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Voyage en Berry

  • Berry VI

    Nous n’allions pas quitter le Berry sans une halte pour découvrir et admirer les superbes fresques de l’église St-Martin de Vic (XIIe s.), située à quelques kilomètres de Nohant. Ce qui se cache à l’intérieur de cet édifice ne se laisse pas présager lorsqu’on découvre l’extérieur du bâtiment, très simple, si peu orné. Il est un peu du style modeste qu’on trouve à l’église de Vermelles, dans notre beau Dauphiné. Des peintures murales, j’aime beaucoup la couleur, même si le passage du temps a peut-être changé la teinte initiale. Les scènes peintes mélangent vie profane et motifs religieux. Les yeux sur les visages louchent un peu ; on leur a mis du rouge aux joues mais ce n’est pas très grave. Cela donne une grande unité au programme iconographique. L’abside et le chœur (séparés de la nef par un grand mur et un passage étroit) sont totalement tapissés par des scènes de la vie du Christ. Il y a même une mandorle, comme à Brézé-le-Châtel, en Bourgogne. Ceux qui voudraient en savoir plus, irons demander la brochure au bar du coin (à moins que ce soit à la crêperie du village). Il y a une minuterie pour éclairer ces merveilles. Nous avons vidé les pièces de nos poches pour remplir le tronc.

    Pour rejoindre l’autoroute, nous avons pris la très rectiligne nationale jusqu’à Vierzon. Tout le long, on voit une infinité de bâtiments agricoles ruinés, abandonnés, mal entretenus, ravagé par les ronces et le temps.

  • Berry V

    Il y a toujours une petite réserve à déjeuner près des lieux touristiques, parce qu’on imagine - souvent très justement - que ces lieux de restauration sont des « attrapes-touristes » (c’est le propre du touriste de croire qu’il n’en est pas un). L’auberge de La Petite Fadette, à Nohant, face à la maison de George Sand échappe largement à la catégorie des gargotes. Elle est même à ranger parmi les bonnes tables. La salle principale, sans doute une ancienne grange, parait immense lorsqu’on est seuls, près de la cheminée où le feu crépite joyeusement. Cette halte a réjoui nos estomacs vides et réchauffé nos mains glacées. Nous avons pu déguster une crémeuse assiette de lentilles du Berry ainsi qu’un célèbre poulet en barbouille (au sang), spécialité des spécialités berrichonnes. L’église de Nohant, qu’on la regarde depuis sa tasse de café  ou depuis la petite place du village, est belle, sans doute la plus française des églises de France. Elle est face à l’entrée principale du château de G.S. La visite des pièces de la maison n’est pas libre mais se déroule en compagnie d’une charmante et enjouée guide qui a fort intelligemment rappelé l’origine et la vie de G.S. sans jamais laisser à penser à l’auditeur qu’il était fort ignorant en tout (ce qu’il était plus ou moins, au moins en ce qui concerne les détails). Les salles du rez-de-chaussée sont assez banales, la cuisine est intéressante par le petit système de sonnettes qui servait à la maitresse de maison pour appeler ses domestiques. L’escalier, repeint en trompe l’œil par son fils Maurice (si je me souviens bien) est assez triste, indigne de la décoration d'une telle maison. L’étage est bien plus intéressant, notamment parce qu’il fut le lieu de vie de nombreux visiteurs de la dame de Nohant. En premier lieu Chopin, dont la chambre fut transformée par la suite pour devenir une réserve à livre. Je n’ai pas beaucoup de photographies à vous montrer, puisqu'elles étaient plus ou moins interdit. J’ai réussi à dérober une belle enfilade, le lit à la polonaise dans l’ancienne chambre d’Aurore de Saxe, la grand-mère de G.S. (qui fut, plus tard, le lieu de repos de Liszt) et le petit théâtre aménagé pour les représentations de marionnettes et les spectacles vivants entre invités de G.S. La maison est entourée d’un vaste parc dont une partie est assez sauvage. On peut notamment voir derrière la maison, les deux cèdres plantés par G.S. pour la naissance de ses enfants. Même par une grise journée de début de printemps, le génie du lieu rode parmi les buis ou derrière un muret de pierres jaunies du pays. La partie du jardin sur la grande esplanade du verger est moins belle mais elle conduit à une enclave privée du petit cimetière communal où repose George Sand et quelques uns de ses proches, sous les lierres méticuleusement coupés. En discutant avec mes parents, je suis frappé de constater combien G.S. était, au même titre que Victor Hugo, liée à l’école de leur jeunesse. Lors des distributions de prix de fin d’année, dans l’immédiat après-guerre, c’était une belle édition illustrée qu’on offrait aux élèves méritants. La Petite Fadette servait régulièrement aux dictées. Toutes choses qui avaient déjà disparu il y a vingt ou trente ans et que je n’ai pas connues (L’Amant de Duras servait alors aux commentaires de texte… un tout autre registre). Dans la très belle et riche salle du magasin de souvenirs de Nohant, j’ai feuilleté quelques pages de La Mare au Diable. Peut-être que cela a terriblement vieilli, en partie parce que la vieille paysannerie berrichonne du temps de Georges Sand a totalement disparu. La fibre sociale, la rigueur des sentiments moraux ont sans doute mieux traversé les époques, tout comme quelques uns des thèmes du romantisme (la nuit, l’obscurité, la nature). Ces quelques lignes parcourues m’ont en tout cas enlevé le préjugé d’une littérature niant-niant qui sent les bons sentiments et l’odeur de l’antimite. D’ailleurs, quelques de ces thèmes, ceux des gens de peu, de la paysannerie, du profond respect aux anciens et à leur héritage traversent bien des livres de Richard Millet, sans parler du Pays Perdu de Pierre Jourde ni, peut-être des Vies Minuscules de Pierre Michon que je suis en train de lire grâce aux excellents conseils d’une demoiselle ligérienne.

