaménagé au XIXe. Nous nous sommes rapidement sauvés de la visite commentée et donnée par un drôle de guide à l’esprit jésuitique et sans doute échappé du séminaire tout proche. Ce Monsieur sérieux et un brin professoral ne concevait la visite que comme une longue suite de questions de lui à nous, histoire de nous aider à réviser le baccalauréat. L’ensemble est entouré de bâtiments médiévaux à mâchicoulis qui donnent un aspect très défensif au lieu. Dans la salle capitulaire sont regroupées des pierres tombales des chanoines et au mur sud une fresque de la Crucifixion peinte au début du XIIIe siècle (« passage d’un style byzantin à un style français particulièrement inventif, novateur et souple, qui évoluera durant toute la période gothique » in « Le Puy-en-Velay, l’ensemble cathédral Notre-Dame », Editions du Patrimoine,  2005). Deux bâtiments ne sont pas ouverts à la visite. Il s’agit du Logis des Clergeons et du baptistère Saint-Jean. Le premier renferme des fresques apparemment magnifiques et le second est un témoignage de l’époque carolingienne. Au chevet de la cathédrale, il est possible de voir entre le clocher et la sacristie, un curieux bas relief indiquant les propriétés curatives de l’eau tirée d’un puits se trouvant à proximité. On l’aura compris, le génie du lieu réside dans l’imbrication des époques et des reconstructions qui vont avec. Le conseil général de la Haute-Loire s’est d’ailleurs installé récemment à proximité dans les locaux de l’ancien Hôpital restaurés par Jean-Michel Willmotte, comme on peut le voir ici. Hélas, le crépissage partiel de certaines façades donne ce vilain aspect de nougat, si triste et affligeant pour l’œil.
                Au-dessus du plateau aménagé à l’époque médiévale pour construire le cloitre, a été érigé en 1860, avec la fonte de fer des 213 canons pris à l’ennemi par le général Pelissier au siège de Sébastopol, la statue de Notre-Dame-de-France. De son sommet, on jouit d’une très belle vue sur la cathédrale et la vieille ville, ainsi qu’au nord-ouest sur la forteresse de Polignac.
                Mais le plus beau monument de la ville, celui qui s’allie le mieux avec son site, est la curieuse Chapelle de Saint-michel d’Aiguilhe qui trône du haut de son piton volcanique. Ces cheminées de lave sont des dykes ou neck. Ils sont le résultat de l’écoulement solidifié de la lave au fond d’un ancien lac. La montée est raide mais le visiteur est accueilli par un magnifique portail aux cinq bas reliefs et aux motifs géométriques polychromes. Et comme souvent au Puy, cette association de plusieurs tons de pierre volcanique fait plus que participer à l’architecture du lieu, cela ouvre tout un jeu de lumières et d’éclairages, comme une troisième dimension sensible. La chapelle a été consacrée le 18 juillet 962 par l’évêque Gothescalk (un des premiers pèlerins français vers le tombeau de Saint-Jacques à Compostelle). Une fois franchie la porte basse et monté un court escalier, on accède à un véritable sanctuaire s’organisant autour d’une minuscule et primitive église à plan carré à laquelle a été ajouté un déambulatoire en forme de spirale. L’ensemble a miraculeusement conservé ses fresques, notamment la grande composition sur la voute du chœur. La couche picturale et l’extérieur du bâtiment ont été méticuleusement restaurés au début de notre siècle (voir la revue Monumental, 2005-premier semestre). En regagnant la ville du Puy, nous sommes passés devant la très jolie et simple chapelle Saint-Clair avec son curieux linteau décrivant le parcours de la lune autour du soleil. C’est aussi un concentré de l’architecture que l’on trouve à la cathédrale, notamment ces curieuses mosaïques en forme de losanges qui lui donnent ce caractère si oriental.
                Dîner très simple mais honorable, à l’enseigne de l’Ecu d’or, dans une salle voutée d’époque gothique. Notre parcours nocturne nous a permis de revoir les principaux monuments de la ville sous un autre éclairage, notamment l’immense face ouest de la cathédrale et la chapelle Saint-michel magnifiquement illuminée sur son piton rocheux. L’inscription au patrimoine mondiale de l’Unesco a sans doute redonné un bon coup de dynamisme à cette petite ville de province. Les efforts d’illumination sont tout à fait remarquables et la ville est très propre ; les murs infiniment moins tagués qu’à Montpellier, par exemple.

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    Saint-michel d’Aiguilhe, 2 mai 2006, 20h46