  • Berry IV

    Au sud de Bourges, la route qui mène à St-Amand-Montrond par Levet est aussi droite que celles que l’on trouve dans l’Oregon ou le Nevada. Elle est simplement à l’échelle de notre pays, un peu plus courte. L’abbaye de Noirlac est nichée au fond d’une vallée humide et fraiche (qu’il doit faire bon s’y promener un soir de chaude journée d’été !). Les bâtiments, dans leurs dispositions, font penser à Fontenay, bien que celle-ci soit plus vaste et sa pierre plus chaude, plus bourguignonne. Dans le Cher, la restauration est encore bien fraîche, ce qui donne un peu trop d’austérité polie à ce lieu séculaire. Le cellier est très beau, bien que vaste. C’est un espace de transition pour passer dans le cloître gothique. L’une des galeries est découverte, comme à Valmagne si je me souviens bien. Hormis la présence d’un sol empierré, c’est dans l’abbatiale qu’on se sent le plus proche de Fontenay : mêmes volumes, même simplicité qui n’est pas si austère que cela. Les vitraux de Jean-Paul Raynaud, que j’ai, au premier abord, trouvés très froids, très distants, servent infiniment bien la lumière. On accède par un petit escalier à la galerie supérieure qui mène notamment aux cellules des moines créés en ce lieu au XVIIIe s. alors que la vie morale du lieu allait à vau-l’eau. Hormis le froid, on resterait bien une journée ou deux en compagnie d’une sainte amie, d’un bon livre ou pour la vue sur le jardin et la majestueuse allée de tilleuls séculaires. Au-dessous de ces hautes charpentes, se trouvent, comme il se doit, la salle capitulaire où trône en majesté un splendide pilier polygonal. La glaciation, inexorablement, nous attire vers les salles chauffées et, tout particulièrement, vers le grand réfectoire qui a gardé son élancement parfait vers la lumière. Noirlac est donc un très beau lieu, qui fut pour nous un lieu de silence et de recueillement puisque nous étions absolument seuls pour parcourir les coins, les recoins et le jardin. Le parking, gigantesque mais judicieusement repoussé à quelques dizaines de mètres, est la preuve qu’en été, ce doit être « la folie ». Nous n’avons pas eu le temps d’aller plus en avant, vers St-Amand, ville que tous les tourneurs de pages imprimées connaissent bien. La mairie est drôlement installée dans la chapelle des Carmes où se tient un flamboyant portail du XVe siècle. Manque d’heures et de jours, également, pour marcher librement sous les futaies de Tronçay…

  • Berry III

    La première journée berrichonne touchait à sa fin. Nous avions les jambes un peu lourdes, aussi avons-nous pris le temps d’admirer un beau et plat paysage. Comme souvent, les nuages font le tout (et l’admirable). Pas trop le temps de rêver, il nous fallait porter nos meilleures hommages à Richard II et à sa pierre tombale dans la très simple, romane en diable, église de Plaimpied-Givaudins. Les plus beaux chapiteaux étaient, hélas, bien hauts pour la modeste focale de l’objectif photographique. Nous avons admiré ce que nous avons pu. Mais il apparaît nettement, qu’à Plainpied, ce qui est sous nous pieds n’est pas laid. A commencer par cette crypte moussue et riquiqui et surtout ce vieux sol de pavés disjoints et glissants, une merveille ! Il n‘est pas très aisé de faire le tour de l’édifice et d’avoir suffisamment de recul sur le chevet. Mais avec la proximité, on gagne la possibilité de mieux voir les détails, comme cette étonnante colonnette toute en torsades.

  • Berry II

    En sortant de la cathédrale, il faut en faire le tour pour admirer le superbe chevet, où l’on voit les deux églises l’une sur l’autre. J’ai oublié de dire que dans la crypte, ou plutôt la salle polygonale qui conduit à la vraie crypte depuis l’église basse, sont enterrés les archevêques de Bourges (on voit les plaques tombales et les petits espaces réservés aux suivants). Excellent déjeuner au restaurant Jacques Cœur (face au palais éponyme). Nous sommes absolument seuls dans cette salle, c’est l’avant-saison. On y déjeune très correctement. Le dessert (un moelleux au chocolat) est encore bien dans ma mémoire. La pomme au four avait l’air très bien également. Le café est servi à la mode minimaliste, sur une rêche ardoise, mais il est très bon (ce qui est l’essentiel). Nous étions un peu en avance pour visiter le palais de M. Cœur ; nous en avons donc profité pour suivre les rues construites sur l’ancien tracé de l’enceinte romaine. Il y a quelques jolis murs ayant appartenus à des institutions religieuses (Jésuites ou Carmes). Bien entendu, on ne peut pas louper les maisons à pans de bois qui sont assez proprement restaurées (toujours trop à mon goût). La ville, on s’en aperçoit assez vite, possède un bel ensemble de demeures de la fin du gothique et de la première renaissance. L’hôtel des Echevins à ma préférence sur l’hôtel Cujas bien que celui-ci soit partiellement en briques, ce que j’aime beaucoup et réveille en moi des souvenirs étampois. Mais il est tout de même bien crasseux et on manque de recul pour admirer l’ensemble. Il abrite le musée du Berry qui, si j’en crois le vieux Guide bleu (édition 1962 !) qui nous accompagne, recèle d’insoupçonnés trésors. Le plus bel ensemble (si on met de côté le patricien Palais Jacques Cœur) est tout de même l’hôtel Lallemant et surtout son curieux escalier aux chevaux qui compense la dénivellation naturelle entre les deux côté du rempart romain (il est construit dessus, lui-aussi). Dans la cour, il y a une curieuse tourelle en encorbellement, soutenue par un bouffon et un fou. La pierre (sans doute très récemment nettoyée ) a une très belle couleur, une couleur de soleil.

    Jusqu’à la fin du semestre, les Monuments nationaux expérimentent la visite gratuite d’un certain nombre de lieux, dont le Palais Jacques Cœur. Nous avons donc parcouru les recoins de cette vaste bâtisse en compagnie d’une foule nombreuse et bigarrée. C’était un peu surprenant pour un jour de semaine. La guide n’était pas extraordinaire (je veux dire son discours), sans doute un peu lasse de toujours répéter le même laïus. Mais enfin, c’était néanmoins intéressant. Il y a pléthore de salles et de couloirs. Le lieu a été intensément restauré après les dégradations liées à l’occupation par un tribunal. Les éléments du décor ont plus ou moins bien traversé les épreuves mais  nous restent une très belle cheminée, une admirable petite loggia, le plus ancien vitrail civil (profane ?) de France, un épisode de l’histoire de Tristan et Yseult, un beau drapé et une belle tête de Christ, etc. Et partout, bien entendu, des coquilles et des cœurs pour bien savoir chez qui l’on est. Les extérieurs sont partiellement en cours de rénovation mais très beaux, notamment cette grande façade un brin austère et militaire pour un Palais de plaisance. J’allai oublier la statue de l’homme à qui nous devons cette belle résidence (même s’il ne l’a pas habitée, il me semble). Je garde donc de Bourges un excellent souvenir même si je n’en ai pas vu grand-chose, en définitive. La physionomie de la ville, ses maisons et ses toits encerclant son église me font penser à celles et ceux que l’on peut voir à Autun, bien que les villes ne soient absolument pas d’ampleur comparable.

  • Berry I

    Départ de bon matin vers Bourges via Orléans et l’autoroute. Toute la campagne, une fois qu’on atteint le plateau beauceron s’est profondément modifiée, au moins par rapport aux souvenirs de mon enfance lorsque nous allions chercher des champignons dans la forêt d’Orléans. Je n’ai pas retrouvé la belle et vaste monotonie des champs à perte d’horizon. Le progrès et ses pires aspect ont rejoint cette contrée jadis vide de tout (et c’est ce que j’aimais en elle). Vers Artenay, d’immenses travaux sont en cours pour relier les deux autoroutes des vacances. Un vaste champ d’éoliennes (droites comme des i, moches comme des grues de chantier) trône au milieu du plat pays, où tout, jusqu’ à maintenant, n’était qu’horizontalité et rien verticalité (à part le clocher des églises). L’autoroute qui rallie Bourges est, une fois la Loire franchie, absolument superbe car elle traverse la Sologne et ses forêts de bouleaux et de sapins. Mais c’est peut-être un grand dommage que cette saignée vive, parmi les étangs et les marais. En tout cas, le regard s’y sent mieux. 

    Dès qu’on arrive à Bourges, tout en traversant de petits quartiers résidentiels, aux pavillons des années soixante, on sent la ville de province, métropole régionale qui ne cesse de se hausser un peu du col pour faire plus grande qu’elle n’est. Une fois arrivé près du centre, on voit tout le poids du passé et des siècles. Ce long cheminement du temps, comme souvent en France, c’est au pied d’une église qu’on le découvre. La vue sur la cathédrale St-Étienne, depuis le jardin de l’archevêché, est superbe. On découvre le versant sud de ce grand vaisseau sans transept, aux arcs-boutants si légers. Les cinq célèbres portails qui rythment sur cinquante-cinq mètres la façade n’étaient que partiellement visibles car ils sont en cours de restauration. Du haut de la tour nord, à plus de quarante mètres du sol, on jouit d’un très vaste panorama sur la ville, la campagne et les marais à l’est. En baissant les yeux, c’est tout l’édifice gothique qui livre ses secrets. On peut notamment voir le toit qui semble ne jamais finir. La montée par la tour nord, outre que c’est une excellente épreuve physique, recèle d’autres points de vue sur les renforts de la grande nef. L’escalier très régulier qui monte vers la plateforme sommitale est couvert de graffitis qui ont été gravés là depuis des siècles. Les sculpteurs du moyen-âge avaient aussi prévu de quoi se distraire durant l’interminable montée. L’intérieur de l’édifice est, comme tous les édifices gothiques, très lumineux. Le regard est tiré vers le haut, vers la lumière issue de ces hautes fenêtres disposées au-dessus du triforium. Le chœur de l’édifice est entouré d’un long déambulatoire où sont présentés, dans les chapelles absidiales, des vitraux du XIIIe s. représentant différents récits (l’Apocalypse, l’enfant prodigue, etc.) des Saintes-Écritures. Ces immenses fresques sur verre sont dans un état remarquable, leur couleur éclatante et la teinte, comme il se doit, très changeante avec l’éclairement. Nous étions même surpris de voir combien les dominantes chromatiques changent lorsqu’on regarde les vitraux de l’autre côté du chœur. Pour ma part, j’ai également beaucoup apprécié une belle pièce, plus tardive (1517) représentant la vie de St-Denis et surtout où le médaillon final où l’on voit le célèbre évêque porter sa tête dans ses mains. Son visage, malgré tous les tourments subis (et détaillés dans les quinze médaillons précédents) est étonnamment serein. Le morceau de choix de l’église est assurément la crypte (où église basse) que l’on ne visite qu’en compagnie d’un guide. Elle a été bâtie pour compenser le dénivelé induit par l’édification sur les hauts remparts romains qui ceignaient alors complètement la ville et dont on peut voir encore de beaux restes ici ou . Les sculpteurs des grandes rosaces des portails nord et sud ont laissé leur ébauche sur le sol car ce sont ici qu’on été taillées de nombreuses pierres de la cathédrale. Dans cette crypte, les morceaux du jubé de la cathédrale détruits en 1757 et qui ont été partiellement retrouvés, sont présentés. On peut encore voir, sur le beau calvaire, quelques cabochons de verre incrustés dans la pierre. Ces morceaux, aussi importants qu’ils soient, ne donnent qu’une vue parcellaire de ce qu’était le jubé mais certains morceaux sont extrêmement expressifs, bien que très abimés, par exemple Adam et Eve (qui se cache pudiquement). Autre pièce maitresse (très connue), le tombeau en marbre blanc de Jean du Berry réalisé avant 1438 par Jean de Cambrai. Le petit ours qui dort à ses pieds est très émouvant avec sa muselière décorée de fleur de lys (la royauté muselée).